de 12 à
120 » de 20 à 35 »
59 » de 35 à 45 »
55 » de 45 à 60 »
ÉTIOLOGIE.
Sur 75 pellagreux observés par M. Gintrac,
6 avaient de 1 1 à 20 ans.
16 » 51 à CO »
1 avait 75 ans.
M. Willemin a publié l’observation d’un pellagreux de soixante-dix-neuf ans, Casai parle d’un octogénaire ; j’en ai également rappporté un cas. Quoique le nombre des vieillards inscrits sur les tableaux précédents ne soit pas très-considérable, je crois qu’en tenant compte de ces considérations, que la vieillesse avancée forme une classe d’individus peu nombreuse, et qui cet âge ne permet que rarement de s’exposer aux causes déterminantes de la pellagre, on arrivera à cette conclusion, que la vieillesse prédispose en réalité à la maladie. C’est d’ailleurs le résultat auquel j’étais arrivé par l’analyse des faits de pellagre des aliénés.
Le jeune âge me semble aussi pouvoir être considéré comme prédisposition à la pellagre, et je m’étonne que M. Paolini déclare que tous les âges, excepté l’enfance, sont sujets à cette maladie, tandis que Calderini assure que le quart des pellagreux l’est depuis l’enfance. 11 est d’ailleurs remarquable que les premiers auteurs étaient unanimes sur ce point, que la pellagre ne se déclarait pas avant six ou huit ans, et qu’elle ne devenait fréquente qu’après douze ou quinze. Cependant, Levaclier de la Feutrie a vu deux enfants pellagreux, âgés l’un de quatre, l’autre de cinq ans. M. Brierre de Boismont a vu un enfant de six ans pellagreux depuis longtemps, un autre de sept ans qui l’était depuis deux années. Le docteur Sette parle d’un enfant de deux ans, né de parents pellagreux et allaité par sa mère, lequel avait déjà les signes d’une pellagre
322 RECHERCHES nouvelles sur la pellagre. manifeste. Enfin, Saceo, de Milan, si connu par son excellent traité sur la vaccination, et que ses fonctions de directeur du comité de vaccine conduisaient à observer dans les campagnes un grand nombre de jeunes enfants, déclare, conformément aux assertions de Joseph Bellotti et de Gaspard Ghirlanda, que la maladie est aujourd’hui très-fréquente dans l’enfance et qu’elle n'est pas rare dans le plus jeune âge. Des cas analogues s’observent, quoique plus rarement, dans les Landes. M. Gazailhan m’a parlé d’un enfant de cinq ans déjà pellagreux ; M. Gintrac fils a vu au printemps dernier un petit pellagreux de trois ans, et déjà M. Marchant avait cité un cas de cette maladie survenue chez un enfant de deux an&.
Cette fréquence toujours croissante de la pellagre chez les enfants, à mesure que la maladie s’invétère dans un pays, me paraît un fait de la plus haute importance au point de vue étiologique. Ainsi, en Italie, la maladie frappe très-souvent les très-jeunes enfants ; dans les Landes, où l’endémie paraît être moins ancienne, la pellagre commence à sévir sur la première enfance; enfin, dans le Lauraguais, elle n’a pas encore été observée à cet âge, et M. Calés déclare que les adultes seuls y sont sujets. On peut tirer de ces faits un argument en faveur de l’hérédité; mais au point de vue qui nous occupe actuellement, on doit conclure de cette fréquence de la pellagre chez des individus que leur âge préserve, en partie au moins, des causes habituelles de la maladie, que l’enfance crée une aptitude plus grande à contracter la pellagre, et qu’elle est, avec la vieillesse, une cause prédisposante de la maladie.
Je ne parle pas ici de ces faits consignés par Zecchinelli dans un mémoire qu’il publia à Padoue, en 1818, faits d’où il résulte que des enfants seraient venus au monde avec une pellagre manifeste. Il m’est impossible d’accepter de pareilles assertions, et je les expliquerai en parlant de l’hérédité.
Les tempéraments n’exercent à proprement parler aucune influence sur le développement de la pellagre, et si
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les auteurs italiens ont accusé surtout le tempérament lymphatique, c’est qu’il est le plus souvent associé à une constitution qui résiste plus difficilement aux causes débilitantes. Si, dans' les bandes, la plupart des pellagreux sont d’un tempérament lymphatique et bilieux, c’est que ce tempérament est l’apanage de presque toute la population. Cependant, je dois dire que Gherardini pensait que la pellagre avait une sorte de prédilection pour les individus mélancoliques, bilieux, sanguins et d’une constitution sèche.
Les constitutions, au contraire, exercent une influence incontestable, d’autant qu’elles expriment la puissance vitale des individus. Les sujets faibles résistent beaucoup moins que les autres à l’envahissement de la pellagre, soit que leur débilité soit inhérente à leur constitution habituelle, soit qu’elle résulte de causes accidentelles. Toutes les conditions qui peuvent diminuer la quantité des forces radicales et la résistance vitale, peuvent être considérées comme autant de prédispositions à la pellagre. Ainsi, elle atteint de préférence les convalescents de maladies aiguës graves; j’en ai vu quelques cas se développer à la suite d’une pneumonie, d’une dyssenterie ; elle se montre fréquemment chez les sujets cachectiques, affaiblis par une maladie chronique, surtout par une affection du tube digestif, ou par certains états physiologiques mais débilitants, tels que la gestation, l’état puerpéral , la lactation. On la voit survenir assez souvent chez les filles chlorotiques, chez les femmes abondamment menstruées, ainsi que Stoffella l’avait déjà fait remarquer. C’est de cette même façon que nous interprétons l’influence de l’enfance, de la vieillesse, du sexe féminin. C’est aussi en entraînant après eux une diminution des forces, que les excès prédisposent à la maladie: le plus souvent excès de travail, quelquefois excès de boissons alcooliques, dans quelques cas, peutêtre, excès de coït, D’ailleurs, la plupart des causes prédisposantes que nous aurons à passer en revue se résument en ces deux mots : détérioration de la constitution.
C’est ici le lieu de parler des affections morales tristes,
des tourments et des préoccupations inséparables de la misère. Marzari a accusé, non sans raison de jouer un certain rôle dans la production de la pellagre, cet état de tristesse et d’oppression morale où vivaient les paysans Lombards et Vénitiens, placés sous le joug étranger, accablés d’impôts tellement que plus d’une fois ils ont préféré renoncer à leur droit de propriété plutôt que de payer les taxes exorbitantes dont on les surchargeait. D’ailleurs, dans quelques cas de pellagre, tant endémique que sporadique, cette cause a paru à MM. Courty et Landouzy exercer une influence considérable, et elle n’est sans doute pas étrangère au développement de la maladie chez certains aliénés mélancoliques.
Quant à la folie, je m’en suis occupé assez longuement dans le chapitre où je traite de la pellagre des aliénés ; j’ai fait voir qu’elle n’agissait pas comme cause spéciale, mais que, décomposée en ses divers éléments étiologiques, elle se ramenait aux causes communes de la maladie : je n’ai donc pas à revenir ici sur ce point.
Un grand nombre de faits semble déposer en faveur de l’hérédité de la pellagre, mais ils peuvent presque tous s’expliquer par l’influence du régime et du genre de vie qui sont les mêmes pour les parents et pour les enfants, par la misère qui pèse également sur tous les membres d’une môme famille. Odoardi et Gherardini avaient déjà indiqué la possibilité de cette transmission héréditaire. Strambio l’avait admise, et son opinion devait être acceptée par Albera, Jansen, Allioni, Rasori, Gioja. Calderini estime que la pellagre est héréditaire dans plus du quart des cas.
Si par hérédité on entend la transmission du père aux enfants d’un germe morbide qui peut se développer chez eux et reproduire tous les traits de la maladie des parents, cette opinion est exagérée et ne repose sur aucun fait rigoureusement observé ; à plus forte raison si l’on veut y voir une prolongation chez le foetus de la maladie dont la mère était atteinte. Mais si, par hérédité, on exprime seu-
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lement une disposition de l’être nouveau à se modeler au point de vue organique et au point de vue dynamique sur le type des parents, à présenter leur constitution et s’ils étaient faibles une constitution plus débile encore, leur tempérament, leur idiosyncrasie, leur susceptibilité à l’égard des causes morbifiques, leurs dispositions pathologiques, on comprendra que, placés sous l’empire des causes qui avaient engendré la maladie de leurs parents, les fils des pellagreux seront surtout disposés à réaliser la même maladie, grâce à cette disposition héréditaire qui tend à imprimer le type pellagreux à toute détérioration de leur constitution, à tout état cachectique qu’ils peuvent contracter. Bien plus, cet état de débilité radicale qui est sur les limites de la cachexie et qui peut si facilement l’engendrer, ils peuvent, ils doivent le recevoir de leurs parents. >< Le peuple triste et affaissé des pellagreux, ditM. Roussel, de même que les populations fébricitantes des pays à marais, engendrent une progéniture cacochyme et dégradée physiquement dès le sein maternel, générations condamnées à devenir après la naissance la proie des maladies, et en qui les germes de tous les maux physiques trouvent pour se développer comme une terre merveilleusement préparée. Aussi voit-on les maladies qui pèsent sur certaines familles et sur certaines classes d’hommes s’étendre et s’aggraver de génération en génération. » Ainsi, à un double point de vue, l’hérédité peut être considérée comme cause prédisposante de la pellagre. Et comme cette prédisposition se renforce et se multiplie nécessairement par la succession des générations, il en résulte que chez les derniers rejetons, les autres causes n’auront besoin, pour produire le même effet, que d’une moindre intensité. De là la grande fréquence, en Italie, de la pellagre chez les jeunes enfants, tandis qu’à cet âge elle s’observe très-rarement dans les pays où elle n’est pas aussi ancienne, où elle n’a pas encore pu imprimer son sceau à plusieurs générations d’hommes. Dans les Landes, en effet, l’hérédité ne pourrait être établie rigoureusement par aucun fait, et l’on ne
voit pas les enfants des pellagreux contracter la pellagre quand ils peuvent se placer dans de bonnes conditions hygiéniques. En Italie, on a pu recueillir quelques faits opposés, mais d’ailleurs en très-petit nombre. M. Brierre de Boismont parle d’un boulanger, fils de pellagreux, qui contracta lui-même la pellagre, quoique sa profession dût le préserver. Mais il n’est pas dit si son régime était convenable, s’il était bien portant avant l’apparition des accidents pellagreux, ou si cette pellagre n’était que symptomatique. Calderini rapporte l’exemple d’une fille, issue de parents pellagreux, qui se marie, quitte le pays, change d’habitudes et de manière de vivre et contracte néanmoins la pellagre héréditaire. Mais aucune autre cause n’a-t-elle pu intervenir, telle que la chlorose, la grossesse, l’état puerpéral, etc? car si j’admets l’hérédité comme prédisposition, je me refuse à lui accorder l’importance d’une cause efficiente.
Que dirai-je donc de ces faits de Zecchinelli auxquels je faisais allusion tout à l’heure, de ces enfants qui, au moment delà naissance, ont déjà une pellagre manifeste? Il y aurait là plus que l’hérédité de la syphilis elle-même, puisque les enfants nés de parents syphilitiques créent la syphilis par un acte ultérieur de leur organisme, au lieu de la recevoir toute faite dans le sein maternel ; il y aurait là l’analogue de ce qui s’observe chez les enfants variolisés par la variole de leur mère et qui arrivent mort-nés avec des pustules ombiliquées. Ce qui est l’exception pour les maladies virulentes serait vrai pour une cachexie simple ? Evidemment non, et je ne saurais admettre le diagnostic de Zecchinelli. Mais que la détérioration physiologique de la mère retentisse sur son produit, au point de créer cet état cachectique du nouveau né qui se révèle par 1 epemphigus-neonatorum , je l’accorde volontiers, et je ne serais pas plus étonné de voir chez les enfants des pellagreux, que chez les enfants des syphilitiques, ce pemphigus qui, daus le plus grand nombre des cas au moins, n’a rien de spécifique. Je suis donc porté à croire que les cas de Zecchi-
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nelli doivent être rapportés au pemphigus infantile. Quels pouvaient-être, en effet, ces signes d’une pellagre manifeste? Etait-ce l’érythème? Mais nous savons que cet accident est le résultat local de l’action solaire et il existerait avant que l’enfant ait vu le jour ! Etait-ce la diarrhée, l’état du système nerveux? Il ne peut appartenir qu’à un rêveur de soutenir un pareil diagnostic. L’interprétation que je propose, en expliquant facilement ces laits, excusejusqu’à un certain point Zecchinelli. Le pemphigus siège, en effet, de préférence sur les mains et sur les pieds; si les bulles étaient intactes, Zecchinelli y voyait un érythème bulleux; si elles étaient déchirées, il ne restait plus qu’une exfoliation épidermique sur un derme rouge : c’était l’érythème squameux ordinaire.
Je dois dire, en terminant, ce qui a traita l’hérédité que Calderini a cru remarquer que les pères avaient plus d’influence sur le développement de la pellagre chez les garçons, et que les mères transmettaient de préférence à leurs filles leur aptitude morbide. Cette particularité du mode de transmission héréditaire des prédispositions à la pellagre serait le même qui, suivant M. Baillarger, préside à la transmission de la folie ; et cet auteur a trouvé dans cette coïncidence une nouvelle preuve en faveur de sa théorie de la pellagre.
On consultera avec intérêt le tableau suivant dressé par M. Boudin ; on y trouvera une nouvelle preuve de l’influence réelle qu’exerce l’hérédité sur le développement de la pellagre lombarde.
Etat des parents. Couples conjugaux. Enfants pellagreux.
Fils.
Filles
Père et mère pellagreux,
Père pellagreux, mère saiuc,
Mère pellagreuse, père sain,
Père et mère sains, ayant plu-