CHAPITRE IL
NOUVEAUX FAITS A L'APPUI DES PREUVES PRÉCÉ- DENTES SUR LES RAPPORTS QUI EXISTENT ENTRE LES HYDATIDES ET LES TUBERCULES ; THÉORIE DE LA FORMATION DES TUMEURS.
Nous allons essayer maintenant de nous servir des faits précédens pour expliquer la formation de certaines tumeurs : il est bon que
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l'on sache auparavant ce que j'entends par les mots tubercule et tumeur. Y’emploierai le. mot tubercule pour désigner les désorganisations composées d’un seul kyste, quel que soit son volume ou la nature de son contenu; et par éumeur J'entends désigner ces tissus morbides qui paraissent être composés de plus d’un tubercule, ainsi que je me propose de le démontrer. Je prie le lecteur de se rappeler que je ne prétends pas étendre cette application a tous les genres d’affections morbides ( quoiqu’on pourrait le faire plus tard); que si j’établis cette distinction, c’est qu’elle n’a paru convenable pour éclaircir la question. Ce n’est ici qu’une disposition purement artificielle , une division qui n’est établie que pour prévenir la confusion dans les détails subséquens. Je me propose de revenir sur les faits rapportés au commencement de ce volume : cette récapitulation sera utile par elle-même, et nécessaire pour lintelligence de ce qui nous reste à exposer.
Ilest probable que tous les tubercules, quelles que soient leur situation et la substance qui les compose, étaient, à leur origine, de petits corps vésiculaires contenant du fluide. Îl est impossible de déterminer le minimum de leur volume à leur origine, ni l’étendue qu'ils peuvent acquérir avant que leur transformation
s'opère; nous ne connaissons pas non plus les circonstances qui occasionnent ces transformations; mais il nous importe de prouver qu’elles ont lieu, et c’est, je pense, ce que nous avons fait de la maniere la plus évidente.
Les corps que l’on rencontre dans les poumons, qui s'étendent sur les membranes séreuses, sont, pour la plupart, des tubercules, selon la définition que nous en avons donnée (des kystes) : quoiqwils different souvent dans leur contenu, on trouve rarement de la différence dans la texture et la substance du méme tubercule. Cependant c’est une circonstance qui se rencontre souvent dans les tumeurs ; c’est cette même circonstance, aussi frappante qu instructive, qui mérite la plus grande attention pour expliquer le développement de ces corps.
On ignore comment s’opere la formation des hydatides ; mais c’est a cette formation que certains tubercules doivent leur existence, et c’est du volume, de la position relative et de la structure des tubercules ainsi formés, que dépendent les caractères d’un grand nombre des plus graves désorganisations auxquelles soit exposé le corps humain.
L’hydatide solitaire, après sa transformation, donne naissance à un tubercule; elle est ou pédiculée ou enfoncée dans quelques parties mol-
les, et située entre les lames des membranes, ou dans tous les tissus qui peuvent permettre son développement; elle est a peine visible a cause de sa petitesse, ou elle est d’un tres-gros volume; quelquefois on ne rencontre qu'un seul tubercule dans un viscere, tout le reste est sain :ses fonctionss exécutent sans interruption ; mais il est certain que, quel que soit l’état du systeme admettant l'existence d’un seul tubercule, il peut en engendrer d’autres en nombre quelquefois infini : d’autres fois, les tubercules s'emparent de la totalité du viscere, et ne laissent rien de sa texture primitive ; d’autres fois encore , ils n’en occupent qu’une portion, et s'étendent aux parties circonvoisines, qu'ils enveloppent sous la même forme d’affection.
Si la doctrine établie dans ces recherches parait fondée , les caractères morbides mentionnés par le docteur Baillie pourraient en recevoir quelques explications utiles. Je veux parler de la matière scrophuleuse adhérente au péritoine, des tumeurs cancéreuses, cartilagineuses, stéatomateuses, qui se développent sur la même membrane (1). On peut également comparer ce que dit l’auteur sur les tubercules des poumons et des autres parties avec les observations et
(1) Vide morbid anatomy, page 130.
les réflexions consignées en divers endroits de ce volume.
La matiere contenue dans les tubercules differe beaucoup d’elle-méme, comme nous l'avons fait voir ; mais l’époque à laquelle ces corps sont examinés doit influer sur lanature des substances que l’on yrencontre : c'est ce que nous avons démontré dans la première partie de cet ouvrage ; d’autres faits feront voir leur marche à l’état solide, et, dans quelques exemples, on verra s’effacer les dernières traces de leur caractere tuberculeux.
. Quelquefois les hydatides croissent en grappes, et sont comme suspendues dans les cavités. — Lorsque les transformations s’opèrent, les caractères morbides ordinaires conservent , en quelque sorte, la distribution originaire des parties. J’ai vu des tubercules attachés de cette manière au plexus choroïde, aux valvules du cœur, au bord. frangé des trompes utérines, à l’épiploon et aux circonvolutions des intestins. Dans ce dernier cas, ils etaient extrêmement petits; les plus gros n’excédaient pas le volume d’une tête d’épingle, leur nombre était audelà de tout calcul ; ils avaient l'apparence de franges.
C’est , je pense, cette variété qui s empara de l’épiploon chez M. Shrapnell ; mais les tuber-
cules étaient plus gros, et les traces de leur caractère originaire plus complétement détruites que dans les cas dont nous venons de parler.
Cette variété se fait remarquer lorsque de petits tubercules, en nombre infini, se développent par juxtä-position, et qu ils se reunissent ensemble. Toutes les fois que cette disposition a lieu, la texture originaire de la partie est entièrement effacée , 1l en résulte une masse de divers degrés de fermeté et de densité.
On distingue, lors de l'invasion de la maladie, un tissu granulé, dont le caractère s’efface
avec le temps; la consolidation devient plus
complète, et c’est alors que l’on trouve une substance cartilagineuse ou d’une texture squir— rheuse. J’ai suivi ces divers degrés de transformation dans le foie, dans les poumons , dans la plèvre, dans l’épiploon , dans le péritoine , et dans les tumeurs des autres parties du corps.
Dans l’épiploon de Haynes et dans la plevre d'Edouard , ces gradations étaient remarquablement distinctes ; ce n’est qu'à la présence de ces corps qu’il faut attribuer ces adhérences solides, épaisses, qui attachaient entre elles les circonvolutions des intestins et les autres viscères de l'abdomen , dans les autres cas decrits au commencement de ce volume.
Quelquefois de petites hydatides se développent ala surface, d’autres fois à l’intérieur d'hydatides plus volumineuses, ou bien elles flottent dans leur cavité. J’ai vu dans un cas de cette espèce l'utérus et ses annexes convertis en une énorme masse irrégulière, du volume du poing , composée de tubercules qui s'étaient développés à la surface : ceyx-ci étaient surmontés de tubercules graduellement plus petits : les uns, contenant une substance glaireuse ; les autres étant passés à l’état de squirrhe ; d'autres encore, qui, n'ayant presque point éprouvé de changement, contenaient des kystes d’un tissu extrêmement ténu, dans lesquels se trouvait un fluide transparent.
La variété de tubercule la plus importante à connaitre est celle dont les kystes, originairement distincts et séparés les uns des autres, se rapprochent, à mesure qu’ils augmentent de volume, s'unissent et forment des tumeurs, qui ont recu différentes désignations , selon le caractère prédominant de leur contenu et de leur structure intérieure. Cest spécialement pour éclairer cette partie de mon sujet que j'ai fait, au commencement de ce chapitre, la distinction entre les mots {umeurs et tubercules : on en sentira bientôt toute l’utilité.
Les trois principales variétés que l’on vient
de désigner se feront aisément comprendre par cette esquisse :
La premiere représente les hydatides en grappes , la seconde donne une idée des petits tubercules formant une texture dense, granulée , et la troisième explique ce que lon remarque constamment apres que les tubercules, d’abord distincts, se sont réunis en masse.
Toutes ces variétés peuvent se rencontrer sur le mème sujet et dans le mème tissu ; assez souvent ils sont encore combinés de plusieurs manières , et produisent les divers caractères physiques de cette espèce de maladie.
Ce n’est pas comme division complète que je présente ces trois variétés ; mais elles comprennent les plus essentielles que nous ayons observées. La dernière sur-tout est très-importante à connaître , et mérite que nous la fassions remarquer avec attention. Que l’on veuille bien | se rappeler ce que nous avons dit relativement aux substances contenues dans les tubercules. Supposons que l’esquisse de la troisième figure représente des corps de cette espèce ; que chacun