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(1) Voyez Trans. philos., page 391.
semblent entre elles ; qu'elles ont un principe commun trés-différent de celui de Vinflamma~ tion. (Idem, p. 392.) En parlant des maladies de ce genre, il y comprend le cancer, le scrophule et toutes les affections de la méme espece. Il n’est pas moins important de remarquer que, dans l’'énumération qu'il fait des résultats de inflammation, cet auteur célèbre en exclut également le squirrhe, maladie que tous les auteurs systématiques ont conservée jusqu’à présent dans leurs ouvrages , comme le résultat d’une phlegmasie chronique. Le passage cité, en même temps qu’il donne une idée exacte des sentimens de l’auteur à ce sujet, justifie pleinement et de la manière la plus satisfaisante l’une des plus importantes conséquences que lon puisse tirer des recherches qui nous occupent.
La marche du développement des tubercules et des tumeurs, telle que je la concois et telle que j'ai essayé de la décrire , se présente à l’observation dans certaines parties extérieures du corps. Par exemple, ne voyons -nous pas souvent de petites vésicules globulaires se développer sur le bord des paupières, ne contenant d'abord qu'un fluide tout-à-fait limpide , et quelque temps après offrir tous les caractères d’un tubercule mélicéreux , athéromateux ou cartilagineux ? On peut observer ces change-
mens sur la même paupière: ici, c'est un kyste épais contenant un fluide séreux; un peu plus loin, le kyste a conservé sa transparence, mais le fluide est devenu plus consistant ; on observe encore sur la même partie la destruction complete du caractère hydatique, et l’on ne trouve plus à sa place qu’un tubercule dur.
L’ulcération des parties tuberculeuses prend généralement le caractère du cancer , selon la disposition particuliere des parties élémentaires du tissu morbide : c’est ce qui se fait très-bien remarquer dans le cancer des levres. A mesure que l’ulcération s’avance, les inégalités, les granulations de la surface se prononcent davantage, et la structure tuberculeuse devient évidente par les corps globulaires distincts qui proéminent à la surface affectée : c’est ce que l’on reconnaît également par le toucher et par la dissection. Quand l’ulcération s’est une fois emparée de la partie malade, lablation est le seul moyen d’en arrêter les progrès.
Je ne m’occuperai pas, quant à présent, de la classification de ces tumeurs ; cependant elles pourraient être disposées dans un ordre meilleur, plus méthodiquement scientifique que celui que l’on a généralement adopté, si toutefois les faits que j’ai exposés se trouvent appuyés par des observations ultérieures. Les nombreuses
variétés de substance et de tissu dans la meme tumeur ; les changemens que ces corps éprouvent dans les différens stages de leur existence, nous imposent l'obligation d'observer avec soin la marche de ces changemens , d’en déterminer le caractère au moment où ils se trouvent indiqués , avant d'en faire la base d’une classification systématique. Cest au défaut d'attention sur ces divers points qu'il faut attribuer lexiréme confusion qui règne dans la classification de cette partie de la pathologie; car,ici, on a commencé par où l’on aurait di finir : au lieu de suivre la maladie dans ses diverses gradations , depuis son origine jusqu’à sa dernière période la plus fatale, on a interverti l’ordre de la na— ture; on a cherché à découvrir les caractères spécifiques et élémentaires , quand l’action morbide avait étendu ses ravages au point de confondre la nature originaire dela maladie avec l'affection particulière des parties contiguës.
J'ai pris une route toute différente, j'ai taché d’éclairer quelques-uns des points embarrassans de ce genre de maladies : j'ai Pespoir qu'avee des idées plus exactes sur leur nature on pourra parvenir au moyen de les prévenir et d’y apporter du soulagement.
En poursuivant cette tâche, je suis parvenu à des résultats tout-à-fait en opposition avec
les opinions de quelques hommes éminemment distingués. De ce nombre se trouve M. Abernethy , dont j’ai déjà parlé. Quoi qu'il n’en coute , je me vois forcé, par les motifs que j'ai donnés, de ne point partager ses vues. Il n’est pas sans importance, dans cette matière, de rappeler ce que j'ai fait remarquer de la doctrine de Hunter; car M. Abernethy est également d’un avis contraire à la plupart des écrivains sur les causes des désorganisations. Dans la crainte de m'être trompé sur ce point, jappellerai l'attention du lecteur sur quelques passages de M. Abernethy concernant les tumeurs,
« {i fait remarquer que l’on trouve dans le sarcome cystique des kystes ou des cellules du volume d’un grain de raisin de Corinthe. Ces kystes renferment quelquefois un fluide aqueux, quoique coagulable; assez souvent ils contiennent une matière caseuse, qui, par sa couleur et sa consistance, ressemble à du fromage (1).
» Il dit du sarcome tuberculeux, qu’il consiste en une agrégation de petites tumeurs rondes, différentes par leur couleur et leur volume, réunies ensemble au moyen d’une espèce de tissu cellulaire; le volume des tubercules varie
(1) Voyez ABERNETHY , on tumours, pag. 45, 46 et 51.
depuis celui d’un pois jusqu'à celui d’an haricot; il est quelquefois plus considérable encore.
Après avoir exposé les caractères distinctifs du sarcome carcinomateux , et avoir décrit les. lames blanches qui en divisent le tissu, il dit « que ces lames sont irrégulièrement disposées ; qu’elles contiennent dans leur intervalle une substance brunatre , que l’on peut extraire avec le doigt ; quelquefois elles contiennent une substance pulpeuse, de consistance et de couleur différentes; d’autres fois encore, ces lames forment des arborescences qui se ramifient dans la substance malade. (Tr. phil., p. 78, 1818. ) »
L’auteur remarque que les tumeurs enkystées se distinguent par la régularite de leur forme, dontla surface est lisse et la substance pulpeuse. Cependant, ajoute-t-il, la plupart des chirursiens ont vu des tumeurs, qu’ils considéraient d’abord comme des loupes , et qui, après les avoir enlevées comme telles, découvraient que c'était un sarcome mou, d’une forme régulière , et non un kyste contenant une substance pulpeuse. (Idem, p. 108. )
Il est difficile de concevoir comment le mot enkysté pourrait être restreint à une seule espèce de tumeurs, quand on a vu qu'il pouvait s'appliquer également à toutes les autres; quand on a eu occasion de remarquer que les parties
élémentaires de ces désorganisations sont formées de kystes; que le nombre , le volume, le contenu de ces kystes et leur disposition relative , donnent à la masse morbide ses propriétés caractéristiques. Que l’on se reporte à ce qui est dit à ce sujet, au commencement de ce chapitre, pour l'explication de ces faits : je demande maintenant si mes principes ne sont pas suflisamment établis dans tous les points essentiels.
Lorsqu'il traite des tumeurs enkystées , M. Abernethy observe que quelques - uns avaient eu l’idée que ces kystes pourraient bien ètre de la nature des hydatides; il refuse de donner son opinion à ce sujet, laissant au lecteur à porter lui-même son jugement d’après les faits qu'il expose. J'ai déjà fait remarquer que cette idée n’est pas nouvelle;je crois avoir suffisamment prouvé que cette idée est des mieux fondées , et qu’elle jette un rayon de lumière sur l’espèce de maladie la plus obscure et la plus déplorable.
Au nombre de ces sortes d’affections se trouve compris le fongus hématode. On a judicieusement remarqué que ce nom n’était propre qu’a donner une fausse idée de la maladie : lorsque M. Hey en fit Papplication au cas formidable qui se présenta, pour la première fois, à son observation , il fut guidé par des signes qui ne devaient
étre considérés que comme un symptome occasionnel , qui se rencontre rarement. On ne remarque ce symptôme que dans les cas où les parties ont été antérieurement affectées, quand la texture morbide a été altérée par une violence extérieure ou par quelque autre cause.
C’est ce dont il faut se rappeler; car autrement on pourrait supposer que j'ai eu recours à une analogie mal fondée, et que j'ai tiré de fausses inductions de certaines maladies qui sont en Opposition avec la doctrine que je veux établir. Il importe peu quel nom on donne aux maladies, pourvu que ce nom soit bien défini. On a dû remarquer que je me suis beaucoup moins occupé d’établir de Vuniformité sur ce point que d’obtenir une connaissance exacte des caractères morbides ; connaissance sans laquelle tous nos efforts pour corriger notre nosologie seraient sinon nuisibles, au moins inutiles.
Ainsi, quand la maladie en question est arrivée au point de présenter les caracteres qui justifient sa dénomination, le fongus doit être considéré non comme un symptôme essentiel et spécifique, mais comme accidentel, comme un symptôme qui a pu être déterminé par quelques causes particulières dans le cours de l'affection individuelle. En remontant à la source de cette maladie,onn’y verra autre chose
que des tumeurs ou des tubercules , d’abord petits, distincts, dont la marche s’est avancée par différens degrés de vitesse, communiquant , au toucher, diverses sensations relatives au caractère prédominant des substances qu’elles contiennent. De même que les autres tumeurs, elles produisent sur les parties environnantes un effet très-remarquable pendant la marche de leur accroissement. Si, pendant leur état morbide, les tegumens cèdent en raison de la violence extérieure, ou par telle autre cause quelconque , on voit alors se développer parfois cet horrible ulcère fongo-sanguinolent, qui a donné l’idée du nom de fongus hématode , sous lequel il est désigné.
La description d’un cas de cette espèce, observé par M. Hey, démontre fort bien la marche de cette -effroyable maladie. Il n’existait d’abord qu’une petite tumeur mobile à la face interne du genou droit, près de la rotule. La cause paraissait être interne; mais une chute apporta des modifications dans son développement ultérieur. Le malade tomba sur une pierre et se blessa le genou : alors la tumeur augmenta progressivement jusqu’à prendre le volume d’un œuf; elle resta stationnaire pendant assez longtemps encore. Deux mois avant d'entrer à Pinfirmerie de Leed, le malade tomba d’une cer-
taine hauteur ; il en résulta une extension violente du genou affecté, qui cependant n'avait été heurté par aucun corps. La tumeur aussitôt augmenta de volume; en peu d'heures, elle s’étendit jusqu’au milieu de la face interne de la cuisse. Environ quinze jours après ce dernier accident, les tégumens de la portion inférieure de la tumeur s’ouvrirent, et laisserent échapper un peu de sang : alors parut un fongus brunâtre, de la grosseur d’un œuf de pigeon. Quelques semaines après l'apparition de ce fongus, la peau s’ouvrit encore dans un autre endroit de Ja tumeur principale, et donna du sang : de cette fissure cutanée s’éleva un autre fongus , qui, dans le cours de quelques semaines, avait acquis le volume d’un petit melon. La tumeur avait huit pouces, mesurée entre les deux points opposés de sa base; il s’échappait souvent du sang de la racine de ce fongus, particulièrement quand le malade montait sur son lit.
Si l’on fait attention aux symptômes morbides que présentait cette maladie, avant que les accidens qui se sont succédé en aient changé la nature, on y voit le caractère hydatique tracé d’une manière plus distincte encore que dans aucun autre cas de ce genre d'affection.
La troisieme observation de M. Hey a pour objet une tumeur de la mamelle qui, était
parfaitement distincte des membranes adipeuses dont elle était entourée; elle n'avait d'autre connexion avec cette substance que par le tissu cellulaire, qui unit entre elles toutes les parties du corps. Sous l’incision, cette tumeur ne présentait qu’une substance glanduleuse à l’état morbide, entremelée de petites cavités contenant du fluide, ou séreux, ou visqueux, ou. gélatineux. (Hev’s Surgery, p. 267.)
La quatrième observation sur le même sujet présente a-peu-pres les mémes phénomenes. «La tumeur adhérait en partie a la mamelle, et offrait une substance glanduleuse, dans laquelle se trouvaient trois ou quatre kystes contenant un fluide séreux et visqueux. »
Ilnous serait facile de multiplier les exemples de ces sortes de cas. Nous nous bornerons aquelques extraits des ouvrages qui traitent du même. sujet, et l’on verra que les caractères qui appartiennent à cette maladie se retrouvent encore, lorsméme qu elleestparvenue aun degré oùil est difficile de reconnaitre sa disposition originaire.
Dans sa premiere observation sur le fongus hématode, M. Wardrop, après avoir extrait le globe de l'œil, et Vavoir incisé de manière à diviser le nerf optique en deux parties égales, fait remarquer que la chambre postérieure était complétement remplie d'une masse solide qui
ressemblait à une portion du cerveau. Elle était en partie pulpeuse, se délayant parfaitement dans l’eau, ne laissant déposer qu’une substance filamenteuse analogue au tissu cellulaire. Cette masse cependant contenait quelques portions plus dures, plus fermes que les autres; une autre portion contenait des particules de matières osseuses. La tumeur morbide qui formait le fongus extérieur ressemblait à un polype mou, muqueux, dont le tissu gélatineux se séparait aisément. (Warprop, On ee hematodes, p. 33.)
Il n’est pas nécessaire de répéter ici que le caractère spécial du fongus et l’état des parties qui Pavoisinent importent peu à l’objet maintenant en question : que l’on se rappelle seulement les particularités qui se sont rencontrées dans le cas ci-dessus noté après la mort du malade.
«Sur laselle turcique, lieu deréuniondes nerfs optiques , existait une tumeur du volume d’une châtaigne , arrondie, à surface inégale, quoique lisse, d’une couleur jaunatre, un peu plus foncée que celle de la substance médullaire : dépouillée de la membrane fine, transparente, qui la recouvrait, elle offrait une substance pulpeuse, blanchatre, d’une égale consistance. L’os frontal ayant été scié au milieu de l'orbite, on enleva ce qui était resté dans cette cavité ; on put sui-
vre , dans un court trajet, le nerf optique , qui tout-a-coup semblait former le noyau (nucleus) d’une masse de tissu morbide, composée de muscles, desang, de substance adipeuse ;ony remarquait encore uncertain nombre de masses arrondies , couvertes d’une enveloppe extérieure , d’un tissu cellulaire, dense , et qui contenait une matière exactement semblable à celle de la tumeur de la selle turcique, et à celle de la chambre postérieure de lœil.
» La tumeur du cou, qui avoisinait l'oreille, n’était nullement adhérente aux tégumens ni aux parties qui l’environnaient; elle avait tous les caractères extérieurs d’une glande lymphatique tuméfiée : elle était composée d’une matière pulpeuse, semblable en tout à celle du cerveau. Une des glandes de la machoire inférieure, disséquée avec soin, présentait le même caractère. » (Trans. philos., p. 34, 1818. )
Dans sa seconde observation, M. Wardrop remarque « que la surface du cerveau était couverte de petites tumeurs d’une forme irrégulière, et dont le volume variait depuis celui d’une tête d’épingle jusqu’à celui d’un gros pois. Sous Vincision, elle paraissait composée de petits kystes ou abces, contenant un fluide visqueux, blanchatre, approchant de la CONSIStance de la créme. ( /dem, p. 39.)
» Le plexus choroide était épaisside beaucoup; sa portion vasculaire, considérée comme des hydatides, était très -tuméfiée et convertie en une substance grisätre, semblable à du cerveau. En soulevant la masse encéphalique en contact avec le nerf optique, du côté droit, on rencontra une cavité contenant une quantité considérable de sang noir; il s’y trouvait en outre une tumeur d’une substance solide, du volume d’un œuf de poule. Comme cette tumeur paraissait faire partie de celle de l'orbite, on scia l’os de cette cavité pour avoir la masse entiere. »
En réduisant le mot abcès à sa signification ordinaire, on voit que les petits corps disséminés à la surface du cerveau avaient une origine différente de celle d’un abcès; qu’ils appartiennent à ce genre désigné par Hunter dans le passage que nous avons cité, et qui se trouve décrit en différens endroits de cet ouvrage. Nous rapporterons d'autres observations sur ce sujet dans le chapitre suivant.
La sixième observation de M. Wardrop nous parait tres-importante pour notre objet. « L’ceil était le siége de la maladie ; le globe de cet organe était particulièrement composé de substance médullaire pulpeuse, teinte, en différens points , par un fluide brunâtre ; la tumeur s’a-
Lex vançait au-delà de la sclérotique, et paraissait composée d’un tissu semblable ; après la macération, on remarqua des stries blanchatres dans le tissu méme de la substance malade.
» Après la mort, on trouva dans le foie des tumeurs de même nature que celle de Poil, ainsi qu'un kyste rempli d’une grande quantité de matière grumeuse et puriforme.
» Les reinscontenaient également des tumeurs d’un volume considérable ; l’utérus avait la densité du cartilage ; la vessie était énormément distendue par un fluide épais, sanguinolent; cependant ce viscère paraissait sain. ( /dem, p. 77.) »
La vingt et unième observation de M. Wardrop est un cas de sarcocèle , dont l’opération fut suivie de la mort.
« L’organe morbide était d’un tissu mou, élastique , d’une couleur brunatre; il contenait de nombreux kystes séreux , transparens.
» Après la mort, on trouva le cordon spermatique du même côté extrêmement dur , entouré d’un chapelet glanduleux, qui s’étendait jusqu’à la tumeur, que l’on sentait, pendant la vie, à travers les muscles abdominaux : cette masse était composée d’une espèce de grappes de glandes malades ; elle présentait, al incision, un sang grumeux, noiratre , endurci; la tumeur entourait l’aorte et la veine cave; cette
derniere , évidemment affectée, était rétrécie dans son diamètre.
» Il y avait dans le foie plusieurs tubercules contenant un fluide épais, noiratre.
» La mème disposition se faisait remarquer dans les tubercules des poumons.
» Dans le bassinet des reins, une quantité de matière purulente. (/dem, p. 135.)»
Les propositions que j'ai avancées me paraissent plemement justifiées par les faits que je viens de rapporter; mais s’ils ne suffisaient pas encore, on pourrait consulter les diverses observations recueillies et publiées par les auteurs qui ont traité ce sujet.
Le but principal des citations que j'ai faites est d'établir en principe que le caractère tuberculeux ou enkysté est la partie élémentaire de cette maladie ; de faire voir que, dans les cas rapportés, de même que dans ceux que jai observés , le caractère morbide dépend du nombre, du volume, de la substance deces kystes et de leur disposition dans la tumeur.
Le point de vue sous lequel j'ai examiné cette maladie se trouve conforme aux excellentes observations de M. Abernethy, relativement au danger qui resulte de Virritation de ces kystes, soit qu'ils se rompent spontanément ou par toute autre cause. Cest en pareil cas que le
fongus hématode se montre sous une forme aussi hideuse qu’alarmante. MM. Hey et Abernethy avaient noté les rapports qui existent entre les kystes et le fongus hématode ; mais ils mont point considéré ces kystes comme la source de cette affection dévastatrice. Je ne chercherai pas à décider sur ce point, parce qu’il n’affecte en rien l’objet de notre discussion.
On conçoit facilement qu’un fongus saignant puisse naître d’une surface morbide; son caractere extérieur, déterminé par plusieurs causes, dépend de la disposition des parties sur lesquelles il se développe; ce n’est, à proprement parler, que la maladie d'une maladie, si Von veut me permettre cette expression. Il est démontré que ce n’est que la maladie d’un kyste ; mais il serait difficile d’en expliquer la cause.
Mon travail était déja fort avancé lorsque jeus occasion de connaître les observations de M. Adam sur les mamelles cancéreuses. L’auteur part du meme principe que le docteur Hunter sur les hydatides; ses observations ne servent guere qu’a confirmer celles de Hunter sur existence de ces corps vésiculaires dansles mamelles. Il aurait bien fait de s’en tenir la, au lieu de s’égarer dans les détours d’une discussion théorique sur la vie particulière et les proprictés de Vhydatide. Il attribue le carcinome a
Pétat vivant des hydatides, à leur décroissement et a leur multiplication: pour en expliquer les divers caracteres, il les divise en un certain nombre d’espéces : lymphatica, cruenta carcinomatosa , et croit qu'il en existe d’autres encore (1). Il dit que les hydatides sont logées dans des cavités différentes, ou renfermées dans un fongus qui est occasionné par la mort d'un certain nombre de ces corps, qui, stimulant les parties environnantes, les excitent à engendrer de nouvelles hydatides, afin que celles qui sont mortes se trouvent séparées des vivantes.
Ce fongus, selon M. Adam , est un nid formé pour protéger une génération nouvelle d’hydatides ; par le moyen du fongus, la famille morte se trouve séparée de la famille vivante, et sa conservation est assurée; elles meurent, dit-il, sans occasionner aucune autre affection, dans la partie oùelles existent, qu'un stimulus local. IL attache beaucoup d importance à établir ses conjectures, par lesquelles il prétend prouver. l'existence animalculaire du carcinome (2).
(1) Observations on the cancerous breast, page 79. (2) Idem, page 38, Letter to doctor Bartrte.
Le traducteur a supprimé à dessein une partie de cette citation, beaucouptrop longue pour le peu d’intérêt qu’elle présente.
En admettant que les hydatides soient des animalcules, nous avons fait voir que c’est à la perte du caractère hydatique, à la transformation de ces corps, qu’il faut attribuer les dégénérescences morbides des mamelles et des autres parties du corps.
C'est sur cette large base que j'ai essayé de fonder ma doctrine; j'ai voulu prouver que ces transformations s’opèrent, qu’elles occasionnent diverses désorganisations dans la constitution animale; j’ai considéré la question dans ses rapports purement pathologiques , sans avoir égard aux opinions relatives à l’origine nia la vitalité des hydatides. Je ne pouvais me dispenser , dans les recherches de cette nature, de m'occuper de l’histoire naturelle de ces corps; ce que j'ai fait, il est vrai, d’une manière fort incomplete, mais suffisante , je crois, pour appuyer mes assertions. Cependant ce sujet vaut la peine d’être examiné, et je pourrai bien en faire plus tard l’objet d’une recherche spéciale.
l’objet qui nous occupe, ainsi que beaucoup d’autres parties de l’art, attestent, d’une manière frappante, la lenteur des progrès de lesprit humain. Combien il existe encore de difficultés à surmonter, d’obscurités à dissiper, avant que la vérité paraisse dans son attitude
simple et imposante pour présenter à l'homme laborieux la récompense de ses travaux !
L'adoption de certains mots mal appropriés est devenue une source féconde d'erreurs en beaucoup de circonstances ; c’est ce que l’on voit encore pour le mot hydatide. L’étymologie de ce mot, les idées qui s’y associent naturellement, en ont restreint la signification, en même temps qu’elles ont mis des bornes à nos recherches : en sorte que nous n’avons jamais osé examiner ces corps sous d’autres rapports que sous celui que son nom désigne. Ce mot est devenu si puissant, qu’il détruit même les témoignages de nos sens; car la marche des transformations a été remarquée par différens observateurs ; on a vu la même tumeur renfermer toutes les diverses substances, depuis la simple vésicule aqueuse jusqu’à la texture squirrheuse ou cartilagineuse. Boerhaave, ainsi que d’autres, ont tracé d’une manière distincte ces transformations; J. Hunter pensait qu’elles pouvaient avoir lieu; Jenner a prouvé qu’elles s’opéraient, et qu’elles formaient des tubercules dans les poumons. Eh bien! tous ces faits n’ont pas eu la moindre influence sur les opinions, sur les réflexions des hommes éclairés. Les essais du docteur Adam ont été infrüctueux, parce qu’il a dédaigné la voie simple et directe poursuivre la
route incertaine et trompeuse des conjectures. Ses propositions insoutenables , tout-à-fait en opposition a une saine philosophie, sont plus propres à faire rétrograder la marche de cette partie de la pathologie qu’à la faire avancer. Cet auteur s’est livré aux conjectures quand il devait se borner à constater les faits : ainsi entrainé, malgré lui, hors de la vraie route, 1l ne put sortir du labyrinthe dans lequel il s’est perdu.