‹ Recherches nouvelles sur la pellagreChapitre 6 sur 47 · LÉSIONS DE L’APPAREIL CIRCULATOIRE · texte numérisé non relu

LÉSIONS DE L’APPAREIL CIRCULATOIRE

Le sang des pellagreux presente-t-il des altérations comme l’analyse chimique et le microscope en ont démontré dans un si grand nombre de maladies générales ? De nombreuses raisons pourraient le faire supposer. Cependant, Caldérini dit qu’il n’a rien trouvé d’anormal dans le sang à l’analyse ni au microscope. Cette assertion , insérée en 1848 dans les Annales universelles, n’a pas encore été suffisamment contrôlée, et c’est sur ce point surtout qu’il serait désirable de voir diriger les investigations scientifiques. D’ailleurs , Caldérini lui-même avait dit en 1844, que chez les pellagreux le sang de la saignée était noirâtre, fluide, à peine voilé d’une légère couenne. M. Lalesque, dans les Landes, avait observé, au

contraire, que le sang de la saignée était vermeil quand les malades présentaient un mouvement fébrile. C,es observations sont de nature à faire penser que l’étude des altérations du sang dans la pellagre ne sera pas infructueuse. Déjà un essai tenté par M. Roussilhe lui a démontré que le sang des pellagreux est pauvre en globules.

Il serait étonnant, en effet, qu’une maladie chronique , générale, de nature cachectique, qui s’accompagne presque toujours d’une diarrhée rebelle , souvent d’accidents scorbutiques ou d’anasarque, n’entraînât pas de modifications dans la quantité ou dans la qualité des principes immédiats du sang, dans le chiffre des globules , dans le rapport des leucocytes aux globules rouges. Sans doute , ces altérations pourraient ne pas être constantes, il est probable même qu'elles varieraient suivant l’âge et la forme de la maladie. Le vague de ces suppositions indique la nécessité de nouvelles recherches. Malheureusement, la pellagre est une de ces maladies que se prêtent mal aux expériences d’hématologie -, et, bien que le conseil en ait été donné par un grand nombre d’auteurs , il est peu de médecins, en France, qui soient disposés à saigner un pellagreux. Mais en Italie, on a moins de répugnance ‘pour les émissions sanguines, et c’est là que celte lacune si regrettable pourra être comblée.

La circulation, chez les pellagreux, est en général languissante. Les impulsions du cœur sont peu énergiques, le pouls est peu développé ,l dépressible, peu fréquent , il descend même quelquefois à quarante pulsations par minute. Cependant on peut, au moment des recrudescences vernales et quand le malade présente les signes de l’embarras gastrique, constater un petit mouvement fébrile. Quand, sous l’influence d’une insolation énergique, le délire se déclare avec une forme aiguë, accompagné de chaleur à la tète et rougeur de la face , le pouls s’élève , devient plus fréquent, ample et assez résistant. D’autres fois, à une période avancée de la maladie, la fièvre est symptomatique d’une inflammation locale et plus particu-

SYMPTOMATOLOGIE.

fièrement d’une entérite. Elle est alors chronique avec exacerbation irrégulière, le pouls est accéléré, vif, serré. Enfin, dans cet état de fièvre adynamique qui précède souvent la mort, il peut présenter des irrégularités. Et pourtant, ils n’est pas rare, au milieu de ce cortège do symptômes si graves, de voir les pulsations artérielles garder leur calme et leur lenteur habituels.

Les bruits de souffle artériels semblent être dans la pellagre beaucoup plus rares qu’on ne serait tenté de le croire. Je n’ai constaté ce signe qu’une seule fois, bien que je l’aie cherché chez un certain nombre de pellagreux ; encore le malade chez lequel je l’ai rencontré avait en même temps que la pellagre une phthisie pulmonaire assez avancée. Le souffle s’entendait au cœur, à la base et au premier temps ; il se prolongeait dans les carotides.

Soit par suite d’une extrême fluidité du sang, soit par le fait d’une résistance moins grande des capillaires, on voit assez souvent dans la forme scorbutique de la pellagre, survenir des hémorrhagies passives à la surface des muqueuses ou dans l’épaisseur du tissu cellulaire. Quelquefois, l’hématosine n’étant plus retenue dans les globules, s’échappe avec le sérum et, s’insinuant entre les éléments du derme, forme des ecchymoses qui persistent assez longtemps. Je n’ai eu l’occasion d’observer ces accidents hémorrhagiques ni dans les Landes, ni a l’asile de Sainte-Gemmes , mais j’ai pu constater les ecchymoses sur une démente pellagreuse à l’asile de l’Antiquaille, ou les affections scorbutiques ne sont pas rares, et sur deux indigents du Dépôt de mendicité d’Albigny, où la plupart des individus débilités présentent des accidents hémorrhagiques analogues.

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