‹ Recherches, observations et expériences sur le développement naturel et artificiel des maladies turberculeusesChapitre 7 sur 34 · CHAPITRE LEE · texte numérisé non relu

CHAPITRE LEE

RATIO SYMPTOMATUM.

Les rapports entre les symptômes et les altérations de tissu ne se trouvent pas mieux tracés dans les autres maladies que dans celles qui font actuellement l’objet de notre attention. Nous savons très-bien que, dans une foule de circonstances, on a découvert des affections morbides au moment où on s’y attendait le moins, et qu’assez souvent elles précèdent d’autres affections qui n’existaient pas.

Il est également évident que ce n’est que quand la maladie a son siége dans l'abdomen, que l’on peut avec certitude en assurer l’existence. Dans le thorax et dans les autres parties, les symptômes en sont moins décidés ; mais ils sont aussi moins alarmans que lorsqu'ils obstruent les organes de la nutrition. Si l’on réflé-

chit sur la nature des fonctions du canal aljmentaire, On ne sera point embarrassé pour expliquer les symptômes qui résultent de ces sortes d’affections.

Mais nous avons fait remarquer, dans deux exemples, que ces symptômes ne s'étaient pas présentés, parce que le mésentère n’était pas complétementaffectéde cette maladie, et qu ainsi les nommés Bullock et Haynes n’étaient point émaciés comme les autres malades. La digestion , l'absorption et l'assimilation » quoiqu’en quelque sorte interrompues, conservaient en core assez d'activité pour entretenir les forces à un certain degré, et ces fonctions auraient pu se conserver encore plus long-temps, sans les cir— constances qui vinrent ajouter à cet état de maladie.

Nous avons dit pourquoi nous ne croyons pas que les affections tuberculeuses du péritoine ne proviennent point de Vinflammation, et comment la maladie peut exister sans les symptômes qui indiquent cet état. Il est certain , néanmoins, que l’inflammation peut se rencontrer conjointement avec cette maladie , et quelle l'accompagne souvent dans l’un ou l'autre stage de sa marche.

Mais quand cette combinaison a lieu , les remedes les plus propres a combattre l’inflamma-

tion aiguë ou chronique produisent peu d effet , sont de peu d’utilité; et lors même que l’on parviendrait a faire disparaitre les symptômes inflammatoires , l’autre affection n’en marcherait pas moins , peut-être plus lentement, mais toujours vers une terminaison funeste.

On a également retracé dans le chapitre précedent les rapports qui existent entre cette affection et les autres maladies cachectiques. C’est par ce moyen que l’on a essayé d’établir son caractère générique : quant à sa nature spécifique, comme dépendante du siége de la maladie et de la partie affectée, elle a été indiquée dans presque tous les cas que nous avons rapportés. Pour développer ces points, il ne sera peutêtre pas inutile de se reporter à l’origine du mot scrophula. Le docteur Jenner, dans ses lettres au docteur Beddoes, fait mention des tumeurs tuberculeuses qui affectent si souvent le cochon (1). La fréquence de cette maladie et sa

(1) Les cochons sont très-souvent affectés d’une espèce particulière d’hydatides qui produisent des tubercules d’un caractère différent. On donne à l’animal: qui en est affecté l’épithète vulgaire de meastey (sans doute le synonyme de notre mot /adre). Voici ce que le docteur Jenner me communique à ce sujet :

Rien n’est plus commun que les tubercules dans le foie

el dans lesautres viscères du cochon; mais ceux-ci sont occa-

similitude avec les affections communes à l’espece humaine indiquent évidemment que c’est du mot scrofa, truie, que vient scrofula , scrofule, expression maintenant en usage. On entend par habitude scrophuleuse un état de maladie, ou plutôt une predisposition à la maladie, qui varie en différentes circonstances , et pro-

ae dem Sa

sionnés par les hydatidescommunes, à membranes minces; tandis que celles qui donnent lieu à l'expression de measley sont d’une espèce différente. Elles s'emparent de presque toutes les parties de l’animal >. du cœur, du diaphragme, des membranes séreuses et muqueuses , des yeux, etc. La maladie marche assez souvent avec une | #ielle rapidité, que le quart et la huitième partie de Vanimal en sont infesiés. La portion inférieure du cou, les hanches s’cedématient, et il s’opère un épanchement dans les cavités. Ces hydatides différent de celles du foie par un volume beaucoup moindre ; elles ne sont pas plus grosses généralement qu’un grain de poudre à tirer, ret elles en ont presque la solidité ; elles différent encore des autres hydatides en ce que leur membrane est beaucoup plus épaisse, et par conséquent contiennent moins de fluide ; jen ai rarement vu qui excédassent le volume de Ja moitié d’un petit pois. Ces hydatides ressemblent à celles qui prennent naissance dans le cerveau du mouton , et particulièrement à celles que l’on trouve sur la couche extérieure des ventricules : j'en ai rencontré qui y étaient adhérentes ; d’autres fois elles nageaient dans le fluide épanché dans les cavités des ventricules, et avaient oc-

casionné Phydrocéphalie interne, le vertigo et la mort.

duit différens résultats, selon la nature de l’organe soumis à son influence. Si les maladies du poumon , que nous avons remarquées dans les différens cas cités, n’eussent point été accompagnées de l’affection péritonéale, nous n’aurions eu que de simples phthisies tuberculeuses suivant leur cours ordinaire. Mais ainsi combinée avec les symptômes résultant de l’affection du péritoine, la première maladie perdait en quelque sorte son importance, et n’attirait qu’une attention secondaire.

Cette combinaison, dont je viens de parler, jette un grand jour sur ces deux maladies; et c’est dans les inductions qu'on en peut tirer, et dans celles de quelques autres cas semblables, qu il faut chercher les moyens d’obtenir du succes dans le traitement de ces cas formidables.

Lorsque la maladie attaque les membranes de Pabdomen, elle devient beaucoup plus douloureuse , et plus promptement funeste que lorsqu elle s'empare de la plèvre, des poumons ou de quelque autre viscère. Il suffit de se rappeler ce que l’on remarque à l’autopsie , pour se rendre compte de ce phénomène. La vie peut se prolonger encore avec une petite portion du poumon ; elle est même compatible avec de grandes désorganisations dans les autres viscères, ainsi qu'avec les adhérences de la plèvre : mais quand

les fonctions du canal alimentaire sont totalement interverties; quand elles finissent par être entièrement interrompues, que doit-on attendre de telles circonstances ? De mauvaises digestions , l'irrégularité dans les fonctions des intestins, les pesanteurs, les malaises dans l’abdomen, tels sont les symptômes qui se font remarquer au début de la maladie ; mais comme ces symptômes sont quelquefois occasionnés par des causes qui ne sont pas sérieuses de leur nature, ils sont le plus souvent negliges, et l’on voit journellement que c’est lorsque la sensibilité, la tension , le développement du ventre, les vomissemens s'annoncent, que l’on a recours à nous. C'est aussi a cette époque de la maladie que les symptômes de pyrexie se manifestent.

Ils dépendent sans doute d’un accès inflammatoire qui, généralement , comme on la dit, survient a une des époques dé la maladie et en conséquence de l’altération de tissu. Dans ce cas, l'abdomen est augmente de volume , sa sensibilité est plus grande; il y a chaleur à la -peau, sécheresse de la langue , et une intensité remarquable des autres symptômes.

Nous avons également fait remarquer les résultats de l’inflammation qui était survenue apres la formation des tubercules dans les cas

d’Elias, Sunnock, M. Schrapnel, Haynes, Bul-

lock, Heggins et Browning. Chez les quatre premiers malades il y avait épanchement; chez le cinquième, il n’y avait qu’une simple adhérence ; chez les deux derniers, il y avait ulcération.

Quoique nous ayons démontré que l’on rencontre des tubercules dans la plupart des tissus, il paraitrait néanmoins que la structure et les fonctions de la partie affectée ont une grande ‘influence sur l’étendue de la maladie. Lorsqu’elle a lieu dans l’abdomen , souvent elle se borne aux membranes et laisse intacte la substance du viscère. Dans le thorax, il n’en est pas de même; il est rare de rencontrer des tubercules et Hie adhérences dans la plévre , sans en trouver en méme temps dans les poumons.

Je ne saurais expliquer les changemens qu’éprouve le foie dans cette maladie et dans d’autres affections cachectiques. Souvent il est trèsaugmenté de volume , d’un rouge cuivré , son tissu est généralement plus mou que dans l'état naturel ; mais ces changemens dans le foie ne sont pas spécialement affectés à la maladie actuellement en question: je les ai observés dans deux cas où les malades moururent dans un état d’émaciation aussi complete que si le système nutritif eût été obstrué au même degré que dans les cas où la maladie de tissu

venait expliquer la cause d’un tel événement.

Dans les cas très-caractérisés d’inflammation de la tunique péritonéaledu foie, j'ai souvent remarqué une disposition particulière dans le tissu de ce viscere. Sous l’incision , la coloration de son tissu, au lieu d’être brune, était mélangée et assez semblable ala coupe de la noix muscade.

Nous avons déjà fait observer que chez les personnes affectées de tubercules du péritoine la langue présente à-peu-près le même aspect que dans les cas de diabétès. Ce point de ressemblance n’est pas le seul qui se fasse remarquer. Les caractères extérieurs des deux maladies ont entre eux beaucoup d’analogie; car dans l’une comme dans l’autre on trouve les poumons malades. De nouvelles observations sur ce point pourront jeter un jour favorable sur l’une et l’autre affection. La première de ces maladies semble marcher à son terme fatal par une assimilation imparfaite, par l’excrétion des substances destinées à la nutrition ; dans l’autre , l'absorption et l’assimilation sont arrêtées presque en même temps ; ce qui explique très-bien pourquoi ces causes différentes produisent à-peu-près les mêmes résultats.

Le malade qui se plaignait le plus de cette sensation de pesanteur est aussi celui qui de-

vait souffrir plus que les autres, a cause de la situation, du volume, de l’épaisseur et de la dureté de l’épiploon, qui comprimait fortement l'estomac et étranglait le colon. C’est a cause de cette dernière disposition que le malade éprouvait des douleurs si aiguës , lors de l’émission de flatuosités ou de l’éjection des matiéres stercorales : c’est par la même raison que l’on peut se rendre compte du soulagement temporaire qui résulta de la ponction, la soustraction d’une grande quantité de fluide ne pouvant procurer aucun des avantages que l’on aurait pu espérer dans des circonstances moins défavorables. :

La tuméfaction des extrémités n’est pas un symptôme constant ; elle est quelquefois bornée à un seul côté. Cette circonstance, sous quelque forme qu’elle se présente , s'explique facilement par l'effet de la compression, ou par l'extension de la maladie des vaisseaux lymphatiques dumembre affecté.

ll est inutile, quant à présent , d’entrer dans de plus grands détails sur ce sujet. Ceux qui connaissent la structure et les fonctions des organes affectés dans cette maladie expliqueront sans peine les autres symptômes qui en caractérisent les progrès.

RARAARARMMIERNAAAURAUR AAA

Page 1