‹ Recherches, observations et expériences sur le développement naturel et artificiel des maladies turberculeusesChapitre 11 sur 34 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

SUR LES ADHÉRENCES TUBERCULEUSES DE LA PLEVRE, ET LES ALTERATIONS DU TISSU DES POUMONS.

Lorsque lon considère l'importance des fonctions de la respiration, on cesse d’être étonné des désordres que l’on rencontre , à l’autopsie, dans les organes thoraciques , même lorsqu’aucun signe n’en indiquait l’existence, comme on le verra dans les faits que je me propose de rapporter.

Les adhérencesde la plevre sont si communes, que quelques auteurs ont mis en question si elles étaient des affections morbides : elles reçurent mème le nom de ligamens des poumons, ligamenta pulmonis. Haller et Boerhaave envisagerent la question squs deux points de vue différens : l’un prétendait qu’elles ne nuisaient en rien à la respiration; l’autre , au contraire , qu’elles gênaient cette fonction, spécialement quand les adhérences étaient d’une grande

étendue, et qu’elles occupaient une grande portion de la cavité thoracique.

La première opinion paraît être plutôt le fruit d’une physiologie spéculative que le résultat d'observations pathologiques. Il est tres-certain que ces sortes d’adhérences sont des maladies, il est également vrai qu'elles peuvent — exister, dans une certaine étendue, sans beaucoup d’inconveéniens; mais je me propose de prouver qu'elles ne peuvent jamais exister à un degré considérable sans occasionner de la souffrance et sans exposer aux plus grands dangers.

Il faut, avant tout, établir une distinction entre la simple adhérence et l'affection granuleuse ou tuberculeuse des membranes. Ea première est, sans contredit, le résultat d’un acces inflammatoire promptement arrêté, et qui n’a laissé de trace de son existence qu’une simple adhérence inflammatoire. Nous avons déjà fait remarquer que l'autre espèce d’adhérence est le résultat d’une affection d’une nature plus sérieuse ; qu’elle n’est pas simplement la conséquence d’une maladie locale , mais qu’elle se rattache probablement.a une prédisposition aux changemens de structure non-seulement dans les membranes , mais dans les autres parties.

Ce que nous avons dit dans les pages précédentes s'applique également ici. Les change-

wens de tissu coincident, sous tous les rapports, avec ceux que l’on a trouvés dans l'abdomen, puisqu'on découvrait en mème temps des adhé- | rences dans le thorax. Quelquefois des adherences épaisses , tuberculeuses , réunissent en une masse tous les viscères, d’autres fois les surfaces desmembranes sont tuberculeuses, sans adhérences : dans ce cas, il y a d'ordinaire un épanchement comme dans abdomen.

Les tubercules sont également penduleux (pédiculés), et varient beaucoup dans leur volume ; ils acquièrent parfois une dimension considérable. Comme dans les cas déja mentionnés, la substance qu'ils renferment presente différens degrés de consistance, et varie dans sa texture; on trouve quelquefois de ces corps enfoncés dans la substance du poumon, conservant d’une manière bien distincte leur caractère tuberculeux. Par l'effet de ce changement, j'ai trouvé un grand nombre de petits tubercules adhérens les uns aux autres, comme nous l’avions remarqué dans les autres organes (1). Nous rapporterons un cas très-remarquable de conversion de cette espèce : non-seulement les poumons étaient affectés ; mais la maladie s’étendait encore à la plèvre , aux cla-

ER

Nien soy Lens (1) Voir pag.’ gg:

vicules , au sternum et auxtissus extérieurs des parties latérales.

L’affection du thorax, comme celle de l’abdomen, marche d’abord par gradation et d’une manière presque insensible. Nous ferons voir que les adhérences tuberculeuses peuvent s’é-

tendre au point de réunir tous les viscéres, sans pour cela que le malade soit foreé de garder le lit. Celui dont nous voulons parler allait et venait encore quelques heures avant de mourir.

Les symptômes qui accompagnent ces sortes d’affections et que Vexpérience et l’obsérvation m'ont fait remarquer sont ceux-c1 : le plus souvent douleur obtuse, ou plutôt sensation de pesanteur et de gêne vers la poitrine. J'ai vu des malades se plaindre de douleurs vers les omoplates et les clavicules. La respiration est courte , précipitée et sans expectoration. Lorsque la maladie avance et que les adhérences de la plèvre sont presque totales, la physionomie prend l'expression de la tristesse et de l'anxiété; les épaules se rapprochent en avant ; le mouvement des côtes ne se fait plus comme dans l’état naturel ; toute la poitrine se meut à-la-fois ; il semble que dans la respira— tion tous les muscles du corps soient mis en jeu. L'état du pouls est très-varié : dans quelques cas, il est toujours vif; dans d’autres, il est

dans l’état naturel, sur-tout lorsque le malade est tranquille; mais , dans tous les cas , le pouls est fréquent après le plus léger exercice.

Quand la maladie est parvenue à une certaine période, que les membranes sont affectées à une certaine étendue, ou lorsqu'il y a une grande altération du propre tissu des poumons, on peut s'attendre à une dissolution prochaine : ce qui est arrivé dans trois exemples que nous ferons remarquer.

L’épanchement qui a lieu dans cette espèce d'affection est probablement de mème nature que celui qui s'opère dans l'abdomen lorsque c’est le péritoine qui est affecté. L'épanchement n’est pas nécessairement concomitantavec la maladie. Je pense que, dans la poitrine comme dans l’abdomen, iln est occasionne que par un accés inflammatoire, qui, au moins dans quelques cas, est survenu long-temps apres Vexistence de l’affection tuberculeuse.

Les propriétés du fluide épanché et le caractère des adhérences indiquent très-fortement la nature de la maladie ; malheureusement les signes qui caractérisent chaque variété ne sont pas aussi distincts qu’on pourrait le désirer. Des faits détaillés avec soin pourront fournir quelques indices sur cette partie importante de nos recherches.

Léonard Edouard , agé de quinze ans, était souvent tourmenté d’une toux sèche, d’une respiration précipitée et laborieuse, et d’un sentiment de pesanteur et d’oppression vers l’épigastre.

Agitation pendant le sommeil ; sueur le matin ; langue blanche ; appétit irrégulier ; évacuations alvines ; excrétions de l'urine comme en santé ; cent pulsations par minute ; physionomie triste; le malade se sent faible et languissant ; ilales épaules proéminentes; le tronc fléchi en avant ; il ne peut faire une forte inspiration ni porter le corps en arrière sans éprouver une augmentation de gêne et d’oppression.

Il souffrait depuis un mois environ lorsqu'il survint de la douleur dans le thorax; comme elle n’était pas assez forte pour attirer l’attention , aucun remède ne fut mis en usage.

On appliqua un vésicatoire sur la poitrine ; on relacha le ventre avec une décoction d’aloës : on fit prendre, deux fois par jour, une demionce de mixture composée de fer (1).

(1) Mistura ferri composita : Y myrrhe en poudre, Dj; sous-carbonate de potasse, gr. xx1v; eau de rose, 3jj 8; sulfate de fer en poudre, 5j ; esprit de noix muscade, SL sucre en poudre, 3j. Triturez ensemble la myrrhe, le sous-carbonate de potasse et le sucre ; pendant la tritu-

fation , ajoutez d’abord l’eau de rose et l'esprit de noix

Le troisieme jour, la toux et la difficulté de respirer étaientmoindres; le malade avait monté et descendu les escaliers de Vinfirmerie, et fait plusieurs tours de jardin dans la matinée. Cependant, comme il se plaignait d’avoir mal dormi, on prescrivit un julep calmant pour le soir.

{lsoupa comme à l’ordinaire. Vers une heure du matin , on l’entendit respirer avec beaucoup de difficulté et de bruit : il expira quelques momens apres.

A Youverture de ’abdomen, qui se fit vingtquatre heures après la mort, on trouva le péritome épaissi, granule, particulièrement à la face abdominale du diaphragme, sur les côtés et à la surface du foie. Ce dernier viscère, l’estomac et les autres organes étaient sains.

Apres avoir soulevé le sternum, tous les vis- cères thoraciques se présentérent en une seule masse, sans distinction de parties. La plèvre costale adhérait a celle du poumon dans toute

muscade, puis ensuite le sulfate de fer. Versez immédiatement dans une fiole de verre, qu’il faut avoir soin de bien boucher. Telle est la formule de la mixture si vantée du docteur Griffiths. Dans la préparation de cette mixture, il s’opère une décomposition chimique ; il se forme un sous-carbonate de fer et un sulfate de potasse.

( Extrait du Lexicon medicum par le traducteur.)

N ele ; 3 son étendue , et était convertie en une seule substance rugueuse , dense et comme cartilagineuse ; dans la portion qui revêt le diaphragme, les membranes offraient un pouce d’épaisseur. On sépara facilement ces deux couches membraneuses, qui laissaient voir une quantité innombrable de petits tubercules. On enleva , avec une égale facilité, les deux couches membraneuses de la face interne de la poitrine et de la surface des poumons. Ce viscere, gorge de sang, était sain d’ailleurs. La surface extérieure du péricarde participait fortement a Vaffection générale de la plevre. La face interne était saine. On ne trouva de particulier dans le cœur qu'une dilatation considérable de l'oreillette droite, qui était distendue par la présence d’une grande quantité de sang ; le cerveau et ses membranes étaient sains.

Le cas précédent est de la plus grande importance pour justifier la proposition que nous avons avancée , relativement aux caractères de l'affection de la plèvre ; il fait voir combien i peut exister de maladies, même dans les organes essentiels à la vie, sans qu’elles soient accompagnées d’une manière bien marquée de ces symptomes que les ouvrages systématiques recommandent à notre attention. Il n’est certainement pas étonnant de rencontrer delégèresadhérences

ou un peu d’épaississement de la plèvre , sans occasionner de résultats facheux ; et c’est sans doute de la qu’on est parti pour révoquer en doute l’existence d’une maladie antécédente.

Qn aurait grand tort de nier l'existence de cette maladie , par la raison seulement que l’on n'aurait pas remarqué les signes qui Pindiquent. Quiconque a un peu Vhabitude d’examiner les cadavres a di souvent rencontrer des altérations de tissu dans les cas où il ne s’y attendait nullement. Il n’est pas un viscère de quelque importance dans l’économie animale, que l’on n'ait quelquefois trouvé presque entièrement désorganisé , lors même qu’il y avait tres—peu de raison apparente de soupçonner auparavant qu'il en fit ainsi : je dis apparente, parce que si l’on porte toute son attention sur les phénomènes de la maladie; si l’on appelle à son secours tous les moyens de former un bon diagnostic , on ne sera pas totalement trompé.

Je n'ai pas rencontré de cas d’une nature aussi simple que celui d'Édouard ; je n'ai trouve dans aucun écrivain les symptômes et les caracteres de la maladie aussi bien en rapport les uns avec les autres. Certainement j je ne m'’attendais pas à trouver un état de désorganisation aussi étendu ; mais on doit plutôt l’attribuer à

Pignorance ou J'étais sur les effets de la maladie qu’à la nature mème de l’affection.

Les deux cas suivans fourniront des exemples de l'extension de la maladie de la plèvre au tissu des poumons, et jusque sur les parties contigues.

Thom. Wingate, âgé de trente ans, était un homme pale, maigre, d’une physionomie qui exprimait la souffrance, chez qui il étaitsurvenu, depuis quelque temps, un changement dans la forme du thorax. La portion supérieure du sternum formait une espèce de tumeur ovalaire. Elle s’étendait, dans une direction oblique, jusqu’à la clavicule gauche , dont la forme était aussi considérablement altérée. Cette tumeur ne paraissait pas naître de la surface de l'os ; car celui-ci semblait compris dans le tissu malade. Les tégumens qui les recouvraient étaient brunatres , les veines superficielles et un peu variqueuses ; la partie tuméfiée était solide et

immobile , mais il ne s’y faisait sentir aucune douleur, pas méme sous la compression. Le malade avait une toux violente sans expectoration. La respiration était constamment laborieuse , mais beaucoup plus encore pendant un exercice quelconque. Il se plaignait particulièrement de la toux, et d’une douleur dans le dos vers la partié supérieure de l’épaule gauche. Des pulsations se faisaient remarquer dans! épigastre ; il

n'y en avait pas dans la tumeur. Le malade s’éveillait souvent en sursaut; il ressentait quelquefois aussi une douleur et des mouvemens rapides du côté du cœur; cette sensation g étendait jusqu’au côté gauche du cou.

L’appétit était irrégulier, mais la langue FRET nette : les selles et l’excrétion de l'urine se faisaient bien; le pouls était à quatre-vingt-dix , faible, mais régulier.

Les premiers symptômes de la maladie s’étaient annoncés, il y avait déjà huit mois, par un rhume ; le malade éprouvait une sorte d’embarras dans la poitrine ; il ressentait cette douleur du dos et de l’épaule déjà mentionnée. Il continua de travailler de son métier de plàtrier, même encore quelque temps apres qu'il s’aperçut de la tumeur du sternum. Cette tumeur augmenta, ainsi que la toux et ladyspnée. C'est alors que le malade maigrit , perdit ses forces et cessa de travailler ; mais il continua de marcher jusqu'aux derniers jours qui ont précédé sa mort.

M. Draiton, chirurgien du lieu, assista a l'examen cadavérique. Les tégumens furent détachés de la tumeur avec beaucoup desoin. Après avoir séparé les cartilages des côtes, nous essayames de relever le sternum selon notre méthode ordinaire ; ce qui nous fut impossible,

parce que le sternum, la plevre, les poumons, et tout le contenu de la poitrine paraissaient ne former qu’une seule masse morbide. Nous convinmes d’enlever toute la masse avec le ster— num, en incisant les parties sous-jacentes.

L’instrument pénétra dans la masse morbide comme dans du fromage. Le tissu des poumons était presque entierement détruit. Il n'existait plus qu’une petite portion du lobe gauche , qui servait à l'émission de l'air et du sang ; enfin nous achevames l’extraction du cœur et du péricarde, et d’une portion du médiastin postérieur. L’examen de ces organes n’offrait pas la moindre trace de leur tissu originaire. La tumeur du sternum, la plèvre , les poumons, tout était confondu en une substance uniforme pour Ja structure et les caractères physiques. En examinant de prés, on remarquait un grand nombre de granulations , qui semblaient étre formées par l’adhérence d’une foule de petits tubercules

disposés comme nous l'avons dit ailleurs (1). La clavicule et le sternum étaient également affectés; la première, très-molle, se laissait couper comme un cartilage. A sa portion supérieure, le sternum présentait de larges cellules comme celles d’un gâteau de miel; une

(1) Voyez pag. 99.

épine osseuse s'élevait de sa surface , comme on le remarque dans certaines variétés du spina ventosa.

En examinant une portion du côté droit de la partie malade , je remarquai une disposition que j'ai mentionnée ailleurs (1). Toute la masse examinée était dense, granulée , solide ; mais il s’y trouvait renfermé un corps d’une forme ovale, à-peu-près du volume d’une châtaigne ; il présentait sous Vincision des lamines concentriques d’une couleur brunatre et d’un tissu friable : il n’est pas douteux que ce corps ne fit formé par une hydatide d’un volume plus considérable que celles qui formaient le reste de la masse morbide ; sa situation, l’état dans lequel elle se trouvait, joints aux faits déjà détaillés, viennent ajouter une nouvelle force à notre opinion sur l’origine probable de cette funeste maladie.

I n’y a pour moi aucun doute sur ce point, et j'espère que le lecteur conviendra qu'il ÿ a de fortes présomptions en faveur de la doctrine que j'établis.

Dans le cas cité, l’état des os n’est pas une chose indifférente. Les maladies de ces corps solides sont encore enveloppées d’une grande

{1) Voyez page 96.

obscurité. Si c’était ici le lieu de traiter ce su jet, il ne serait pas difficile de prouver que les raisonnemens que nous ayons appliqués aux maladies cachectiques, en général, peuvent s’étendre en toute sûreté à certaines affections des os; mais laissons ce sujet pour revenir a une autre observation qui n’est pas moins in téressante. |

E. W., agé de seize ans, jeune homme émacié au plus haut degré, était pris d’une petite toux presque continuelle , mais sans aucune expectoration; sa respiration, précipitée et laborieuse, se faisait avec beaucoup d’effort; tous les muscles de la poitrine et ceux du tronc se contractaient pendant Vinspiration. Le plus léger exercice excitait les mouvemens du cœur et troublait la respiration au point de faire craindre la suffocation ; le malade marchait un peu sur un plan uni, mais il était oblige de se faire porter lorsqu'il y avait un escalier à monter; le pouls était tellement accéléré, qu'il était impossible d’en compter les battemens ; le sommeil était troublé, agité, le ventre un peu resserré, les selles comme à l’état sain.

La maladie avait commencé, il y avait environ cinq mois, par des malaises qui n'avaient aucun symptôme marqué. En revenant de Vecole à la maison de son père, qui est à la dis-

tance d’un mille et demi, le jeune homme éprouva de la difficulté a respirer; des-lors il ressentit des douleurs vers la poitrine, douleurs qui augmentaient par l’exercice dont il vient d’étre mention. La saignée, l'application de vésicatoires, l'emploi de plusieurs autres remèdes, procurèrent un soulagement momentané, mais n’empéchérent pas la maladie de faire des progres, comme on vient de le voir par des détails sur l’état actuel du malade.

Après un examen minutieux, je pensai qu'il existait une affection de la nature de celle dont nous nous occupons; jajoutal, en communiquant mon opinion, que la maladie aurait probablement une terminaison aussi prompte que celle d’Edouard. On prescrivit une potion composée d'esprit d’éther, de la mixture camphrée, avec extrait d’hyosciamus. Elle produisit un effet beaucoup plus favorable qu’on ne s’y était attendu. Le malade fut plus calme, le pouls tomba à cent vingt par minute ; la nuit fut tranquille, la respiration moins difficile; l'appétit revint, la toux diminua , les muscles semblaient reprendre de la force, la physionomie était plus gaie.

Ce changement, qui s’était opéré a mon grand étonnement, me porta à croire que je m'étais trompé sur l’état du malade. J’exprimai alors l'espoir que j'avais d’un prompt rétablis-

sement, puisque l'affection de tissu n'avait pas fait autant de progres que je l’avais cru d’abord.

C'était le 15 avril : on conseilla de continuer le même traitement, le régime aussi nutritif que possible sans être stimulant; d'éviter tout ce qui pourrait agiter ou fatiguer le malade. Il resta à-peu-près dans le même état de mieux apparent. Il prenait l'air de temps à autre , soit dans un fauteuil roulant , soit en voiture, jusqu'au matin du 28 qu'il expira.

L'ouverture du corps fut faite par le docteur Darke, de Stroud , en présence du docteur Snowden : c’est du premier que je tiens les détails suivans. =

« A peine s’il restait quelques vestiges du poumon gauche : sa texture était tellement changée, qu'il edt été impossible à qui que ce fit de pouvoir dire si ce tissu avait jamais été perméable à lair; il semblait être identifié avec le médiastin. I] en était de même du côté gauche de cette cavité : véritable cavité , en effet , qui ne contenait ni sang, ni lymphe, ni pus; la plèvre costale était d’un brun foncé, stride de corps blanchätres, que je considère comme de la lymphe coagulable.

» Vous remarquerez que, d'après cette disposition , il ne pouvait y avoir d’adhérence entre

le poumon de ce côté et la plevre costale :

le péricarde , le cœur, ainsi que leurs vaisseaux sanguins, étaient a-peu-pres dans l’état naturel. Ce sac membraneux contenait environ deux onces de fluide blanchatre transparent.

» Le poumon du côté droit adhérait fortement à la ‘plevre costale , ainsi qu'à la paroi intérieure du médiastin ; mais son tissu était oblitéré de manière à ne permettre que difficilement la respiration. Ce n’est qu'en incisant cette masse que l’on put découvrir que c'était un reste du poumon. »

N'ayant point eu l’occasion d’examiner par moi-même l’état de la plèvre et des poumons, je ne puis rien dire de positif sur la nature de leur tissu; mais je pense que le récit, tel qu’il est, doit suflire pour faire voir l’analogie entre ce cas et les trois autres, et pour m’autoriser a le présenter à l’attention du lecteur.

Quelque temps après avoir vu ces trois cas de maladie, je relus l’histoire 4trocis rarissimique morbi, de Boerhaave.

Apres avoir disposé lattention du lecteur par quelques observations solides et judicieuses , il commence le récit de Vhistoire de son malade : elle est trop diffuse pour être rapportée en entier ; mais nous allons en extraire les

passages les plus frappans et les plus instructifs sous le rapport du ‘sujet qui nous occupe.

Le sujet de cette longue histoire est un jeune homme d’une naissance illustre.

Corpus quidem huic natura formaverat firmum valde, mireque agile in omne motuum genus prorsus aptum natum , pulchraque membrorum symmetria concinnum. « Immunis ergo atque fortis, hæreditario tantum malo plures per annos discruciatum se sensit. Hemorrhoidum scilicet tumidissimarum singulari valde enato malo. » —« Consuluit itaque tune temporis me super hoc malo, quod victu leni, pacantibus remediis externis , internisque, perfecte ablatum , corpus dein reliquit vegetum, perfectissime sanum, neque vel minime culpandum , integri sesquianni spatio. »

Et quidem animadversione dignissimum imprimis hoc habetur, quod integro sesquianni spatii decursu nihil quidquam in voce mutatum fuerit. Quum enim nature beneficio vere , masculam barytonam hanc haberet, eamdemque ad modulos musicos sedulo, diuque, ad perfectionem usque excoluisset , hinc cantandi suavissimus esset peritissimusque artifex, absque ullo impedimento , sine incommodi sensu lente, parceque sustentatum spiritum, ultra quod credibile producere valebat, atque in lon-

gam plane moram extendere. Remansitqueinculpata hec, et plane singularis , facultas per omne hoc tempus, donec ipsum lethale malum primo se manifestare inciperet.

Quin etiam in deambulatione, cursu , atque saltatione , non modo post hanc curationem membra flexibilia , molliaque expertus est brachia, sed et animam adeo constantem , fortemque, ut nec fatigationis appareret quidquam , nec thoracis ne TN vitium; imo vero vix erat videre alium qui de facilitate respirandi, pectorisque vi cum eo certare potuisset.

Incepit igitur illustris Marchio persentiscere imminui primo integritatem optim valetudinis decem mensium et dimidiati spatio, antequam violentid morbi interiret. Etenim exquisilissimus plane, et perpetuus dolor océupabat primo illam corporis plagam, que ab egro sub leva indica-batur scapula versus thoracis interiora; /inc vero per sinistram pectoris partem deinde se diffundens pari scevitie increscebat. Quum vero acerbitas horum cruciatuum quotidie intenderetur-acrius , simul tota lateris hujus regio in sede sua interna imprimis torquebatur. Quodque augebat magis doloris vehementiam , tussis accedebat molesta non modo assiduo irritatu, quieti adversa, sed distentu laterum quassatorum intolerabilem in illo loco dilacerationis sen-

sum perpetuo incutiens. Consulti super malo, medici sapientes rheumaticos vocabant dolores, atque iis quidem aggrediebantur remediis, que ipsa ars ad hane mali speciem quam fidissima dictitat. At frustra penitus! quum tantum abesset ut mitescerent ad data hec subsidia, ut contra insurgeret malum curando, semperque quo magis augebatur, eo simul sub dimidiata thoracis sinistra parte imprimis se

figebat immobile p olan ine, nec arte ulla loco mo-

vendum occupato , nec leniendum unquam.

Ergo nec levari misso aliquoties sanguine , nec datis ex aperientium classe remediis lectissimis, quin et olea eludere, ipsa soporiferorum sopimenta spernere. Ubi aliquandiu, et omni quidem hora gravius, luctatus fuerat cum hisce doloribus, infestior longe, atque crudelissima tortura scevior interna pectoris sub mammilla sinistra, exercuit; ejus sane violentiam adeo abnormem esse, atque intolerabilem omnino , testabatur, ut ferendo se haud esse, palam clamaret. Ita nobilissimus æger noctes , diesque ,

extortus , gemitu et ejulatu se, præsentesque fatigans, vix poterat ullam dare corport lassato requiem, ullam fere positionem tolerabilem; quare neque somnum ullum oculis videre valebat, neque refici blanda quiete. Tandemque eo pervenit tristissima. morbi facies, ut in

lecto sedere cogeretur, corpore quidem uicumque erecto, sed antrorsum tamen trochi instar incurvato , cubitisque ita pulvinari femoribus imposito innixus , ut miserrimam omnino speciem exprimeret. Attamen nature omnino adversus hicce corporis positus id subin concedebat solatit, ut paucissimo tempore requiescers doloris excessus spatium daret parcissimo somno; quum interet paulo post dira cum anxietate turbatus excitaretur in easdem prorsus miserias relapsus.

Tussis molestissima succedebat , noctes diesque, conquassans egrum nihil tamen, nisi magna VI expressum tandem gluten, in ipsa aqua tenacissime coherens , excreans ; neque hec vel demulcebatur oleis, nec expectorantibus levabatur. Opio quidem sopiri visa pro tempore, assurgebat ilico violentior. Quin et exoriebatur sæpe instantis suffocationis funestissimus sensus, quo jamjam quasi enectus ubi erat, nec animam ducere compos, tandem summo inspirandi molimine reflexo capite retrotracta cervice, thorace elevato, aerem vi trahebat in pulmones cum sono tremendo, atque rauci gutiuris clangore, haud aliter quam si sonitum intensissimum audivisses ardeæ stellaris, quem Butorium vocant, quo sane nihil aliud ingratius , magisve terribile quid percipere potuisses ; {um

momento postea longe liberior iterum aderat spirandi facultas :ita tamen, ut, quo tempore deinceps usque ad mortem, intervalla lenissima haberet, nunquam vel exiguo spatio temporis posset decumbere vel in dorsum, vel in alterum latus , neque et jacere pronus : quoniam ad minimam corporis inflexum ilico præsentissima urgebat suffocatio, adstantes intentata morte territans ; cogebatur ergo continenter sedere , noctes diesque, corpore erecto, extenso collo, levato capite, cujus dormiturientis vel levis mutatio tandem evadebat prorsus intolerabilis. Interea lassum corpus si fessus de sedili levare conaretur, mox ad levissimum hunc conatum luride faciei subnigrescens color , venarum per vultum tumentem elatio , protuberantes oculi, anhelitus ad ima ilia, morientem pingebant hominem. Necnisi mn per raucum sonitum reddebatur aliquo requies. Quando vero animosior paulo impetu capto passus binos, ternos > progredi nitebatur, tum vero omnia descripta prius mala longe violentius insurgere : denique doluimus videndo, quod paucularum vocularum pronunciato similis evaderet tragædiæ causa. Quod stupendum inter hæc nobis videbatur, per omnia hec calamitosissima , que distorquebant corpus, arteriarum a fortis erat, Constans , neque celeritate præceps , ne-

que deficiens, sed sufficiens, qui universum corpus cequabili perfunderet calore, atque satis idoneo nutrimento, reficeret, sustentaret. Paucis modo ante obitum diebus, vacillare subin deprehensa fuit hec cordis actio, atque pulsus deficere, vel intermittere. Usque ad Julii nonam miserrimam traxit vitam, cum diris quotidie et funestis colluctatus symptomatibus , itaque integro fere mensis spatio enectus , absque ullo interpolato levamine, nisi quandoque unicd interdiu horuld. Quotidie interim crebriores atque violentiores simul insultis suffocantes , qui in vigore vultum jam semper reddebant, qualem supra descriptum dedimus horrendum. Clysma sumplex brevis solatii speciem adferebat. Quin etiam summe precordiorum angustic jamdudum effecerant, ut crederet ille flatus esse qui hy pochondria obsiderent, distenderentque, urgebatque imprimis medicos , ut cogitarent serio de remediis que dissipandis illis propria noscuntur : ita se curari posse, si origo, unde assiduo, absque fine, repullarent , auferetur. Magis quidem id credebat , quoniam fame ingenti, et assidua , agitabatur ad capienda alimenta , que nactus avidissime ingerebat , et nisi-præsentes omni modo cohibere conati fuissent , ingenti devorasset copia , quamvis ab ihgestis quam dirissime angerctur postea. Octiduum

agebatur ante fatalem horam , quando incredibili cum gaudio experiebatur hemorrhoidum fluxum sanguineum : hinc enim sanationem mali exspectabat ; voluerat semper, ut medici has arte excitarent , qui et id fomentis appositis jam tentaverant prius ; accusabat tamen semper negligentiæ medicos, quod ab initio mali incepti non omni ope vasa hee in plenum fluxum solvissent. Septimo Julii, magnam satis cruoris copiam alvo demisit, qui coactus in magna frusta apparuit. Sequenti die, rursus multum sanguinis eddem evacuabat vid ; solito se alacriorem sensit, ut sustentatus per cubiculum aliquot progressus fuerit passus , quod sane diu ante haud potuerat fecisse. Sed fames simul illd die insatiabilis adeo , ut aliquoties comederet de variis esculentis, deglutiens jam absque suffocationis metu, atque angusti® ad precordia sensu ; ita et large ceenabat, hilaris satis, quum experiretur jam facere sibi fas esse, quod a pluribus septimanis vetitum fuerat; quum nec unciam juris carnium potuisset deglutire, absque imminentis mortis a strangulatu metu.

Notre auteur s'exprime de la manière suivante Sur les résultats de l’autopsie :

Percisa tunica pingui, carnaque, dein com-

missuris ossiunv et cartilaginum costarum solutis, qua potuit prudentia transcidi membranam hoc in loco, que thoracem succingit. Quo vix exigud plagd in uno loco perfecto, obstupui statim, quum viderem ex elata hac supint corporis parte sursum exilire cum impetu, pressam quasi lympham tenuem, flavam , inodoram , copiosam. Meditabar paululum quid hoc rei foret, anque forte suffocans pectoris hydrops origo fuisset malorum ? Postquam prosiliens primo latex spongiis absorptus non turbabat amplius visum , perrexi membranam pectoris juxta decursum modo descriptum persecare , vidique continenter effluere, sed sine impetu jam, aquam : quum jam proprio tanium pondere dilaberetur , prius compressu ambientium par-

tium acta urgeretur. Quantum dein per angusti vulneris hujus inflicti rimam introspici poterat, ante partium a se invicem divulsionem, apparebat pectus aqua velut plenum. Verum immisso dein digito per vulnus, sentiebatur pulmo dexter in SUO 588 , ad superiorem thoracis membranam circa costas superiores , harumque cartilagines quam firmissime accretus , atque affixus immobiliter. Verum nolui ulterius hoc latus pectoris destruere , priusquam alterum pari modo fuissem aggressus. Itaque sinistro in latere omnia eadem simplici sectione perficiens, que prius

huc usque in dextro non offendo aquam ; sed in loco antea descripto inhac leva parte sub synchondrosi costarum nunc inveni pulmonem sinistrum membrane succingenti continuata accretione affixum, à supremd nempe thoracis parte, usque ad ipsum diaphragma quin etiam ad septem medium ipsum ; ut à jugulo juxta costas, ad convexum diaphragmatis pulmo undique a digito inserto exploraretur affixus.

Hee igitur hac arte aggressus mirabar staiim quod ad membranam succingentem, qua parte cartilagineis costarum segmentis subjacet, inveniretur moles ingens, firmiter accreta ; que quum à natura pulmonum penitus aliena appareret, qui hic loci liberi semper fluctuant , primum fecit, ut presentes admonerem mirabilis quid, et insueti plane se prodere , conjicere necdum posse, quid foret. Immisso digito per inflictum prius vulnus, lente divello membranam ; cujus ope quidquid illud foret corporis accreverat cartilaginum involucris et sterni. Aique ubi hanc separationem ab utroque latere, hac ratione, peregeram quousque potui, tunc sterniinfima sectione adiaphragmate divello, do illud prudenter parte infima elevandum sursum, interim membranam ipsi cellulosam sterno succretam discindo , atque ita tandem totum sternt os, una cum cartilagineis costarum segmentis

sursum retrorsum in faciem obyelatum reclino. Patebat tum aspectus in thoracem , atque aperti pectoris apparens facies à jugulo ad septum medium plena omnino erat corpore , coloris albi, satisque sani; nisi quod in medio hujus superficiet vomica exigua , que sub medio hæserat sterno, se offeret, in qua materies liquida, lactei coloris, atque etiam fere tenacitatis utique purulenta non erat. Ostendi mirum hoc portentum adstantibus , nec erat qui divinare posset quidnam esset rei. Igitur digitis undique superficiem attrecto, dumque palpo undequaque, reperio massam consistentem satis duram , fere ubique sibi similem. Oriebatur quidem ex supremo omnino cavi thoraces fastigio, ubi ex ipsa membrana ibidem pectus cavum succingente adeo lato sane principio originem ducebat, ut supra jugulo , anterius sterno, retro ope mediastini totius vertebris thoracis, accreta, totum illum spatium oppleret , ad latera vero utrimque versus costarum media in quatuor quidem uncias pedis Rhenolandici, et ultra, se extenderet. Decurrebat corpus hoc pari forma, sed versus inferiora sensim dilatatum, Cæterum toto suo decursu vertebris manens accretim sternoque, usque ad ipsum diaphragma cut dein lato expansomassæ suc anteritts seaffixerat ita, ut primo appareret totum septum oc-

cupare ; sed in postremo examine constitit, pericardium cum corde, suisque vasis majoribus retro deorsum pulsum, ibidem septi partem reliquisse liberam. Refecti paululum, ulierius idem, propriusque explorare aggressi invent~ mus, quod in sinistro thoracis cavo, longe major moles hujus tumoris quam in dextro , erat. Namque in levam hance pectoris cameram adeo se diffuderat, ut hanc totum fere solus impleret; unde et pulmonis lobos huic cubiculo naturaliter inclusus ita arctaverat, compresseratque contra membranam succingentem, ut eosdem et aeri reddiderit, et sanguini penitus tmpervios ; quin imo eodem appressu effecerat, ut horum compressorum laborum membrana penitus , nec separabiliter , concreverit cum ipsa superficie hujus tumoris, cum tota membrana costas succingente ubi lobos hos contingere poterat pulmonum , atque inferius cum diaphragmate , qua parte et hoc potuerat attingere depressus pulmo. Apparuit sic satis, primam sedem mali, unde se deinde extenderat, in leva parte pectoris sub scapula alta fuisse , unde expansu suo acerrimi sensus membranas distorserat , dolores enormes peperat.

Cette maladie diffère, en plusieurs points de celle de Wingate ; mais il est impossible , en les comparant lune avec l’autre sous

igi

le rapport des faits mentionnés dans cet ouvrage , de ne pas y reconnaître la plus grande analogie. La structure de la tumeur était différente : mais si Ce que nous avons avancé est fonde sur la vérité, cette différence n’exclut pas l'identité probable de leur orgine ; car il est prouvé que des substances de propriétés diverses se sont rencontrées en même temps dans le même kyste (1). Ce sujet, environné de tant d’obscurités, est bien fait pour inspirer quelque défiance. Peut-être aussi que les preuves que nous avons fournies jusqu'à présent sont insuffisantes pour fixer opinion du lecteur; cependant nous croyons avoir préparé le chemin qui doit conduire à ce but désirable.

J’ai rencontré un autre cas qui paraît correspondre, dans les points les plus essentiels, à celui rapporté par Boerhaave.

Le malade était sous les soins de MM. Ré rence et Warner, de Cirencester, avec lesquels je fus appelé : cet homme, age de quarante ans,

(1) Nous avons vu sur la même partie de petits kystes | solides , et un autre du volume d’un œuf, dont la moitié était liquide, et l’autre dure, compacte, résistant sous l'incision; dans une même masse, nous en avons vu de séreux, d’autres cartilagineux , d’autres osseux , et d’autres encore enveloppés de leurs kystes d’un tissu approchant de

celui du fromage. ( Note du traducteur. )

d’une constitution robuste, sobre, avait toujours joui d’une bonne santé. La maladie s’annonca par une douleur vive dans le dos et dans la poitrine ; quelque temps apres survint une tumeur au-dessus de la clavicule droite , qui s’étendait de plusieurs pouces sur le trajet de cet os, et dont le sommet s’élevait du côté du cou ; il y avait turgescence considérable au cou et ala face, œdème des deux bras, déglutition presque impossible, son de voix sourd et profond ; un obstacle manifeste au retour du sang de la tète et des extrémités supérieures était indiqué par la tuméfaction des veines ; le malade ne pouvait se tenir couché sur le dos sans être menacé de suffocation. Pendant le cours de la maladie , des douleurs se firent sentir autour des épaules ; vers la fin, les douleurs étaient plus violentes, mais alors elles avaient leur siégedans les cuisses et dans les jambes; quelquefois il survenait une forte toux, la respiration était génée et laborieuse : le pouls s'établit de cent à cent vingt ; le plus souvent il était regulier, et de fois à autre intermittent.

Les fonctions de l'estomac se faisaient assez bien; les selles étaient habituellement mauvaises , les extrémités le plus souvent froides. La maladie existait depuis cinq mois.

Lorsque je vis le malade, je fis connaitre

l'opinion que j'avais sur cette affection : je me prononcal pour des adhérences dans les visceres thoraciques pour une altération de tissu du poumon et des parties contigués , comme chez Wingate, et qu'il y avait une maladie de la nature de celle décrite par Boerhaave. M. Warner m'a communiqué depuis les détails suivans sur l’autopsie : c’est au lecteur à juger de l’exactitude du diagnostic. |

« Epaississement de la plèvre et du péricarde, avec granulations à leur surface; épanchement considérable de sérosité , principalement dans la cavité droite du thorax , moindre dans le péricarde ; il n’y avait aucune altération dans les poumons, ni adhérence à la plèvre ; la tumeur de la clavicule avait sa base près du sommet du poumon. Le tissu de cette large masse ressemblait à celle des glandes conglobées , peut-être un peu plus molle, mais d’une couleur uniformément blanchâtre. »

La situation de cette tumeur expliquait suffisamment les principaux sypièmes decette affection. Je soumets le reste, ainsi que les faits précédens , à la considération du lecteur.

Il m'a été communiqué un autre exemple d’altération de la substance du poumon, qui, je pense, était à-peu-près de la même nature que ceux déjà cités. Les symptômes avaient beau-

coup de rapport avec ceux de E W. : difficulté de respirer, particulièrement après un peu d'exercice ; toux ; expectoration muqueuse ; le pouls, dans l’état de repos, à quatre-vingt , et généralement régulier.

Dans ce cas, une grande portion du poumon , spécialement la partie postérieure, était compacte, dure , convertie en une substance semblable à celle du foie : les glandes bronchiales étaient augmentées de volume ; on trouva à la face antérieure du poumon un grand nombre de vésicules , dont on attribuait la formation à la dilatation des cellules de cet organe. ae

J'hésite à exprimer mon sentiment sur l’origine mentionnée, parce que je nai pas vu les parties morbides, la description elle-même laissant quelque chose à désirer : ce cas n’en est pas moins intéressant ; je serais même porté à croire que l’etat d’endurcissement du poumon et le développement des glandes bronchiales pourraient être expliqués par quelques-uns des faits et raisonnemens contenus en différentes parties de ces recherches. |

Dans le troisième volume de la vie et de la correspondance du docteur Lettsom, se trouve une observation qui à pour titre De Uhydrothorax, avec certaines affections anomales. C'est

un document très-instructif ; je le cite avec une satisfaction particulière , parce que j'espère que Panomalie de cet ingénieux écrivain paraîtra quelque chose de moins pour ceux qui ont lu mon ouvrage.

« J. Tom, âgé de quarante et un ans, résidant à Miles’ lane Cannon-Street, était d’une taille moyenne, d’une bonne constitution, plutôt maigre que gras, d’un caractere gai, d’une tempérance constante, très-actif, ayant toujours joui d’une bonne santé, lorsqu'il commenca de se plaindre , dans les premiers jours de juin 1814, que les alimens qu'il prenait ne le nourrissaient plus, notamment son déjeüner : cette sensation augmenta graduellement, il s’affaiblit d’une manière sensible ; il avait de l’oppression, de la difficulté de respirer, accompagnées de douleur dans la région de l'estomac et du diaphragme ; cette douleur, qui s’étendait sur les côtés jusque dans le dos, était particulièrement lancinante du côté droit. Cet état s'étant considérablement aggravé, le malade fit appeler M. Atkinson vers les premiers jours de juillet. Quoique soumis a un traitement dirigé par Vhabileté et Pexpérience , il n'en éprouva qu'un soulagement très-imparfait : on lui conseilla de changer d’air ; il revint chez lui au bout

de quinze jours plus mal qu'auparavant : c'était

le 3août que je vis le malade avec M. Atkinson.

» Quoique faible , i allait et venait dans sa chambre : l'amaigrissement avait continué de faire des progrès ; mais la région de l'estomac et le côté droit étaient développés et tendus; le pouls était très-fréquent, comme il l'avait été dès le début de la maladie, quelquefois, mais rarement, intermittent : parfois la fièvre paraissait, et généralement elle était accompagnée d'un peu de difficulté de respirer et d’une toux légère suivie d’expectoration muqueuse.

Le malade pouvait se tenir couché sur le dos et la tête basse ; urine était en petite quantité, le plus souvent très-colorée ; le sommeil passablement bon et calme: disposition à la constipation, que l’on prévenait par un purgatif salin mer-

curiel.

, Pendant le cours de la maladie, nous pres-

crivimes alternativement les sels, la squille et la digitale , pour provoquer la sécrétion de l'urine ; et comme altérans et désobstruans , quelques petites doses de mercure ; sur les parties tuméfiées et douloureuses des frictions mercurielles , et ensuite des fomentations avec décoction de têtes de pavot. Lorsque la douleur était trop violente, on avait recours, tantôt aux scarifications, d’autres fois auxsangsues ou aux vési-

catoires. On prescrivit aussi une solution de

gomme ammoniaque avec un julep camphre et éthéré, pour diminuer la difficulte de respirer.

» La maladie continuant de faire des progres , le-malade y succomba, le 17 août.

: » Après la mort, on ouvrit le thorax. A peine le cartilage d’une des côtes fut-il séparé, qu'il s’échappa de la poitrine un flot d’eau, qui, avec la quantité que l’on en tira après, peut être estimée à trois quarts (six pintes ). La poitrine en était totalement remplie ; l’action du cœur, qui s’opérait dans un déluge d’eau, avait donné lieu à des syncopes profondes pendant les dernières semaines de la vie. |

» L’examen du cœur ne présentait rien departiculier, si ce n’est un peu moins de volume que d'ordinaire ; le péricarde était également sain.

» Lincision faite de tous les cartilages des côtes, on renversa le sternum, qui présentait, a sa face interne, un grand nombre d’excroissances tuberculeuses, d’une substance stéatomateuse, blanchatre , d’un pouce et demi de diamètre , les unes rameuses, les autres d’une égale grosseur, réunies en masse , ressemblant à autant de petits grélons entassés sur toute l’étendue de la surface; l’intérieur des autres régions de la poitrine présentait la mémedisposition tuberculeuse, mais les tuberculesétaient en moins grand

nombre.

» On remarquait sur les poumons des tuber— cules, depuis le volume d’un pois jusqu’à celui

d’une noisette. Le lobe gauche spécialement |

paraissait transformé en cette espèce de subs-:

tance ; il était plus petit, plus racorni que l’au-.

tre, et dans un état de suppuration.

» Lediaphragme était plus épais, plus dur, particulièrementdans sa portion adhérente au foie: ce dernier viscère ne présentait, à l'extérieur, aucune trace d’ affection morbide; mais, sous l’incision,lelobegaucheoffraitunecavitéqui pouvait contenir six onces de fluide; elle était tapissée par une membrane épaisse, consistante, quicon— tenait un grandnombre d’hydatides de différens volumes, depuis trois lignes jusqu’à un pouce de diamètre; outre ces corps vésiculaires, on remarquait des lambeaux membraneux assez semblables à la tunique des hydatides. La vésicule

du fiel, quoique petite, contenait une certaine

quantité de bile; les intestins et les autres viscères paraissaient être à l’état sain.

» Il est extrémement étonnant qu'avec un épanchement de fluide aussi considérable dans la poitrine, des tumeurs tuberculeuses à l’interieur de cette cavité et sur les poumons , dont le parenchyme-était en suppuration, le poulsayant été aussi rarement intermittent, que le malade ait pu respirer avec autant de facilité, et sup

porter le décubitus horizontal. On n'est pas moins étonné que les fonctions des viscères abdominaux aient continué de se faire à-peuprès dans l’ordre naturel. Le cœur aurait du

faire de violens efforts pour surmonter lobs-

tacle qui gênait ses fonctions ; il n’en fallait pas moins dela part des poumons pour admettre la quantité.d’air nécessaire à l'entretien de la vie. générale, le foie exécutaitses fonctions, quoique sa substance fat

Cependant , malgré Vaffection

le réceptacle d'une innombrable quantité d'hydatides. »

Si les exemples nous eussent manqué pour établir l’analogie entre les tubercules et les hydatides, observation que nous venons de citer aurait parfaitement répondu à nos vues sous tous les rapports : elle renferme, a elle

seule, des gradations de tissu morbide qu'en

général on ne rencontre que séparément ; et lorsque la nature les réunit ainsi, elle ajoute

une nouvelle force, un nouveau poids aux

preuves que nous avons rapportées précédemment, et qui nous paraissent irrésistibles. Nous espérons qu’avec une telle évidence il sera moins difficile de comprendre certains faits de pathologie dont on était étonné, et qui s’accordaient mal avec les doctrines généralement adoptées.

J'ai rapporté deja un cas d'adhérence tuber-

culeuse de la plèvre, en voiciun autredede Haén, qui n’est pas sans intérét. L’auteur est um de ceux qui affirment que ces sortes d’ affections génent peula respiration, et qu elles ont souvent lieu sans faire soupconner leur existence. Le cas qu’il cite n’est sans doute pas de ce nombre; car, quoique le malade ait eu les symptômes les plus évidens d’une affection grave de la plèvre, ils’en étonne, comme s’il se fut présenté à lui un phénomène inexplicable.

Cet homme mourut à l’âge de vingt-trois ans : dans son jeune âge, il avait eu un spina ventosa ; il lui était survenu récemment un abcès à l’articulation de la cuisse par suite d’une blessure extérieure , etc. Cet abcès s’ouvrit, et quatre jours après , subita eum peripneumonia prehendit, pure quanwis rite ex ulcere fluente ; hanc iterata missio sanguinis , penitus phlogistici, et idonea remedia, ad quartum diem egregie solverunt : ita ut cum respiratione non impedita , semper dein miti febre continua remittente laboret , et appetitu perpetuo bono gauderet; donec. demum colliquante diarrhea ichoris ex ulcere effluxu , immobilitate affecti cruris, urinis denique tum colore , tum crassamento, fuscis, difficilique respiratione prægressis, moreretur.

Je ne ferai point mention du résultat de Pexa-

men de l’articulation de l'abdomen, etc. Je me borne à citer ce qui a rapport au thorax :

Thoracem rimatus, pulmones itanexos inveni, ut simile quid nec viderim, nec legerim unquam. Nam non fuit in toto thorace, universoque pulmonum in ambitu, vel unicum punctum @ cohesione liberum. Quippe coherebat pulmo cum tota pleura, cum universo diaphragmate, integro cum pericardio, sternoque. Modus autem cohærentiæ adeo firmus erat, ut nemo nostrum, citra dilacerationem , vel minimam solvere portionem posset. Connectebat enim eosdem tenacissima, non dilatabilis , et ubi vi partes a se invicem distrahebantur, vis semilineam crassa, cellulosa membrana. Imo toto sinistro in latere, tenacitatis cellulosæ loco, vera reperta sarcosis ; veluti si pleura degenerasset in crassissimam carnem rubram, insertam alte in pulmonum substantiam, ab eaque inseparabilem lobi quoque omnes inter sese eadem tenacissima cellulositate coivere. |

Sed nihil mirabilius contemplatione cordis.

Ut enim pericardium omni in puncto arctissimæ unitum cum pulmonibus erat, ut jam dixi, ita interno pariete suo, ope ejusdem LerACISSIME texture cellulose, tam firmiter cum corde, ejusque auriculis, sinibus , ac vasis majoribus amnibus concreverat, ut solvere nemo , nisi la-

cerando, posset. Preterquam quod crassus saccus, seu nova genitura , aorte ad pollicem latum undique, firmiterque , circumcretus , et in— time connatus , reperiretur, etc.

Les réflexions de de Haën sur ce cas se bornent aux paragraphes suivans :

Porro nemo nostrum vidit hominem hunc laboriose respirantem, cum 4. Martsi hujus, quem vivimus , anni, circiter 50. gradus concenderet, concilium cum ceteris adventantibus pauperibus, petiturus. Nec vitiose respiravit quatuor primis diebus , uti neque post peripneumoniam curatam, nisi sub mortem. Respiratio tantum fuit naturali brevior , pulsusque naturali paulo celerior ac debilior , vix tamen inaequalis.

Homo ergo hic cohæsionem habuit, cui forte similis non visa unquam : attamen non subita , sed lenta morte, cujus Causæ aliunde note, peritt.

Il semblerait que de Haën avait en vue de contredire l’opinion de Boerhaave, qui considérait les maladies de la plevre comme cause de mort subite (1). Cette intention se fait remarquer dans la rédaction du cas qu'il rapporte; il dit que la respiration n’était pas laborieuse, et un instant apres il écrit : natwrali

Ro

(1) Institut, § 855. :

brevior. Nous avons vu qu’Edouard marchait encore, quoique sa maladie fat presque aussi grave que celle mentionnée par de Haén. Il ne dit pas le temps qui s’est écoulé entre le début de la péripneumonie, comme il l’appelle, et la mort du malade. C’est sans doute au developpement de cette affection qu’il faut attribuer la marche rapide des autres maladies ; maisl’auteur ne donne pas de preuves suffisantes pour justifier son opinion ; c’est-a-dire que l’affection pulmonaire avait eu la plus grande part à l’événement.

Je suis pleinement convaincu que la cause aurait été mieux expliquée s’il ett pris soin de noter tous les symptomies avec exactitude, au heu d’en faire mention avec un laconisme et une légèreté sn : autrement on aurait re-

connu tout ce que l’on a remarqué dans le cas :

d’Edouard.

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