TRAITEMENT CURATIF
Ea pellagre étant le résultat de causes persistantes, qui, le plus souvent, existent en dehors de l’indivfdu et dépendent de la misère, on comprend que le premier remède consiste à éloigner le malade de toutes ces conditions morbifiques qui l’assiègent, pour le placer dans des conditions
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opposées. C’est là le point fondamental de la thérapeutique de cette maladie : les médicaments ne pourront intervenir que comme adjuvants, ou pour calmer certains symptômes, combattre certaines complications. Le traitement pharmaceutique n'a donc qu’une valeur tout à fait secondaire, e^ même quelques médecins refusent de lui reconnaître- aucune influence. Déjà Casai ne lui accordait pas grande importance, quand il n’était pas secondé par une bonne hygiène ; Chiappa le considère comme de nulle val :ur ; dans les Landes, M. Marchant déclare que personne ne songe plus à guérir thérapeutiquement la pellagre, et M. Calés, dans le Lauraguais, dit que le traitement pharmaceutique est la partie honteuse de la question.
Cependant bien des méthodes ont été vantées, bien des médicaments préconisés, bien des cures miraculeuses ont été annoncées par les nombreux prôneurs de spécifiques ; des hommes, sérieux d’ailleurs, n’ont pas su se défendre d’un certain engouement pour des moyens insignifiants qui pouvaient paraître faire merveille, parce qu’on les employait dans l’hôpital, où les malades étaient soustraits à toutes les causes qui, dans les campagnes, s’appesantissent sur eux, où ils n’avaient plus à souffrir de la malpropreté, de l’insalubrité, de l’insolation, du travail excessif, de l’alimentation mauvaise et insuffisante ; et plus d’une méthode empirique a dû à cette heureuse modification de l’hygiène les cures qu’on lui a attribuées.
Dans l’énumération de tous ces moyens tirés de la matière médicale, nous indiquerons ceux qui, suivant les théories régnantes, s’attaquaient à la prétendue nature de la maladie ; ceux qui, sans qu’on ait interprété leur action, étaient réputés spécifiques ceux surtout qui peuvent être considérés comme adjuvants de l’hygiène ceux enfin qui, s’adressant plus particulièrement aux divers sjmptômes, ne sont dès lors que d’une application plus rare cl plus restreinte, mais qui, malgré la défaveur jetée sur ce qu’on a appelé la médecine des symptômes, sont pour la guérison de la pellagre leplus puissant auxiliaire d’une bonne hygiène.
Ceux qui voyaient dans la- maladie une variété ou une modification du scorbut, s’adressaient plus particulièrement aux antiscorbutiques. Nous ne ferons pas ici l’interminable et fastidieuse énumération de tous ces médicaments qui ne semblent pas avoir donné des résultats bien satisfaisants, entre les mains de Casai, d’Odoardi, etc.
Ceux qui faisaient de la pellagre une dégénérescence de la lèpre, préconisèrent tour à tour des substances que nous retrouverons dans l’énumération des prétendus spécifiques de la maladie.
Ceux qui la considéraient comme une fièvre éruptive, devaient s’efforcer de suppléer à l’insuffisance de l’érythème, et Jansen a été jusqu’à proposer l’inoculation de la gale.
Pour Frapolli qui attribuait la maladie à la répercussion de la sueur, la grande indication consistait à exciter les fonctions de la peau ; de là, les frictions, les fomentations, les bains chauds, l’emploi des sudorifiques.
Considérée comme névrose, la pellagre devait être traitée par les antispasmodiques , par les narcotiques ; et comme on peut le prévoir, ces moyens n’ont donné aucun bon résultat : l’opium a même semblé à Strambio, exercer un effet nuisible.
Les partisans de l’hypersthénie, ainsi que les adeptes de l’école physiologique, devaient faire usage d’une médication qui avait été déjà employée par Zanetti : c’étaient les débilitants, le petit lait, le tamarin, le nitrate de potasse, les saignées. Albera avait montré l’inutilité, et même les inconvénients graves de cette méthode.
Pour ceux au contraire qui faisaient de la pellagre une maladie asthénique, ou une cachexie, ou un appauvrissement du sang, les médicaments toniques et les martiaux avaient la préférence.
Les diverses idées chimiques qui avaient amené leurs auteurs à considérer la pellagre comme le produit d’acrimonies acides, alcalines, muriatiques, etc., devaient conduire à administrer des méd caments capables de neu-
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traliser, par leurs propriétés chimiques, le principe imaginaire de la maladie. C’est ainsi que les uns préconisèrent l’eau de chaux, d’autres conseillèrent les acides végétaux et même les acides minéraux. Celte médication par les sucs de limons et d’oranges, puis par l'eau de Rabel qui semblait avoir donné à Odoardi de très-beaux résultats, avait d’ailleurs été instituée par cet auteur dans d’autres vues théoriques et constituait en partie le traitement par les antiscorbutiques.
Enfin pour combattre le prétendu virus pellagreux, on s’adressa de préférence aux mercuriaux, que Strambio accuse de produire de fâcheux résultats. On employa aussi les sucs de bardane, de salsepareille, de gaïac, de patience, de sassafras, et d’autres plantes réputées dépuratives.
Signalons enfin parmi les médications dites spécifiques, l’usage des purgatifs, et selon d’autres, l’emploi des vomitifs. II y a quelquefois lieu, dans le cours de la pellagre, de recourir à ces deux ordres de moyens; mais leur action intempestive peut avoir des résultats désastreux. On a encore préconisé les antimoniaux, le suc de pourpier auquel Gautieri attachait une grande importance, la digitale, l’ail, le camphre. Les eaux sulfureuses à l’intérieur ont été vantées par certains médecins des Pyrénées ; mais on doit peu compter sur leur efficacité. Albera a exalté surtout la cure par l’eau fraîche. D’après lui, l’eau de source suffirait à calmer les accidents les plus graves. 11 l’administrait à jeun, à doses croissantes, depuis douze onces, jusqu’à cent trente, et diminuait progressivement. Le traitement durait pendant les mois de juin et de juillet et pendant la première moitié du mois d’août. Albera affirme n’avoir pas perdu plus d’un malade sur cent par celte méthode. S’il entend parler de la période pendant laquelle durait son traitement, c’est possible ; mais assurément il n’obtenait pas des guérisons définitives. Je comprends que ce traitement ait une certaine efficacité contre cet état fébrile, contre cette irritation gastrique, qui s’observent assez souvent au début des recrudescences vernales, ou contre ces phénomènes d’exci-
tation nerveuse qui accompagnent fréquemment les fortes chaleurs. Mais vouloir faire de l’eau froide le traitement général et exclusif de la pellagre, c’est tourner le dos au but qu’on se propose d’atteindre.
Parlons maintenant d’une méthode que j’ai déjà indiquée à propos des théories de Frapolli, qui a été préconisée par Gherardini, qui paraît avoir rendu des services réels à Fanzago, et qui, bien que considérée comme mauvaise et dangereuse par Strambio et par Jansen, est encore employée au grand hôpital de Milan. Je veux parler du traitement par les bains, cura balnearia. Les bains sont donnés à la température de trente-trois à trente-cinq degrés centigrades, chaque malade en prend en moyenne une quinzaine. Sur trois cent cinquante-deux pellagreux traités par les bains, à l’hôpital de Milan, pendant l’année 1843, Calderini dit que cent soixante sortirent guéris en apparence, cent dix-huit avec une amélioration trèsnotable , cinquante -un éprouvèrent peu de changement et vingt-trois restèrent dans le même état. M. Roussel, en signalant ces résultats, fait remarquer après J. Frank, que les malades traités par les bains reçoivent en même temps une nourriture abondante et substantielle. Ne trouve-t-on pas là l’explication de ces succès de la cura balnearia ? Reconnaissons toutefois que les bains sont souvent d’un usage avantageux dans le traitement de la pellagre, en calmant l’excitation du système nerveux, en rétablissant les fonctions cutanées, et par suite en régularisant les digestions.
Si l’on en excepte les bains, que reste-t-il aujourd’hui de tout cet arsenal thérapeutbique qu’on avait déployé contre la pellagre? Rien. L’expérience a démontré l’inanité de tous ces moyens empiriques, l'impuissance de tous ces spécifiques. Abordons donc maintenant le traitement rationnel de la maladie.
C’est à la cause surtout qu’on devra s’attaquer, puisque c’est à son action continue et persistante que la maladie doit sa naissance et ses progrès. Or, comme cette cause
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consiste habituellement dans une infraction aux règles de l’hygiène, c’est donc à l’hygiène qu’on devra demander un secours efficace contre la maladie. « Tous les traitements « ont échoué, dit Chiappa, et c’est de nos jours une chose « universellement admise, qu’une nourriture adondante et « animale, jointe à une habitation calme et à l’ombre, suffit « à guérir radicalement la maladie à son début, et à pro- « curer une amélioration sensible, quand la pellagre est « arrivée à un certain degré. » Calderini, au congrès de Naples en 1846, s’exprimait ainsi, au nom delà commission de Milan : « D’après l’avis de tous les praticiens ju- « dicieux, le premier, le plus efficace, le seul traitement « de la pellagre (du moins à ses premières périodes) con- « siste dans une nourriture saine, animale, substantielle, « dans l’usage habituel du lait et du vin. » N’est-ce pas là aussi l’enseignement qui ressort de l’étude de la pellagre landaise? J’ai déjà cité à plusieurs reprises l'opinion de M. Gazailhan à cet égard ; j’ai rapporté dans le chapitre de l’étiologie un grand nombre de faits, sur lesquels cet éminent praticien avait fixé mon attention, et quand je les rapproche des assertions qui émanent des observateurs les plus autorisés de la pellagre italienne, je n’hésite pas à affirmer que dans l’immense majorité des cas, la pellagre qui ne dépend pas de maladies internes et qui n’a pas encore amené de désordres graves dans les organes importants, est curable par les seules ressources de l’hygiène. Une excessive propreté, l’habitation dans un logement sasalubre, l’usage fréquent de la viande et du vin, un travail modéré et à l’ombre, tels sont les conseils que doit donner le médecin; mais on comprend combien ils sont illusoires, quand ils s’adressent aux classes deshéritées , où la misère est plus puissante que l’instinct de la conservation. Le médecin alors, dans ce rôle très-limité qu’il sera appelé à remplir, devra insister pour que les malades veillent à rester à l’ombre autant que possible; pour que leur alimentation, si l’on ne peut pas la rendre réconfortante, soit au moins de bonne nature et composée de mets bien prépa-
rés; pour que toutes les causes d’insalubrité soient évitées avec soin, que les fumiers soient éloignés de l’habitation ; pourqueles foyers si nombreux d’infection qu’on est toujours sûr de trouver au fond des huttes landaises ou lombardes disparaissent, que l’air y soit renouvelé fréquemment; enfin il devra exiger l’usage habituel des bains de propreté. Dans quelques cas, et il devra chercher autant que possible à les multiplier, il pourra rendre des services très-réels en décidant les parents à changer la profession d’un enfant que la mauvaise hygiène des bergers aurait rendu pellagreux ; il y aurait avantage à lui donner un autre métier, celui de résinier, de marin, à le placer comme domestique chez un maître où il trouverait l'alimentation plus substantielle qui manque à sa famille. L’expatriation en obligeant les individus à changer de genre de vie et à se soustraire aux causes morbifiques qu’ils subissent habituellement, pourrait aussi être d’un effet favorable, à la condition toutefois qu’une hygiène meilleure vint remplacer la première.
On le voit, la misère restreint singulièrement l’intervention médicale, et pendant trop longtemps encore, dans les pays à pellagre, le médecin, triste spectateur de maux qu’il sera impuissant à guérir, ne pourra apporter aux malades que des consolation et des illusions, à la science que de lamentables mais précieux renseignements, dont les gouvernements tiendront peut-être compte un jour. Ils chercheront alors par de sages réformes administratives à lutter contre un mal qui, sévissant de préférence sur les adultes des classes agricoles, et abâtardissant les races par l’influence héréditaire, prive la société de ses membres les plus utiles, qui ne tardent pas à lui être à charge, et ruine la principale richesse du pays en livrant la culture à des bras moins nombreux et plus débiles.
Mais si la détresse des malades est moins grande, si la charité vient lui apporter quelque soulagement, le médecin aura plus d’action. 11 devra faire cesser l’usage du maïs verderamé, diminuer l’emploi de cette céréale et la remplacer
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autantjjue possible par le pain de froment, conseiller la viande et le vin, ou à défaut de ces substances, un aliment qui est bien mieux à la portée des paysans, le lait. Le lait, parles principes albumineux, sucrés et graisseux qu’il renferme, est pour ainsi dire l’aliment type. Déjà Casai et Odoardi avaient vanté l’heureuse influence qu’il exerce sur les pellagreux. Le premier de ces auteurs parle d’un malade qui vendit son bien pour pouvoir se nourrir avec du laitage et qui guérit. Si quelques auteurs ont au contraire accusé le lait, il n’a pas tardé à se relever de cette défaveur. Calderini a signalé ses propriétés curatives, et Hameau lui accordait une importance considérable dans le traitement de la pellagre. C’était aussi l’opinion de M. Marchant , et actuellement la plupart des médecins des Landes retirent de l’emploi du lait les plus heureux résultats. M. Gazailhan m’a ci té l’exemple d’un métayer qui depuis très-longtemps, par goût, se nourrit exclusivement de mais et de lait; il n’est pas pellagreux. J’ai indiqué la différence qui existe au point de vue de la pellagre entre les vachers et les bergers : les premiers ne doivent leur immunité qu’à l’usage habituel du lait. Enfin il suffit qu’un pellagreux emploie cet aliment, non pas habituellement mais avec quelque fréquence, pour que sa maladie reste pour ainsi dire stationnaire, et dure un nombre indéfini d’années, au lieu de marcher graduellement vers une issue funeste. Quant aux guérisons par l’usage journalier du lait, elles ne sont pas rares. Non seulement le lait est un excellent aliment pour les pellagreux, mais il est aussi un médicament. 11 exige pour être digéré peu de travail des organes fatigués, son action émolliente calme le pyrosis et semble même exercer comme topique une heureuse influence sur les inflammations, les ramollissements et les ulcérations de la muqueuse stomacale.
Si dans les campagnes, il est souvent difficile d’obtenir des malades qu’ils fassent un usage habituel du lait, à plus forte raison sera-t-il impossible d’instituer un traitement pharmaceutique. Mais lorsque cela se pourra, lorsque sur-
tout les malades viendront demander des soins à l’hôpital, on devra insister sur la médication tonique et analeptique, en se guidant toutefois sur l’état de susceptibilité des organes et en n’administrant les remèdes actifs qu’autant qu’ils seront supportés sans fatigue. Ainsi avant de prescrire le vin vieux, les viandes rôties, les préparations de quinquina, il sera bon d’avoir recours à d’autres substances plus douces, qui seront peut-être mieux tolérées par l’estomac. A côté du lait, je placerai la décoction de lichen d’Islande, qui pendant longtemps a été considérée comme spécifique à Milan, et qui joint à ses propriétés mucilagineuses l’action tonique des amers. Les bouillons de vipère, préconisés par Soler, ou ceux de grenouilles et de lézards que Schlegel recommandait surtout pour la pratique des hôpitaux, paraissent se rapporter à la même indication.
Les bains sulfureux peuvent aussi donner de très-bons résultats, et si les eaux de Poretta, si celles deCauterets, de Labassère, de Gazots, ont paru avantageuses lorsqu’on les administrait à l’intérieur, c’est sans doute parce que les malades les employaient en rncme temps à l’extérieur. Les bons effets des bains sulfureux ont été constatés par Paolini en Italie, par M. Verdoux et par M. Duplan dans les Pyrénées, par M. Gostes et par M. Gintrac à l’hôpital de Bordeaux. Ils agissent^ comme toniques, et de plus la révulsion qu’ils opèrent sur la peau exerce une influence avantageuse sur l’état du tube digestif et des centres nerveux. Paolini demandait qu’on établit dans les campagnes des bains d’eau salino-sulfureuse-iodée. M. Henri Gintrac a institué dans plusieurs communes des Landes de la Gironde des bains sulfureux mis à la disposition des pellagreux; mais il parait que malgré les stimulations du maire et du médecin, ils profitent rarement de cet avantage. Hans les Pyrénées, on obtient plus facilement que les malades fassent usage des eaux minérales naturelles.
Les bains de mer agiraient de la même façon et il y aurait avantage à établir sur certains points du littoral des
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stations où les pellagreux des Landes pourraient venir se baigner dans les eaux de l’Océan. Un établissement analogue à celui que l’administration de l’Assistance publique de Paris a fondé sur la Manche, serait créé sur le bassin d’Arcachon ou à Bayonne et recevrait les malades pendant un temps déterminé. Les nombreuses routes agricoles, qui traversent maintenant les Landes, amèneraient facilement les malades jusqu’à la voie ferrée; et la compagnie du chemin de fer dn midi pourrait transporter à peu de frais ceux qui, sur le rapport du médecin, auraient été désignés par les Commissions d’un comité départemental spécial. Ainsi la bienfaisance publique conduirait les pellagreux au devant de la charité privée, et le rapprochement, sur une même plage, des riches baigneurs et des victimes de la misère, ne pourrait être qu’avantageux à ces derniers. Les bains de mer seraient une heureuse modification de la cura balnearia qui, je l’ai dit, a donné déjà à Calderini de fort beaux résultats. Ils auraient de plus qu’elle, une action tonique incontestable, et le changement de pays et de genre de vie, le repos, l’usage d’un régime plus animalisé, que les malades trouveraient dans l’établissement, seraient de puissants auxiliaires pour la guérison de la pellagre.
Le vœu que j’émets ne me semble rien avoir d’exagéré. Les misérables de tous les pays ont les mêmes droits à l’assistance et ce quia été fait pour les scrofuleux de Paris, on peut le réclamer pour les pellagreux des Landes. On avait été bien plus loin ; Hameau avait demandéqu’on créât dans les campagnes des hôpitaux pour les pellagreux; il est vrai que sa voix n’a pas été entendue. Mais en Italie, Joseph II avait établi à Legnano un hôpital pour le traitement de la pellagre; des services spéciaux avaient été créés à l'hôpital de Milan. Ce que l’Autriche a fait pour des Lombards, la France ne refuserait pas de le faire pour des Français. Or remarquez que dans le projet que je soumets à l’appréciation des médecins, et que des voix plus autorisées que la mienne pourront reporter dans les sphères administratives, if ne s’agit pas d’un hôpital. Un établisse-
ment de bains construit en planches, sur une plage inoccupée, à la lisière d’une forêt de pins, n’entraînerait que fort peu de dépenses qu’on pourrait prélever sur le budget des départements des Landes et de la Gironde. Le gouvernement voudrait aussi y participer. La nouvelle commune d’Arcachon contribuerait sans doute à cette œuvre de bienfaisance instituée sur son territoire ; et s’il le fallait la générosité publique ne ferait pas défaut. Les malades seraient admis seulement pendant les mois de juin, de juillet et d’août. Le traitement pharmaceutique serait presque nul; il y aurait seulement une infirmerie annexée à l’établissement, dont la direction médicale pourrait être une dépendance de l’inspection des eaux d’Arcachon. Le ûls du révélateur de la pellagre des Landes, qui remplit actuellement ces fonctions, n’est-il pas désigné d’avance au choix de l’administration par son dévouement héréditaire aux intérêts des malades et à ceux de la science.
Pour terminer ce qui a trait à la thérapeutique, considérée comme auxiliaire de l'hygiène, je signalerai encore l’hydrothérapie qui est employée aujourd’hui à l’hôpital de Milan, et qui paraît donner d’assez bons résultats. Je rappellerai ici, ce que j’ai dit à propos de plusieurs méthodes, qu’une modification considérable survenue dans l’hygiène, peut expliquer à elle seule les succès de traitements divers subis à l’hôpital. L’hydrothérapie, qu’on peut considérer comme un excellent tonique dans certains cas, s’applique peu aux individus radicalement débilités, chez lesquels l’effort de la réaction pourrait être impuissant, et c’est un fait établi que la pellagre entraîne une diminution de ce que Barthez appelait les forces radicales.
Passons maintenant à l’étude importante, bien que secondaire, du traitement des symptômes et des complications. Ici la thérapeutique n’offre plus rien de spécial, nous rentrons dans le domaine de la médecine ordinaire. On aura à recourir alternativement, ou simultanément, comme le disait M.Brierre de Boismont, aux anli-phlogistiques, aux antispasmodiques, quelquefois aux révulsifs,
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sans oublier toutefois que la principale indication consiste à soutenir et à relever les forces du malade.
Au début de certaines recrudescences vernales, qui s’accompagnent d'un degré plus ou moins marqué d’excitation fébrile, et de turgescence des muqueuses gastrique et intestinale, avec anorexie, nausées, etc., on se trouvera bien de l’emploi des boissons acidulés , de l’administration de quelques doses d’ipécacuanha. La saignée générale a donné dans ces cas quelques bons résultats. Je crois néanmoins qu’il sera prudent de s’en abstenir ; car suivant la remarque de Strambio, on a à craindre après les émissions sanguines, de voir les malades tomber dans un étal de débilité dont on le relève très-difficilement; on doit aussi redouter l’apparition du délire et d’autres accidents cérébraux. En tous cas on devrait préférer, suivant le conseil de Gberardini , les sangsues appliquées à l’anus, qui amènent un soulagement très-marqué. Mais le plus souvent quelques bains d’une température peu élevée suffisent à calmer les accidents. Le même traitement triomphera de celte ardeur si incommode, avec accidents fébriles intenses qui s’observent quelquefois pendant les fortes chaleurs.
Les symptômes fournis par la bouche indiquent l’emploi de gargarismes émollients ou astringents. On pourrait dans les cas de stomatite d’apparence scorbutique, employer le chlorate de potasse et le quinquina. Le suc de citron, dans ces cas, paraît avoir produit d’heureux résultats.
Au pyrosis on opposera le lait, une alimentation légère et végétale, l’eau de chaux, la magnésie. Géromini a préconisé les sangsues à l’épigastre.
Les troubles gastriques moins intenses peuvent être combattus avec succès par l’usage de substances aromatiques et stimulantes. Fanzago conseillait les frictions sur l’épigastre avec la décoction de plantes aromatiques, ou avec des liqueurs spiritucuses. Il parait que la pepsine est employée avec succès à l’hôpital de Milan.
Les symptômes intestinaux exigent une médication variée. S’il y a constipation, ballonnement, borborygmes, on pourra ordonner un léger laxatif ; mais d’ordinaire il sera mieux d’avoir recours seulement aux lavements. A la diarrhée on a opposé toute la série des astringents, la millefeuille, laquintefeuille, la décoction blanche, la cascarille, le simarouba, la tormentille, le sang-dragon, le Colombo. On pourrait prescrire aussi le cachou, le ratanhia, le sous-nitrate de bismuth, le diascordium. Mais on doit, fonder peu d’espoir sur l’emploi de l’opium. Le vin, comme j’ai eu l’occasion de le dire, suffit quelquefois à guérir cette diarrhée asthénique.
Aux troubles cérébraux, Gherardini opposait les sangsues à l’anus, aux tempes et aux narines. La valériane a été vantée contre le céphalalgie. D’une façon générale, quand on aura à faire à ces accidents aigus qui s’accompagnent d’un certain retentissement fébrile et d’agitation maniaque, et qui surviennent pendant les fortes chaleurs, on pourra prescrire quelques sangsues à l’anus, quelques évacuants mais surtout des bains frais. Si, au contraire, le délire est lypémaniaque, si le malade présente un certain état de dépression nerveuse, on devra recourir de préférence aux toniques et aux excitants. Levin, le café, le quinquina seront alors indiqués.
Les lésions de la myotilité et plus particulièrement la paralysie pourront être combattues par la teinture de noix vomique, par la strychnine, sans négliger toutefois les toniques et l’usage des bains sulfureux. -
On devra peu compter sur les révulsifs appliqués au niveau de la colonne vertébrale. Les ventouses, le long du rachis et le séton à la nuque ont échoué entre les mains de M. Marotte.
L’aménorrhée sera traitée par les préparations ferrugineuses, plutôt que par les médicaments réputés éménagogues. On conseillera des injections astringentes contre la leucorrhée.
On cherchera à lutter par les diurétiques contre la ca-
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chexie séreuse; on opposera des vésicatoires aux complications qu’elle pourrait entraîner du côté des grandes cavités. Mais malgré l’emploi de ces moyens, aidés de la médication Ionique, on doit considérer la maladie arrivée à cette période comme très-difficilement curable.
Aux pneumonies, aux pleurésies, aux péricardites on opposera les révulsifs, mais surtout on devra insister sur la médication tonique, sur le vin, sur le quinquina à haute dose, afin de donner à l’économie le temps et la force de résoudre ces inflammations.
Si toutefois ces complications inflammatoires se manifestent du côté du cerveau, chez des sujets encorejeunes, si l’on a à faire à une méningite, à une encéphalite aiguë, le traitement devra être franchement antiphlogistique. L’importance du but qu’on veut atteindre l’emportera alors sur les inconvénients des moyens.
Quand un individu aura présenté des symptômes de pellagre qui se seront dissipés pendant l’hiver, spontanément, ou sous l’influence d'une médication appropriée, on devra chercher, avant le retour du printemps, à tonifier le malade par une bonne hygiène, par le vin et par le quinquina, pour lui permettre de subir sans accidents l’influence fâcheuse des premières chaleurs. On devra aussi lui -conseiller, à celte époque, de ne se livrer qu’à un travail modéré, et d’éviter avec soin l’insolation.
L’érythème pourra nécessiter dans quelques cas un traitement spécial, à cause de la cuisson fort incommode que les malades éprouvent lorsqu’ils travaillent au soleil. On devra avant tout leur recommander de tenir les parties constamment couvertes, de faire usage de mitaines et de bas.
Les bains sulfureux modifient rapidement l’éruption. Les bains gélatineux peuvent être conseillés dans le même but. On a préconisé un grand nombre de topiques. Gautieri vante le suc de pourpier, d’autres ont recommandé les lotions avec l’eau-de-vie, avec le suc de grande joubarbe. L’onguent à l’ail et au miel a joui d’une certaine vogue. Gherardini conseillait l’emploi du petit lait; Fanzago a ob-
tenu de bons effets des cataplasmes émollients. Àlbera voulait qu’on exposât au feu les parties malades.
Dans le plus grand nombre des cas, il suffira de protéger les surfaces érythémateuses contre l’action des rayons solaires. S’il y a complication de gerçures ou de bulles, on devra joindre à la plus grande propreté, des onctions avec le cérat saturnisé ou avec le cérat opiacé