‹ Recherches, observations et expériences sur le développement naturel et artificiel des maladies turberculeusesChapitre 20 sur 34 · MALADIES TUBERCULEUSES CHEZ LES ANIMAUX · texte numérisé non relu

MALADIES TUBERCULEUSES CHEZ LES ANIMAUX

Je vais essayer de porter un nouveau jour sur le mode de développement des tubercules décrits dans les pages précédentes, par V examen des maladies analogues chez les animaux. Ce rapprochement me fournira l’occasion de faire remarquer l'opinion que j'ai consignée dans le premier volume, relatif à l'origine des tuber-

cules. Jusqu'ici j'ai gardée le silence sur cette opinion, parce que je désirais sur-tout que les doutes qu'elle aurait pu faire naître ne vinssent point embrouiller la question que j'avais à traiter sur le mode de développement des tubercules.

Je désirais encore éviter toute espèce de discussion sur ce point, jusqu'a ce que j eusse pu réunir tous les faits que mes observations ont pu me fournir , et au moyen desquels mon sentiment sur l’origine des tubercules pit être confirmé ou détruit.

Les cas sur lesquels j'appelle l'attention du lecteur sont décidément d’une nature tuberculeuse. Je les ai recueillis, la plupart, dans l’ouvrage de M. Dupuy, célèbre vétérinaire francais. Les détails qu'il donne sur ces affections morbides coincident parfaitement avec ceux que j'ai publiés sur le même sujet, en 1819 (premier volume), avec Pautorisation de M. Jenner, qui me mit à même de vérifier, par de nouvelles observations, celles que jai rapportées d’après lui. J’ignorais absolument alors Vexistence de l'ouvrage de M. Dupuy. Son autorité est pour moi d’une importance d'autant plus grande, que je lui arrache en quelque sorte son témoignage. Les faits qu’il rapporte sont d’une évidence telle, que l’auteur, en plusieurs endroits de son ouvrage, est forcé d'adopter des senti-

mens directement opposés à ceux qu'il veut faire prévaloir.

La maladie que l’on appelle vulgairement les

glandes est, rigoureusement parlant, une affection tuberculeuse qui attaque les poumons du cheval, et qui a la plus stricte analogie avec la consomption pulmonaire chez l’homme. Le farcin est également une maladie du même genre , qui affecte une autre partie de l'animal. Les rapports entre ces deux maladies se trouvent suffisamment établis : par la suite, nous pourrons en obtenir des résultats intéressans et d’une importante application à la pathologie de l’homme.

Mon but principal étant de donner des détails exacts sur la disposition de tissu dans les affections tuberculeuses des animaux, je rapporterai un extrait de quelques observations de M. Dupuy, qui m'ont paru convenablement adaptées à mon sujet; elles serviront à confirmer mes observations, et ame mettre à même d'indiquer les erreurs et les méprises de cet auteur et de plusieurs autres, relativement au développement des tubercules.

Que l’on veuille bien se rappeler que, tout en admettant l'exactitude des faits rapportés par M. Dupuy, je ne partage nullement les epinions dont ils sont accompagnés. Cet avertis—

sement est très-important si on ne veut pas se laisser entraîner par des préjugés qu'il serait peut-être difficile de détruire. Ces préjugés seront indiqués quand nous en viendrons à discuter la théorie de l’auteur et celle de M. Laennec. Je m’'établirai alors juge des faits, que je représenterai avec exactitude; je les dépouillerai de toutes les suppositions que l’on y a ajoutées, et j'indiquerai ces superfluités de maniere a ne point altérer, autant que possible, la fidelite des recits. |

Avant d’en venir aux citations, je crois devoir prévenir que, dans les glandes, Vaflection morbide ne se borne pas seulement aux poumons < les cavités nasales, les glandes lymphatiques, plusieurs autres parties du corps sont généralement affectées en même temps; on trouve souvent des tubercules et des ulcérations dans les poumons.

« Une jument anglaise attaquée de la morve fut mise à mort le 20 novembre 1815.

» La membrane pituitaire sur la cloison de la narine gauche présentait quelques tubercules miliaires qui n étaient pas encore désorganisés. La membrane muqueuse qui tapisse les sinus maxillaires et sphénoidaux du côté gauche était fibreuse , épaisse , semblable a celui du tissu

oa

squirrheux. La surface libre était couverte de végétations (1) blanches, dures et fibreuses. On observait différens degrés de cette transformation, depuis une consistance semblable à de la gelée de viande, jusqu’à celle des tissus squirrheux ou carcinomateux. Les os frontaux, sphenoidaux et le grand sous-maxillaire étaient aussi épaissis, spongieux, pénétrés de fluide rougeâtre, se laissant couper facilement. La table interne , qui répond aux sinus, était couverte d’exostoses spongieuses. Le parenchyme des poumons contenait de nombreux tubercules pisiformes, et l’on trouva dans le foie des tubercules miliaires durs et blanchatres. Les ganglions | lymphatiques sous-linguaux renfermaient aussi des tubercules de la même espèce. »

» On fitabattre une jument, le 29 février 1816 : nous avons trouvé dans le parenchyme du poumon un grand nombre de tubercules. Ces productions enkystées étaient situées principalement sur le bord dorsal; la face interne de ces kystes était rougeatre comme on observe les membranes muqueuses a la suite des catarrhes ; la matière renfermée dans ces poches était blanchatre , grumeleuse , parfaitement identique

uses

(1) L'auteur reviendra sur ce mot végétation , sous le

rapport de Vusage qu’on en fait.

avec celle qui constitue les tubercules des vaches attaquées de la pommelière.» (/d. p. 141.)

On pourrait croire, d’apres cette observa— tion , que le kyste et la matière qu il contient sont des productions différentes. C’est une erreur généralement répandue, et qui entraîne dans de grandes méprises sur la nature des tubercules : ce que l’on appelle la poche ou le kyste est la partie la plus essentielle du tubercule : c’est la partie qui se forme la première, et sans laquelle il n’existerait probablement pas de tubercules. Il nous parait utile de comparer l’observation précédente avec celle de la quatrième division de l'ouvrage sur les affections tuberculeuses des animaux domestiques comparées avec celles du cheval.

« Une vache de dix ans fut tuée le 24 février 1809 (1). A Pouverture qu’on en fit sur-lechamp, on trouva le poumon profondément affecté : il contenait beaucoup de kystes renfermant des hydatides de différentes grosseurs, depuis celle d’un pois jusqu’au volume d’un œuf doie; d’autres kystes, dont les parois étaient de consistance cartilagineuse et même osseuse,

(1) Dans l’auteur anglais, il est dit : une vache de six ans fut tuée le 24 février 18193 nous rectifions Perreur

sur le texte francais.

On 1

étaient femplis par une substance analogue à celle des os. Ceux qui renfermaient deshydatides étaient unis ensemble à une membrane muqueuse. Ainsi, nous avons trouvé dans ces poumons des hydatides et de la matière tuberculeuse ; ce qui semblerait prouver que ces corps , tres-differens quant à leurs caractères physiques et quant à leur organisation, ont beaucoup de rapport entre eux, eu égard aux causes qui déterminent leur formation et a la maniere dont ces corps altèrent le tissu pulmonaire. »

Je ne dirai rien des réflexions ajoutées par l’auteur, parce que j'aurai occasion d’y revenir plus tard. Je ferai remarquer cependant que

les termes dont il se sert, dans la description des affections morbides, renferment une idée contradictoire à l’exacte vérité, qu'il semble admettre ici et ailleurs relativement à la transition des hydatides en tubercules. La première partie de l’observation tendrait à faire croire que les kystes et les hydatides n’ont aucun rapport Jes uns avec les autres, et que les générescences tuberculeuses et hydatiques sont gouvernées par des lois tout-à-fait différentes.

Examinons le cas suivant. d’une vache affectée de phthisie tuberculeuse. « Les lésions les plus remarquables étaient un amas de matière

jaunatre, pldtreuse , dure, sans odeur, pesant un kilogramme, situé entre les lames du médiastin postérieur. '

» Dans le tissu pulmonaire, il y avait aussi des, depots de cette matiére plätreuse , de couleur jaunatre. Cette matière tuberculeuse formait des tumeurs arrondies de différentes grosseurs, à surfaces inégales , irrégulières et raboteuses. Les unes étaient pisiformes, les autres de la grosseur d’une pomme : d’où vient, sans doute, le nom de pommelière , que le vulgaire donne à cette maladie. Ces tumeurs étant en outre recouvertes par la plèvre, qui n’était pas sensiblement altérée, les glandes lymphatiques situées à la division des bronches contenaient aussi dans leur tissu de la matière tuberculeuse ; leur organisation primitive était dis— parue , et ces ganglions avaient subi la dégénérescence tuberculeuse. |

» Un autre objet, qui mérite l'attention des observateurs, c’est la présence, dans le parenchyme pulmonaire, d’un grand nombre d’hydatides de differentes grosseurs. Ces hydatides, regardées et décrites par les zoologistes comme des corps organisés et vivans, pourraient bien apporter quelque lumière sur l'origine et sur la formation des tubercules, ou du moins

prouver que ces corps, qui désorganisent tes.

poumons de la meme manière, se développent sous l'empire des mêmes circonstances. Ce rapprochement peut devenir précieux pour l’étiologie de ces maladies, qui altèrent si profondément l’organisation, et qui sont si communes et si funestes.» (/d., p. 271.)

Cette citation nous fournit un nouvel exemple de la lutte qui s’est établie dans l'esprit de l’auteur entre l'erreur et la vérité. On voit qu'il ne peut se décider à rejeter ses idées premières sur la formation des tubercules, lors même qu'il est évident à ses propres sens qu’elles sont incompatibles avec les faits qu'il rapporte. IL semble qu'il n'ait pas le courage de s'affranchir du joug de samatière tuberculeuse; car, ens’efforçant de conserver sa distinction imaginaire, il se met en contradiction avec lui-même, et jette ses lecteurs dans la plus grande confusion.

Dans le cas cité, on nous fait entendre que la matière est déposée, et qu’ensuite elle forme des tumeurs de différens volumes que l’on trouve dans les poumons; et la phrase qui termine cette citation exprime une pensée en opposition directe à ce premier principe. Cette manière de rendre compte des faits est bien vicieuse, et cause de grands dommages à notre art. Lorsqu'une hypothèse sans fondement vient s'attacher ainsi a l'observation des faits,

ON

“i il n'arrive que trop souvent que la premiere exerce une influence plus grande que la dernière. Lorsqu'on n’a pas toutes les données convenables pour expliquer les phénomènes de la nature, on devrait. bien se garder d’embrouiller le récit de ses obervations par les suppositions qui peuvent se présenter à l'esprit. En agir ainsi, c’est empoisonner la science à sa source , et rendre nos observations inutiles, sinon pernicieuses.

Dans le passage qui a fait naître ces réflexions , on fait entendre que la matière tuberculeuse est d’abord déposée, et que ce n’est que par la suite que la tumeur se forme. Certainement que tout cela est de pure conjecture et contraire à toute espèce d’analogie; même d’après les propres expressions de l’auteur, elle pèche beaucoup plus par Vinexactitude qu’autrement. I] n’était pas nécessaire qu’il donnat ‘ses opinions sur le caractère morbide des farts qu il a observés; mais, dans tous les cas, cette opinion, quelle qu’elle fut, ne devait pas être séparée de l'observation elle-même. Je sens fort bien qu’il était difficile d’éviter de tomber dans cette erreur; mais c’est une attention indispensable que doit apporter dans ses recherches quiconque désire de bonne foi dépouiller

notre art de ses imperfections, et empêcher d’en accumuler un plus grand nombre.

Le cas suivant est digne d’attention : « Un boeuf sans cornes mourut d’une maladie tuberculeuse à l’âge de quatre ans. Le parenchyme du foie renfermait des tubercules enkysteés ; ils étaient en si grand nombre, que ceviscere était transformé en une matière semblable à des os pulvérisés : ces masses tuberculeuses étaient du poids de dix kilogrammes. Les ganglions lymphatiques du mésentère, dont les plus gros pesaient près de quatre hectogrammes, étaient presque tous tuberculeux ; on trouvait dans leur tissu de la matière jaunatre, semblable à celle contenue dans les kystes du foie. Nous avons observé sur la surface muqueuse de l'intestin cœcum une surface de la largeur d’une pièce de cinq francs passée à l’état d’ulcération : on y reconnaissait encore de la matière jaunatre qui était implantée dans de petits kystes. La membrane muqueuse de toute la partie flottante du colon, ainsi qu'une partie du rectum, était ulcérée ; on y voyait de la matière tuberculeuse ramollie, qu'on en faisait sortir en exprimant ces parties. L’extrémité du lobe droit du poumon était transformée en kystes nombreux, qui renfermaient de la matière tuberculeuse; ces masses étaient du poids de six ki-

logrammes. Une masse très-considérable était attachée au diaphragme, et située dans le meédiastin postérieur ; enfin nous avons remarqué de ces tubercules jusque dans la scissure coronaire du cœur. » (/d., p. 280.)

« En examinant un autre taureau qui avait eu tous les symptômes de la maladie tuberculeuse, on trouva la plevre costale couverte de tubercules aplatis, de la largeur d’une pièce de cing francs, et ayant leur siége principal sur les

articulations des deuxième , troisième , quatrième, cinquième et sixième côtes sternales avec leurs cartilages. La plèvre pulmonaire et diaphragmatique présentait aussi un grand nombre de tubercules de différentes grosseurs ; on en rencontrait également sur le péricarde et entre les lames du médiastin supérieur.

» Le tissu pulmonaire renfermait un si grand nombre de vomiques et de tubercules, qu’il ne restait que le quart de cet organe qui n’eüt pas subi la transformation tuberculeuse. On remarquait ca et la des tubercules sur la membrane muqueuse de la trachée, des bronches et sur le ventricule et l’oreillette gauches du coeur.

» Presque tous les ganglionslymphatiques du mésentère étaient gros, durs et tuberculeux; il y avait aussi des tubercules miliaires et des ulcérations à la membrane muqueuse de l'intestin

grêle qui s'était beaucoup rétréci. Le foie contenait des vers hydatigenes de la grosseur d’une noisette ; les testicules étaient jaunatres comme s'ils avaient éprouvé une transformation graisseuse, et, sous ce rapport, ils avaient la meme apparence que les testicules des animaux bistournés. » (Jd., p. 275. ) |

Ce seraït fatiguer lelecteur que de lui présenter un plus grand nombre d'exemples dont abonde le livre de l’auteur, qui, d’ailleurs , sont accompagnés de remarques très-judicieuses. Mais malheureusement il se laisse entrainer par ses idées sur l’origine et la nature des tubercules : les raisonnemens qu il en déduit jettent sur ses descriptions une obscurité qui leur nuit. Dans l'introduction de son ouvrage , il se.trouve un passage très-remarquable, qui prouve d’une manière fort instructive combien il était près de la vérité. Il avait presque saisi le fil qui devait le conduire dans les détours du labyrinthe ; et sans doute qu’il s’en serait emparé si son esprit, fasciné par une pathologie mensongère, ne l'en eut pas empêché (1). Voici ce passage :

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(1) L’estime personnelle pour des auteurs recommandables, le respect pour les idées’ reçues , la crainte d’une critique ombrageuse toujours prête à crier à l’innovation

à Vaspect d’une opinion nouvelle, sont autant de considé-

« Nous avons cru devoir comparer entre elles ces deux affections (tuberculeuseet hydatideuse): premièrement, parce que nous lesavons trouvées réunies sur les mêmes sujets, et souvent dans le même viscère ; secondement, parce que, dans le kyste qui renfermait des hydatides, nous avons trouvé des commencemens de dépôts de matière tuberculeuse, ce qui donnerait à penser que l’une peut venir après l'autre. »

J'avoue qu'après avoir lu ce passage, J'étais peu préparé à rencontrer, quelques pages plus loin , cette assertion difficile à concilier. « Les productions organisées que l’on désigne sous le nom de tubercules sont l’effet d’une cause qui paraît être inconnue. » Cela peut être vrai; mais la proposition qui arrive, quelques lignes plus loin, ne paraît pas aussi exacte. « Le tubercule, à son commencement, y est-il dit, se présente sous la forme d’un petit corps ferme, grisätre et dur. Ce tubercule est souvent renfermé dans un

pie ei DM i era trad re me fie qe sé a rationsquisouventimposentàla vérité. Cependant, M. Dupuy en a dit assez sur le sujet qu’il traite, les faits qu’il rapporte suffisent pour fixer Vattention des observateurs, puisque Baron lui-même en a su tirer un si grand avantage. Si la doctrine de l’auteur anglais supporte chez nous l'épreuve lumineuse et décisive de l’expérience, l’écrivain français, M. Dupuy, pourrait en partager l'honneur

à juste titre. ( Note du traducteur. )

petit kyste qui paraît être formé par le tissu dans lequel il est contenu. »

Ces propositions ne sont-elles pas en opposition directe avec la propre déclaration de l’auteur ? Il avait admis que les tubercules se rencontraient avec les hydatides, que les uns accompagnaient les autres ; et plus loin il déclare qu’il n'a pas l’intention de décrire « les différens changemens que ces hydatides éprouvent dans les poumons, le foie ou le mésentère, ni d'indiquer les différentes lésions qui sont occasionnées par les tubercules et les hydatides. » ( Avertissement, p. 9.) . |

[l'est à remarquer qu'avec une telle conviction dans son esprit l’auteur n’ait pas posé en principe que les tubercules, à leur origine, sont des corps durs, solides. Je désire vivement que le lecteur'apporte une attention particulière sur ce point. S'il ne s’en fait pas une idée claire, précise, il nous serait trés-difficile, par la suite, de concilier les difficultés qui naissent à chaque pas, et nos efforts pour parvenir à ce but seraient sans fruit. Je le prie donc de n’avoir aucun égard pour telle ou telle opinion ( dicta), afmoins'qu’elle ne soit consistante avec les faits.

Qui que ce soit n’a jamais vu de tubercule deposé, et si l’on a égard al analogie dans le règne végétal ou animal, on peut dire, sans crainte

de se tromper, qu'un tel événement est impossible ; d’un autre côté, ona acquis la certitude. qu'il existe des tubercules d’une texture molle et delicate, avant qu'ils aient acquis de la-solidité, avant qu’ils soient passés de cet état vési- culaire transparent à celui d’opacité et de consolidation. Si l’on voit que le poids d’une évidence directe et analogique tombe tout entier d’un seul côté de la question, pourquoivoudrait- on la rejeter pour admettre celle qui favorise l'existence d’un fait que l’on n’a jamais vu et que l’on ne verra jamais ?

Le lecteur connaît déja l'opinion de M. Dupuy sur le mode de développement des tubercules ; dans la citation suivante, il trouvera un nouveau témoignage de ce que j'ai avancé, à ce sujet , dans le précédent chapitre. Ce passage mérite une attention toute particulière :

« Une vache qui a été suffoquée en peu d’heures par une météorisation tres-forte avait des hydatides et des tubercules dans l’intérieur des poumons. Nous avons remarqué entre la face interne du kyste et l'hydatide une petite quantité de substance jaunatre semblable à des os qu'on aurait réduits en poudre. Nous avons vu sur d’autres vaches affectées de la pommeliere que cette quantité de matière, de la nature des os, était plus grande lorsque la surface

interne était inégale, sur-tout lorsque les kystes renfermaient des hydatides flétries, bleuätres et décomposées; cette circonstance ferait penser que 1x maladie est ancienne lorsque les tubercules sont formés ; ces transformations diverses seraient alors des états successifs de la méme maladie. Nous avons observé une autre altération du tissu des poumons , que nous regarderions comme le premier degré du dérangement que nous décrivons. Le parenchyme pulmonaire offre de petites masses globulaires , crépitantes , circonscrites, plus élevées que les parties voisines . Les cellules des poumons sont gonflées, distendues dans ces petites tumeurs par un fluide élastique. Nous avons observé ces altérations remarquables à la surface de poumons de fœtus de brebis qui avaient des hydatides et des tubercules dans l’intérieur de ce viscere important. Le fœtus de la vache dontnous avons parlé précédemment a présenté aussi sur ces poumons ces petites éminences globuleuses agglomérées. » ( Affect. tub., p. 402. )

Je ne ferai point remarquer l’inexactitude des expressions qui se trouvent dans la citation. En les réduisant à leur simple signification, elles contiennent des principes suflisamment clairs pour appeler de nouveau attention du lecteur. Elles renferment ceque nous avons essayé Jus-

qu'ici de prouver: « que les tubercules sont le résultat d’une marche antérieure vers la désorganisation ; quele premier pas vers cette mar- che est la formation de petits corps vésiculaires contenant des fluides, et que les différens changemens qu'ils éprouvent ne sont que des états successifs de la même maladie. »

Ce témoignage mérite la plus haute considération lorsqu'il vient d’un homme qui, par sa situation, a eu d'immenses occasions de porter ses recherches sur le sujet en question; et surtout lorsque, dans la première partie de son ouvrage , il a émis des opimons absolument inconciliables avec celles que l’on trouve dans le passage cité.

De tous les animaux domestiques les plus frequemment affectés de maladies tuberculeuses, ce sont les moutons. La plupart des observations

consignées dans mes recherches ( premier volume ) ont été prises chez ces animaux. M. Dupuy a présenté une espèce de table synoptique très-intéressante sur le nombre des maladies de cette espèce qui se manifestèrent , dans un temps donné, sur le troupeau de l’École vétérinaire d’Alfort. J’en choisirai quelques exemples pour prouver d’une manière plus évidente encore les rapports qui existent entre les hydatides et les tubercules :

Dans un cas, il s est rencontré des hydatides dans le péritoine et dans le péricarde, et des tubercules miliaires dans les poumons ; dans un autre, des hydatides et des tubercules a l’état de suppuration dans les poumons. Dans une vache qui mourut d'une affection gangréneuse de la mamelle les glandes mammaires contenaient des tubercules miliaires ; 1l s’en trouva de semblables dans les poumons. Dans un cas, on trouva des hydatides dans le cerveau, dans les poumons, dans l’épiploon et dans le mésentère; des ascarides dans les gros intestins, et des tubercules miliaires dans les poumons. Dans un autre, on trouva des tubercules miliaires dans les ganglions lymphatiques du mésentère, et des hydatides dans le foie, l’épiploon et les poumons. Dans un autre, on trouva une hydatide dans le ventricule gauche du cerveau, et plusieurs autres dans le mésentere ; dans un autre, le foie et les poumons contenaient des hydatides et des tubercules miliaires. Les bronches étaient remplies de strongles filaires , et dans un autre il y avait des» hydatides dans le cerveau et dans les poumons ; les poumons contenaient en outre des tubercules miliaires. On trouve encore beaucoup d'autresexemples dans leméme ouvrage.(Page 396.)

Dans la première partie de ce chapitre, je di- |

sais que l'examen des caractères de la maladie désignée sous le nom de farcin pouvait répandre une lumière favorable sur l’objet actuellement en question. Le farcin a beaucoup de rapport avec l’état du système qui donne naissance à la formation des tubercules, soit dans les poumons ou ailleurs , et c'est avec beaucoup de raison que l’on a dit que le farci avait les mêmes rapports avec les glandes (qui est la phthisie tuberculeuse du cheval), que les affections scrophuleuses des extrémités avec la même maladie, la phthisie tuberculeuse, chez l'espèce humaine.

Le farcin parait “évidemment prendre sa source dans les vaisseaux lymphatiques des membres. Ce qu’on appelle bourgeons se présente d’abord sous la forme de petits tubercules ou boutons, qui ont la même organisation, subissent les mêmes changemens qui s’observent dans la marche des tubercules du poumon. Cette maladie rarement se borne aux extrémités : elle s’avance généralement vers la poitrine, attaque les membranes du nez, celles des lèvres, les glandes de la mâchoire inférieure, le cou, et se développe enfin, sous forme de tubercules, dansles poumons, où elle constitue ce que l’on appelle glandes. Cette marche du farcin n’est cependant pas toujours la même;

BR. ee souvent les glandes commence?’ :, Les poumons, la maladie parcourt toutes ses périodes, sans la moindre apparence de farcin.

Mon intention n’est pas, pour le moment, de pousser plus loin ’examen des faits dont je pourrais tirer des inductions qui m’entraineraient au-delà du but que je me suis proposé ; mais j’y reviendrai plus tard. Ces faits deviendront pour moi une source féconde de preuves très-propres à dissiper les incertitudes qui pourraient exister encore sur l’origine des maladies tuberculeuses, quel que soit le siége qu'elles occupent.

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