‹ Recherches, observations et expériences sur le développement naturel et artificiel des maladies turberculeusesChapitre 24 sur 34 · REMARQUES SUR LE TRAITEMENT DES MALADIES TUBER- CULEUSES · texte numérisé non relu

REMARQUES SUR LE TRAITEMENT DES MALADIES TUBER- CULEUSES

Mon dessein n’est pas, quant à présent, d’entrer dans de longs détails sur le traitement à suivre dans les maladies dont nous venons de nous occuper. Cependant la doctrine que j'ai

47t essayé d'établir m'a suggéré quelques réflexions qui m'ont paru mériter d’être notées.

Les circonstances qui semblent prédisposer particulièrement au développement des affec— tions tuberculeuses chez les animaux sont le froid, l'humidité et la mauvaise nourriture. On ne saurait douter que, chez le sujet humain , les mémes causes n’exercent la méme influence. Il est également d'observation que, quand une fois le corps de l'animal a été détérioré par une cause quelconque, il existe chez lui une disposition à transmettre sa débile constitution à sa progéniture. C'est ce que savent très-bien tous ceux qui élevent ou qui nourrissent des bestiaux ; il en est généralement de même chez l'espèce humaine.

Il n’y a pas de maladie dont l'effet hereditaire soit plus marqué que dans la pulmonie tuberculeuse, il suflit de la connaissance de ce fait et d’une attention convenable aux causes prédisposantes , pour exciter notre vigilance à saisir le moment propre pour prévenir ou détruirelefléau le plus fréquent et le plus funeste qui puisse frapper notre espèce.

Les lumières que l’on peut retirer des observations pratiques relatives à la propagation et à la destruction des maladies tuberculeuses des animaux méritent toute l'attention du médecin

philosophe. Nous ne sommes pas dépourvus de tout moyen; mais il serait grandement à désirer que nos Connaissances fussent plus étendues sur ce point : ce qu'il y a de certain, c’est que, d’après les expériences du docteur Jenner, que nous avons fait connaître en partie, on peut, au moyen d’une nourriture mal appropriée , faire naître la maladie tuberculeuse chez les lapins ; on sait également bien qu'une saison humide, de mauvais pâturages fivorisent le développement de cette affection beaucoup plus souvent encore chez les moutons que chez les autres animaux. II est également prouvé que l'on guérit ces animaux (pourvu que la maladie ne soit pas parvenue à un degré trop avancé), en leur donnant une nourriture plus saine et en les dérobant à l'influence des causes prédisposantes.

L’ excitation propre à opérer l'absorption des. tubercules peut être portee sur le système à un degré bien plus considérable qu’on ne pense généralement. Nous donnerons > par la suite, plusieurs observations qui en fourniront la preuve; je n’insisterai pas sur ce point quant à présent, je désire seulement appeler l’attention sur les moyens à employer dans le traitement de cette maladie.

L'effet des désorganisations est subordonné

à la partie qui en est affectée. L’indication que présente la maladie consiste à en arréter les progrès, à exciter l’action du système pour faire cesser les changemens qui s’y opèrent. Les succès seront d'autant moins douteux, que la maladie se trouvera plus rapprochée de sa première période : c’est dès-lors qu'il faut être vigilant dans l'emploi des moyens; mais ce n’est qu'alors aussi que l’on peut espérer conserver un grand nombre de malades, qui autrement seraient condamnés à périr. Tout le monde reconnaît la disposition à l'affection tuberculeuse la plus fréquente et la plus funeste. Des yeux exercés savent découvrir des signes particuliers , qui, considérés et examinés convenable ment, suggerent des moyens de prévenir les accidens dont est menacé l'individu.

L'histoire de la marche des tubercules , telle qu elle est détaillée dans les pages précédentes, fera comprendre aisément la nécessité de faire attention aux premiers symptômes: autrement on aurait à regretter de voir le retour fréquent de ces cas qui marchent si vite vers leur terme fatal. La première toux d’un individu menacé de phthisie tuberculeuse, si légère qu elle soit, doit. exciter la vigilance du médecin et Vattention des parens, parce qu’elle est souvent l'indice d’une désorganisation avancée. Cette

maladie , insidieuse à son origine, cause peu d’altération dans la santé, mais plus tard elle résisterait à tous les moyens que l’on pourrait employer pour la détruire.

Les inductions pratiques que l'on peut tirer de ce principe consistent évidemment dans les efforts que l’on doit faire pour détruire les désorganisations lorsqu'elles sont encore dans un élat qui permet d’espérer quelque succès. Nous ne sommes pas dépourvus de lumières pour nous guider, ni de moyens pour parvenir à nos fins ; plus nous avancerons dans cette partie de la pathologie, et plus nos ressources augmenteront les moyens de la traiter. S'il est vrai que tout ce qui affaiblit les tissus et détériore la constitution prédispose à la maladie en question, comment empêcher cette prédisposition?

La réponse est facile. fl faut fortifier le systeme, donner de la vigueur aux constitutions délicates, ramener toutes les fonctions a l'état naturel, et tacher de l’entretenir ainsi par tous les moyens possibles. Mais en supposant que l’on n’obtienne point ce résultat, que la maladie ait déjà parcouru sa première période, que le changement de tissu ait commence a s’operer , que faudra-t-il faire dans ce cas ? D'abord, tenter l'absorption des corps morbides , et surtout s'opposer à leur développement ulté-

rieur. On demandera peut-être encore à quels agens on peut confier l'exécution d’un succès aussi désirable. Quoiqwils ne soient pas en aussi grand nombre ni aussi certains qu'on pourrait le désirer, il en est cependant dont l'efficacité n’est point douteuse. Nous en dirons quelques mots.

On considère comme les désobstruans les plus actifs le mercure et les préparations alcalines. Le premier (le mercure) est sans contredit fort utile dans plusieurs affections du système lymphatique; mais quand la maladie s’est emparée des poumons, l’effet du remède est douteux.

Nous rapporterons quelques observations qui ont rapport au traitement de ces sortes de cas.

Quand la maladie a son siége soit à la surface du corps , soit dans les visceres abdominaux, et qu’elle continue sa marche, on n’est pas embarrassé pour en prédire les conséquences; mais quand affection se developpe dans un lieu où lon ne peut en déterminer les progrès nien découvrir l'existence par des signes exclusifs, non-seulement cet état exige beaucoup de précaution, mais présente aussi les plus grandes difficultés.

Si l’on juge de l'effet de certains remèdes par leur mode d’agir dans les cas d’engorgemens des parties externes, serait-il donc déraisonnable de conclure que ces mêmes remedes pourraient

produire des eflets semblables dans des cas de maladies de même nature situées à l’intérieur ? C’est dans l'application judicieuse de ce principe que nous pouvons espérer de prévenir d’une manière efficace les causes de la consomption pulmonaire.

Les difficultés qui se présentent pour atteindre ce but sont très-grandes sans doute ; mais c’est avoir déjà gagné quelque chose que de s'être bien mis en garde contre le danger.

Comme nous connaissons maintenant la nature des corps qui donnent lieu à la consomption pulmonaire, qui déterminent son caractère particulier et sa terminaison funeste, il faut, avant que ces corps soient parvenus à cet état, les arrêter dans leur marche; et comme il n’est pas impossible de les détruire entiérement, nous devons nous empresser de rechercher tous les moyens d'obtenir un résultat aussi important.

Il m'en coûte de revenir sur les observations © que j'ai déjà exposées en d'autres circonstances; mais comme le succès dépend beaucoup du moment où l’on administre les remèdes, je demande au lecteur la permission de lui rappeler qu’à mesure que les tubercules se développent non - seulement ils deviennent cause de danger , mais que le danger augmente enraison du changement qu’ils occasionnent dans les tissus

dont ils sont environnés. ‘Il est donc trés-important de découvrir la maladie, avant que ces incurables désorganisations de tissu aient eu lieu. Lorsque la maladie est dans son premier stage, que le tissu qui lentoure n’a encore éprouvé que peu d’altération, il nous reste beaucoup d’espoir; mais malheureusement nous ne rencontrons pas souvent l’occasion de traiter cette affection dans sa premiere période. D’ordinaire, on nous appelle, non pas pour repousser un ennemi qui s'approche, mais seulement pour mitiger en quelque sorte les ravages qu’il a faits dans sa course.

Il y a toujours quelque chose de hasardeux dans les maladies aiguës et dans les désorganisations du thorax, a cause de la structure et des fonctions des organes de la respiration qui en sont atteints ; mais en prenant en considération ces circonstances particulières , il est parfaitement conforme aux lois de l’économie animale de conclure que des remèdes qui ont assez d’influence pour opérer la guérison de cette espèce de maladie , lorsqu'elle a son siége dans toute autre partie du corps, ne seraient pas sans action dans celle-ci. L'expérience justifie cette conclusion. Nous avons fait remarquer, dans les chapitres précédens , les rapports qui existent entre les maladies externes du cheval et quel-

ques-unes des maladies internes: On a vu que le farcin est, à l'égard des glandes, ce que les affections scrophuleuses des parties externes sont à l’égard de la consomption pulmonaire chez l'homme. Nous avons fait voir également que l'affection pulmonaire, dans l’un et l’autre exemple, quoique souvent consécutive aux af fections externes , était très-fréquemment primitive. Notre but, en rappelant ces remarques, est d'établir l’affinité entre ces maladies , et de démontrer la justesse des conclusions pratiques que nous en avons tirées.

Si done nous possédons les moyens d’amander ce que l’on appelle une constitution scrophuleuse, et de guérir la maladie lorsqu’elle s'est montrée sous la forme particulièrement désignée par le mot scrophula , nous sommes suffisamment fondés à croire que les moyens employés avec succès dans le traitement del’une de ces désorganisations externes ne seraient pas sans avantage, appliques aux maladies internes du même genre; d'autant mieux que si Von parvenait à changer la constitution disposée aux maladies de ce genre, à l’amener à un état de vigueur et de santé, on aurait obtenu le meilleur moyen de détruire la tendance a ces sortes d’affections pour les autres parties du corps.

Un me reprochera peut-être d'insister trop long-temps et sans nécessité sur une question aussi simple ; cependant toute simple qu’elle paraisse, elle est de la plus haute importance, et n'a que trop souvent échappé à l'attention de la plupart des plus instruits et des meilleurs médecins.

Autant que je puis m'en rapporter à mon expérience , je ne trouve pas de remède qui ait à un aussi haut degré la propriété de provoquer l’absorption des tumeurs morbides comme Vhydriodate de potasse. L'influence de ce remède dans la cure du bronchocèle a fixé toute mon attention, depuis l'ouvrage publié par le docteur Coindet, de Genève. La nature de mes recherches me faisait désirer de trouver un agent de cette espèce. Entièrement convaincu de laflinité qui existe entre le bronchocèle et les maladies qui font l’objet de cet ouvrage, je

, fus naturellement porté à croire que les remèdes qui produisent de si bons effets dans le premier genre d’affection pourraient être de quelque utilité dans les autres : ayant agi | d’apres ce principe, les résultats ont pleinement justifié mes conjectures.

Je vais rapporter quelques observations qui pourront servir au développement de ces remarques.

‘La première est un cas d’obstructions physconia hydatidosa, qui a beaucoup de rapport avec celui que j'ai décrit à la page 172. Chez cette malade, abdomen était développé comme dans le dernier mois de la grossesse ; la tumeur avait été plusieurs fois réduite de volume par l’usage long-temps continué du mercure et de l’alcoholat de potasse, liquor potassæ ; mais elle ne disparut jamais totalement. Plusieurs fois , son volume fut diminué de beaucoup par un événement qui établit son

caractère particulier, et qui justifie le nom que

je lui ai assigné; je veux dire la rupture d’un ou de plusieurs de ces kystes, et l'expulsion, par la bouche et par le rectum, d’un fluide semblable à celui que contiennent les hydatides dans différens stages de leur développement.

Cette malade fut mise, pour la première fois, à l'usage de l’hydriodate de potasse en solution, le 6 octobre 1821 : elle en prit d’abord huit gouttes, deux fois par jour, et continua régulièrement jusqu’au 23 mars 1822. Pendant tout ce temps, le ventre diminua d’une manière sensible ; mais une sensation désagréable du côté de la tête et de Pestomac fit suspendre lusage de la liqueur, qui ne fut reprise qu’au 22 juin.

L’absorption de la structure malade eut lieu

d'une manière très-frappante sous l’influence de ce remède, car le ventre était tout aussi volumineux qu'il l'avait été avant les accidens dont il est fait mention plus haut. C’est à peine maintenant si l’on aperçoit la tumeur ; il faut même apporter beaucoup d’attention pour la découvrir par le toucher dans la région iliaque gauche, où elle est située.

Je suis très-fondé à croire que ces résultats sont dus à l’hydriodate de potasse, parce qu’aucun autre remède n’a été employé, si ce n’est quelques laxatifs et application de sangsues à des époques très-éloignées. Récemment il se fit remarquer une petite tumeur à la mamelle gauche (1). Cette circonstance vient à l’appui de mon opinion sur l'origine de ce genre de maladie, et fournit un moyen facile de juger si les principes que j'ai développés ailleurs sont exacts. re

Le cas suivant, de même nature, se présentait chez une femme beaucoup plus âgée. La maladie s'était développée lentement; ce ne fut que quelques mois avant d’avoir vu la malade qu’elle avait ressenti des douleurs vio-

(1) Il est important de faire remarquer que cette tumeur a été promptement absorbée par l’usage continué de ce remède.

lentes au point d'empêcher toute espece de mouvement. La tumeur, à-peu-près du volume de la tête d’un enfant, occupait particulièrement le côté gauche de l'abdomen ; elle était tres dure et très-douloureuse au toucher. Je prescrivis l'application de sangsues et les fomentations avec décoction de cigué pour calmer la douleur ; ensuite je fis faire des frictions, soir et matin, avec une pommade contenant l’hydriodate de potasse, en même temps que je fis prendre à l’intérieur Valcoolat d’alcali caustique (1) (Brannisw’s caustic alkali).

La rapidité avec laquelle la tumeur a diminué me surprit beaucoup. Il y avait à peine quatre semaines que la malade faisait usage de la liqueur alcaline, lorsque son médecin ordinaire m'informa que la tumeur né présentait plus guère que la moitie de son premier volume. La douleur a tout-à-fait cessé, et la malade peut marcher et se livrer a presque toutes ses habitudes. | | |

Je n'avais jamais vu, si ce n’est dans les cas

(1) Ce fut à unchirurgien d’Alcester, dans le Warwickshire , qui acquit une grande réputation par ses succès dans le traitement des maladies scrophuleuses, que Pon dut cette préparation ; il en donna la formule dans une brochure fort estimable, qu’il publia dans le temps.

de bronchocele, où Yon avait employé Viodine, un cas d’absorption aussi marqué que celui-ci. Je ne sais pas si on peut attribuer cette influence à l’alcali caustique, je serais d’autant plus disposé à le croire, qu’il n’y a pas de désobstruant d’une plus grande énergie.

Dans un autre cas des plus graves, l'efficacité de Viodine se fit remarquer à un degré surprenant. Un homme avait une collection de tumeurs qui s'étendaient depuis l’angle de la màchoire jusqu’à l’acromion , quelques-unes égalaient le volume d’un ceuf d’oie et descendaient au devant du cou. On fit usage de divers moyens énergiques, tels que les pilules composées de calomel, l’alcoolat de potasse, etc. , sans en obtenir aucun effet. On administra ’hydriodate de potasse à l’intérieur , à la dose de dix gouttes deux fois par jour. On continua ce traitement pendant plusieurs mois: au bout de ce temps, les tumeurs avaient presque entièrement disparu; il n’en restait qu'une très - petite, du volume d’une noisette. |

Ces résultats me déterminerent à l’employer dansd’autres cas demémenature; mais l’état de désorganisation était tel qu'il laissait peu d’espoir de guérison : je veux parler des tubercules pulmonaires. Le lecteur sera à même de juger du suecès que l’on pourrait en obtenir d’après

: ar.

le cas suivant, que je choisis de préférence, parce que les symptomes tres-fortement prononcés de l'existence des tubercules dans les poumons étaient aussi évidens que possible.

Un jeune homme d’une constitution délicate était affecté depuis long-temps d’une toux fréquente. D'abord il n’y eut point du tout d’expectoration ; le malade maïgrissait ; le pouls était devenu plus fréquent, la respiration souvent génée ; la physionomie, le teint indiquaient la maladie la plus grave : cet état durait depuis plusieurs mois, lorsqu’apres un accès de toux plus violent qu’à l'ordinaire le malade expectora une petite masse de matière tuberculeuse de forme globulaire, partiellement teinte de sang. Cet événement confirma mes soupçons sur la cause de la toux seche, qui le fatiguait depuis long-temps , et me donna la conviction qu'il existait des tubercules dans les poumons. Il est inutile de dire que mon pronostic sur cette maladie fut des plus défavorables. Je m'attendais ici, comme dans les cas semblables, a un développement successif des symptomes les plus graves de la consomption pulmonaire. L’expectoration de matiere semblable a celle dont nous avons parlé, s'étant renouvelée tressouvent, venait encore fortifier mes craintes. Jinsiste sur ces particularités, parce que, sans

des preuves aussi manifestes, on ne saurait ap~ précier Putilité du remède sur lequel je coniptais pour la guérison de la maladie. —

Ainsi je regarde comme prouvé que ce malade avait des tubercules dans les poumons, et qu’ils s'y étaient rapidement développés au point de ne laisser presque pas d’espoir de guérison.

Voici le traitement qui fut employé : tenir le malade dans une température réglée ; stimuler la poitrine de temps à autre par des vésicatoires et le tartre émétique; régime végétal absolu. On fit usage des calmans pour apaiser la fréquence de la toux ; mais sachant bien qu’à moins de dé. truire les tubercules tous ces moyens produiraient peu d'effet, je lui administrai les remedes que je crus les plus propres à atteindre le but proposé. Je commencai par l’alcoolat d’alcali caustique, mêlé a une infusion d’écorce d'orange, administré deux fois par jour. Après avoir employé ces moyens pendant quelques semaines , je donnai l’hydriodate de potasse. Le malade commença par huit gouttes, deux foispar jour, pendant trois semaines ; ensuite il resta quinze jours sans en prendre, et recommenca.

La dose futde dix à douze gouttes, tels en furent lesrésultats : cessation presqueentière de la toux, plus d’expectoration; liberté complete derespirer; réduction du pouls à l’état naturel; fonctions

régulières de l’estomac et des intestins; aug~ mentation marquée de force et d’embonpoint.

Le malade pouvait se livrér à un exercice actif, faire de longues promenades à cheval, et par conséquent s’exposer à diverses températures sans en éprouver aucun inconvénient.

Ce cas est peut-êtré encore trop récent pour le considérer comme entièrement terminé ; cependant l’état très-satisfaisant du malade fournit une des plus grandes preuves du changement qui s'est opéré dans les corps tuberculeux. Si les choses continuent d’une manière aussi favorable, je n’hésiterai pas de dire qué c’est un exemple de phthisie tuberculeuse arrétée dans sa marche par l'effet du remède dont nous vénons de:parler.

Je l'ai prescrit dans un grand nombre d’autres cas de consomption pulmonaire. Les circonstances dans lesquelles se trouvaient les malades ne me laissaient que peu ou point d'espoir d’obtenir des avantages décidés de son emploi. Déja, il existait de grandes ulcérations ainsi que des symptômes les plus menacans d’une dissolution prochaine, Les essais que j’ai faits dans ces cas n’ont servi qu'à me confirmer ce que l'on pouvait en attendre à priori, et sur-tout quand l'époque pour en obtenir du soulagement était passée; mais d’un autre côté, ces essais ajoutent

à la conviction où je suis, et que je désire faire partager au lecteur, qu'il est encore, dans la plus funeste des affections tuberculeuses, une époque favorable à son traitement, qu’il faut saisir pour la déraciner du système. Je n’ai pas encore acquis la certitude que mes espérances sur ce point sont entièrement réalisées ; mais ce qu'il y a de certain, c’est qu'on ne peut attendre de grands succes, dans le traitement de cette funeste maladie, qu’autant qu'il sera fondé sur les principes que nous avons établis.

Je saisis cette occasion pour rappeler un autre

cas, qui, sous tous les rapports, est applicable h notre sujet.

Je soignais une femme, il y a environ trois mois, qui était affectée de presque tous les symptômes qui caractérisent les adherences tuberculeuses du péritome, à un degré trèsavancé. Il y avait pesanteur, tension, dureté, et en plusieurs points sensibilité de l'abdomen, oppression considérable apres avoir mangé ; nausées presque constantes , accompagnées de grandes irrégularités dans les fonctions du canal alimentaire. La malade, depuis long-temps, était dans un état de langueur ; elle maigrissait de jour en jour. Le pouls alors était faible et trèsfréquent; la physionomie avait cette expression particulière d’anxiété sur laquelle J'ai imsiste

ailleurs comme un signe caractéristique de l’affection tuberculeuse des viscères abdominaux. Enfin, tous les symptômes me portèrent à croire que cette maladie avait déjà fait des progrès. Je ne conservais pas grand espoir de soulager la malade; mais les cas précédens m’indiquaient les secours que je pouvais nécessairement tenter de lui procurer.

Je fis appliquer des sangsues sur les sols douloureux de abdomen. On fit des frictions avec la pommade contenant l’hydriodate de potasse ; on entretint l’action régulière des intestins par l'usage des apéritifs légers ; enfin on admunistra aussi l’hydriodate de potasse à l’intérieur. On appliqua deux vésicatoires danslecours du traitement, le résultat fut le retour dla santé. La tumefaction, la tension, la dureté du ventre ayant disparu, les fonctions du canal alimentaire se sont faites plus naturellement ; le pouls a diminué de fréquence; la physionomie a perdu Vexpression de la douleur, et la malade a repris d’une manière sensible de la force et de Yembonpoint. |

On dira peut-être que ce cas n’était qu’une péritonite chronique que les sangsues et les vésicatoires ont guérie : on se tromperait grandement ; je suis persuadé que cette affection appartenait évidemment à ce genre de maladie

auquel les tubercules donnent le caractere qui lui est propre. Je prie le lecteur de revoir ce que jai dit, à ce sujet, dans le premier volume sur les différences qui existent entre les maladies tuberculeuses et les affections inflammatoires des membranes séreuses.

D'après l’histoire de sa marche, bien certainement cette affection était de nature tuberculeuse; elle commenca d’une manière presque insensible, s’avanca lentement, et avait réduit la malade à l’état que j'ai décrit, malgré l'usage des remèdes appropriés, qui avaient été judicieusement employés avant qu’elle fat sous mes soins. |

Les symptômes pourraient bien avoir été mitigés par les moyens employés; mais la maladie elle-même ne fut point arrêtée dans son cours. Elle était parvenue à l’état le plus avancé et le plus désespéré quand je vis la malade pour la première fois. Cet état s’accordait parfaitement avec les cas semblables que j'ai eu occasion de remarquer, et que j'ai rapportés dans le premier volume; et si j'en excepte ce dernier cas, je n’en ai pas vu un seul de cette espèce qui ait donné une opinion décidément favorable.

Les faits détaillés dans le chapitre sur l’usage de l’iodine seront, je pense, considérés par

mes confrères comme tres - propres à confirmer les effets que ce médicament a produits entre les mains du docteur Coindet. Je suis parfaitement d'accord avec ce médecin sur les effets distincts et directs de ce remede sur le système lymphatique. Je pense que maintenant nous possédons un rémède propre à prévenir et à guérir un grand nombre de ces épouvantables maladies, les plus funestes à l’espece humaine’, et reconnues jusqu’à présent conrme les plus rebelles à notre art. J’ai à peine remarqué les inconyéniens signalés par le docteur Coindet , dans quelques cas particuliers de l'usage de ce remède ; je serais plutôt porte a croire qu'un plus grand nombre de frictions n'auraient pas un succes plus marqué dans beaucoup de cas, si l’on n'y joignait pas en même temps le remède à l’intérieur.

. Si Pon a suivi avec attention ce que j'ai dit, dans mon premier volume, sur l’origine des maladies tuberculeuses et sur leurs affinités entre elles, on a dû remarquer combien les opinions que je me, hasardai alors d’exprimer sont déniontrées ét fortifiées aujourd'hui par les faits que je. viens de rapporter. Mes. conclusions étaient établies sur l'application pratique que

M] ° > » 5 ° , e » 2 ° J'avais faite de mes principes ; les verités qui en

sont decoulées ont eu des résultats qui ne sont pas moins satisfaisans par la nature des preuves qui leur servent de base , que par les lumieres

qu'ils nous procurent pour arriver aux moyens

de porter plus loin encore notre investisation P P

dans cette partie de l’art médical.

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