CHAPITRE VI
FORMULES ET ABREVIATIONS DES LEGENDES CELTIBIÏRIENNES.
Après les lettres numérales et leurs indications plus ou moins développées, qui ont fait l’objet du chapitre précédent, viennent tout naturellement les autres formules des légendes celtibériennes, qui s'expliquent principalement r
r" Par les abréviations analogues qu’on retrouve sur les médailles romaines , dont l’écriture ne porte que des caractères ordinaires et usuels;
•A* Par les formules contenues dans les inscriptions lapidaires et autres monuments antiques des Romains. Je me bornerai cependant aux formules qui reviennent un peu fréquemment sur nos médailles celtibériennes, car la matière serait trop longue à épuiser;
3* Par les renseignements qu’on trouve dans les auteurs classiques.
Sous le premier rapport, la base d'interprétation la plus solide et la moins sujette à tergiversation se présente d’abord dans le denier de la famille Cornelia (i), inscrit LEW'CVFbKFL, qu’Eckhel a déjà
(1) Thésaurus MoreLlianus, tab. 2, fig. II. (Coroelia.)
rendu par LENTuIitf CVRator Xariorum FI Midorum (i). Je montrerai plus tard la probabilité que ce denier a été frappé à Sartabi Xativa). Pour le moment, il suffit d’observer que cette formule du mrutor dcnariorum est souvent exprimée , sur les médailles d'Oiiilco, par CX à la face principale du n° 4 de la PI. I.VII, et aux revers des PI. LIV, n’ 4 ; LV, n“ 9 , to et 1 1 ; et LVI , n* i , toujours dirigée de droite à gauche, comme tout le reste de ces légendes, au bas desquelles on trouve les 0X = Deuariorum Curator. Sur plusieurs autres de ces figures des produits de l'hôtel des monnaies d’Obulco, l’on ne trouve que I X du côté de la droite , soit qu'à l'autre extrémité la lettre 0 soit tombée hors de la portée du flan ; soit que cette lettre se soit effacée par une circulation plus active ; soit enfin par la négligence habituelle de Ces graveurs, dont on voit tant d’exemples sur les médailles d'Obulco , frappées par les édiles Æmilius et Junius, en caractères ordinaires. L'on pourrait attribuer aussi à cette dernière cause la circonstance que, à la Pi. LV, n° 4 , on lit de gauche à droite , CX = Curator Xariorum , quoique les deux lignes supérieures soient évidemment dirigées vers la gauche.
I >a légende qui traverse le champ : EX S.C. = Ex Sbnatus Consulto, se retrouve sur la médaille de Tolède, PI. LXV, n” 7 , tant déhattue par mes devanciers, quoiqu’elle soit rédigée en caractères ordinaires. 1-a seconde légende du droit : CELT A/fc, ou CEI.T /CAS, comme au n*8, signifie CFAJT iberiarum AMBarum , et le sens en est, si je ne me trompe, « que le sénat romain a fait frapper ces monnaies à l'usage des deux Cellibéries à Tolède, » située effectivement au centre.
L’autre variante de la famille Cornelia , qui précède immédiatement chez Morellius celle du Curator Denariorum , porte également Ex Senatcs Consulto, mais à l’exergue : CN.LEN.Q. = CNc/us
(I) Doctrina numorum, vol. V, p. 64.
LEN 'tutus Q uœstor. Ce questeur du sénat se retrouve très-fréquemment sur les médailles celtibériennes, désigné, au défaut du Q, par <rht, ou simplement (b\( — CVœstorSEnalus (i). PI. XXXI\ -
Au lieu du Denariorum Curator, nous trouvons à chaque pas, dans ces recherches , la formule Orkarioscm NumulaBIU*. Eckhel (a) fait mention , parmi les nombreux officiers employés à la fabrication des monnaies, des numularii officinarttm argentearum familue monetariœ , ou numularii officinatorcs monetœ. A la face principale des deniers figurés PI. XXXIX, 11“ 1-9, on trouve X-K, Ÿf 1 pour DENARIORVM N umularius , ces deux monogrammes X et * étant également fréquents sur les deniers frapjtés à Rome en caractères ordinaires. Aux revers il est aussi fait mention du bronze dans la légende XfMAK, Xf-KIAK ou XPMAK ( 3 ), égale à DENARIAE Pecuniœ Monetœ A erere ’Sumularii. Sur le bronze de la meme planche, n" 10-1 3 , Von ne trouve plus cet XK à la face principale; mais aux n”* i4-t6 il y a la première lettre de cette formule, X, qui fait le commencement de la légende du revers. A la PI. I, n" 10 et 11, parait aussi le Kl* — Denariorum Numutarius , exprimé de même par la formule XK, PI. V, n“ 1, a, 4 , 5,6,7, Ri 9 et tOj P 1 - VI entière; PI. XIII, n" 10 au droit, etc. A la PI. XX, n* 6, X!“ a la même signification, ainsi qu'à la PI. LXI, n° 9, le commencement de la légende du revers NXŸXM ; seulement ici nous lisons Suinularius DENARIORIVM, au
( 1) Ijj lettre Q, dit le savant M vsnir, n’était pas connue dans tes temps antiques, et l’on mettait S sa place le C ou le K, comme 011 voit dans le mot 910*91». qui s’écrivait Cuiscue ou Kuitcue, et dans le nom propre Tanaquil, qu’on trouvait écrit par te* Étrusques, parfois Tanacuil, parfois 7’anakui/, et encore Tanaiuil. liistoria critica de Espaîia, t. XVII, p. 24.
(3) Iloctrina numorum. vol. 1 , pap. I.XXIX et I.XXX.
(3) (et te dernière variante a été publiée par M. de Saulcv , et chez Laatanova fou trouve encore { n* 91 ) . ; nouvelles preuves que le caractère h est un
P, et non un L.
104 RECHERCHES NUMISMATIQUKS.
lieu des formule* précédentes : « Denariorum Nuniularitis. » Blanc
bonnet et bonnet blanc.)
Sur les médailles d’Obulco, PI. LYII1, nous trouvons :
Au n* a, NAf' = NÆN = Suinitlariia Mreorum Sttmoruin ;
Au n“ 3, N AA — N, ED = Sumularius Ærù D enurittnun ; *
Au n" 4, N AA sa .VE A jb Sumularius Erir A rgenti.
Omo DtKAmomnr , PI. III , n" 4-.t i , par AfAX = ON XX = O plio Suniontm DENARIOR VM. Le pluriel est ici clairement énoncé, comme dans les inscriptions romaines on mettait cos j « m i consul , et coss pour consulrs. D'autres variantes de la même planche portent :
A,r*xx — orxx — strxx — orxx — orEx *- nrxx et «rxx,
toujours dans le meme sens. Sur le bronze, cette formule est le plus souvent omise. On la voit aux u“ to et 1 1 de la PI. II ; mais , aux n" 1-5 de la PI. III, elle ne se retrouve plus.
A la PI. X, n° t, ou lit également XX pour le pluriel du mot dinttrius. Iæ commencement de cette intéressante légende : 'NIXXf / = OIIXXN, ayant été expliqué déjà au chapitre précédent des lettres numérales, parmi les seconds ateliers, la phrase entière se présente ainsi : Officina SECV N DA DENARIORVM N umorum vel Sumularua. Comment trouver ici le nom d’une ville pu d'un |>euple?
Parmi les médailles attribuées avec plus ou moins de fondement à H huila Tarraconensis, Mionnet en a publié une (i) portant, «en caractères barbares, » comme il dit, la légende M3HOPTN. Dans ces quatre dernières lettres, OPTN, je ne puis m'empâcber de voir la désignation de l’OPTio NI unwrum. Il est impossible de joindre le T et l’N pour la formation d'un seul mot. Ija première |>artie de la légende semble se diriger au contraire de droite à gauche : car, si l’H est immuable , les E et N sont véritablement rétrogrades. J'ai pensé à la ville de HEN/ia ou Enna SicilUe. Elle a bien une médaille en
(f; Supplément, 1. 1, p. 97, et pl. IX, n* 38 (et non pas 43}.
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