‹ Recherches, observations et expériences sur le développement naturel et artificiel des maladies turberculeusesChapitre 23 sur 34 · ÉCRIVAINS MODERNES · texte numérisé non relu

ÉCRIVAINS MODERNES

J’ai fait tout ce que j'ai pu pour donner à mes idées toute la clarté dont elles sont susceptibles; et sans le secours que m'ont prèté les auteurs qui ont traité de cette partie de la pathologie, il m’eût été difficile d'établir ma doctrine. D'un autre côté, le lecteur eût été privé des avantages d’une discussion franche, qui fait sortir du chaos des opinions diverses la vérité que nous cherchons. Dans la poursuite de cette tache, je serai forcé de dire quelques mots d’un écrivain francais qui, je crois, fait autorité sur le Continent. Quoi qu'il en soit, il annonce de grandes prétentions à la considération générale.

Si toutes ses assertions sont exactes, je serai forcé de reconnaître que tous mes raisonnemens sont faux, et que les preuves sur lesquelles ils sont fondés ont été tout-à-fait mal appliquées.

Mon intention est de traiter M. Broussais avec tous les égards qu’il mérite ; mais comme il frappe de nullité tous les travaux , toutes les expériences de ses prédécesseurs, qu’il réclame pour lui seul le mérite d’avoir répandu sur toutes les affections chroniques une vive et brillante lumiére, il est bon de savoir s’il a véritablement des droits aux titres qu’il ambitionne. À en juger par un passage de la Préface de son Examen de la doctrine médicale , il paraîtrait que quelques-uns de ses contemporains ne sont pas tout-à-fait disposés à s’incliner humblement devant son autorité. Nous laisserons de côté toute espèce de personnalité ; cependant, quand un homme se propose pour diriger le jugement de ses semblables en matière de science, il nous parait assez important d’examiner s’il est doué des qualités propres à faire un guide str et fidèle. Cette première question résolue, les autres présenteront peu de difficulté.

Son attention soutenue auprès des malades, ses observations minutieuses , son système sévere de déductionslogiques, nous disposeraient à croire que ses hautes prétentions ne sont pas

sans fondement ; mais lorsqu'on le voit, des les premières pages de son Introduction , rejeter comme les scories de ignorance et de la confusion tout ce qu'il y a de célèbre dans ses prédécesseurs , qui ont traité des maladies chroniques ; lorsqu’on trouve également dans sa Preface des assertions qui ne sont pas tout-à-fait en harmonie avec la prudence, la réserve d’un logicien modeste, nous nous sentons entrainés a considérer d’un peu plus pres que nous ne J'aurions fait les bases de sa doctrine.

Toute la pathologie des maladies chroniques se trouve renfermée dans ceparagraphe de l’auteur. «En effet, la tres-grande majorite des infortunés que je trouvais consumes par une maladie chronique étaient tout simplement victimes d’une inflammation qui n'avait pu être guérie dans sa période d’aigué. ( Préf., page 14, Hist. des phleg.) Voila une étonnante proposition ; mais admettons que la plupart des maladies incurables soient produites par des maladies aiguës non guéries : accoutumés à considérer les désorganisations mentionnées dans notre ouvrage comme le produit de quelque chose de tont différent de ce que l’on entend par le résultat d’une inflammation, de telle espèce et de quelque degré qu’elle puisse étre , nous ne savionscomment ferait l’auteur pour adapter cette

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‘marche aux fonctions nombreuses, et nous osons dire contradictoires, qu’il leur assigne. Nos inquiétudes sur ce point commencèrent à se dissiper quand nous en fimes à ses observations sur l’inflammation en général. Le premier paragraphe contient une espèce de pétition de principe (petitio principii), il dit : « Si nous parcourons l’immortel ouvrage de Morgagni, nous y trouvons, a chaque pas, des traces non équivoques d'inflammation : » c’est prendre pour accordée une chose qui reste à prouver.

Tous ceux qui ont joui de quelque réputation dans la pratique médicale ont pensé que ces désor ganisations indiquaient un principe tresdifferent de l’inflammation.

Pour ajuster son sujet, l’auteur rejette la définition ordinaire de l’inflammation , il en donne diverses modifications selon la différence des tissus et les propriétés vitales de la partie affectée; et après avoir détaillé l'influence de ces modifications sur les fonctions en général, il en définit ainsi les résultats: « Toute exaltation locale des mouvemens organiques assez considérable pour troubler Pharmonie des fonctions, et pour désorganiser le tissu où elle est fixée, doit être considérée comme une in- Cache (p. 54), et cette simple inflammation qui effectue toutes les désorganisations

dans l’homme n’a pas moins de soixante modifications, outre les influences particulières qu’elle exerce sur le système en général. Ces hypothèses sont établies sur un plan assez vaste non-seulement pour contenir toutes les désorganisations qui peuvent avoir lieu, mais encore toutes les exaltations locales des mouvemens organiques qui pourraient troubler Uharmonie des fonctions. » |

Nous avons déja exprimé notre pensée sur la valeur des définitions; elles doivent servir à limiter, à borner, a marquer les differences spécifiques. Il en est bien autrement de la methode de notre auteur; il ne veut pas circonscrire lui, mais étendre la signification de ses mots; il leur donne une telle extension, qu’elle lui permet de ranger tout ce qui lui plait sous un même nom. Nous ne pouvons nous empécher de rappeler expression suivante : Quod vero hujus remedium est ( definitiones scilicet), in plurimus huic malo mederi nequit, quoniam et ipsæ definitiones ex verbis constent , et verba gignant verba. (Bacon. )

Cette fécondante propriété de mots, est Leureusement expliquée à chaque page de | ouvrage. Ils semblent, dans l'esprit de l’auicur, s’associer à des idées distinctes, qui certaine—

ment ne produisent point le méme effet sur son lecteur (1).

Comme les assertions qu'il a hasardées n’ont pas été sans approbation de la part de quelques gens, cene fut pas sans surprise que nous trouvames des défauts et des marques de faiblesse dans le système de l’auteur. Indépendamment des variétés d’inflammation déjà énumérées, il dit qu'il en est encore d'innombrables autres. Il semble avoir oublié la funeste influence que produisent sur l’esprit les termes non définis, et tandis que fort mal à propos il admire, exalte leur puissance, il en fait une facheuse application dans la découverte de la verite.

Ces remarques nous sont suggérées par l’importance du sujet que traite l’auteur. Il paraît avoir mis à profit les nombreuses occasions qu'il a eues d'observer, et s'être dévoué avec zele à l'étude et à la pratique de son art. Mais il est fort à regretter que, dans le compte qu'il rend du résultat de ses recherches, il emploie une forme illogique et dogmatique qui en diminue le prix. C’est ce qu'il est facile de découvrir à la simple lecture des observations pratiques; les conjectures y sont tellement confondues avec

(1) Nous supprimons ici un passage qui contient des

plaisanteries déplacées et d’un mauvais gout.

les faits, qu'il serait impossible de les séparer les unes des autres: par ce procédé vicieux, ces observations perdent beaucoup deleur importance. Il est facheux sur-tout que l’auteur soit tombé dans des erreurs de cette nature à l’occasion des maladies de tissu. Sans aucun égard pour les distinctions qui se font remarquer entre ces affections, et celles où aucune désorganisation antérieure ne s’est manifestée, il n'hésite pas de leur appliquer le même principe. Il s’est vu obligé de passer sous silence un grand nombre de faits qui auraient évidemment résisté à sa classification hypothétique : nous en avons des exemples dans sa description des maladies tuberculeuses. Ce qu’il appelle sa physiologie des tubercules est entièrement gratuit, et autant que j'en puis juger ; me paraît tout-à-fait en contradiction avec les faits.

« Je prendrai, dit-il, acte de cette dégénération du système ganglionaire, pour faire l’observation suivante. Ce sont les capillaires lymphatiques qui prédominent dans les glandes :

quand celles-ci sont long-temps irritées, même par sympathie, et a raison de la phlegmasie de la membrane muqueuse voisine, dont elles re= coivent les absorbans, elles sécretent une matière caséiforme : donc j'ai tout lieu de croire que cette matiere est un produit de Virritation

de ces capillaires. Je trouve le même produit en d’autres lieux, où je n’apercois pas de ganglions : tels sont le parenchyme des poumons, la plèvre, le péritoine, etc.; mais j'y vois des faisceaux nombreux de capillaires absorbans, qui s'en vont chargés des fluides qu'ils ont pompés dans les aréoles du tissu cellulaire, ou sur les surfaces séreuses du voisinage, et ces parties viennent d’éprouver une inflammation chronique, comme les muqueuses pulmonaire et bronchique l’avaient éprouvée dans les cas précédens : est-il si déraisonnable de penser que ces vaisseaux, quoiqu'ils ne soient pas ici disposés de manière à former ce qu'on appelle des glandes conglobées, aient pu donner un produit analogue à celui que je leur ai vu sécréter dans les ganglions extérieurs, dans le mésentere et dans le médiastin ? »

= Il sied mal à un auteur qui s'indigne contre

tous ceux quis’exprimentendes termesinexacts, d'exposer ses sentimens de cette manière. Il commence par aflirmer que le tubercule est une dégénération du système ganglionaire , résultat d’une irritation longue et continue des capillaires lymphatiques, laquelle a été excitée par Vinflammation de la membrane muqueuse con— tigué ; et de là vient que ces capillaires lymphatiques sécrètent une matière caséiforme. Il

nous dit ensuite que cette dégénération ganglionaire est produite en des lieux où il n’y a pas de ganglions, tels que le parenchyme des poumons, la plevre, le péritoine , etc.; mais pour concilier les contradictions que nous indiquons, l’auteur nous apprend qu'il y a des faisceaux nombreux de capillaires absorbans, chargés de fluides qui sont pompés dans les aréoles du tissu cellulaire, ou sur les surfaces séreuses du voisinage, et que ces parties éprouvent une inflammation chronique semblable à celle qu’avaient précédemment éprouvée les membranes muqueuses. Il termine en demandant sil serait déraisonnable de penser que, quoique ces vaisseaux ne soient point disposés de manière à composer ce que l’on appelle des glandes conglobées, ils ne pourraient pas produire une matière analogue à celle qu'ila vu sécréter dans les glandes extérieures, dans le mésentère et dans le médiastin ?

Il y a dans cette exposition une accablante profusion d’erreurs. Passons sur les premiers pas de la maladie assignés par l’auteur, pour examiner ce qu’il dit sur le développement des tubercules, formés, selon lui, d’une matière caséiforme, produite par les absorbans. Il dit expressément que cette sécrétion est la conséquence immédiate de l’irritation des vaisseaux

lymphatiques ; mais s’il y a quelque vérité dans les observations que nous avons citées précédemment; sil a été prouvé que les tubercules, dans les premiers stages de leur existence, ne contiennent pas du tout de matiére caséiforme, et que la présence de cette espèce de matière n'indique seulement que les changemens que les tubercules ont éprouvés dans leur marche, que peut-on dire d’un auteur qui fait des circonstances que nous rappelons les signes et la preuve des changemens morbides , lors même que les tubercules existent sous un autre aspect que celui qu’il considère comme le caractère de cette espèce d’affection ?

Ce n’est point ici le lieu d’examiner les rapports qui existent entre les tubercules et le systeme lymphatique, je ne veux point confondre mes Opinions sur ce point avec la marche des tubercules eux-mêmes. Notre auteur, comme on Ya vu, affirme que ces corps sont le résultat dune sécrétion caséeuse des lymphatiques à l’état d'inflammation, et il se voit obligé, pour faire le dépôt de cette matière, de trouver des aréoles dans des endroits où jamais on n’avait entendu parler d’aréoles, et auxquelles on ne peut attacher aucune idée précise. Il nous suffit, pour le moment, de faire remarquer que l’auteur n’a pas véritablement décrit les phénomènes : il avance

comme prouvé ce qui reste encore en question. Il a appelé à son secours des agens où nulle part on ne trouve la preuve de leur existence, et ila totalement méprisé les observations de tous les autres physiologistes. [1 m'importe beaucoup d’insister sur ce point, car si l’on reconnaît que les principes de l’auteur sont fondés, mon travail devient superflu , et tous mes efforts pour suivre les progrès des maladies tuberculeuses seraient absolument inutiles et infructueux.

Un autre exemple de l’abus des termes generaux employés par l’auteur se trouve dans le mot irritation. Après en avoir usé très-librement, il observe que c’est le mot qui doit rallier tous les médecins à la vraie théorie nonseulement des phthisies pulmonaires, mais encore de la très-grande majorité des affections pathologiques. (Jd., p. 32.) Nous ne pouvons mieux exprimer notre sentiment, al égard d’un tel mot, qu'en empruntant le langage d'un grandauteur. 4d alterum genus perplexum est, et altè herens; quodex mala etimperita abstractione excitatur. Exempli gratia, accipiatur aliquod verbum (irritation , si placet) e¢ videamus quomodo sibi constent, que per hoc verbum significantur ; et inventelur verbum istud, nihil aliud, quam notaconfusa diversarum actionum, que nullam constantiam aut reductionem pa-

tiuntur. (Bacon, Novum organum , LX, lib. 1.)

Je vais maintenant faire quelques remarques sur la pathologie des maladies du poumon du docteur Agercromsie. D’après les nombreux détails que j'ai donnés sur la marche des tubercules dans les poumons; après avoir taché d'indiquer quelques-unes des inexactitudes et des contradictions qui se rencontrent dans la doctrine de M. Laënnec, il ne me sera pas difficile, je l’espère, de rendre clair et intelligible ce qui me reste à dire sur ce sujet.

Si mes opinions sont fondées sur la vérité, elles ne perdront rien de leur caractère de véracité, lorsque j’aurai examiné en quels points peche la doctrine du docteur Abercrombie, dont les erreurs paraissent fondées sur les méprises des physiologistes francais. Je ne puis m’empécher d’exprimer encore une fois ma répugnance pour la critique. L’amour seul des progres de la science m’a déterminé a entreprendre une tâche que je ne puis remplir sans m’exposer , en quelque sorte, à passer pour controversiste; ce qui, certes, est très-loin de mon intention.

Je mettrai en comparaison avec elles-mêmes les opinions du docteur Abercrombie, et ensuite jy essaierai de faire voir jusqu'à quel point elles sont appuyées sur les faits. Il divise les divers

états morbides du poumon, qui donnent naissance à la véritable consomption , sous les chapitres suivans : 1°. twbercules blancs ; 2°. tubercules semi-transparens; 3°. tubercules charnus ; 4°. dégénération noire des poumons, ou la mélanose des Français ; 5°. la simple induration hépatisée des poumons.

Il n’est pas nécessaire d'examiner en détail toutes ces divisions , ce serait, je pense, une peine sans profit; car, apres avoir suivi avec attention l’auteur dans toutes ses remarques, je me vois forcé d’avouer qu’il m’a été impossible d’en rien extraire qui ait une signification précise. Je ferai encore observer que l'exposé d’un simple fait de pratique devient pour l’auteur le sujet d’une hypothèse prématurée, et, par ce moyen, l’histoire des désorganisations est présentée au lecteur sous un point de vue peu d’accord avec la nature.

Dans le cours de la discussion, nous aurons occasion de remarquer plus d’une inexactitude de cette espèce : il est à regretter qu’elles se rencontrent dans l’ouvrage d’un écrivain tel que le docteur Abercrombie.

D'après les divisions données par l’auteur sur les divers états morbides du poumon, il compte trois espèces de tubercules et deux variétés de maladies de tissus. Si le principe qu’il a adopte

pour sa classification était de quelque valeur , les variétés se seraient trouvées beaucoup plus multipliées encore ; car chaque caractere particulier des tubercules aurait pu lui servir de base tout aussi solide pour ses divisions que celles qu'il a adoptées. Je présume bien que les remarques faites sur ce point dans les précédens chapitres n’ont pas été oubliées du lecteur : elles sont applicables sous tous les rapports aux divisions du docteur Abercrombie; sa classification est mème beaucoup plus diffuse que celle de M. Laënnec. Ce dernier, dans quelques points essentiels, a con- firmé, comme nous l'avons vu, ce que j’ai avancé sur la marche des tubercules du poumon; mais au lieu de suivre la ligne directe, il s’est laissé entrainer par les préjugés qui le subjuguaient. De même que M. Laënnec pour ses tubercules crus, le docteur Abercrombie imagine que ses tubercules blancs et ses tubercules charnus sont, par un moyen inconnu, déposés a l’état solide dans les poumons. Ce que nous avons dit pour repousser cette opinion est applicable dans l’un et l’autre cas. Le docteur Abercrombie, dans sa deuxième espèce, paraît admettre également que ces corps existent à l’état mou ou de semi-transparence. Il dit même qu'il y a tout lieu de croire qu’à certaine époque deleur marche ils deviennent opaques. (Edimb.,

Med. and surg journ., vol. XVH, p. 4.) Cet

aveu presque forcé vient appuyer mes assertions relativement aux transmutations de ces corps. Cette marche de semi-transparence, de mollesse à l’état d’opacité étant admise, marche conforme à l’ordre naturel, on devrait s’attendre à trouver la seconde espèce à la place de la première ; mais cette disposition eût été nuisible à l’opinion de l’auteur sur l’état primitif des désorganisations tuberculeuses.

Il n’y a pas lieu de croire que la mélanose ait des connexions nécessaires avec les tubercules. Mais il est bien démontré que les tubercules ont des rapports intimes avec ce que l’on appelle induration hépatisée du poumon. Cest ce qu'admet lui-même le docteur Abercrombie lorsqu'il dit quelle peut exister à une grande étendue sans la plus légère apparence de tubercules ; mais à péine cette opinion est-elle exprimée, que l’on en rencontre une autre tout-h-fait opposée à celle-ci; car il dit quelle paraït former la base de la pathologie de la consomption. (Journal cité, page 6.)

A moins que l’auteur ne veuille dire que les tubercules n’ont rien de commun avec la pathologie de la consomption, les principes rap pelés dans les passages cités sont incompatibles entre :eux.

Jai tenté de démontrer comment les tubercules peuvent déterminer l’induration du tissu qui les avoisine; mais certainement ils existent souvent sans produire de tels effets : tandis que Vinduration ou l’hépatisation , quel que soit le nom qu’on lui donne, peut exister sans donner naissance a rien qui ait la moindre analogie avec le tubercule ou la consomption pulmonaire. :

Dans toute I’étendue de l’article du journal cité, et dans les feuilles précédemment publiées sur le même sujet par l’auteur , il paraît n'avoir eu aucun égard aux differens effets qui résultent de l’inflammation, soit qu’elle s’empare d’une partie qui précédemment avait été le siége d’un développement morbide , soit qu’elle eùt frappé sur des parties à l’état sam. Cette omission paraît être la causede la confusion qui règne dans le travail de l’auteur. Une autre chose très-digne de remarque pour le moment, c'est la manière assurée qu’il prend en parlant, dans un endroit, de la nature des maladies du poumon , tandis qu'ailleurs il s'exprime de manière à faire voir que, lui-même, il n’a pas trop de confiance dans la disposition qu'il propose. Nous avons donné un exemple de la vacillation de ses idées sur Vinduration hépatisée du poumon. D'abord, il dit qu’elle peut

exister sans la plus légère apparence de tubercules ; ailleurs, qu’elle est associée avec les tubercules , et enfin qu’elle forme la base de la pathologie de la consomption. Plus loin, cette affection se trouve séparée des tubercules ; Vinduration hépatisée etle tubercule forment les extrêmes opposés des deux tissus distincts. Telle est, au moins, l'interprétationque je puis donner au passage de la page 21 du journal cité (1).

(1) Les remarques précédentes ont principalement rapport à la maladie tuberculeuse du poumon proprement dite. Il en est quelques-unes que l’on peut considérer comme purement conjecturales , il nous faudrait encore un grand nombre d’observations pour arriver à une conclusion certaine ; mais dans l’état actuel de nos connaissances , il y a tout lieu de croire que l’izduration de la substance des poumons, qui est la base ou le principe de la consomption, présente des variétés considérables dans ses caractères en différens cas. Quelques-unes consistent dans un mélange de tissus divers, différant de beaucoup dans leur nature et dans les changemens morbides qu’ils éprouvent : ils donnent ainsi naissance à une grande variété dans les caractères de la maladie. Les recherches les plus minutieuses dans les propriétés de ces variétés n’ont eu jusqu'ici que peu d'avantage; mais je pense que l’on serait suffisamment autorisé à établir une distinction entre les deux tissus qui paraissent former les deux extrémités de ces variétés, c’est-à-dire les tubercules blancs et la simple hépatisation. (Edimb, Med. and chir. journ., vol. XVIIL.)

Mais on peut évidemment tirer les mêmes conséquences de tout ce que nous avons dit relativement à la marche des différentes maladies. Si les faits que nous avons exposés ne se sont point échappés de la mémoire du lecteur, il expliquera sans difficulté les contradictions que nous venons d'indiquer.

Je ne voudrais pourtant pas aflirmer avec trop de confiance et de certitude l’opinion que je vais émettre; mais d'après les réflexions que j'ai faites sur ce sujet, il me semble que la compacité ou l’hépatisation apparente du poumon est rarement une affection idiopathique, et que, dans la plupart des cas, elle est le résultat d’une désorganisation antécédente dans quelque portion de l'organe respiratoire. J’ai déja essayéd’expliquer comment les tubercules donnent naissance à cette compacité de tissu. Ils agissent sur la circulation du sang comme un obstacle mécanique. il est très-naturel de penser que le tissu pulmonaire qui avoisine ces corps doit, dans quelques circonstances, tomber dans l’état en question. C’est ce qui arrive également à la suite d’un épanchement dans la cavité de la poitrine ou du péricarde, ou de quelque obstruction résultant d’une maladie du cœur ou de quelques-uns des gros vaisseaux. On trouve un exemple de ce dernier cas dans l’observation très - intéressante

d’une artéritite accompagnée d’une maladie des valvules de l'aorte et de l'artère pulmonaire.

Un jeune homme de vingt-trois ans, robuste, de forme athlétique, menait une vie tres-active, et quelquefois se livrait à des exercices violens. Depuis long-temps deja, il se plaignait d’une grande gène dans la respiration, qui augmentait aussitôt qu'il faisait des mouvemens plus prononcés qu'à Vordinaire, et quelquefois même cet état allait jusqu'a la suffocation. Dans ce cas, la face et les lèvres étaient presque livides , et souvent il en résultait une toux violente sans expectoration ; l'anxiété était souvent augmentée encore par l’état de vacuité de l'estomac, ou par des aigreurs et des indigestions. Un autre symptôme, qui le jetait dans un malaise inex- primable, et qui augmentait en violence et en fréquence à mesure que la maladie faisait des progrès, était ce qu'il appelait un soulévement de l'estomac, mais qui, dansle fait, n’était qu'une action convulsive du cœur et du diaphragme, occasionnée par l'obstacle qui s’opposait à la transmission du sang.

Je fus long - temps sans pouvoir me rendre compte de cessymptômes, quoiqwils mdiquassent manifestement un obstacle à la circulation; cependant, excepté pendant l’action convulsive, le pouls ne présentait point la moindre irrégu-

larité, et quoique la toux füt souvent violente et même fréquente, il n’y avait point du tout d’expectoration. Je pensai une fois que ces symtomes pourraient être occasionnés par l’induration du tissu des poumons, comme il arrive dans les cas où les tubercules sont consolidés et réunis en masse, cas dont j'ai donné plusieurs exemples. Cependant les symptômes devinrent si-pressans et d’une nature si marquée, que, pour m'en rendre compte, je fus obligé de porter monattention du côté du cœur et du système artériel. Une douleur se faisait sentir dans le trajet de l'aorte ; il y avait sensibilité dans les articulations ; la douleur augmentait sous la pression de ces parties, particulièrement en comprimant les artères humérale et poplitée, celles des poignets et des genoux. Vers cette époque, les ongles se déformerent, les mains et les pieds devinrent froids.

Pendant la premiere période de la maladie , ce jeune homme continuait de se livrer a des exercices violens; peut-étre bien était-ce un obstacle a l’efficacité des remèdes que l’on prescrivait alors: quoi qu’il en soit, les symptômes n’ont pas changé un instant en mieux. Vers les derniers temps, la difficulté de respirer était constante, et parfois à un degré que je n'avais jamais remarqué. Le pouls était aussi régulie-

rement accéléré, rarement au-dessous de cent vingt; il n’était irrégulier que dans les cas déjà mentionnés. Pendant les dernières semaines de la vie, la saignée, qu'auparavant on pratiquait de temps à autre, fut très-souvent répétée.

Dans les premières périodes de la maladie, le sang ne présentait aucun signe d’inflammation; mais vers la fin il avait tous les caractères inflammatoires. Pendant un temps, la saignée

calmait la violence des symptômes ; mais elle ne les fit jamais cesser. Le terme funeste de la maladie eut lieu le 23 juillet 1821.

A VYouverture du corps, on trouva la plevre pulmonaire adhérente au sternum, le péricarde légèrement enflammé à sa face extérieure; mais aucune trace de maladie n'existait sur le reste des membranes. Les deux poumons étaient très-fermes, d'une texture compacte, d’unecouleur pourpre foncée, et remplis de sang noir, que l’on en exprimait par la compression ; ils ne contenaient ni tubercules ni aucune autre désorganisation. Le cœur lui-même ne paraissait pas malade, si ce n’est sa face interne, - «qui était d’un rouge vif et comme injectée.

Cette disposition était particulièrement remar-

quable autour des valvules semi-lunaires et tout

le long de la face interne de l’aorte; on rencontra une membrane fine, transparente, mais

forte, placée en travers des valvules de maniere à s’opposer à l'émission du sang ; on remarquait quelque chose d’a-peu-prés semblable, mais à un moindre degré, sur les valvules mitrales.

Des circonstances nous empêchèrent d'examiner la totalité du système artériel ; cependant lartere humérale , mise à nu, présentait, a l’intérieur, la même coloration quel’aorteelle-même; aucune trace d’affection ne se fit remarquer dans les viscères abdominaux.

Il me semble que le cas d'affection du poumon que je viens de rapporter se trouve fortement appuyé par les exemples d’induration hépatique mentionnés par le docteur Abercrombie. Les cas dont il parle n’étaient point d’une nature simple , puisque, sans en excepter un seul, ils étaient tous accompagnés soit de tubercules, soit de ces tumeurs que les auteurs désignent sous le nom d’abces.

J'ai taché de faire voir, dans mon premier volume, que la plupartdes sacs ou kystes que l’on trouve dans les poumons ou ailleurs, et qui contiennent une matière puriforme, ne sont pas, strictement parlant, des abcès ; mes opinions sur ce point se trouvent corroborées par tous les meilleurs auteurs pathologiques. Je crois avoir prouvé d’une manière satisfaisante que la maladie que l'on nomme vomique, et que l’on

considère comme le produit d’une inflammiation, provient de toute autre cause. J'ai rapporté à ce sujet un passage de Sauvages, que je recommande encore al attention du lecteur.

Le docteur Abercrombie paraît avoir adopté quelques-uns des principes de M. Laennec , principes erronés comme je crois l'avoir démontré. Pour ce qui a rapport à la manière dont peut s’opérer la guérison de la consomption pulmonaire, il dit que le cas dans lequel un tel événement peut avoir lieu, c'est quand les tubercules sont en nodules circonscrits , de peu d’étendue, renfermés dans des sacs distincts, et entourés de la substance pulmonaire à l’état sain. Dans ce cas, il se peut, dit-il, que la matière tuberculeuse , amollie et en suppuration, soit entièrement rejetée par l’expectoration et laisse le sac vide; que le sac, restant ainsi à l’état d’ulcération, continue de fournir cette matière puriforme, puis de là passer à l'état sain, présentant l’aspect d’un kyste membraneux , consistant, dans lequel s’ouvrent un ou plusieurs canaux bronchiques ; qu’alors les symptômes cessent avec l'entière expulsion de la matière tuberculeuse. ( Journ. d’Edimb., vol. XVIII, p- 19.)

Toutce qu’il y a d’exact ici s'accorde avec l’opinion d’Hippocrate, que nous avons rapportée

"434 dans un des précédens chapitres. En rappelant cette identité, ma principale intention est de faire remarquer les inexactitudes qui régnent dans l’extrait précédent de ouvrage du docteur Abercrombie. Après avoir lu ce passage, un lecteur sans expérience pourrait croire qu on lui présente une nouvelle espèce de tubercule dont il n’avait pas été fait mention dans l’énumération précédente, ¢’est-a-dire -un tubercule qui se rencontrerait sous la forme d’un nodule circonscrit, renfermé dans un sac distinct. Ne pourrait-on pas inférer de la que ce nodule tuberculeux est non-seulement indépendant du sac, mais qu'il est d’une nature particulicre , et qu'il existe encore un sac ou un kyste également d’une espèce particulière, surajouté d'une manière quelconque au tubercule ? Tout cela est de la plus grande inexactitude, et tres-propre à égarer le lecteur. Le sac, que le docteur Abercrombie sépare ainsi du tubercule, est la partie la plus essentielle de ce corps; car si les observations que nous avons rapportées sur l’origine et la marche des tubercules sont de quelque poids, on voit clairement que ce sac (comme on l'appelle), est la partie du tubercule qui se développe la premiere, et que les conséquences qui résultent de ces corps dépendent beaucoup

de la maniere dont s’effectuent les transitions dans cette partie du tubercule.

Je ne veux pas fatiguer le lecteur par d’inutiles répétitions; mais comme le sujet est du plus grand intérét, je désire ajouter encore quelques mots pour rendre plus clair, sil est possible, le dernier point dela question.

Soit à l’état vésiculaire, soit dans leur transformation à l’état solide, les tubercules existent dans les poumons sans donner aucun signe pathognomonique de consomption pulmonaire.

L’unou l’autre cas peut être accompagné de toux ou de difficulté de respirer ; mais il est évident que l’expectoration que déterminent ces tubercules à des états différens ne peut avoir lieu. Si, en passant par les changemens divers dont ils sont susceptibles, ces corps sont amenés à l'état actif, c’est alors que se présentent des phénomènes tout-a-fait différens. Non-seulement se font remarquer les symptômes qu occasionne la présence de corps étrangers dans les poumons, mais encore les symptômes que font naître la rupture du tissu de ces corps, et Vexpectoration des diverses substances qu'ils pouvaient contenir. Telle est la vraie phthisie tuberculeuse. Ainsi, lorsqu'il existe des tubercules dans les poumons, le plus grand danger

consiste dans leur passage à l’état dont nous ve- 28,

sons de parler. Mais il y a tout lieu de croire que dans des circonstances favorables ils peuvent être absorbés , ou rester a l’état indolent, se durcir, et cesser enfin de tourmenter le malade. Les tubercules solides que lon trouve dans les poumons d’un individu qui a succombé à tout autre genre d'affection ont passé par ces différentes gradations ; et s'ils ne sont ni nombreux mi d’un gros volume , ils ont pu exister sans causer un dérangement notable dans la santé de lindividu. Malheureusement les tubercules se trouvent le plus souvent en grand nombre, et à mesure qu'ils s’avancent vers leur dernière période , ils ne sont que trop susceptibles de passer à l’état d’ulcératron, avant d’être parvenus à celui de dureté, qui a rarement lieu. Les débris des kystes tuberculeux qui se sont vidés, que l’on rencontre parmi d’autres tubercules solides, et d’autres encore qui ont conservé leur caractère transparent et originaire , m’expliquent si bien ces divers phénomènes , que je ne puis m'empêcher de témoigner ma surprise qu'ils aient fait le sujet de tant d’hypotheses contradictoires.

Enfin, il me semble que l’on ne peut refuser d'admettre que les affections tuberculeuses , quel que soit leur siége, ont une origine et une marche qui leur sont particulières et que, dans

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les tissus désorganisés où on les rencontre, la maladie a un caractère tout-à-fait différent de celles qui occasionnent la dissolution ou la décomposition des tissus sans aucune altération précédente. Ainsi donc on ne doit, sous aucun rapport, confondre les maladies tuberculeuses des poumons avec les autres maladies de ce viscere dans lesquelles il n'existe point de tubercules.

Cette distinction, une fois bien établie, devient un point fixe d’où lon doit partir pour procéder dans lesrecherches que l'on se propose de faire; c’est une espèce de phare lumineux propre à éclairer nos pas à travers cette multiplicité fallacieuse de caractères différens que présentent ces maladies dans leur dernière période. Ensuivant cette marche, on ne saurait plus confondre les affections primitives avec les aflections secondaires, ni considérer comme identiques des maladies qui sont tout-à-fait diflérentes les unes des autres.

Quelle que soit l'opinion qu’ait fait naitre la doctrine que je viens d'exposer, je tiens pour établi par des preuves irrésistibles que Pinduration du poumon, loin d’être, comme on le suppose, la base de toutes les altérations de tissu, n’est elle-même que le résultat d’une maladie avancée du pournon ; qu’elle peut naître de

différentes causes; qu’il est des cas funestes de phthisie tuberculeuse ou, strictement parlant, il n existe pas la moindre induration du tissu pulmonaire ; qu'il est bien certain que l’induration du poumon est quelquefois occasionnée par l’affection tuberculeuse , qu’elle peut l’être aussi par d’autres causes, mais que les deux affections ne sont pas nécessairement concomitantes.

fl y a si peu de rapport entre elles sous le rapport des causes, que l’on serait bien plus près de la vérité si, renversant la proposition, l’on disait que l’induration du tissu pulmonaire , au lieu de donner naissance au tubercule , n’est produite que par les corps tuberculeux, puisque ces corps existent dans leur état primitif sans la moindre trace d’induration. L'induration des poumons est donc une expression fautive, puisqu'elle renferme les diverses maladies de cet organe. L'induration qui résulte de la réunion d’un certain nombre de tubercules ne peut être convenablement appliquée à l’induration du poumon ; car la maladie tuberculeuse a pris la place du tissu du poumon ; elle a laissé dans le lieu qu’elle occupe un tissu différent, sous tous les rapports , de celui dont elle s’est emparée. Il est donc manifeste qu'il existe une différence tres-grande , très-essentielle entre l’induration du tissu pulmonaire occasionnée par la pré-

sence des tubercules et celle qui est indépendante des tubercules, et cette espèce d’induration qui est le résultat des tubercules eux-mêmes.

Les tubercules, comme on l’a déjà dit, sont quelquefois entourés par le tissu noiret compacte des poumons. Quand une inflammation aiguë s'empare de l'organe dans cet état, généralement la marche de la maladie est rapide et fu-

neste; il s'opère de ces excavations noiratres, gangréneuses, décrites par divers auteurs. Mais alors c'est l'état particulier du tissu avoisinant les tubercules qui modifie la marche et le caractere de la maladie tuberculeuse.

Nous appliquerons la ligne de démarcation que nous avons établie entre les affections tuberculeuses et Vinduration dont nous venons de parler aux maladies qui nous restent à examiner, soit des poumons, soit des autres parties. En les séparant ainsi les unes des autres, nos recherches en seront mieux définies, nos resultats plus simples, nos idées plus distinctes, et par ce moyen peut-être éviterons-nous ces contradictions sans nombre, quise perpétueront sans cesse, si l’on n’apporte dans l'examen des faits aucune attention aux différences essentielles des choses.

Ayant une nouvelle doctrine à soutenir, on imaginera peut-cire que lespreuves que je produis

en sa faveur ne sont pas suffisamment exemptes de préjugés et de partialité pour obtenir lassentiment du lecteur. Je connais trop bien la tendance de l'esprit humain pour me flatter de lui avoir présenté les choses sous le point de vue qui flatte le plus ses inclinations. Je sais bien aussi qu’une certaine hésitation, une certaine répugnance à recevoir des opinions nouvelles , forment élément essentiel du caractère d’un observateur de bonne foi; mais il faut aussi avouer que l’on désire plus souvent que l’on ne trouve l'attention et le zèle que j'ai nus dans mon travail; je n’ignore pas non plus que quelquefois cette louable résistance aux nouvelles doctrines s'étend également sur les preuves qui lui servent de base, et que les unes et les autres sont condamnées à une négligence non méritée; tandis que des opinions hasardées, conjecturales, hypothétiques, ne reposant sur aucune preuve solide, sont adoptées avec empressement etsansexamen. ~°

Nous sommes si peu accoutumés, en médecine, a faire un raisonnement exact et precis sur la nature des maladies et sur l’action des remedes, qu’un certain degré de scepticisme est excusable.

Les mauvaises habitudes qui résultent des méthodes fautives et vicieuses que nous appor-

tons dans nos observations; les difficultés, l’obscurité que présentent les objets de nos recherches, ont contribué à rendre la médecine sujette à toutes les vicissitudes, à toutes les révolutions qui ont marqué les progrès des autres sciences, sans que jusqu'ici la nôtre ait participé à leur avancement dans un degré proportionné.

On peut inférer de là que les degrés de longitude et de latitude des régions de la science n'ont pas encore été déterminés ; que nous ne connaissons pas encore les limites ni les rapports exacts que la médecine peut avoir avec les autres sciences qui lui sont contigués.

Ces remarques ne paraitront sans doute pas étrangères au sujet maintenant en discussion. Si les opinions que je soumets a l’examen de mes confreres peut fixer leur attention, j'aurai atteint le but que je me proposais , de répandre un nouveau jour sur la nature d’un grand nombre de maladies, et d’étendre en méme temps les ressources que nous avons pour les guérir. Ce fut avec beaucoup de défiance que je m'emparai d’abord de ce sujet : une plus longue étude, des connaissances plus approfondies, m'ont rendu plus confiant, m'ont donné

plus de hardiesse pour exposer ce que je crois être vrai. J'espère que Pon ne m’accusera point

de témérité, ni d’avoir manqué aux égards envers ceux dont j'ai discuté les opinions.

Ce n’est pas sur les faits que j'ai recueillis moi-même, ni sur les témoignages des personnes qui auraient quelque intérêt à soutenir mes principes, que je fonde le succès de ma doctrine ; c'est au contraire sur le témoignage de ceux dont les opinions sont en état d’hostilité avec les miennes, et sur celui des hommes qui n’ont aucuné idée arrêtée sur ce sujet.

Mon seul désir, mon unique but, est de provoquer les observateurs compétens à établir des principes clairs, précis sur les divers caractères que présentent les maladies tuberculeuses dans les différentes périodes qu’elles parcourent.

J'ai déjà dit et je répète encore que la doctrine relative à l’origine et au développement des tubercules ne se borne pas à un seul viscère ni à un seul tissu, mais qu’elle est, mutatis mutandis, applicable à tous ces corps, en quelque lieu qu'ils se trouvent. Dans les chapitres précédens , nous ne les avons considérés que comme occupant les poumons, nous allons essayer de retracer succinctement leur manière d'être dans les autres tissus , et nous. verrons quels en seront les résultats.

Je commencerai par quelques remarques sur plusieurs passages de l'écrit du docteur Aber-

crombie, relatifs aux affections organiques du cerveau. Les opinions qu'il a émises à ce sujet auraient été d’une grande utilité s’il n’y eut point ajouté ses idées sur l’origine dela maladie : aussi, tout ce qu’il croit avoir prouvé est resté fort douteux, et il devient trés-difficile, d’après sa manière de procéder, de séparer ce qui n'est que conjectural de ce qui est avéré. Cela vient sans doute de ce qu’il a considéré la physiologie de ces sortes d’affections sous un point de vue trop resserré.

« J'avais déjà fait remarquer , dit-il, que les maladies du cerveau et du cervelet sont le résultat de l’inflammation d’une portion de l’organe. J’en ai décrit la marche depuis l’état de simple inflammation jusqu’à celui d’induration et enfin de suppuration, dans lequel elle se termine. Je pense que, dans son premier stage, cette affection peut se guérir, ou exister dans le méme état pendant un temps plus ou moins long pour passer ensuite à l’état d’induration , et que, dans quelques cas, il se forme autour de la portion endurcie un sac de matière coagulable. Cet état, en se prolongeant , produit des symptômes alarmans, et se termine d’une manière funeste, en passant à l’état de suppura-

tion et même sans ayoir suppure.

» Ainsi, selon la période ou est parvenue la maladie, on trouve après la mort une portion du cerveau dans un état d’inflammation récente “et endurcie, d’un rouge jaunatre, ou bien une portion seulement dure et l’autre en suppuration, enfin quelquefois la partie malade est totalement détruite. On rencontre Vinduration simple quand le malade meurt de quelque autre maladie; et quand la maladie elle-même a une terminaison funeste, c’est généralement par l'effet d’une nouvelle action inflammatoire. La partie endurcie passe ainsi à l’état de suppuration : c’est pourquoi, dans ces cas, on en découvre des traces, telles qu’un dépôt de lymphe coagulable ou un épanchement séreux. Les observations feront connaître les symptômes qui accompagnent cette forme demaladie, soit dans le cerveau ou dans le cervelet. On distingue en deux espèces, 1°. l’induration simple du cerveau et la tumeur formée dans sa propre substance. Le mot tumeur a été appliqué par quelques-uns dans ces deux cas, en sorte qu'il existe, à ce sujet, une grande inexactitude.

Ce que l’on appelle tumeur proprement dite du cerveau est une matière contenue dans un sac qui la sépare de la substance cércébrale ; mais il reste à savoir si cette espèce de tumeur est une portion du cerveau dans l’état

morbide , autour de laquelle il se serait formé un kyste, au moyen de la lymphe coagulable , produit d’un mouvement inflammatoire ; ou si c'estune tumeur distincte qui s’est formée dans la substance du cerveau , de la même manière que celle qui se développe à la surface. (Voyez p. 489.) |

Examinons maintenant d'un peu plus près le passage que nous venons de citer. C’est toujours avec peine que je me vois différer d'opinion, de quelque auteur respectable que ce soit, et ma peme augmente lorsque je suis forcé de le combattre. Cependant, quelque désagréable que soit cétte tâche, l'amour de la vérité doit l’emporter sur toute autre considération, et me déterminer à exposer l'inexactitude et la faiblesse des raisonnemens par-tout où je les trouveral.

D’abord, on suppose que les alterations morbides du cerveau ou du cervelet sont les effets d’une inflammation chronique. Les différens stages de la formation de ces désorganisations sont indiqués par le dépôt récent d’une matiere molle, gélatineuse (p.489); ensuite par linduration, puis par la formation d’un sac autour de la portion endurcie au moyen d’une lymphe coagulable , et enfin par la suppuration de la masse antérieurement endurcie. Mais la dernière par- :

tie de ce paragraphe ne s’accorde nullement avec ce principe; elle contient une question qu'il est important d'examiner avant de décider sur les opinions de l’auteur. C’est vraiment une chose remarquable, que cette idée qui s’est présentée à son esprit ne lait pas fait hésiter davantage, d’après les principes pathologiques qu'il a adoptés; car si une de ces propositions est admise, l’autre doit être rejetée ; elles ne peuvent être vraies toutes les deux. La question est celle-ci : les changemens morbides sontils le simple résultat d’une altération dans la texture et la consistance du cerveau lui-même, en raison d’une action inflammatoire ; ou quelques-uns des plus importans de ces changemens ne peuvent-ils pas être attribués à un agent d’une nature tout-à-fait différente?

Tant que cette distinction ne sera pas clairement établie, c’est en vain que l’on voudrait obtenir des résultats satisfaisans de examen de

la question. Je crois donc, sans autre préambule, qu’il m’est permis de répéter qu'il existe entre elles une très-grande différence sous le rapport de l’origine et du mode de développement; j'ai dit que les unes sont occasionnées par le développement de certains corps, qui, dans le | principe, sont étrangers au tissu à l’état naturel * sain; que les autres naissent de la dissolution ou

de Valteration du tissu propre des viscères ou de quelque autre partie du corps, soit par l'effet d’une action inflammatoire , soit par toute autre cause analogue produisant les mêmes résultats.

C'est vraiment un sujet de surprise et de reeret pour moi, que cette distinction si nécessaire ait été si long-temps négligée, et que l'on montre encore un attachement si mal entendu pour un mode de raisonnement évidemment faux , malgré les observations d’un homme célèbre, dont les opinions, en général, ont été rete chez nous avec tant ~ confiance et de considération.

Dans mes recherches , je me suis appuyé de l'autorité de M. Hunter sur ce point. Ses travaux ont répandu des flots de lumière sur la théorie des inflammations, 1l passe même pour être le père de la pathologie en vogue aujourd’hui; mais il est évident, d’après ses propres écrits, que ce ne peut être que par une indicible perversité de jugement que ses disciples les plus dévoués ont fait une fausse application de sa théorie de l’inflammation quand ils en font l’origine et la cause des désorganisations de tissus, puisque, au contraire, l’auteur l’exclut de son système de la manière la plus absolue.

Le docteur Abercrombie me pardonnnera si

je dis qu'il n’est point exempt de cette erreur. On la trouve empreinte dans une foule de passages de ses écrits, celui que nous avons cité suffit sans en chercher d'autre. Maintenant que nous avons essayé de débrouiller la question, nous en revenons à lopinion du grand auteur déjà cité(r), et nous pensons avec lui que ces maladies (les tubercules) ne sont point precédées inflammation, et quelles wen sont point les conséquences ; qu'elles dépendent d'un principe tout différent de Vinflammation. Mais revenons au passage qui nous a suggéré ces remarques. On est d'autant plus étonné d'une telle méprise de la part du docteur Abercrombie , que l’on trouve dans le second paragraphe de l'écrit cité une espèce d’aveu, qui parait en opposition à la théorie qu'il veut appuyer relativement aux altérations organiques du cerveau et du cervelet. Le paragraphe dont je veux parler contient des faits d’une grande exactitude; mais, quelques pages un peu plusloin, on trouve l'expression de principes absolument en opposition avec les faits précédemment exposés. Il

retrace les symptômes des maladies organiques

(1) Hunver on the Blood, p. 391.

du cerveau (1) ; il convient, dit-il, de distin guer les symptômes qui sont propres à la maladie elle-méme de ceux qui précèdent immédiatement le terme fatal. Il faut aussi ne point perdre de vue les changemens qu’éprouvent les tissus morbides, d’où dépendent ces funestes symptômes. C’est particulièrement quand le malade meurt de quelque autre affection , sans aucun changement dans la maladie du cerveau, que l’on trouve l’état morbide de cet organe dans ce que l’on peut appeler son état originaire. Quand la maladie se termine par la mort, c’est généralement le résultat d’une inflammation chronique. A cet état viennent se joindre des changemens importans dans le siége primitif de la maladie et dans d’autres portions de l’encéphale. Dans ces cas, ontrouve, indépendamment dela maladie Organique originaire, des traces d’une autre affection qui avait accompagné la dernière attaque, telles qu'un épanchement, la suppuration ou un ramollissement d’une portion du cerveau. Dans quelques-uns de ces cas, il y a tout lieu de croire que l’affection organique elle-même est passée en totalité ou en partie à l’état de sup puration. Dans quelques cas encore, une at-

EE RC ONE Ro (1) Ldem, no. LXI, pag. 482 , 488.

taque de cette espèce peut avoir lieu et céder au traitement ordinaire ; la maladie originaire continue sa marche jusqu’à ce qu’une nouvelle attaque d’inflammation termine la vie du ma~ lade. |

» Il est encore une autre variété très-remarquable , dans laquelle la maladie organique semble ne produire de symptômes graves que lorsque s’annoncent les symptômes d’inflammation chronique. »

Le lecteur voudra bien me permettre , sans doute, de comparer attentivement ce dernier passage avec ceux que j'ai cités précédemment. Peut-être ne s’attendait-il pas à trouver des principes si différens entre eux , si contradictoires et qui, bien loin de pouvoir se COnCIlier les uns avec les autres, détruisent entièrement les hypothèses de Pauteur. D'abord, on nous présente les maladies organiques comme le résultat d’une inflammation chronique; 2°. la maladie suit sa marche sans aucun symptôme Winflammation chronique; plus loin, on nous dit que Vinflammation chronique, que Pon considère comme la cause de ces maladies, n’a lieu que lorsque l’aflection marche vers sa terminaison fatale, et quand elle est excitée par cette même cause, dont elle-même est Veflet. Dans un passage, il attribue le dépôt, Pmduration ,

la suppuration et la formation d’un sac ou kyste autour de la masse morbide, à Vinflammation chronique; et dans un autre endroit, il dit que les tumeurs formées de cette manière ont dit exister pendant long-temps sans aucun symptome quelconque d’inflammation chronique, ceux-ci n'ayant commencé (dans le cas dont il fait mention) que six semaines avant la mort. ( Idem.,5p: 4834)...

Voici observation cadaverique du “cas selon parle l’auteur et dont il appuie sa dernière remarque : «Beaucoup de fluide dans les ventricules; en plusieurs endroits, la substance du cerveau est trés-molle et pour ainsi dire broyée; une grosse tumeur blanche, solide, adhérente par sa base au milieu de la faux et à son bord inferieur du cote droit. Cette tumeur avait àpeu-près cinq pouces de circonférence dans sa portion la plus large, et environ un pouce et demi dans son plus petit diamètre. A l’intérieur, elle était d’un tissu blanc, uniforme comme de l’albumen coagulé ; elle était enfoncée dans la substance de l'hémisphère droit, où elle avait formé une dépression, mais sans contracter aucune adhérence avec le cerveau. Elle était adhérente à l’extrémité inférieure de la faux ; une portion de la tumeur descendait audessous de ce repli, deux autres tumeurs de

même tissu, du volume d’une noisette, élaient aussi adhérentes à la faux, l’une à son extrémité antérieure , l’autre à son extrémité postérieure, mais l’une et l’autre du côté droit; une quatrième tumeur , de même volume et de même nature que les dernières, était enfoncée dans le lobe de l'hémisphère gauche, et attachée à la pie-mère par de petits filamens. » (/dem, p. 495.)

Malgré la passion de l’auteur pour les inflammations chroniques comme cause des altérations morbides du cerveau et du cervelet, 1l serait difficile de trouver, dans le cas que nous venons de citer, le plus léger appui à son opinion ; il pourrait dire , avec vérité , que, dans ce cas, ainsi que dans un grand nombre d’autres qu il rapporte, que la maladie organique origi- naire existait long-temps avant et indépendamment de l’inflammation.

Après avoir considéré attentivement tous les phénomènes de cette maladie et ceux des autres espèces, je soutiens qu’elle n’est point occasionnée par une action inflammatoire. Les preuves les plus concluantes sont toutes contraires à l'opinion reçue : les kystes ou sacs ne sont point faconnés par l’épanchement d’une lymphe coagulable autour d’une masse malade, non plus que les divers aspects sous lesquels se

présentent ces kystes. Qu'ils soient épais et solides, mous et transparens, ossifiés ou non; qu'ils contiennent une substance diaphane et aqueuse, ou une matière gélatineuse ou puriforme; quelle soit à demi ou entièrementfluide; qu’elle se présente même combinée avec les différentes matières ci-dessus énumérées : je le répète, tout prouve de la manière la plus concluante que tes productions ne sont le résultat d’aucuneaction analogue al inflammation. Jevais encore plus loin, et je soutiens que ces corps, soit simples ou multiples, gros ou petits, adhérens aux membranes ou logés dans le tissu du cerveau, n’ont, tous, qu’une seule et même origine, commune a toutes les désorganisations de la même espèce, dans quelque partie du corps qu’elles sé rencontrent (1 ).

Je n’ai sans doute pas besoin de répéter que les lieux où ces corps sont engendrés ont une erande influence sur leur accroissement, sur les symptômes qu’ils produisent, el peut-être

(1) Dans la thèse de M. Léverzré neveu , on trouve réunies une suite d'observations très-intéressantes sur les tubercules et sur les tumeurs du cerveau. Il semble, dit l’auteur, qu’ils attendent une cause pour manifester leur funeste influence et déterminer l’inflammation du cerveau ou de ses membranes. ( Pag. 27 , Recherches sur les tu-

hercules du cerveau, 1824, n°. 2.) (Note du traducteur ). ; )

aussi sur les transformations qu’ils éprouvent eux-mêmes. Situé dans certains lieux, un trèspetit corps de cette nature peut donner lieu aux symptômes les plus funestes ; tandis que, dans d’autres, il peut acquérir un volume immense, et ne gêner que peu ou point du tout les fonctions en géneral. |

Il faut espérer que les observations précédentes empécheront de confondre ce que l’on doit évidemment attribuer à l'accroissement de la substance, étrangère elle-même au désordre qu’elle occasionne en excitant l’action morbide sur les tissus qui l’avoisinent, avec cette espèce de maladie qui se déclare en l’absence de toute désorganisation antérieure. Il n’est pas d’organe auquel cette remarque puisse mieux s'appliquer qu'au cerveau. L'importance dont il est dans l’économie animale, sa texture particuliere , leprédisposent peut-étre davantage à l'influence de ces corps étrangers qu'aucune autre partie du corps. On ne saurait nier cependant que l’on trouve quelquefois de ces corps confondus avec la substance du cerveau et qui ont causé la mort; tandis que les parties contigués ne présentaient ni signe d’inflammation, ni trace d'aucune autre maladie. Nous prendrons les deux exemples suivans.

Le premier se présente dans la pratique du

docteur Shute, mon collègue à linfirmerie.

« Un jeune garcon de huit ans, n'ayant rien de remarquable que le volume de la tete et des étourdissemens, mourut subitement sans avoir eu de symptomes très-marqués. A l’ouverture du crane, nous trouvames un kyste de trois pouces de diamètre, occupant l’hémisphère droit immédiatement sous la dure-mèrg; il était transparent, ou à-peu-près tel dans quelques portions; dans d’autres, il était d’une couleur grisatre, et dans une autre, extrémement épais ; on l’enleva avec la plus grande facilité : le tissu avec lequel il était en contact ne présentait aucune trace d'affection morbide.

Cette masse, examinée avec soin , était une hydatide dans le premier stage de sa transformation. Je. viens de faire mention du changement qu'avait éprouvé une portion de son enveloppe; le fluide qu’elle contenait était bleuätre et de la consistance d’une bouillie très- claire. Indépendamment de ce fluide, elle renfermait un nombre infini de petites hydatides , quelques-unes flottant dans le fluide, mais le plus grand nombre attachées à la face interne du kyste dans sa portion rugueuse et épaissie. Plusieurs de ces hydatides étaient sigpetites, qu'il fallait avoir recours à la loupe pour distinguer leur conformation délicate, mais parfaite ; d’autres étaient du

volume d’un pois, et plusieurs de celles —1a étaient complétement transformées en tubercules, qui, pour la couleur et la disposition, ressemblaient beaucoup à un semis de perles sur la surface de ce large kyste. (Voir la plan- “che 11,11) à La seconde observation est celle d’une femme cinquante ans. Depuis long- temps elle se plaignait de douleurs et d’embarras dans la tête : lorsque je la vis pour la première fois, elle était assise près de son feu, la tête appuyée sur la muraille. Elle avait l'air abattu, engourdi, a peine si elle pouvait se faire entendre en parlant; cependant elle répondait assez juste aux questions que je lui adressais : je l’engageai à essayer de marcher, ce qu’elle fit, mais comme une personne dans un état d'ivresse : cependant aucune des autres fonctions ne paraissait affectée. Mais bientôt tous les symptômes dont nous venons de faire mention augmenterent; l’engourdissement, la difficulté de se mouvoir devinrent plus grands ; la circulation dans les extrémités se ralentit ; la sensibilité, les facultés intellectuelles s’émousserent ; la propriété contractile des muscies ee diminua graduellement jusqu’à la mort. :

Les extrémités, qui étaient devenues froides et de couleur pourpre avant de passer à l’état

gangréneux , avaient été le siége de douleurs violentes pendant un temps assez considérable avant la mort. Lorsqu’on touchait ces parties, la malade exprimait par des gémissemens profonds la douleur qu’elle en ressentait.

L'examen de l’intérieur du crane n’offrit d’abord rien de particulier; mais dans le centre du cerveau, nous découvrimes un kyste du volume d’an œuf d’oie, occupant la place du ventricule gauche; son unique point d’adhérence était à la glande pinéale; elle était fixée à ce corps de maniere a l’enirainer en haut dans la situation ci-dessus indiquée. En cherchant à l’en détacher, ce kyste se rompit et il s’en échappa une quantité considérable de fluide sanguinolent noiratre; les vaisseaux qui entouraient son point d'attache étaient plus nombreux et plus gros qu à l'ordinaire, mais on n’y remarquait aucune autre trace de maladie. Ici le kyste n’était pas épaissi comme dans le dernier cas, la texture était aussi plus délicate, et il ne contetenait aucun autre corps de méme nature.

Les observations que j'ai cru utile de faire sur les passages relatifs aux affections organiques du cerveau par le docteur Abercrombie se trouvent justifiées par d’autres écrits du même auteur.

« Il divise les maladies du cerveau en trois classes, l’inflammatoire , l’apoplectique et l’or-

ganique. L’inflammationactive du cerveau est si peucommune dans ce pays, que quelques-uns ont douté qu’elle existat réellement comme affection idiopathique : c’est pourquoi, je porterai mon attention sur inflammation chronique.

» Je comprends sous cette dénomination ‘toutes les affections du cerveau qui s annoncent par des symptômes d’une nature inflammatoire, et qui se terminent par suppuration ou par épanchement. Je n'y comprends pas l'apoplexie séreuse, qui commence par des symptomes apoplectiques, et qui appartiennent a une autre espece du méme genre. Ces affections, que je considère comme une inflammation chronique, offrent divers degrés d’activité. Quelquesunes d’elles ne présentent que les caracteres d'une simple inflammation scrophuleuse, tandis que d’autres approchent de la phrénitite aigue, et c’est sur cette différence qu'il y aurait quelque objection à faire à l'expression qui les désigne ; mais comme elles passent de Pune à l'autre par des gradations presque insensibles, qu’elles sont intimement liées entre elles par leurs symptômes et leurs terminaisons ; comme aucun de ces symptômes ne présente tous les caractères décrits par les auteurs systématiques , tels que ceux de la phrénitite, il me paraît plus simple derenfermer ces affectionssousla désignation gé-

nérale d’inflammation chronique. On verra par la suite les raisons qui me portent à croire que les différentes formes sous lesquelles se présente cette affection ne sont pas différentes maladies, mais différentes formes de la même maladie. » (Idem. Journ., vol. XIV, p. 265 et 266.)

Je prie le lecteur de considérer avec attention l’importance de ce passage, et de le comparer avec ceux deja cités, et plus particulierement avec le premier, que j’ai soumis à son attention. Cet extrait de l'Æssai sur les maladies organiques du cerveau est bien suflisant pour donner une idée des opinions de l’auteur sur l’origine et la marche de ces maladies. J’hésitais beaucoup à consigner ici les remarques que j'avais faites a la lecture de cet ouvrage ; mais je ne pus y résister quand je vis dans d’autres passages que l’auteur considère linflammation chronique comme le seul agent, l’unique cause des maladies organiques. Comment concilier cette opinion avec la classification dont je viens de parler, quiassigne un rang aux maladies inflammatoires et un autre aux maladies organiques? J avoue qu il meseraitimpossibled’expliquer cette énigme; je pourraisajouter encore beaucoup d’autres preuves a celles que j'aidonnées, pour démontrer que les difficultés que présente ce point de doctrine sont insurmontables.

Sans doute que si la médecine doit tendre à acquérir la précision et la certitude auxquelles sont parvenues les autres sciences ; si elle doit faire des efforts pour écarter les entraves qui ont tant retardé la marche de nos connaissances sur la nature et le développement des maladies, nous devons renoncer à une méthode aussi vague de raisonner. Il vaudrait infiniment mieux nous abstenir de toute espèce de théorie, et nous borner tout simplement à détailler les symptômes, à faire la description des altérations morbides sans avoir égard à leurs causes, © que de commencer par faire une classification, qu'il faut abandonner aussitôt qu'elle est établie. Cest ainsi que l’on est forcé d’avoir recours à une certaine condition imaginaire du cerveau, pour trouver la cause de maladies absolument opposées l’une à l’autre dans leur naissance, leur marche et leur terminaison. S'il est permis de procéder ainsi à la recherche de la vérité ; si les hommes de l’art se contentent de semblables explications, il ne nous reste plus qu'à déplorer la malheureuse condition de la science, qui, malgré ses progrès si vantés dans la plus fréquente et la plus funeste des maladies, n’a évidemment point avancé d’un seul pas au-delà de sa forme la plus grossière et la plus élémentaire. S'il peut être

permis de dire que des maladies reconnues très-différentes dans leurs symptômes, et qui le sont encore plus dans leur terminaison , peuvent être le produit d’une cause commune; s’il est permis de dire que cette même cause peut ètre active et passive, qu’elle peut produire les symptomes que l’on suppose caractéristiques, ou exercer silencieusement les plus grands ravages dans les divers tissus du système sans se faire remarquer par aucune espece de symptome ; si, dis-je, tel est l’état de la logique médicale , nous sommes évidemment éloignés de la route qui conduit à la vérité; nous errons dans les ténèbres et dans l'ignorance. Il faut donc indispensablement que nous abandonnions nos erreurs , que nous cessions de confondre des choses tout-à-fait dissemblables , si nous voulons que la lumiere de la science fasse pénétrer ses rayons jusqu'à nous.

Je répète donc encore, parce que jen ai Vintime conviction, qu’il règne de grandes erreurs dans les opinions sur les maladies de tissu. On assimile les changemens qui résultent des corps originairement étrangers au tissu sain à ceux qui résultent d’une action morbide des parties, dans lesquelles il n’a existé antécédemment aucune altération de tissu; on attribue le changement de tissu lui-

même et les conséquences ‘qui en résultent à une seule et même cause. Tracer une ligne de démarcation entre ces deux maladies fut l’objet important de mes recherches. Je ne parlerai pas, quant présent, de l’origine des divers corps accidentels qui altèrent la texture des tissus chez les animaux ; il importe peu également à quelle cause on les attribue, pourvu qu'ils se fassent distinguer de ces autres espèces de dégénérescences, résultat de maladies tout-a-fait independantes de celles qui s’emparent des tissus a l’état sain.

En admettant cette distinction, on pourra voir alors clairement et très-distinctement a travers tant de questions pathologiques inextricables. Si on la repousse sans aucun égard, il ne restera qu'embarras, confusion et contradiction. Cette division ne renferme aucune question théorique; car elle ne perdrait rien du tout de son importance, quand même il serait prouvé que tous les raisonnemens dont je me suis servi pour l’appuyer sont sans aucun fondement :

elle repose sur des faits que tout le monde peut vérifier ; ils sont si nombreux et si décisifs, qu ils est très-étonnant qu’ils n’aient point été remarqués : triste preuve de la tendance de l'esprit humain vers l'erreur, de son attachement a des théories mal fondées , et de l’influence qu’elles

exercent pour entretenir les préjugés et nous porter à rejeter le témoignage de nos sens. Depuis la dispute entre Ruysch et Malpighi sur les ramuscules des vaisseaux sanguins, l’action inflammatoire, quelle qu’en soit l'espèce, est considérée comme l’unique agent de toutes les altérations du tissu animal à l’état sain.

La nature de l’inflammation elle-même a été.

le sujet d’un grand nombre de controverses ; et les propriétés qu’on lui a assignées , comme on l’a vu, ne sont pas peu contradictoires. Sous ce rapport, nous avons très-certainement outrepassé les bornes assignées originairement à l’action vasculaire. Lorsque le grand Haller s’écria, dans l’orgueil de la victoire, causa ruyschiana vincit ! il n'aurait jamais pensé que la pathologie principalement en vogue aujourd’hui serait élevée sur la doctrine à laquelle il prétait son immense autorité.

La plupart des cas de maladies qui ont été décrits avec beaucoup de soin par le docteur Abercrombie peuvent être judicieusement attribués aux effets de l’'inflammation ; mais il en est beaucoup d’autres que je n'aurais qu à rapporter, pour prouver qu elles furent produites par d’autres causes : la plupart étaient sans contredit occasionnées par un autre principe désorganisateur qui avait donné naissance à des kystes, à des

tumeurs, long-temps avant qu'aucun symptôme d’inflammation ne se fut manifesté, et qui, comme nous l'avons déjà vu, occasionne la mort, quoique aucun signe n’eut annoncé l'existence de la maladie.

Il est inutile de s'arrêter sur les autres contradictions que l’on pourrait encore rencontrer; car si la distinction que j'ai essayé d'établir est fondée sur les faits, quiconque l’a conservée | dans son esprit pourra aisément et sans secours découvrir ces inconséquences. Mais il est une variété de suppuration du cerveau, établie par le docteur Abercrombie, qui mérite encore d’être notée. Il dit qu'il n'y a pas moins de “quatre variétés de formes de suppuration pour le cerveau. Vignore l’étendue que les écrivains d'aujourd'hui donnent à la signification desmots dont ils font usage; mais dansle cas cité, elle me parait portée beaucoup plus loin que jen’aurais osé le faire. Une des variétés est désignée sous le nom d’abces enkysté ; abces distinct, renfermé dans un kyste mou, la substance cérébrale qui l'avoisine étant saine. (Vol. XIV, p. 294.)

On m/’accusera sans doute d’une grande ignorance, si je dis qu'un abcès enkysté est une contradiction dans les termes; il faut cependant en convenir si l’on n’est pas disposéga sacrifier l'exactitude nosologique et pathologique. L’au-

torité de Sauvages sur ce point n’est pas sans quelque valeur, apostema, abcessus, abces, apostème : Est illud quod pregressd inflammatione phlegmonoded partem ipsam in quad residet in pus convertit, interstitiis, ut plurimum , musculorum contentum , minime vero capsula propria involutum. Differt itaque a vomica et ab apostasi. J'ai déjà eu occasion de faire remarquer cette distinction ; et encore aujourd’hui je n’hesite pas de dire que les kystes sont au cerveau ce qu'est la vomique aux poumons. Je répète que le kyste est la partie qui se développe au début de la maladie; qu'il avance lentement dans sa marche, et quelquefois conserve son caractère originaire; qu'il se change par degrés en un corps qui présente des propriétés très - différentes , produit des symptômes et des résultats divers , selon la structure du tissu et la fonction de la partie où il a pris naissance. ire

Avant de quitter cette partie de mon sujet, je ferai observer que le diagnostic des maladies devient nécessairement imparfait quand on n’a que des idées fausses sur leur origine. Quand on considère des affections tout-a-fait differentes par leur nature et par leur caractère, comme étant de même genre et de même es-

pèce, on sent toutes les conséquences qui peu-

vent en résulter. Les transformations organiques étant attribuées à des causes qui leur sont tout - à-fait - étrangères, il s’ensuit que l’on prend les symptômes pour les caractères de la maladie , et que les caractères morbides servent à déterminer des différences spécifiques qui n'existent pas. | ;

J'ai vu avec satisfaction que quelques-unes des opinions que j'ai publiées sur la formation des tumeurs ont été sanctionnées par l'autorité deM. Charles Bell dans un article récemment in- -séré dans le douzième volume des Transactions médico-chirurgicales.

Il pense, comme moi, que les hydatides se transforment en tubercules; que c’est à l’agrégation , a la position relative et à la substance contenue dans ces tubercules, que les espèces de maladies qu’il décrit, telles que le carcinoma mamme hydatidis, doivent leur caracière. Lorsqu'on coupe cette tumeur, ditil, elle ne présente pas une masse de tissu concentrique, mais la réunion de petites tumeurs qui caractérisent le tissu carcinomateux le plus commun ; c'est-à-dire que la tumeur est ferme dans sa texture , que des bandes ligamenteuses décrivent entre elles des aréoles et des lignes divergentes. Ces lignes , par leur blancheur, se font distinguer du tissu qu’elles

embrassent. Dans les interstices des tubercules, on trouve quelquefois des vésicules ou cellules plus grosses, d’une couleur jaune ou ambrée.

Ces cellules sont de différentes dimensions : les plus larges contiennent un fluide brun, semblable au sang ou à la bile; c’est au développement et à l'augmentation remarquable d’une ou deux de ces cellules qu’il faut attribuer le caractère proéminent et anguleux propre à cette espèce de mamelle carcinomateuse.

Le nom que M. Bell assigne à cette espèce de tumeur et plus encore la description qu’il donne de sa disposition intérieure justifient pleinement mon opinion, que j'ai appuyée d'exemples sans nombre , c’est-à-dire que la transformation des hydatides et les rapports de ces corps entre eux donnent à cette maladie son caractère particulier.

M. Bell considère le développement et l’aceroissement d'une ou plusieurs des cellules qu'il décrit, comme le caractère distinctif de cette espèce de mamelle carcinomateuse. Si cette dis- | position est la seule différence spécifique qu'il y reconnaisse , elle devient tout-à-fait insuffisante ; car, excepté dans les tumeurs composées d’un seul kyste, cette disposition peut être commune à toutes, comme elle peut n'être particuhère à aucune.

Je soutiens que le même principe peut s’appliquer à toutes les tumeurs de ce genre; et tout homme compétent pour examiner les preuves sur lesquelles est fondée cette opinion ne saurait la révoquer en doute. L'observation que j'ai citée de M. Bell présente bien certainement le cas d’une masse d’hydatides engendrées dans la mamelle. Mais que l’on examine avec attention le principe contenu dans lobservation qu'il rapporte, ce qui se passe à l'égard de ces corps, la marche de leur transformation ; que l’on se rappelle en même temps les explications que nous avons données (1) sur les formes de tissus morbides résultant de ces transformations, on ne sera plus embarrassé pour rendre compte de la variété de leurs caractères physiques, soit dans leskystes , soit dans la substance interstitielle.

J'ai déjà dit (page 228 ) que parmi les nombreuses variétés de tissus du genre de ceux désignés sous le nom de fongus hématode on y retrouve très-distinctement des traces d’hydatides: ce que J'ai prouvé par des descriptions puisées dans les ouvrages de différens auteurs. Plusieurs observations subséquentes m'ont mis à même d'expliquer la marche de cette maladie

(1) Pages 38, 39, 210 et 214.

dans le tissu musculaire. Il est rare de la rencontrer avec les caractères que je vais décrire.

Cependant, quand on examine attentivement la nature de ces tumeurs du tissu musculaire, on la retrouve en tout analogue à celles des autres parties du corps. | |

Le muscle affecté présente, à Vincision, un tissu réticulé, dont les mailles sont remplies par une substance gélatiniforme et transparente.

Le tissu naturel est complétement remplace par cette substance de nouvelle création ; c’esi-àdire que l’on remarque une collection de vésicules diaphanes , au lieu de fibres musculaires rouges. Dans un autre point de la méme partie affectée , où la maladie est plus avancée, cette forme simple , élémentaire, a disparu ; les vesicules et la substance qu’elles renferment n’ont plus leur transparence : un autre phénomène a lieu, qui finit par transformer toutes les parties attaquées en une masse cérébriforme , irrégulière, que l’on considère comme le caractere de cette maladie à sa dernière période.

La théorie de cette transformation se trouve expliquée par le cas suivant. Un jeune homme avait une tumeur à un genou, la maladie fit des progres rapides, et gagna le haut de la cuisse: le membre fut enlevé par l’amputation. Une section longitudinale du tissu malade fournit

un exemple très-frappant des faits que j'ai exposés. Autour de larticulation, où la maladie avait existé le plus long-temps, où elle avait acquis le plus d’étendue, le tissu organique primitif était détruit en totalité : une masse de la nature de celle que j'ai décrite en occupait la place. A mesure que l’on avancait vers les extrémités dé l'endroit malade, les gradations de la marche morbide se faisaient voir d’une manière très-frappante et très-instructive. D’abord, la couleur et la densité étaient altérées ; ensuite, la disposition du tissu morbide était moins confuse; plus loin, on pouvait distinguer les traces du tissu musculaire ; plus loin encore, lestubercules se présentaient à l’état vésiculaire et semi-transparent; enfin, cette dis- POLE vésiculaire s’effaçait peu-a-peu , jusqu'à ce qu’elle se perdit tout-à-fait dans le tissu musculaire sain.

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