OPINIONS DES ÉCRIVAINS MODERNES
J'ai donné dans les pages précédentes une description fidèle de la marche des tubercules : j'a fait en sorte de la débarrasser de toute matière étrangère, de n’admettre que des expressions claires et d’une signification exacte. J’ai puisé mes observations dans des cas particuliers, examinés minutieusement et avec soin. Mes conclusions ont été basées sur |’ existence des divers caracteres morbides qui se rencontrent en même temps sur le même viscère. Peut-être que si je n'avais eu les occasions de surprendre les divers états de désorganisations in transitu, me seraitil venu à l’idée de multiplier des distinctions inutiles, et d'établir des variétés où il n’en existe véritablement aucune. Je n’ai pas seulement borné mes recherches au corps humain, je les ai poussées jusque sur les animaux : c’est dans la pathologie comparée que j'ai voulu puiser de nouvelles preuves des faits qui déjà étaient évidens pour moi, mais qui pouvaient paraitre encore douteux pour les autres.
Poursuivant mon dessein, je vais interroger maintenant les auteurs de nos jours. Je commencerai par M. Bayle : ses recherches sur la phthisie pulmonaire ont recu de grands éloges
par les auteurs qui lui ont succédé, notamment par M. Laennec. Il y a en cela une sorte d’inconséquence ; car les deux auteurs diffèrent beaucoup l’un de l’autre ; la doctrine du dernier ne s accorde nullement avec celle de M. Bayle. il n’est pas sans intérêt d’indiquer en quoi consistent les différences des principes deces deux écrivains, par-tout cités comme ayant les mémes opinions, et comme si les observations de l’un devaient servir à éclairer et à fortifier celles de l'autre.
Il y a tout lieu de croire que M. Bayle est tombé dans une erreur qu’il semble avoir voulu éviter ; car il a confondu les symptômes et les caractères qui résultent des désorganisations tuberculeuses avec ceux qui accompagnent d’autres affections de la poitrine : c’est ce que prouve sa définition de phthisis pulmonalis.
Cette définition renferme presque toutes les désorganisations du poumon, tandis que nulle part il ne spécifie cette désorganisation qui forme la base de presque toutes les variétés de phthisie dont il fait enumeration. Elle est donc fautive, soit parce qu'elle dit trop ou parce qu’elle ne dit pas assez : elle embrasse des maladies très-dissemblables par leur caractere.de la consomption pulmonaire, et elle en exclut ce qui donne a la maladie sa physionomie parti-
culiere. Il est d'autant plus remarquable qu'il ait commis cette erreur, qu'en tracant la définition en question il donnait ce qu'il croyait être le caractère essentiel de la maladie; tandis que la circonstance qui lui donne ce caractère est tout-à-fait oubliée. « Voici, dit-il, quel est d’après le résultat de mes recherches le caractere essentiel de la phthisie. »
On doit nommer phthisie pulmonaire toute lésion du poumon qui, livrée à elle-même , produit une désorganisation progressive de ce viscere, à la suite de laquelle surviennent son ulcération et la mort.
On dira peut-être , pour justifier cette définition, que l’on doit entendre qu’elle renferme les autres variétés d'affection pulmonaire, outre celles qui sont causées par la présence des tubercules ; c’est justement sur cette omission qu'est d fondée l’objection que je veux faire : certainement il existe des variétés, mais elles sont si différentes de la maladie tuberculeuse , que, sous aucun rapport, elles ne sauraient être comprises dans la même désignation générale. C’est ce qu’a très-bien senti M. Laënnec, tout en donnant des éloges à M. Bayle; car lecaractère essentiel de la phthisie pulmonaire, tel qu’il l’admet, s'accorde — mieux avec les opinions que nous avons exprimées. L'existence, dit-il, des tubercules dans le
poumon est la cause et constitue. le caractère anatomique propre de la phthisie pulmonaire.
Il est indispensablement nécessaire de bien sentendre sur ce sujet. Toutes les fois qu’il existe des tubercules, il est certain qu’une action désorganisatrice antécédente continue sa marche. Iln’y a aucune affinité nécessaire entre l'organe ou la maladie existe et celui où elle ne se rencontre pas.
Ge n’étaient cependant pas la les vues de M.
Bayle, puisqu'il donne six espèces de phthisies, une desquelles, dans son état simple (la phthisie ulcéreuse), est, à ce qu'il assure, totalement indépendante des tubercules. Cette proposition est extrêmement douteuse , et je suis bien aise de me trouver d'accord avec M. Laënnec sur ce point. Il observe que, quant aux espèces décrites par M. Bayle sous lesnoms de phthisie granuleuse, phthisie avec mélanose, phthisie ulcéreuse , phthisie calculeuse , et phthisie cancéreuse, la première, comme nous le verrons tout-à- Vheure,n’est qu'une variété de la phthisie tuber-
-culeuse ; que les quatre autres, au contraire, sont des affections qui n’ont de commun avec la phthisie tuberculeuse que d’exister dans le m éme organe, et que rarement elles produisent l'effet dont cette maladie tire son nom, c’est-à-dire
la consomption,
Il n’est pas facile de découvrir sur quelle base reposent les divisions de M. Bayle. Ces différentes espèces ne sont point caractérisées , comme on aurait pu s’y attendre, par des propriétés exclusives et spécifiques ; au contraire, elles sont si bien confondues, qu’elles prouvent clairement que les noms que l’auteur a assignés aux affections qu'il considérait comme des variétés de tubercules, et aux maladies qu’il croyait en être la conséquence, sont également arbitraires. C'est ainsi, par exemple, que, dans la première espèce désignée sous le nom de phthisie tuberculeuse, il dit que le poumon présente alors « des tubercules enkystés ou non enkystés; que ces tubercules sont formés par une substance homogène, toujours opaque , de couleur blanche ou d’un blanc sale, tantôt jaunâtre tantôt grisàtre (1) ». Il dit encore que le volume des tubercules varie depuis un grain de millet jusqu à celui d’une chataigne, et que les tubercules miliaires sont, pour la plupart, excessivement nombreux. Dans le paragraphe suivant, il est dit que ces tubercules, qui sont formés d’une substance opaque, homogène , peuvent exister dans trois états différens; que, d’abord fermes , ils s’amollissent ensuite à leur centre, et enfin se terminent par la suppuration.
(1) Recherches sur la phthisie , p. 21.
Nous examinerons cette doctrine un peu plus loin : tout ce que nous demandons du lecteur pour le moment, c’est qu’il se rappelle que l’auteur nous donne , dans sa première espèce de phthisie, des tubercules enkystés, des tubercules non enkystés et des tubercules miliaires ; de plus, que ces diverses espèces de tubercules, que l’on dit expressément être formées d’une manière spéciale, peuvent exister sous trois états différens. Mais ce n’est pas tout : on dit encore que la première espèce est presque toujours compliquée de la seconde ; de sorte qu'aux trois variétés déja données on peut ajouter encore les granulations miliaires et tous leurs accessoires. Ainsi donc nous voyons que toutes les variétés de tubercules que l’auteur a énumerées peuvent se trouver ensemble dans la même espèce de maladie. Sij’insiste sur ces remarques, ce n’est nullement pour le plaisir de critiquer l’auteur, mais parce qu’elles confirment mon opinion ; c’est-à-dire que la diversité de caractere physique des tubercules n'implique point la diversité d’origine , mais simplement variété dans les transmutations des corps qui, originairement et de fondation, étaient les mêmes.
Nous aurons bientôt une nouvelle occasion d’éclairer la question quand nous en serons à l’examen de la doctrine de M. Laënnec.
Avant de reprendre la discussion, je crois devoir m'expliquer en peu de mots pour dissiper Jes soupcons qu’a pu faire naître la coincidence de mes opinions avec celles de M. Laënnec.
Cette conformité est si grande, que l’on pourrait croiré que j'avais eu connaissance de ses ouvrages, et que j'y avais puisé les idées que j'ai émises sur le même sujet; mais cette erreur ne peut exister que chez ceux qui n'ont point lu les différens écrits que jai pubhés, et qui n'ont point fait attention à la date de leur publication. On verra, à la page 53 de mes recherches ( enquiries ), qu une partie considérable était déja imprimée en mars 1818. Par suite de quelques délais inévitables, la publication ne put avoir lieu qu’à la même époque de l’année suivante, au moins six mois avant la publication de l'ouvrage de M. Laennec.
J'étais bien aise de faire remarquer cette circonstance, quoique l'examen que je me propose de faire de l'ouvrage de M. Laënnec soit très-propre à dissiper les soupçons qu'aurait pu faire naître cette apparente conformité de principes.
Peut-être m’accusera-t-on de témérité d’avoir osé mettre en question les opinions d’un homme qui a eu les occasions Les plus favorables et les plus nombreuses pour observer la maladie
qui nous occupe : aussi n’est-ce qu'avec une sorte de défiance et d’hésitation que j'entreprends cette tâche; cependant je vais la poursuivre, et j'espère que les résultats justifieront pleinement mon entreprise.
J'avoue que je me trouve heureux de pouvoir me servir de l’autorité de M. Laënnec Par appuyer la plupart des propositions que jai avancées; mais il a émis plusieurs principes qui ne sont point en rapport entre eux ni avec les phénomènes de la maladie : ce quiajoute encore à l'embarras qui résulte de ces contradictions, c’est la classification embrouillée de ces variétés de tubercules , les noms théoriques qu'il leur a donnés, qui n'ont aucune signification précise et définie. Les descriptions de M. Laënnec, prises séparément, sont fidèles, à peu de chose près, c’est-à-dire qu'il a vraiment décrit ce qu'il a vu ou ce qu'il a cru voir. Je ne prétends pas refuser à M. Laennec le mérite d’un observateur exact, je veux dire seulement qu'il déduit des faits qu'il a observés des consé— quences qui ne s accordent pas avec la marche réelle de la maladie. Ses opinions préconcues l’ont empêché de voir les objets tels qu'ils sont. Si le nom de cet auteur était d’une médiocre autorité, je ne me permettrais point ces remarques ; mais quand je tire mes preuves
des propres écrits de l’auteur, et que je.demontre l'incohérence et la contradiction qui règnent dans les conclusions des faits qu’il rapporte, c’est purementdans l’intérêt de la science que je les indique. Je suis d’autant plus determiné à en agir ainsi, que j'espère tirer de ces erreurs et de ces méprises les preuves les plus | concluantes en faveur de mon opinion.
Examinons maintenant les opinions de M. Laënnec sur ce qu'il appelle le développement des tubercules des poumons. Je nai pas la prétention de comprendre exactement la signification de plusieurs de ses expressions ; mais pour éviter toute inexactitude de ma part, je transcrirai les divers passages de l’ouvrage où se trouvent particulièrement exprimés les sentimens de l’auteur. Dans le premier volume, page 21, 1l s'exprime ainsi :
« Les mn ie se développent sous la forme de petits grains demi-transparens , g STIS , quelquefois méme diaphanes et presque Date Leur grosseur varie depuis celle d’un grain de millet jusqu’à celle d’un grain de chènevis ; en cet état, on peut les nommer tubercules mi liaires. Ces grains grossissent , deviennent jaunatres et opaques , d'abord au centre, et successivement dans toute leur étendue. Les plus voisins se réunissent en se développant, et for-
ment alors des masses plus ou moins voluminew$es, d’un jaune pile, opaques et d’une densité analogue à à celle des fromages les plus fermes : on les nomme alors tubercules crus. »
Excepté la première phrase de cette citation, cette LE cube se rapporte parfaitement avec celle que j'ai donnée; mais comme cette diffé rence que je fais remarquer est de la plus grande conséquence , il est très-important , dans une discussion de cette nature , de ne pas la perdre de vue.
[limporte peu que lestubercules soient appelés miliaires ou autrement; mais ces corps, au lieu d’être, à leur naissance, demi-transparens, gris, et quelquefois diaphanes, sont, comme je Vai déjà affirmé, si mous, qu’il est impossible de les reconnaître au toucher, et tellement incolores et transparens, qu’il faut apporter la plus grande attention pour les apercevoir. Lorsqu'ils sont semi-transparens, gris ou jaunatres , c’est une preuve qu'ils ont éprouvé un changement dans leur manière d’être à leur origine.
Nous avons vu, d’après l’auteur, que les tubercules miliaires forment le premier pas vers leur transformation en tubercules crus; mais à peine a-t-il établi cette proposition, qu’il donne un autre mode de développement à ces tubercules crus , comme on le voit à la fin de la
seconde section. « Quelquefois mème, des masses tuberculeuses d’un grand volume se fofraent par suite d’une semblable imprégnation ou infiltration , et sans développement préalable de tubercules miliaires. Le tissu pulmonaire, ainsi engorgé, est dense, humide, tout-à-fait imperméable a lair, et lorsqu’on le coupe, les incisions présentent une surface lisse et polie. A mesure que ces indurations passent a l’état de tubercules crus, on y voit se développer une multitude de points jaunes et Opaques , qui, en
se multipliant et en grossissant , finissent par ~ envahir la totalité endurcie. »
D’après ces deux passages , il paraitrait que les mémes corps peuvent se développer de deux manicres ; et d’après les mots qui suivent, et auxquels le lecteur fera attention , il semble qu'il y ait encore d’autres modes de développement que l’auteur n’a pas distinctement spécifiés.
«De quelque maniere que les tubercules crus se soient formés , ils finissent, au bout d’un temps plus ou moins long et dont la durée paraît très-variable, par se ramollir et se liquéfier. Ce ramollissement commence vers le centre de chaque masse, qui, de jour en jour, devient plus
molle et plus humide, jusqu’à ce que le ramol-
hssement ait gagné la circonférence et soit devenu plus complet. »
Arrétons-nous un instant sur le commencement de ce paragraphe : en le rapprochant des autres assertions de l’auteur, nous y verrons un défaut de précision et d’exactitude qui sied trèsmal dans l’ouvrage d'un observateur savant. Les idées qu'il développe dans le reste du passage cité sont, à ce qu'il me semble, fondées sur le caractère trompeur des phénomènes qu’il décrit. Les figures que j'ai données de la marche progressive des tubercules serviront à expliquer ce que j entends par cette remarque.
Avant de quitter ce point de la question , 1} est bon de signaler un autre exemple d’inexactitude et de confusion dans la méthode de Vauteur pour exposer ses principes.
Les trente-cing et trente-sixieme paragraphes, p. 25, 26 et 27, contiennent ce qui a principalement rapport à ce que l’auteur appelle fausses membranes , qui sont formées par les parois des tubercules, après qu’ils se sont vides de leur contenu, lesquelles membranes passent à un degré de solidité cartilagineuse. Il ne s’agit pas, quant a présent, de contredire cette assertion; mais la manière dont elle est exposée est tout-a-fait propre à jeter la confusion dans Vesprit, à donner des idées fausses sur ce qui se passe dans
cette circonstance. Si l’on se rappelle ce que j'ai dit dans le chapitre précédent, on verra que ces fausses membranes, ces cartilages et tous les accessoires embrouillés et inintelligibles de Jeur auteur, ne sont rien autre chose que les parois des tubercules dans les différens stages de leur transmutation, et en effet l’auteur finit par en venir à-peu-près à la même conclusion, p. 28, n°. 38. Après avoir parlé de la membrane cartilagineuse , des excavations pulmonaires et de quelques productions analogues qui se développent quelquefois dans le même cas, il ajoute : « Je n’ai jamais vu ces kystes, soit primitifs, soit consécutifs, passer, etc., et ces kystes font si véritablement, si intimement partie des formations tuberculeuses, qu’ils constituent les tubercules enkystés de M. Bayle. »
On sera sans doute étonné qu'après une exposition aussi embarrassée des faits que nous venons de discuter l’auteur termine ainsi, pag. 29, n°. 40: « Le mode de développement que nous venons de décrire est le plus commun, mais il n’est pas l’unique ; il en existe deux autres qui ne sont probablement que des variétés dans la marche de l'affection tuberculeuse, mais qui présentent cependant des différences assez marquées pour mériter d'être notés. » J’avoue que je viens de lire ces mots avee
la plus grande surprise , et je suis sir que quiconque a suivi l’auteur avec un peu d’attention se joindra à moi pour exprimér le regret de rencontrer tantde contradictions dans un semblable ouvrage. Il faut se rappeler que l’auteur, en décrivant le mode le plus commun de développement des tubercules , nous a présenté les particularités suivantes : d’abord ce sont de petits grains semi-transparens qui passent par différens stages, jusqu à ce qu'ils aient acquis la densité du fromage le plus solide, et ils sont alors désignés sous le nom de tubercules crus. D’après cela, ne serait-on pas tout naturelle ment porté à croire que la semi-transparence, ou stage nuliaire, est antécédente au dernier changement des tubercules ; mais ce n’est pas cela du tout : à peine cette proposition est-elle énoncée, que l’on nous donne l'assurance que ces tubercules crus peuvent être produits par quelque autre marche cachée et sans développement préalable des tubercules miliaires. ly a donc au moins deux modes de développement, et même un plus grand nombre encore , comme semble l'indiquer le commencement du n°. 31, p. 22, où se trouve cette phrase : De quelque manière que les tubercules crus se soient formés , etc.
« De plus, nous avons donné la description de la marche de ces tubercules eux-mêmes, depuis
la semi-transparence et la mollesse jusqua la densité et la solidité; » et enfin cette marche est renversée : le centre du tubercule commence à s’amollir ; et c’est de la densité a la mollesse et à la fluidité que s’opere la marche du tubercule.
Il se peut que les choses se passent ainsi; mais quand on consulte l’analogie qui se fait remarquer dans les fonctions animales, a l’état de santé comme en maladie, on voit bien que les phénomènes en question s’opèrent d’une maniere moins embarrassée et par des procédés plus simples et plus conséquens.
Si nous suivons l’auteur dans sa manière de raisonner, nous lui verrons donner un nom a : chaque variété de mode de développement qu'il aura découverte. Selon son système, chaque particularité doit être considérée comme une affection individuelle : tous les avantages que l’on peut obtenir d'une classification basée sur des principes artificiels ou naturels sont à-peuprès perdus. Pour suivre une semblable méthode, vaudrait autant décrire chaque feuille, chaque fruit qui croît sur le même arbre , que de tenter de découvrir des caractères essentiels et spécifiques dans des affections morbides qui — n’indiquent que différens états des parties originairement et essentiellement les mêmes.
En supposant que mes opinions soient erro-
nées, j'espère au moins qu’on ne pourra leur refuser le mérite de la simplicité et d’étre conséquentes entre elles; il me semble aussi qu elles sont adaptées d’une manière frappante à la maladie en question : non-seulement mes principes s’accordent parfaitement avec les changemens qu elle présente, mais ils s’offrent à l’esprit avec une force de démonstration que l’on rencontre rarement dans les recherches en médecine.
Lors de la publication du premier volume, je me hasardai d'exprimer mon sentiment sur ce point; mais, depuis, chaque observation successive a porté dans mon esprit la conviction la plus par faite de la solidité et de l’exactitude des principes que j'ai adoptés. Je ne voudrais d’autres argumens en leur faveur, si j’en avais besoin , que ceux que je pourrais puiser dans l’ouvrage de M. Laënnec. Mais quand les mêmes faits sont examinés par un certain medium, il se peut qu'ils présentent un tout explicite, intelligible , consistant , et que, considérés par un autre, ces mêmes faits n’offrent plus que des objets variés, imparfaits, contradictoires, peu propres à satisfaire l'esprit de l'observateur qui cherche la vérité.
Les différens modes de développement attribués aux tubercules, la marche rétrograde qu’on
suppose à cette affection, justifient pleinement nos réflexions sur les remarques précédentes.
Le ramollissement des tubercules est, comme nous l'avons fait voir, la base sur laquelle repose la doctrine de M. Laënnec : la matière tuberculeuse est déposée à l’état solide sans avoir éprouvé aucun changement préliminaire.
Il est évident que cette doctrine est fondée. sur des présomptions qui n’admettent aucune preuve directe , sur une induction tirée des appee , et qui, mieux comprise, conduirait à une conséquence tout - à - fait opposée. J'ai déjà essayé de faire voir que tous les phénomènes peuvent s'expliquer d’une manière simple et satisfaisante, sans avoir recours à la marche embarrassée et incohérente dont nous venons de faire mention.
Il suffit d'appliquer , d’une manière rationnelle et physiologique , le principe admis sur la marche de la plupart des tubercules, pour se. rendre compte de toutesles déviations, de toutes les particularités qui ont donné naissance aux opinions que nous avons discutées. On ne verra plus alors que différens degrés caractéristiques dans la série des changemens qu'éprouvent les tubercules.
Quoique j'aie exposé mes principes d’une ma> nière très - explétive dans un des chapitres pré-
cedens , je pense qu'il convient , avant de passer outre, d’en faire ici une courte récapitulation. J'ai dit que les tubercules, à leur naissance, sont de petits corps vésiculaires, diaphanes, qui, à mesure qu'ils se développent, changent de caractère, partie contenante et partie contenue ; qu ils passent de l’état de transparence et de fluidité a différens degrés de densité et de solidité; que dans des cas de dissection j'avais trouvé des tubercules parfaitement solides, d’autres d’une densite incomplete , d’autres à peine changés de leur état primitif. Je demande ce que l’on peut raisonnablement. conclure de ces remarques. Dira-t-on que si ces corps n’étaient pas parfaitement solides , c'est parce qu'ils avaient été durs auparavant ; que par une action rétrograde ils sont arrivés à un état de mollesse ? On dirait tout justement le contraire de ce qui est, puisque les corps en question, au lieu d’éprouver cette inexplicable série de métamorphoses, ne se trouvent dans un état semi-fluide ou mou que parce que le phénomène de l’endurcissement n’était pas complétement opéré : si l'on n’admet pas ce principe, il est inutile d'aller plus loin. Comment , en effet, supposer que l’état de transparence du tubercule, qui caractérise réellement le premier degré des transformations morbides , serait au contraire le der-
nier degré de changement dont il fit susceptible ; que la dureté et la solidité en seraient les caractères primitifs? La question, envisagée sous ce point de vue , donne pour résultat la théorie la plus imparfaite , la plus compliquée et la plus contraire aux lois naturelles.
D’après mon opinion , au contraire, tous les phénomènes s'accordent parfaitement les uns avec les autres, et s'expliquent, autant bien quils peuvent s’expliquer, par des preuves directes et concluantes. On y voit des hydatides passer par tous les changemens qui ont été décrits; on trouve dans le:même viscère tous les anneaux de la chaine qui lie ces phénomenes entre eux de la maniere la plus évidente.
Si mes observations paraissent fondées sur l’exacte vérité, on verra se dissiper une foule d'erreurs ; car avec les préjugés que j'ai fait remarquer, et qui se rencontrent à chaque pas, il serait impossible que je puisse faire comprendre comment le principe que j'ai établi peut s'appliquer à l’origine et à la marche des maladies tuberculeuses. |
Dans la première partie de ce chapitre, j'ai parlé, en passant, de l’opinion de M. Laënnec relativement aux corps qu'il désigne sous le nom de fausses membranes, de corps cartilagineux, d’excavations pulmonaires et fistuleuses; j'ai
prouvé, par les propres expressions de l'auteur, que ces différentes dénominations sont absolument toutes applicables & une seule et méme partie de la maladie , c’est-à-dire au kyste du tubercule.
Jai déja fait remarquer les déplorables erreurs qui résultent de la fausse application du mot kyste. On lemploie comme si désignait autre chose que le tubercule dui -mème, lorsque, dans le fait, il est essentiel à son existence; lorsque , sans lui, il serait dépouillé de toutes les propriétés qui le caractérisent.
Si l’on veut se reporter aux descriptions déjà données sur la marche des tubercules pulmonaires , on verra que rien n’est plus facile à expliquer que toutes ces variétes de formes qui semblent avoir jeté tant de confusion dans l’esprit de l'auteur ; confusion qui l’a forcé de recourir à cette phraséologie multifere que nous avons fait remarquer. Nous avons vu dans quelques cas que la paroi, ou le kyste du tubercule, est la partie qui d’abord se trouve transformée; qu’elle perd sa transparence , qu’elle augmente en densité et en fermeté, et devient presque cartilagineuse (I. vol., p. 96 ), tandis que le contenu reste mou ou liquide. Nous avons vu encore que les transmutations s’opèrent d’une manière différente ; que la consoli-
dation commence à l’intérieur , puis s'empare de la totalité ; de là, un tubercule solide, d’une texture uniforme : la confusion de la partie contenante et de la partie contenue est complète au point de ne laisser aucune trace de leur distinction primitive. C’est, je pense, pour n’avoir pas apporté assez d’attention à ces faits, que l’on a dit qu'il y avait des tubercules enkystés et d’autres qui ne le sont pas. Dans le premier exemple, la forme distincte du kyste est perdue dans l’uniformité de tissu du tubercule ; dans l'autre , le tissu du kyste est plus apparent que dans son état primitif, parce qu’augmenté en épaisseur, en solidité, il contraste avec la matiere à demi formée, contenue dans sa cavité.
Mon opinion, comme je l’ai déjà exprimé, est que les tubercules solides ne sont pas susceptibles de passer à l’état d’ulcération ; que ce phénomène ne se fait remarquer que dans ceux que l’on désigne sous le nom de tubercules enkystés; que quand ces tubercules se rompent et laissent échapper le fluide qu’ils contiennent , la paroi épaissie , ou le kyste, reste, et présente, lors de la dissection, ces excavations solides, cartilagineuses , dont M. Laënnec a parlé de diverses manières, et auxquelles, je crois, il a assigné une propriété différente de celle dontelle jouit réellement. Il considère ces débris kys-
teux comme l'indice d’une marche salutaire, au moyen de laquelle peut s’opérer la cure de la consomption tuberculeuse. Il est bien vrai que des malades qui ont expectoré le contenu de quelques tubercules se sont rétablis. Si Pindividu chez lequel.s’est passé un tel événement ful mort de toute autre maladie, on aurait trouvé les débris du kyste rompu ; mais l’induction qu’en tire M. Laënnec me paraît inexacte. L’expectoration de matière tuberculeuse prouve l'existence d’une désorganisation antécédente, désorganisation qui n’a point eu de suites funestes, non pas parce qu’elle fut arrêtée par cet obstacle, mais parce que les tubercules, parvenus à l’état d’ulcération, étaient en petitnombre, et qu'ils laissaient une assez grande portion de poumon sain pour l'entretien des fonctions de la vie ; ce qui n’a pas lieu quand il existe un grand nombre de tubercules; car la décomposition successive et la continuité d’action morbide des kystes entraînent le malade au tombeau.
Cette explication se trouve tout-à-fait en rapport avec l'opinion d’Hippocrate à ce sujet. Pour qu'un malade affecté de la pulmonie tuberculeuse guérisse, il faut que les tubercules passent à l’état d’ulcération; la matière du tubercule est tout-à-fait expectorée, et le kyste (xorn) qui le contenait s’oblitère.
Cette explication simple, intelligible , ne pouvait être rendue d’une manière plus satisfaisante et plus conforme ‘à la vérité et à la plupart des nombreuses descriptions que l’on en a faites jusqu'à présent. Lorsque j'ai rapporté les divers passagès d’Hippocrate relatifs, à Vauscultation , j'ignorais que M. Laennec en eit fait mention dans son ouvrage , et en quoi et jusqu'à quel point mes opinions différaient des siennes ; mais je me serais encore moins douté que lui, qui a consulté les écrits d’Hippocrate, eut oublié de faire mention des connaissances que possédait l’auteur grec sur les maladies tuberculeuses, comme on a pu le voir dans les passages cites.
Toutes les fois que les tubercules sont parvenus à une période avancée , et qu'ils sont frappés d’ulcération, on trouve d'ordinaire en trés-grand nombre les débris dont nous venons de parler. Les crevasses , les fissures , que l’on appelle vulgairement ulcères du poumon, sont occasionnées par la décomposition successive des tubercules. Le volume, la forme, le caractère général de ces excavations, sont determinés par le volume, la position relative et le nombre de ces tubercules. Ce que je veux exprimer sera mieux compris par l’examen des gravures. On y verra une cavité unique bien
arrêtée, qui avait été occasionnée par la décomposition d’un seul tubercule, et un peu plus loin on trouvera une autre excavation , large, inégale, d’une forme irréguliere, qui a été le résultat de la dissolution d’un plus grand nombre de tubercules contigus.
Indépendamment des différens modes de développement assignés par M. Laënnec, il nous dit qu'il en existe deux autres qu’il croit n’étre que des variétés dans la marche de l'affection tuberculeuse, mais qui présentent des caractères assez marques pour meriter d’être notés. (P. 20, premier volume.)
Je n’insisterai pas long-temps sur ces anomalies, d’abord parce que je ne puis y attacher au cuneidée précise, et puis parce qu’elles sont tout à-fait incohérentes avec les principes précédemment exposés. Cependant il est assez curieux de voir l’auteur, dans le cours de quelques pages , revenir encore à sa première proposition, déjà citée , et détruire Jui-même les raisonnemens sur lesquels il avait basé son incompréhensible et capricieuse classification.
« Les granulations tuberculeuses que l’on observe à la surface de laplevre et du péritoine sont quelquefois incolores et tout-à-fait diaphanes, d’autres fois grises et seulement demi-transparentes.
» Dans l'un et l’autre état, elles présentent souvent un point jaune et opaque au centre; quelquefois, enfin, on les trouve converties en matière tuberculeuse plus ou moins ramollie.
Il n’est pas rare de voir tous ces divers degrés de développement ‘sur la même membrane. »
( Premier volume, p: 38.) Ce serait bien inutilement que l’on chercherait à concilier les principes exposés dans ce passage avec les assertions obscures et contradictoires que nous avons citées : il est absolu- “ment impossible quel’une et!’autre soient vraies. J'espère que le lecteur attentif est assez bien préparé maintenant pour prononcer sur l'état de la question, et juger de quel côté se trouve l'évidence. Le passage que lon a rapporté textuellement contient une description de la marche des tubercules tout-a-fait conforme a celle que j'ai donnée dans le premier volume. C’estavec une satisfaction toute particuliere que j'appelle sur ce point l’attention du lecteur, parce que la description de M. Laennec justifie l'exactitude de celle que j'ai donnée, et même les réflexions que m'ont suggérées les autres parties de l’ouvrage de cet auteur. |
Je passe sur les autres chapitres de cet ouvrage ; mais la seconde partie m'offrira l'occasion de faire de nouvelles remarques à l'égard
de ce qu il désigne sous le nom de productions accidentelles du poumon (chapitre IV, part. 2). Il y a une sorte de perversion dans cette dénomination nouvelle; car, selon l’auteur, les tubercules sont des productions tout aussi accidentelles que celles dont il parle dans le présent chapitre : nous ne voyons pas alors pourquoi il les sépare l’une de l’autre. Les efforts qu'il fait pour séparer les désorganisations qui ont entre elles la plus grande affinité peuvent devenir très-nuisibles aux progres d’une saine pathologie. Cette question ne se borne pas à une simple disposition technique, qui pourrait se décider d’une manière ou d’une autre sans porter un préjudice notoire à nos vues sur les structures morbides : au contraire, des idées exactes et précises sont essentiellement inhérentes à ses succes. Tous les raisonnemens contenus dans ces pages sont fondées sur ce que l’auteur croit que les tubercules, quel que soit leur volume ou leur propriété , ont une origine commune. Cependant, de la manière qu'il traite son sujet, l’auteur se trouve conduit à une conclusion directement opposée : je ferai voir, à cet égard, comme je lai fait en d’autres occasions, qu’une telle conclusion est en contradiction palpable avec les faits qu’il rapporte lui-même.
Prenons pour exemples les titres des produc-
tions accidentelles qu'il se propose de décrire; ce sont: « 1°. les kystes proprement dits; 2°. les kystes contenant des vers vésiculaires ; 3°. les masses fibreuses, cartilagineuses , osseuses ou osséocrétacées; 4°. les tubercules ; 5°. Vespece de cancer que j’ai désignée sous le nom d’encéphaloide ou de matière cérébriforme; 6°. celui auquel j’ai donné le nom de mélanose. » ( P. 263. I. V. ) Mais que le lecteur fasse attention au paragraphe suivant : « Ce que je viens de dire des tubercules s’applique également aux autres espèces de tumeurs qui se développent dans le poumon. J’ai trouvé dans cet organe des encéphaloides du volume du poing, autour desquels le tissu pulmonaire était tout-a-fait crépitant, et ne présentait aucune trace de compression. » ( /d., p. 266. )
La premiere phrase de ce dernier paragraphe est pour moi d’une grande valeur, parce qu elle s'accorde avec ce que j'ai dit dans mes recherches; mais, pour l’auteur, elle ne sert qu'a démontrer de plus en plus ses inconséquences.
Nous n'avons qu’à jeter un coup-d’ceil sur sa definition du mot kyste, pour en avoir une nouvelle preuve. « J'entends par kyste, avec la plupart des anatomistes modernes , une membrane accidentelle, formant une sorte de sac sans ouverture, ordinairement obrond , quel-
quefois cependant irrégulier et anfractueux, et contenant une matière liquide, sécrétée par la membrane même qui forme le kyste. » (Jdem, p. 267.)
Je demanderai maintenant à l’auteur s’il se trouve dans cette description quelque chose qui corresponde avec ce qu’il a dit des tubercules , et si sa description ne conduirait pas le lecteur a croire que ce sont des productions tres—diffé~ rentes les unes des autres sous tous les rapports; et cependant ces productions sont les mémes : c’est ce que j’aitache de prouver depuis le commencement de cet ouvrage.
On doit se rappeler comment M. Dupuy fut entraîné, malgré ses opinions bien exprimées, à admettre des rapports entre les tubercules et les hydatides. Il n’en est pas ainsi de M. Laënnec; car il persiste à soutenir les opinions par lesquelles il s’est laissé prévenir sur les propriétés particulières et immuables des kystes décrits ci-dessus , même lorsque, dans le paragraphe suivant, il expose des faits qui auraient du le faire douter de l’exactitude de sa décision, « Ilest, dit-il, encore une autre espèce de kystes : ce sont ceux qui renferment des substances plus solides et étrangères à l'économie animale saine , comme la matiere tuberculeuse et les diverses espèces de cancers, aux-
quels ils servent seulement d’enveloppe. » [ci l’ancienne erreur se reproduit sous une nouvelle forme.
L’opinion qu'un kyste est une formation sui generis, présentant certaines propriétés, et conservant toujours ses fonctions indépendantes, n’est point abandonnée, quoique l’évidence la plus palpable démontre qu’elle est fondée sur une méprise. Cette opinion entraine si loin l’auteur, qu’elle jette dans sa description des tubercules une confusion inextricable ; elle se fait remarquer, ici, dans des circonstances qui la rendent encore plus ostensible.
L'auteur nous avait donné la definition du kyste : eh bien! ce sont des hydatides. On voit bien que ce n’est pas ce que veut dire M. Laënnec, et c’est cependant ce qu'il dit, et je vais le prouver par ses propres paroles :« Les kystes sont, de toutes les productions accidentelles , celles qui se développent le plus rarement dans le poumon de l’homme. Morgagni n’en donne qu’un seul exemple; mais il n’est pas rare d’en trouver dans celui des bœufs et des moutons.
Ces derniers sont ordinairement séreux, contiennent un liquide ténu et très-limpide , et sont formés par une membrane très-mince.
Chez l’homme, au contraire , je n'ai jamais trouvé dans le poumon que des kystes compo-
sés de l'espèce de ceux que j'ai décrits ci-dessus, etj en ai rencontré tout au plus trois ou quatre. » ( P. 268, 260. )
Dans le passage que nous venons de citer, l’auteur identifie les kystes avec les corps que l'on nomme communément hydatides ; car il est a présumer que ces corps, dont il parle dans lextrait précédent, qui se rencontrent dans les poumons des vaches et des moutons, ne sont pas d’une nature différente, quoiqu'un peu plus loin il veuille nous le faire croire lorsqu'il est question des vers vésiculaires. Il avait reconnu auparavant que ces kystes contiennent quelquefois une substance liquide ou semi-liquide, une matière tuberculeuse, ou une matière cancéreuse; qu’enfin ils deviennent solides. Mais cette marche simple ne convenait point aux vues de l’auteur, il faut qu il introduise des différences spécifiques où il n'en doit exister aucune, et, par ce moyen, il embrouille une question qui, autrement, eût été fort claire. C’est par suite de cette passion pour les distinctions minutieuses que nousavons deux espèces de kystes mises en opposition l’une avec l’autre. Le premier kyste est un sac membraneux contenant une matière liquide, sécrétée par la membrane elle-même. L'autre contient une matière solide; mais quoique l’on
da
nous dise que, dans la première espèce mentionnée, les substances contenues soient formées par les parties contenantes, on se garde bien de tirer la même induction pour la seconde espèce. Aux yeux de l’auteur, cette relation est si loin d'exister, qu'il considère le tissu extérieur de ces corps comme une simple enveloppe des substances solides qu'elle renferme.
Cette proposition pèche certainement de quelque côté ; car si l’on remarque des changemens tels que ceux que l’on admet ici, dans des corps qui portent un même caractère général, ilne paraît pas très-philosophique de prétendre que ce qui est admis pour vrai dans l’un soit destitué de fondement quand on l’applique à l’autre. C’est une question dans laquelle les objections techniques et les dispositions nosologiques n’ont aucune part. Il importe peu que les kystes soient appelés hydatides ou kystes hydatiques ; mais je soutiens que, dans ce que dit ici M. Laénnec, comme dans beaucoup d’autres endroits de son ouvrage , la transmutation de ces corps se trouve clairement établie. Je sais très-bien que ce n’était pas là l'intention de l’auteur ; car il est si loin d'admettre l'identité des hydatides avec les kystes, qu'il affirme le contraire lorsqu'il dit qu’ils ont été long-temps confondus l’un avec l’autre (page 270). Je lu
laisse le soin de concilier les contradictions qui se trouvent entre ce principe et ceux que nous avons extraits de son article précédent. Quelle que soit l'opinion de l’auteur sur les es- pèces d’hydatides, rien ne saurait détruire l’ob- jection que je lui oppose. Il dit positivement que la simple vésicule contenant un fluide limpide, telle qu’on la trouve dans les vaches ou dans les moutons, est un kyste; tandis que les désorganisations , qui font le sujet du troisième article, sont des hydatides et non des kystes. Si nous avons bien analysé la question, c’est la le seul expédient auquel l’auteur ait recours pour établir ses différences ; mais cet expédient ne lui sert bientôt plus de rien : car, dans le récit qu'il fait d’un cas où l’on trouva des hydatides dans les poumons et dans le foie, on lit les expressions suivantes : « La partie du kyste hydatique qui était placée hors du foie, etc. » Ainsi, d’après cette expression, on ne saurait nier qu’il y ait identité entre le kyste et Vhydatide. «Dans deux autres cas de tumeurs que l’on trouva dans le thorax, il règne une sorte d’ambiguité»; mais ce que dit l’auteur dans cette circonstance prouve l’inexactitude de ces distinctions de la manière la plus évidente. «La description des rapports des kystes n'est pas assez
détaillée dans cette observation, etc. » (P. 276.)
L’article suivant du méme chapitre traite des productions cartilagineuses , osseuses , calculeuses et crétacées du poumon. D’apres les remarques que nous venons de faire, les rapports entre les kystes et les hydatides ont été établis par le témoignage de M. Laënnec lui-même , etde manière à ne pouvoir être réfutés ; tout ce que renferme l’article que nous venons de passer en reyue ajoute une nouvelle conviction aux propositions que nous avons l'intention d'examiner.
Elle est vraiment pénible la tâche que nous nous sommes imposée de mettre en évidence tant de propositions hasardées de la part de l'auteur! Mais comme son nom exerce une erande influence , il est utile et important de ne le laisser dominer qu’autant que son autorite sera fondée sur l’exactitude des faits.
Ne voulant nous occuper que des maladies tuberculeuses, nous ne ferons pas mention des autres espèces de désorganisations. Il est certain que parmi les changemeñs qu'éprouvent les hydatides il arrive quelquefois qu'elles présentent des signes d’ossification dans leur enveloppe, dans leur cavité, et qu’elles se convertissent en une substance cartilagineuse , osseuse, calculeuse ou crétacée. Des cas de cette nature se sont rencontrés dans les animaux
aussi bien que chez Phomme, ils se trouvent notés dans mes recherches (premier volume ) : J'en ai rapporté de nouveaux exemples dans celui- ci. On en trouvera également un bon nombre dans l’article que nous allons examiner de louvrage de M. Laennec. Selon tur, la matière osseuse et crétacée est déposée dans les leux où il ne se trouve aucune trace de formation tuberculeuse; mais il me suffit qu’il soit reconnu que ces matières existent quelquefois avec les tubercules , que quelques-uns peuvent presenter toutes les variétés de substances ci-dessus mentionnées, qu elles se sont rencontrées dans le même tubercule ou dans le même kyste. Cesta l'observation de ces cas que je dois l'avantage de pouvoir déterminer les rapports qui existent dans les caractères que présente ce genre de maladie. Ce qu’ajoute M. Laënnec a ce sujet se trouve d’accord avec mon opinion. « Les ossifications imparfaites sont, dit-il, enkystees ou non eñkystées, les kystes eux-mêmes sont imparfaitement ossifiés. La matière crétacée se trouve généralement dans des kystes cartilagineux, pages 281 et282». Ces faits sont parfaitement exacts : ils se rapportent avec les observations que j'ai consignées; ils justifient plemement la conséquence que jen al tirée; mais cette conséquence n’est pas celle qu’en déduit l'auteur. Au
lieu de considérer ces kystes comme des variétés dans la formation des tubercules, il en revient à sa théorie sur la cicatrisation des excavations pulmonaires ( lesquelles excavations , quoique déguisées sous diflérens noms , ne sont ni plus ni moins, comme nous l'avons dit, que les débris de tubercules rompus ) : c’est alors que l’auteur ajoute ce qui suit : « D’après ces faits, je suis porté à croire que, dans le plus grand nombre des cas, les concrétions osseuses et crétacées du poumon se sont développées à la suite d’une affection tuberculeuse guérie, et sont le produit des efforts de la nature, qui, cherchant à cicatriser les excavations pulmonaires, a développé, avec trop d’exubérance le phosphate calcaire nécessaire à la formation des cartilages accidentels, qui constituent le plus souvent les fistules et les cicatrices pulmonaires. » (Jd., p. 287.)
Que le lecteur juge maintenant du rapport de ce morceau de pathologie avec la description que donne l’auteur des ossifications enkystées , des kystes ossifiés, et des kystes cartilagineux contenant de la matière crétacée!....
Il me reste peu de chose à ajouter à ce que jai dit au sujet de la mélanose : je la crois généralement associée aux tubercules , de quelque forme qu'ils soient; mais je ne saurais dire à
présent dans quel rapport se trouvent ces maladies: à l'égard l'une de l'autre. L'article suivant de ce chapitre traite de I encéphaloide du poumon : ces productions sont celles que nous désignons chez nous, avec assez d’ exactitude ; sous le nom de fongus hématode. Plusieurs exemples de ces cas intéressans ont été publiés par Langstaff dans le neuvième volume des Medico-chirurgical transactions. Les observations que je me suis permis de faire sur ces cas (1°. volume ) different totalement de celles de M. Laénnec sur le même sujet. Il dit que la matière cérébriforme peut exister sous trois formes distinctes, et qu’elle présente aussi trois périodes distincts dans son développement ; « c'est-à-dire celui de sa formation ou état de crudité, celui de son développement complet , dans lequel la ressemblance au tissu cérébral est la plus parfaite, et celui de son ramollissement.»
Je presume aye le lecteur n’a pas oublié les remarques que J ’ai faites sur la marche analogue
à celle-ci, qui se fait remarquer dans le développement des tubercules du poumon. ll wa pas perdu de vue non plus les faits qui lui ont été présentés, d’après l'ouvrage de M. Dupuy, dans le chapitre précédent. Si à l'évidence des faits que nous yappciors au lecteur il y joint ceux que j'ai consignés dans la premiere partie
de mes recherches, il sera à même de juger si les faits exposés par M. Laënnec sont compatibles ou non avec la marche ordinaire de la maladie. Ici, comme en beaucoup d’autres occasions , il semble avoir entièrement renversé l’ordre des événemens , lorsqu’ilregarde comme le dernier stage des changemens morbides ce qu’avec beaucoup plus de raison on pourrait considérer comme le premier. Je n’ai pas besoin de répéter qu’il est impossible de prouver aucun de ces faits, puisque jamaison n’a vu dansle poumon une tumeur dure!devenir molle ;"tandis qu’au contraire la transition de l’état de mollesse à celui de solidité est prouvée par des exemples sans nombre. - |
Je n'insisterai pas davantage sur ce point pour revenir aux traits distinctifs des maladies tuberculeuses. Sous quelque forme qu'elles se présentent, leur caractère spécifique se trouve retracé dans les 'corps*originairement enkystés. Ces traces , on les reconnaît distinctement dans les désorganisations dont nous parlons. Je renvoie à ce que j’aidit, dans mon premier volume et dans les pages précédentes, sur la position relative, le volume et l'étendue des: différens tubercules, lorsqu’ils sont agrégés ensemble dans quelque partie que ce soit, aflectant alors
les caracteres sensibles de toute maladie qui est le résultat d’une semblable combinaison.
A quel genre de désorganisation pourrait se rattacher celle que M. Laënnec désigne sous le nom d'infiltration? Pourrait - elle s’expliquer par les faits que je viens de rappeler plus | haut ? C’est ce que je ne saurais dire, parce que je n’attache aucune idée précise au mot infiltra- tion : c’est un de ces termes généraux que j'ai déjà eu occasion de désapprouver dans une partie de ces recherches , et que j'aurais désiré ne point retrouver ici. Nous avons vu que la masse cérébriforme existe en trois états différens; que, selon l’auteur, le dernier stage est la mollesse ou la liquidité, la matière étant semblable à du pus épais, ou, en d’autres mots, que nous avons des kystes contenant des substances solides , et d’autres contenant des fluides de différens degrés de consistance : ce sont les tumeurs et les vomiques , dont nous avions déja touche quelque chose en parlantdestransformationshydatiques. Mais ce n’est pas pour indiquer ce fait seulement que nous faisons ici cette remarque ; elle porte sur une autre question qui doit nous servir de guide, comme auparavant, pour arriver à la solution de plusieurs difficultés, qui résultent des principes obscurs et contradictoires de l’auteur.
Je me suis hasardé d'appeler du nom de vomique la troisième variété de son encéphaloide enkystée, parce qu elle correspond exactement avec la description qu’en ont donnée les meilleurs écrivains nosologiques, et avec celle que j'en aurais donnée moi-même. Le lecteur sera sans doute surpris que je m'appuie de l’autorité de M. Laënnec pour soutenir mon opinion, c'est-à-dire de sa description de la vomique et de la troisième variété de l’encéphaloïde enkystée ; elles ont tant de rapport entre elles , qu'il n’y a pas le moindre doute que les deux descriptions ne puissent s'appliquer à la même maladie.
Écoutons M. Laënnec : « Je regarde les vomiques, telles que les connaissent les praticiens, et que je viens de les décrire , comme le produit du ramollissement (1)d’une masse tuberculeuse d’un grand volume. » (P. 116.)
Comparons le passage ci-dessus avec celui qui suit :
(1) On voudra bien se rappeler que je ne partage aucunement Vopinion de l’auteur lorsqu'il dit qu’une grosse masse de matière tuberculeuse se ramollit au point de produire une vomique , et que cette assertion est tout-à-fait opposée aux meilleures descriptions de la maladie. L’auteur dit qu’Hippocrate considère la vo-
mique comme un véritable abcès des poumons et le ré-
« La matière cérébriforme ne reste pas longtemps dans l’état que je viens de décrire; elle tend sans cesse à se ramollir, et bientôt sa consistance égale à peine celle d’une bouillieun peu épaisse : alors commence le troisième période. Bientôt les progrès du ramollissement deviennent plus prompts, et la matière cérébriforme arrive peu-à-peu à un état de liquidité semblable à celle d’un pus épais ; mais elle conserve toujours sa teinte blanchatre ou d’un blanc rose. » RG)
Maintenant substituons le mot tuberculeux à celui de cérébriforme (ce que l’on peut faire très-convenablement quand on connaît les variétés d’aspects sous lesquelles se présentent les tubercules), on nie dit rien ici de la vomique qui ne soit tout-àh-fait applicable à une maladie décrite sous un nom absolument différent dans une autre partie du même ouvrage. J'ai deja combattu l’opinion de l’auteur sur le ramollissement ; mais qu’elle soit fondée ou non, cela
eee sultat de la suppuration. A moins que jene me SO1S STOSsièrement trompé sur le sens des paroles de l’auteur grec, le passage cité est trés-inexact. Hippocrate, au contraire, entre dans les détails les plus minutieux pour établir la différence qui existe entre les maladies inflammatoires et les maladies tuberculeuses. J’en ai cité un exemple page
340, et je pourrais en indiquer un plus grand nombre.
ne fait rien à la question actuelle : la contradiction de l’auteur n’en est pas moins évidente, quel que soit le parti 1e Von prenne dans la discussion.
I] est encore une autre contradiction accessoire a la dernière et qui mérite d’étre notée. Je prends pour accordé que la vomique et la troisieme variété de V encéphaloide soient identiques et que les mêmes accidens peuvent arriver à Pune et à l’autre. Mais l’auteur, comme s’il vou- Jait soutenir une distinction qui n’a aucun fondement solide, nous dit qu’il n’en est pas ainsi; «que, dans le premier cas, lamatiére tuberculeuse ramollie est évacuée , tandis que celle de l’encéphaloïde enkystée reste dans le kyste, et que l'évacuation ou la non-évacuation de la matiere contenue dans la vomique et dans l’encéphaloïde enkystée constitue le seul point de différenceentre eux» : en sorte que la même substance est une vomique quand son kyste estrompu, et une encéphaloide lorsqu'il reste entier. (P. 319.)
Je ferai maintenant quelques remar ques sur ce quel’ auteur appelle productions accidentelles de la plevre, et qui peuvent occasionner un épanchement de fluide dans sa cavité. Les affections de la: plèvre qui occasionnent de tels accidens sont principalement, à ce que l’on nous dit, des
productions cancéreuses et tuberculeuses qui se sont développées à la surface de cette membrane. Ces désorganisations, qui se trouvent décrites ici, correspondent avec celles dont j'ai donné le détail dans la seconde partie du premier volume. Le désir de multiplier les distinctions est aussi manifeste ici que dans les autres parties de l'ouvrage de l’auteur : car, outre les productions qu'il appelle cancéreuses, il désigne encore deux autres espèces de tubercules qui attaquent la plèvre. La dernière espèce, qui s'accorde avec celle désignée, en passant, par Bichat et qui, je pense , ne differe des autres sous aucun rapport, si ce n’est par le volume, est toujours accompagnée, nous dit-on, de Vhydrothorax. (P. 417.)
Cette dernière assertion, prononcée avec beaucoup de confiance, ést cependant très-hasardée; elle n’est malheureusement pas conforme avec les faits. J’ai rapporté plusieurs exemples de cette même maladie, où, au lieu d’epanchement dans la cavité, il existait une adhérence si intime de la plèvre, que l’épanchement eût été tout-afait impossible. Autant que mon expérience peut me le’permettre, j'assure au contraire que la terminaison par adhérences ( accrétion ) est de
beaucoup ‘plus fréquente que par epanche-
ment ; la même remarque est egal ement vraie, appliquée au péritoine.
Le principal objet des recherches contenues dans le premier volume a été de prouver que les tubercules qui attaquent les membranes séreuses sont semblables, dans leur origine et dans leur marche, à ceux qui se développent dans les poumons; que les différences qu'ils présentent ne doivent être attribuées qu’à la différence des tissus et à celle des fonctions de la partie ou ils existent. J’espère que tout ce quia été dit sur ce point suffit pour démontrer la vérité de ce principe. J’ai déjà prouvé, par les détails que j’aidonnés sur la marche des tubercules, qu’elle est en grande partie appuyée par plusieurs observations de M. Laénnec, en voici une nouvelle preuve dans le passage suivant : « Quelquefois ces tubercules sont au premier degré, c’està-dire demi-transparens , grisatres ou presque incolores ; d’autres fois ils sont au second degré, c’est-à-dire jaunes et opaques. Je ne les ai jamais observés dans l’état de ramollissement. » EE: 416. )
Cette proposition est vraie de tout point; mais j'ai deja fait voir que l’on rencontre autant de variétés d’aspects dans les tubercules des membranes que dans ceux du poumon.
Presque toujours ils existent ensemble : il est
donc raisonnable de conclure que les caractères qui se font remarquer dans le cours du développement des tubercules pulmonaires sont le résultat des circonstances ow ils se trouvent placés. L’auteur admet que dans les membranes lesstubercules n’éprouvent point de ramollissement. J’ai essayé de prouver que le ramollissement n’a point lieu non plus dans ceux du poumon. Cette remarque de M. Laënnec ajoute beaucoup de force à mes raisonnemens. Les poumons étant sans cesse mis en jeu par l'air extérieur, étant soumis à l’influence de la circulation d’un énorme volume de sang qui leur arrive pour l'exécution des fonctions qu’ils ont à remplir (la respiration et la circulation), il est facile de comprendre que le mode de développement des tubercules doit être moins uniforme , et que les corps doivent être beaucoup plus disposés a passer à l’état d’ulcération que ceux qui sont, sitnés dans d’autres organes. Ces circonstances nous fournissent une explication facile des particularités qui accompagnent les tubercules pulmonaires, sans avoir recours aux suppositions que nous avons signa lées dans les pages précédentes.
Il est encore d’autres faits avancés par M. Laënnec qui auraient besoin d’être examinés ; mais comme nous nous sommes oc-
cupés peut-être un peu trop longuement sur ce qui a rapport aux maladies tuberculeuses, il nous reste moins de temps pour examiner les autres parties de l’ouvrage. Comme il m’importe de repousser les soupcons que l’on pourrait avoir sur mes intentions dans la critique que je fais de l'ouvrage de l’auteur, je vais, avant de terminer , rapporter un passage de sa préface, où il dit « que l’objet principal de son ouvrage étant de faire connaître le parti que l’on peut ürer du moyen mécanique qu’il propose pour distinguer les diverses lésions du thorax , il a dû tout subordonner à ce dessein , et que les faits d’anatomie pathologique méme, quoique occupant une place beaucoup plus considérable, n’y sont que comme accessoires. » Noussommes vraiment étonnés que l’auteur attribue ce mode de percussion à Avenbrugger, et qu'il le considère comme une des plus précieuses inventions dont la médecine se soit enrichie (1). Avec
(1) I ne serait pas facile de prouver comment cette grande découverte nous vient d’Avenbrugger. Il y a vraiment quelque chose de particulier dans les éloges que fait M. Laénnec. Onest tout étonné de trouver tant d’imperfection dans une des plus précieuses inventions dont se soif jamais enrichie la médecine : on ne peut nier cependant, dit M. Laënnec, que cette méthode ne
aisse encore beaucoup à désirer ; elle n'indique souvent
de telles idées, il n’est pas étonnant que l’auteur ait subordonnée toutes les autres considérations aux moyens de faire valoir l'utilité de l'instrument qu'il propose : aussi prend-il beaucoup de peine et de soin pour en étendre l'application. Cependant l’auteur pourra bien rencontrer des gens qui n’ont pas conçu une aussi haute idée que lui de son invention; car, en supposant qu’elle procurat tous les avantages qu'on lui accorde pour découvrir les désorganisations internes, on aurait toujours aregretter qu elle mit dans la nécessité de détruire entierement les liaisons naturelles qui existent entre les maladies du même genre, et cela pour le seul plaisir d'expliquer les propriétés d’un moyen mécanique dont
rien dans la phthisie pulmonaire , et, dans aucun cas, elle ne peut faire distinguer cette maladie de la péripneumonie chronique. Dans la péripneumonie même, elle est d’un faible secours quand l’engorgement inflammatoire occupe seulement le centre du poumon, ou quand les deux poumons sont affectés à-la-fois d’une manière légère ou à-peu-près égale. File ne donne aucun signe propre à faire distinguer cette maladie de la pleurésie, de Vhydrothorax , ou ,de tout autre épanchement dans la plèvre ; eile ne fournit aucun moyen de reconnaitre le pneumothorax, ou plutôt elle devient une cause presque nécessaire d’erreur dans ce cas; elle ne fait reconnaitre
les maladies du cœur que lorsque cet organe est devenu
l'utilité est encore nu: à contestations. Ce qu'il y a de certain , c'est que tels renseignemens que puisse procurer l'usage du pectoriloque dans son état le plus perfectionné et entre les mains les plus habiles, il ne compenserait jamais le préjudice qu'il causerait à la science , s’il obligeait à considérer comme appartenant à des genres différens des maladies quisont semblables et intimement liées par tous les caracteres essentiels.
Dans diverses parties de notre ouvrage, je me suis récrié contre l’abus des mots : c’est un vice qui me paraît porté très-loin dans la plupart des écoles étrangères; il y a tout lieu de craindre que la contagion ne gagne jusque chez nous. Mon zèle sur ce point ne pourrait être
très - volumineux , et le plus souvent la mort arrive avant que la maladie soit parvenue à ce degré ; elle w’a jamais donne d’indices sur l’existence de l’anévrysme des gros vaisseaux que dans des cas ou Vapplication de la main et la vue méme en fournissaient de plus stirs encore.
Le lecteur peut juger de Pimportance d’une semblable découverte par l’énumération de ses défauts. J’ai dit quelque chose à cette occasion, page 213 j'irai plus loin maintenant’, et je soutiens qu’à l’exception du cylindre Hippocrate connaissait et pratiquait toutes les manières.
d'explorer les maladies du thorax.
blame que par ceux qui ignorent l’étendue et la nature du mal dont je me plains, ou qui pourraient avoir oublié ce qu’a dit un homme dont l'autorité est d’un grand poids. » On peut douter encore si les mots, tels qu’on les emploie, ont plus contribué a l'avancement des connaissances humaines qu'à en retarder la marche. (Locke. )
Il me serait facile de réunir les expressions dont je blame l'usage; mais aucune ne n'a plus frappé que celle d’apoplexie, appliquée à une maladie du poumon, et de végétations a une maladie du cœur. Il me paraît important sous tous les rapports de repousser les innovations de ce genre; la route qui conduit aux connaissances précises, exactes, des fonctions animales dans l’état sain comme dans celui de maladie, est suffisamment embarrassée, sans Vobstruer encore par l'application d’epithetes aussi déplacées.
Je n’ignore pas que ce n’est point à M. Laennec qu'est dû le mérite d’avoir appliqué le mot végétations à une fonction animale. Cependant, en l’employant, il prête son autorité à cet abus, et c’est au tribunal de la raison qu'il est responsable de tout le mal qu'il peut causer. Ceux qui ne sont pas prévenus qu’il peut se développer en eux quelque espèce de végétation seront
sans doute très-surpris lorsqu'ils apprendront
qu'il n’y en a pas seulement une, mais que
deux espèces distinctes de végétations peuvent
se past dans les cavités du cœur. ( Idem, 334.) (
0 cite un exemple de at troisieme espece , puisé dans le Sepulchretum , et que l’on attribue à Rivière. En relisant le cas cité, il n’y est point mention de végétations ni de rien de semblable. 1 y avait un déplacement du coeur, et au milieu de cet organe une ossification, dans sa cavité une matière sablonneuse. Cette observation est de Platerus , et non de Rivière, comme le rapporte M. Laénnec : celle qui précède immédiatement, qui est tirée de Garnerius, pourrait bien être l observation dont il veut parler : on y trouve la description d'une excrescence charnue, du poids d’une once six drachmes, qui s'était développée dans le cœur.
Les autres espèces de végétations sont nommées végétations globuleuses. Le cas rapporté à ce sujet est très-intéressant : si] en fais usage, ce n’est certainement pas parce qu'il confirme l'opinion de l’auteur sur la nature des désorganisations, mais parce qu'il s’accorde avec les principes que j'ai posés dans mes recherches et dans ce volume, qui en est la suite. Mettons
de côté tout ce qui a rapport au mot vépétations, et ne considérons que les faits.
« Les poumons étaient remplis de tubercules de grosseur et de forme différentes : les uns étaient durs, les autres, ramollis à consistance de fromage mou. La cavité du ventricule droit présentait, dans différens points de son étendue, de petites vésicules un peu plus grosses qu’un pois; elles étaient attachées par des pédicules à la colonne charnue. L’une de ces vésicules , de la grosseur d’une petite cerise, occupait la pointe de ce ventricule. Ces vésicules contenaient des matières d’un aspect différent : dans quelques-unes , elles étaient demi- liquides ; elles ressemblaient, pour la consistance et la couleur, ade la lie de vin; dans d’autres, cette matière était d’un blanc jaunatre et de consistance de bouillie ; dans quelques autres, au contraire, on ne trouvait qu'un caillot de sang, mêlé d’une petite quantité de fibrine. »
Il faudrait des autorités plus imposantes encore que celles du baron Corvisart et de M. Laënnec, pour justifier Pusage du mot vegetations dans un cas tel que celui que nous venons de rapporter. J’oserai méme dire que quelque imposant que soit un nom dans les fastes de la science, il ne saurait commander le respect pour l'opinion exprimée dans le passage suivant.
nee dies végétations globuleuses sont évidem--
ment une nouvelle preuve de la possibilité de
la concrétion du sang sous l'influence de la vie. » ( Deuxième volume, p. 351.)
C’est faire beaucoup de tort à la science que d'écrire de cette manière : nous n’essaierons pas de la caractériser comme elle mériterait de l’être; mais nous espérons que les défauts que nous indiquons ne trouveront point parmi nous d’imitateurs ; car autrement il faudrait renoncer à toute espèce d'effort pour faire des progrès en médecine.
Ce cas lui-même offre un exemple aussi instructif qu’intéressant de maladie tuberculeuse ou hydatique : je le cite avec confiance comme une nouvelle preuve de la maniere dont se forment les tubercules. Les vésicules du cœur n’ont point éprouvé une transformation complete, quelques -unes de celles des poumons étaient tout-a-fait changées.
Si le mot végétations est applicable à l’un, il n’est pas moins applicable à l’autre et à toutes les productions accidentelles décrites par M. Laënnec, soit qu’elles eussent leur siége dans les poumons ou ailleurs. Il n’est pas besoin d'ajouter que ni l’existence des pédicules ni la différence du lieu de la maladie n’apportent de changement à l’état de la question. Les
hydatides sont souvent pédiculées quand elles se développent à l’intérieur des cavités : elles affectent la même disposition lorsqu'elles sont couchées sur la surface de l’épiploon ou du péritoine. Dans ces cas, elles ne sont pas penduleuses , mais agglomérées ensemble et réunies par des filamens distincts; semblables, sous ce rapport, à la tige d'une plante qui réunit les feuilles à la branche. Dans mes recherches, se trouve un cas où de petites franges tuberculées étaient fixées aux valvules mitrales et semilunaires, et pendaient dans les cavités du cœur ; celles du ventricule étaient également attachces à la colonne charnue. Dans ce cas, il n’y avait point de tubercules dans les poumons ; mais il coincide, sous les autres rapports, avec celut de M. Laënnee, et doit être rangé dans la meme classe de maladies.
Je demande maintenant s’il est raisonnable de donner un nom particulier et d'attribuer une origine différente à chacun des corps qui sont mentionnés dans ce chapitre, parce qu'il peut arriver qu'ils different dans leur propriété sensible. Ne vaudrait-il pas mieux suivre une autre marche ? Au lieu d'établir une éternelle variété de différences spécifiques, ne serait-il pas préférable de chercher à découvrir les propriétés communes à ces corps, et ne leur assigner
d’autres causes que celles qui suffisent pour en expliquer les phénomènes ? On ne saurait nier que cette dernière méthode ne soit plus conforme aux principes d’une physiologie éclairée, et j’oserais même dire, d’après le dernier cas cité, qu’elle serait même beaucoup plus en rapport avec les faits.
Reprenons donc un de ces cas si souvent décrits : supposons qu'il existe dans le même viscere des hydatides ; que les mêmes corps éprouvent un Changement dans leur contenu ou dans leur enveloppe; que quelques-uns d’entre eux soient complétement changés, les uns en un corps solide, d’autres offrant une grande variété dans leur consistance et dans leur texture.
Je demande si, malgré que ces corps se présentent à nos yeux sous ces aspects diflérens, il nous serait permis de dire que des hydatides doivent toujours être considérées comme des hydatides, quoiqu’on les eût trouvées demi-transformées ou transformées totalement, ou commencant de se transformer en même temps et dans le même viscere ? Serait-il raisonnable, à cause de cette diversité d'apparence, d'affirmer, comme on l’a fait, que des hydatides ne forment jamais des kystes, ni des tumeurs, ni des tubercules, et enfin qu’elles ne peuvent jamais être autre
chose que des hydatides ?
J'ai déjà eu occasion d’exprimer mes regrets sur l'influence qu’exercent les mots sur notre esprit, et jecite celuid’ hydatide comme une preuve de cette influence facheuse. Je désirerais que tout ce que J'ai pu dire jusqu'à présent en eùt détruit les effets; mais peut-être que toutes les autorités citées jusqu'alors sont insuffisantes pour atteindre ce but désirable : je vais redoubler d’efforts, et j'espère, par de nouveaux faits, de nouveaux raisonnemens, accomplir ce que mes premières tentatives n'auraient encore pu effectuer.
Il est évident que quand les tubercules parviennent à un volume considérable , soit dans les poumons ou dans quelque autre viscère, c'est qu'ils se sont développés d’abord à des distances considérables les uns des autres. S'il n’en était pas ainsi , qu’au contraire leur accroissement se fit simultanément et dans la même proportion à l'égard les uns des autres, leur marche serait promptement arrêtée , à cause de leur proximité mutuelle. Nous en voyons constamment des exemples dans les tubercules communs du poumon, où leur nombre est proportionné à leur volume ; même dans cette maladie, on trouve quelquefois un ou plusieurs de ces corps beaucoup plus volumineux que tous les autres.
Ainsi, d’après tous ces faits, je suis plus disposé que jamais à soutenir que tous les corps
en question, quelque différence qu’ils présentent dans leur volume et dans leur structure, étaient, dans leur origine , semblables entre eux, et que C'est aux changemens subséquens qu'ils ont éprouvées sous le rapport du volume et du tissu, que l’on doit attribuer les carac-teres différens que présentent les maladies tuberculeuses. |
Les kystes, les tumeurs, les vomiques, ne sont point exempts de cette loi commune. Quelque énorme que soit le volume qu’ils puissent parfois acquérir, il y a tout lieu de croire qu’à leur origine ils étaient tout aussi exigus que le plus petit tubercule. Il est presque impossible d’assigner des bornes au développement de ces corps chez le sujet humain, et il serait difficile d’en déterminer le volume chez les animaux ; mais il y a lieu de croire qu’ils s’accroissent quelquefois d’une manière très-rapide, quoique, généralement parlant, la marche en soit lente et progressive. J’ai vu, dans les expériences du docteur Jenner, chez un lapin trés-sain, le foie devenir tuberculeux en quelques semaines : ce fait, autant qu'il est possible , peut nous servir de guide en cette matière. Cependant on a vu qu'une tumeur etune vomique pouvaient exister ensemble sans donner des signes bien marqués de leur existence. L’accroissement de l'une et
Air
de l’autre s’étant fait graduellement, la respiration et la circulation s'étaient accommodées à la diminution de la capacité des poumons. L’expérience seule donne une idée précise des dimensions immenses que peuvent acquérir, dans ‘quelques cas, ces sortes de maladies.
Pour des éclaircissemens plus étendus sur les faits précédens, je renvoie aux observations de Langstaff, Howship, du docteur Lettsom, et aux autres auteurs cités dans le cours des deux volumes.