‹ Recherches, observations et expériences sur le développement naturel et artificiel des maladies turberculeusesChapitre 21 sur 34 · OPINIONS DES AUTEURS ANCIENS · texte numérisé non relu

OPINIONS DES AUTEURS ANCIENS

Dans une question purement anatomique, on aurait tres-grand tort d'appeler à son secours l'autorité des anciens; mais les observations qu'ils nous ont laissées touchant les affections morbides pourraient être admises avec quelque sorte de confiance, d'autant qu’elles se rapportent avec celles des modernes. Quelles qu’aient étéles connaissances d’Hippocrate sur la structure du corps humain, il y a tout lieu de croire qu’elles étaient beaucoup plus étendues qu'on ne le pense généralement. Les conseils qu'ildonne souvent d’avoir recours à l’anatomie

comparée prouvent qu'il considérait ce moyen comme un puissant auxiliaire pour éclairer sur la nature des maladies de l’homme.

Tout ce qu'il a dit sur les maladies de poitrine est un témoignage étonnant de l'étendue et de l'exactitude de ses observations : il ne faut pas moins de toutes les connaissances acquises par les modernes pour être en état d'apprécier ses travaux. Sans doute qu'on y rencontre des opinions conjecturales, des inexactitudes ; mais on y trouve aussi des preuves non équivoques de sa sagacité dans l'exposition des caractères de l’affection tuberculeuse des poumons : on voit qu'il en avait saisi très-distinctement les symptômes, la marche et la terminaison; qu’il était également familier avecle mode d’explorer ces sortes de maladies, moyen que l’on croit être le résultat de découvertes modernes. |

Dans un passage très-important où il parle de la nécessité d'acquérir des connaissances positives en chirurgie, pour être en état de distinguer les différentes maladies, ou il censure d’une maniere sévere tous ceux qui ignorent l’art de former un diagnostic certain dans les cas dont il fait l'énumération , il parle de la percussion comme d’un des moyens de découvrir s'il existe du pus dans le thorax. Voici ses expressions : ÆnTvor E07Ta , OLATELOYTA YLP@OXELY. (IT. eo

yovowy, 1. Sect. V, p. 448, 43. Edit. Gen. 1657.) | Lorsqu'il traite de la terminaison de l’inflammation du poumon , il décrit d’une manière précise la différence qui se fait remarquer dans cette maladie, soit qu'elle se termine par l’expectoration, ou par la formation d’un abcès dans la poitrine ; il indique le moyen suivant pour découvrir le dernier cas : le malade étant fixé sur un siége solide : ereoog ner tag XELOAG EXETE , OÙ dE TOVTOY WYOY GELWY, Ax0O0ACEDOLL EG OXOTELOY AY TOY TAEVOEGY TO wabosg Loder.

Il dit ensuite que cette manière d’explorer est quelquefois trompeuse, a cause de l’état des parties : 77 dé cot VO TO Ta KEOG Hat Ts TÂNOEOG wn oper, wote xaTauabetr avto, TTOLEEL YAY TOVTO EVLOTE (1).

Ailleurs on voit que son témoignage sur V auscultation, dans les cas d’épanchement d’eau dans la poitrine , n’est pas moins décisif : zy 0707 X0OVOY MOo0GE XwY TO OVG axsacn

(1) Dans un autre endroit , ces préceptes sont encore plus minutieux et plus précis: c’est ainsi que, dans une circonstance différente, il recommande de faire examen après que le malade a séjourné dans un bain , et que l’es-

tomac est vide.

Idem, M, Sect. V, p. 476, 47 et suivantes.

Moog Ta æhevoa. Ce passage a evidemment rapport au son produit par le fluide agite pendant l'acte de la respiration.

Mais il est d’autres passages encore dans lesquels se trouve recommandé le même mode d'examen. Ils sont si nombreux qu’ils ne laissent pas le moindre doute non-seulement qu’il était connu d’Hippocrate , mais qu'il lui était même très-familier. Que l’on prenne les deux exemples suivans : Kat nv per EV00Y aTOONUNYN , OVOTETES YV@VAL OVTE YAO JLAGELOaPTA EOTLY evdevat. Ibid. pag..458, 20.

Le même précepte est plus détaillé à la p. 496, HE, Sect. V : xvfioag ext EdONG AXIVNTOV , ETELOG JE TOV GG avahavbeta avtog dé pene (ZOUTOY , : TO, OVE mapabahsov EG Tag WAEVOAG LW ELONG OXOTEO@OEY ATOONHAIVEL.

I] avait également une connaissance parfaite de la différence qui existe entre les maladies d’origine inflammatoire et celles d’origine tuberculeuse.

La théorie de l’auteur relative à l’origine des tubercules de la bile ou de la pituite n'a aucun rapport avec notre sujet ; mais il nous suffit de prouver qu’il avait connaissance de l'existence de ces corps, et qu'il nignorait pas les eflets qu'ils produisent. C’est ainsi qu'après avoir énuméré les causes qui peuvent occasionner une

collection de pus dans les poumons il spécifie , d’une manière distincte , les tubercules comme une de ces causes dans le passage suivant :

Oxooot EuTvOL ytvortot TOY WAEVLOVA, N THY AVON TRY LATO XxOLALNY, NV PUU“ATA LO Kovoly, ELTE EV TN AVG) HOLALY , ELTE EV TN HATH, N EV Ta whevuort, n eÂxen Eevdoey , etc., et immédiatement apres, il spécifie la pneumonie comme une autre affection : 19 WEOLTITAEVLOVEN Anoosts un xa0x On, ete. ; eumvog yiwerar. Sbid., pag. 450, 23, 24, 25, 32 et 34.

fl décrit ainsi la terminaison et la maniere dont s’opére la guérison des maladies tuberculeuses : Oxorar dleyua n KOAN GvdEaEN, on- [ETAL HAL EG UEV AY ETL GUOTEOOV EP, odvYnY TE MUPE KEL AETINY, HAL On xu Enony:

oxotay de TETAIVNTEL , odven YIVETAL nat mpoobsr xa ontadey ogew xau Geouat laubarsot xat OnE taXVvEN' HAL NY “EY OTL TA KLO- Ta WEMAVON , RAL PAYN HAL AVG TOATNTAL TO Mvoy 2ae avantvoOn way, XAL xOLALY EN tO WTVOY TLOOTEONTOL zat ava EnoavOn , vying vivetar TAYTEAGG NY dé Payh MEV OT TAHIOTU nar wemavOn xa avaxadaionras, amoénoavOnvar dE TAYTATAOL UN OvINTAL , aad’ avto ap’ ewvts to gvua avadidor To vor o/eOpioy testo. Ibid. , pages 458, 49, 454, et apres: zwoolortos de T8 X0OV8, NY MEV

AVAHTVON WAV, nat N xOLALY EY N TO TVOS EYN, TOOOITEON TE xat avaénoavOn, vying yivetat. Ibid., 24. : |

L'existence des hydatides comme cause d’effusion aqueuse dans la poitrine ou le thorax était donc une connaissance familière à Hippocrate. Mais il va encore plus loin: dans une partie du passage suivant, il fait voir d’une manière palpable l'identité des tubercules avec les hydatides : il donne la preuve aussi que ces derniers corps deviennent purulens.

« L’eau entre la peau ( Ydepos ) nait, dit-il , si les tubercules s’engendrent sur les poumons, et ils deviennent pleins d’eau et crevent dans la poitrine ( tz or7Gex j. Certainement que l’eau ( Yde@og ) vient des tubercules. Voici ma preuve, c'est qu’on les trouve dans le bœuf, le chien et le cochon; car les tubercules du poumon qui contiennent de l’eau existent le plus souvent dans ces quadrupèdes; et vous pouvez le reconnaître par la dissection, car l’eau coulera, et de telles choses paraissent être plus souvent formées dans l’homme que dansles animaux, parce que notre diète ( maniere de vivre ) est plus propre à engendrer cette maladie, et la plupart des tubercules qui se sont développés chez eux sont passés à l’état de suppuration (ont suppuré euTvot ).

Tera de x ar n7. QUUATA EY TO TAEVUOY EUOUN , HAL whnabn vdatog , nat OayYN EG Ta oTrÜeEX we dE YIVETALXAL ATO GvUATOY VvdE- DOG, TOOE LOL UAOTVPLOY, HAL EV BOL, Hat EY HUVL, HAL EY VE wadLoTa yao Tarde TETOA- HOO@Y éY TOUTOIOL ylvEeTaL QUUATA EV To MAEVHOYL ATED E XOVOLY LOGE" JLATAUOY YAO, YVOING TA XLOTA DEVOETAL yap vISD*" doxeer de xat Ev avOvwmm, yiveo0ar Touavra 70/76 wa?0Y n Ev TOOÜUTOIOIY , OXO006 HAL TN diaitn emivovow xoeouEelx malÀoV EyEVOYTO de WOAROL HAL EUTVOL OVUATHY EYTEVOUEVOY.

Hippocrates, [Tepe tay evtog wador, Sect. V, pages 544, 35.

Il est vraiment étonnant que parmi les anciens écrivains il s’en trouve si peu qui aient ‘appelé ces observations. Galien en touche quelque chose d’une manière fort confuse; mais Celse n’en fait point mention du tout. Sennertus et Fernellius se sont particulièrement arrétés aux tubercules ; et notre compatriote Morton, dans son ouvrage De phtisi, montre clairement, dans le troisième chapitre du deuxième livre, qu'il ne connaissait pas bien le caractère naturel de la consomption tuberculeuse, comme on le voit lorsqu'il dit : Tussis phthisica a tumore glanduloso, seu a tuberculo ipsorum pulmonum oritur. lly a tout lieu de croire que Sydenham

n'avait pas des notions bien précises sur ce point de pathologie. Boerhaave, dans ses Aphorismes, ne fait point mention des tubercules , il en est parlé par Hoffman et Willis ; mais après eux, les écrivains de notre pays ont gardé le silence sur ce sujet. Dans la Pathologie de la consomption, publiée par Fothergill, les désorganisations tuberculeuses ne sont pas même notées (1). Peu de temps après cette période, le docteur Stark publia ses observations dans The medical communications ; mais la mort l’a enlevé avant qu'il edt terminé son entreprise. C’est à lui certainement que nous devons l'avantage d'avoir appelé l’attention des gens de Part sur un point tout-à-fait tombé dans l'oubli. Stark n’avait pas eu occasion de voir les tubercules dans leur état primitif, car il les décrit toujours comme des

willie Sk ag ol oe a a ee ee eS

(1) Boerhaave, dans sa Correspondance avec Ruysch, mentionnée dans le premier volume, parle des tubercules d’une manière 1si forte, si prononcée , qu’il est étonnant qu’on n’y ait pas fait plus d'attention.

Atque ita quidem harum nos rerum contemplatio ad hydatidas sensum speculatione hec deduxit. Qui spherict tumores liquida primo turgent , lympha sensim degenerante , juxta varios in colore et crassitie mutata mo-

dos, etc. Epistola ad F. Ruyscr, p. 73.

Voyez FormerGizr’s Papers 77 the medical obser-

vation and enquiries.

corps ronds, de volumes différens. Il pensait que les petits tubercules étaient toujours solides ; cependant il a donné la description de quelques-uns d’une manière tres-exacte. IL est presque certain, sil avait eu le temps d'étendre ses observations, qu’il aurait corrigé les. erreurs que l’on remarque dans ce qu'il nous a laissé a ce sujet. Il eut cependant le mérite d'avoir fait voir tres-clairement le rapport qui existe entre la vomique et les formations tuberculeuses , quoiqu'il ignorat totalement l’affinité qui existe entre ces maladies et les autres changemens de tissu dans les divers organes du corps.

En parlant de Morgagni dans mon premier volume, je ne lui ai pas donné toute l’attention qu il mérite : cela vient en partie de ce que je trouvai dans ses lettres des opinions trèscontradictoires ; cependant on y rencontre’ des passages fort insiructifs. Dans un endroit ou deux , il paraît si bien connaître la conversion des hydatides en tubercules, que l’on est tout étonné qu il n’en ait pas fait l'application convenable. Il rapporte plusieurs exemples de maladies tuberculeuses du péritoine et de la plevre. Dans un cas mentionne dans la lettre XVI, article 30, il est dit : «La portion du péritoine qui tapisse le diaphragme était hérissée d’une sorte de globules de diverses formes et de volumes

fad

| a différens. La plevre contigue au péricarde offrait Et le même ak ‘Dans un ris cas , contenait une ME d’eau limpide. L’épiploon était adhérent par une espèce de petit ligament avec le mésentère et le péritoine. Ces trois parties , ainsi que la surface des intes— tins, l'utérus , la vésicule du fiel, présentaient à leur surface des inégalités, des corps protubérans situés à ‘une certaine distance les uns des autres, au-dessus et au-dessous, différens entre eux de grosseur et de figures. Cependant leur disposition était telle, que les plus petits se rencontraient dans la portion supérieure de I’épiploon ; les plus g eros occupaient la région inférieure de cette ey ane; ils y étaient très-rapprochés, et quelquefois entassés les uns sur les autres. Dans le lobe gauche du poumon se rencontra non-seulement un ulcère qui contenait une sanie ichoreuse, mais en outre des corps semblables à ceux que l’on avait trouvés dans le mésentère et dans d’autres parties du ventre. Quelques-uns contenaient du pus, d’autres une matière semblable à du cataplasme pour la consistance ; d’autres étaient encore plus solides, et pouvaient être comparés au tissu des glandes conglobees.

Je ferai remarquer un point trés-interessant

pour mon sujet, c'est que, dans les deux cas que je viens de citer de Morgagni , l’auteur avait déjà conçu Pidée des changemens que les hydatides éprouvent. C’est ce que je découvre dans quelques passages de la XX XVII" lettre, articles 35 et 36, qui ont un rapport direct avec les cas que j’ai rapportés. [dit : «Relisez ce que je vous écrivis dernièrement sur les tubercules durs, granulés, qui proéminaient à la sur face du péritoine et de la plèvre. Comme 11 y avait un épanchement d’eau dans cette grande cavité que tapissent ces membranes , vous trouverez bien certainement la série des changemens successifs que je décrivais. Il y a quelques années, chez une femme à qui on avait fait la ponction dans un cas d’ascite, on trouva sur la membrane externe des intestins un grand nombre de tubercules. On m'apporta a examiner une partie des intestins grèles pour avoir mon opinion sur la nature de ces corps. Au premier aspect, je les pris pour de petites glandes lenticulaires tuméfiées ; mais, examinés de plus pres, ces corps solides, sans orifices, qui n'étaient ni glanduleux ni charnus, mais d'une nature moyenne entre lune et l’autre, me parurent être des débris d’hydatides rompues, rétractees sur elles-mêmes , pas assez fortement ce-

pendant pour se présenter comme des corps secs et durs. » | :

Il explique les changemens des hydatides comme 1l suit : «Je pense que les lamines membraneuses des hydatides ou de la membrane dans laquelle elles sont formées, après s’étre rompues et avoir versé le fluide qu’elles contenaient, se contractent d’abord, et que leurs vaisseaux prennent la forme d’un caroncule ; qu'à moins qu’un nouveau fluide continue d’y arriver ces caroncules se dessèchent et se durcissent de manière à présenter, par la suite, ces tubercules d’une figure ronde, d’un volume proportionné à celui qu'avait auparavant l’hydatide. Les tubercules, dans le cas décrit de la jeune fille, avaient été formés de cette manière à la face interne du péritoine, à la surface de la rate et des intestins (1). »

Tl est évident, d’après ce que nous venons de citer de Morgagni, que les hydatides sont pour quelque chose dans la formation des tubercules. Je me sens fort d’une autorité comme la sienne. Morgagni se livre rarement aux conjectures ; il est même étonnant qu'il se soit laissé surprendre par une supposition aussi gratuite ,

(1) Epist. XXXVI, art. 55, MorcaAcxz.

or

aussi peu fondée que celle qu'il émit sur la rupture et la contraction des hydatides.

IL a dù rencontrer des cas sans nombre touth-fait opposés à cette conjecture ; et sil nett pas persisté dans cette opinion, il est probable qu'il aurait appliqué la doctrine de la conversion des hydatides à la plupart des désorganisations, témoignage frappant de la vérité de ses observations.

:Dans le trente-sixième article de la lettre d’où l’on aextrait le passage précédent, se trouvent ces expressions remarquables : « Vous voyez donc que ces mêmes corps qui étaient pris pour des tubercules chez la jeune fille dont je vous al donnéVhistoire de la maladie ont: été, dans d’autres cas d’hydropisie, reconnus pour des hydatides qui existaient en très - grand nombre sur les intestins , la rate et le péritoine. »

Si l’auteur s'était borné simplement aux farts énoncés plus haut, c’est-à-dire que les hydatides deviennent des tubercules ; qu'il eût laissé de côté ses spéculations quant à la manière dont s'opère ce changement hors de question , nous ne nous serions pas égarés dans un dédale d’opimions contradictoires, comme nous l’avons été depuis, relativement à l’origine de ces corps. Les preuves qu'il donne lui-même

de Vinfluence qu’exercent les tubercules sur la matiere des tumeurs et autres développemens de tissus morbides dans les diverses parties du corps n'auraient pas manqué de dissiper l’erreur qui obscurcit encore cette partie de la pathologie.

J'espère que ceux qui accordent aux noms une confiance qu'ils refusent quelquefois à des argumens fondés {sur des bases solides conviendront au moins que je leur ai présenté des autorités de l’un et l’autre genre, et qu'ils voudront bien les accueillir avec les égards qui leur sont dus. Prenons encore un exemple ou deux du même écrivain sur la conversion des grosses hydatides.

Une femme d’un âge peu avancé avait une tumeur qui occupait la totalité du ventre. Elle avait senti auparavant, disait-elle, une grosseur, que l’on pouvait distinguer du côté du nombril; elle était inégale à sa surface, et d’un volume tel que la main, étendue, la couvrait presque en totalité. Quelques-uns supposaient que cette femme avait une ascite, d'autres étaient d’un avis différent, à cause de la coloration naturelle de son visage. Elle mourut; mais apres lincision faite sur le muscle transverse de l'abdomen, il en sortit une grande quantité d’eau, qui était — séparée de la cavité du ventre par le péritoine.

L'eau tout-à-fait écoulée, la tumeur dont la femme avait parlé s’offrit à la vue; elle s’était développée dans le péritome, et CONSIStait en deux ou trois espèces de vessies, dont les parois étaient tellement épaisses , qu'après avoir évacué l’eau qu’elles contenaient elles conservèrent encore leur forme sans le moindre affaissement. (Epist. XXXVTIT, art. 51.)

L'observation suivante sur le même sujet, citée par Duverney , est une femme de trente ans, qui, depuis sept ans, portait une tumeur dans le ventre. En ouvrant l'abdomen après la mort, on trouva un late sac contenant plusieurs cellules sans communication l’une avec l’autre , chacune desquelles était remplie par une matière particulière qui différait dans chacune de ces cellules. Ce qui s’accorde très-bien avec son récit, C’est qu'un sérum de différente nature en avait été tiré à des époques dificrentes. |

Malgré l'évidence de la nature des cas que nous venons de rapporter, et de plusieurs autres qu'il avait recueillis , l'auteur ne pouvait abandonner ses erreurs sur les changemens qu'éprouvent les hydatides. Au lieu de suivre la marche qui lui était si clairement indiquée, en admettant que les hydatides elles-mêmes éprouvent une transformation ,

partie contenante et partie contenue, et qu’elles occasionnent les différentes tumeurs dont il donne la description, il revient constamment à sa première supposition ; c’est-à-dire qu’elles se crèvent, forment des cicatrices, et qu'en conséquence de l’affaissement de leurs parois de nouvelles substances se développent, s’accroissent autour d'elles. La formation de ces cicatrices, que je ne saurais comprendre, parait être la seule gee iroe qu'il assigne aux hydatides. Il cite des WEE nombreux qui auraient di redresser son jugement sur ce point, entre autres celui de Camerarius, qui trouva dans le foie d’un homme un grand nombre d’hydatides remplies d’eau, renfermées dans un sac membraneux qui contenait en même temps un stéatome. ( Lettre XX XVIII, art. 44.)

Il serait superflu de multiplier les exemples de cette espece. Nous renvoyons aux lettres que nous avons citées et aux ouvrages de Bonetus, de de Haen, de Bidloo, de Wharton, etc., et pour les détails sur les maladies analogues chez les animaux, à l'ouvrage de M. Dupuy , vétérinaire francais, dont il est fait ample mention dans le chapitre précédent.

Si l’on examine avec attention tout ce que j'ai ajouté ici au premier volume de mes recherches sur les tubercules du péritoine, et sur ceux que

l’on rencontre ailleurs, quoique différens dans leur volume et dans leur caractère, il me semble qu’il ne doit point rester de doute sur leur origine. Les remarques générales que nous avons faites en traitant du tubercule pulmonaire sont applicables à toute espèce de désorganisation qui se rencontre dans l’abdomen. Ils peuvent exister en petit nombre sur le péritoine ou dans le meésentere sans étre très-nuisibles ; mais en tres— grand nombre ils produisent une adhérence universelle des visceres , pervetissent la nutrition en opposant un obstacle insurmontable aux fonctions du canal alimentaire.

Quand il se développe un ou plusieurs de ces corps sur les ovaires, sur l’utérus, ou à la sur— face de quelques autres visceres abdominaux, ils peuvent acquérir un volume considérable, et donner lieu à ces phénomènes quel’ona désignés sous les noms d’hydropisies, d'hydropisies de l'ovaire, ou à des tumeurs de différens tissus, de différentes formes, selon la transmutation qué les hydatides auront éprouvée ou selon les différences de tissus dans lesquels elles se sont développées. Quel que soit le viscère oùces corps ont pris naissance, On y remarquera une suite de changemens analogues, seulement les symp-

A ° tomes et la texture de la tumeur seront modi-

fiés par la nature des parties ou elles sont engendreées.

Les écrivains francais accordent à Bichatl’honneur d’avoir observé , le premier, des tubercules dans le péritoine , c’est une erreur. J’ai fait voir, dansmes recherches ([”. vol.), que cette maladie a été notée par de Haén et plusieurs autres.

Bichat, dans la mention très-abrégée qu'il fait de cette maladie, ne se trouve d'accord ni avec ceux qui en ont parle, ni avec les phénomènes que j'ai consignés dans cet ouvrage. Que l’on waille pas croire qu’en rappelant cette discordance j'aie eu l'intention de rabaisser le mérite de ce célèbre physiologiste. Je professe la plus haute estime pour son génie, et me plais à reconnaître les grandes obligations que je lui dois pour instruction que j'ai puisée dans ses écrits ; mais si toutes ses recherches eussent été dirigées avec la même sagesse, la meme prudence, la postérité l'aurait élevé au premier rang des hommes qui ont cultivé avec le plus de succès la science médicale.

Les extraits que jai donnés de Morgagni prouvent que lui aussi avait connu les tubercules du péritoine ; j'avais également oublié de faire mention du docteur Baillie, qui, dans son Anatomie morbide, a placé une gravure re-

présentant cette même affection.

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