‹ Recherches, observations et expériences sur le développement naturel et artificiel des maladies turberculeusesChapitre 8 sur 34 · CHAPITRE LV · texte numérisé non relu

CHAPITRE LV

DIAGNOSIS.

S'il existe encore quelque doute sur l’origine de la maladie, il est facile au moins d’en expliquer la marche lorsqu'une fois elle est établie. L’observateur attentif ne saurait se méprendre sur sa nature lorsqu'il y aura donné une attention convenable.

Le récit fidèle des symptômes doit renfermer tout ce qui est nécessaire pour former un diagnostic certain. Je me propose de faire, à ce sujet, quelques remarques qui ne seront pas sans utilité. Je rappellerai quelques-uns des principaux traits de la maladie , qui serviront a comparer ces symptômes avec ceux d’une autre affection que l’on pourrait confondre avec celle-ci.

Chez les personnes affectées de cette maladie, la physionomie a une expression d’anxiété, de souffrance et de misère, difficile à décrire ; sensation continue de pesanteur et de malaise vers les organes dont les fonctions sont nécessaires à la vie ( fonctions qui, si elles ne sont exécutées régulièrement et avec facilité , troublent à chaque instant l'existence): quelquefois cette sensation incommode de pesanteur

se change en une douleur aiguë (1). Ce symptome fut exprimé par les gémissemens d’un jeune enfant, et par un autre malade qui trouvait ses souffrances intolérables : tous n’éprouvent pas au même degré cette sensation de pesanteur; mais tous s’en plaignent plus ou moins.

L’ascite est de toutes les maladies celle qui pourrait être confondue avec celle-ci ; mais le seul moyen de soulagement sur lequel le malade et le médecin peuvent fonder quelque espoir est ici de peu oude presque nul effet. Si la fluctuation se fait sentir, on peut évacuer le fluide ; mais les progrès de la maladie n’en sont que plus rapides et le soulagement très-fugitif. Chez un malade, la douleur , les malaises, étaient les mêmes deux heures après que l’on eut tiré deux ga lons de fluide : ce malade, qui comptait sur les plus heureux résultats de la ponction , était un chirurgien.

On verra dans de nouvelles citations que la même méprise a été faite par d’autres , et qu'un symptôme accidentel , nullement constant dans cette funeste affection, a été confondu avec la maladie primitive.

RE St OS UD

(1) Quand le malade est debout, le corps est fléchi en devant, et par un mouvement automatique, il met les deux mains sur les régions inférieures du ventre comme

pour le soutenir, (Note du traducteur.)

Dansle cas de Schrapnell, l'abdomen fut rempli deux jours après la ponction. Chez un autre, sur lequel on pratiqua la même opération, il n'y eut point de nouvel épanchement, parce que les surfaces tuberculeuses contractèrent entre elles des adhérences si intimes, que la cavité qui avait contenu le fluide se trouva totalement oblitérée.

Chez Hyggin , le diagnostic était plus difficile a établir : le fluide était différent de celui qui existait dans les deux derniers cas; ici, c’était une matière purulente, qui s’était fait jour à la surface extérieure et par le canal intestinal. Si ce jeune garcon avait supporté la ponction, il est presque certain qu’il n’en eût point obtenu de soulagement, et la maladie n'aurait pas suivi son cours. D’abord, on eût empêché lulcération , et probablement que l'intestin ne se serait pas ouvert pour former une espèce d’anus artificiel; circonstance qui diminua de beaucoup les souffrances qui accompagnent ordinairement l’action difficile et imparfaite de l’estomac et des intestins : symptomes qui se manifestérent chez lui, comme chez les autres malades, avant que l’ulcération neut lieu.

S'iln’y a pas d’épanchement dans l'abdomen ; si adhérence des viscères est complète, il est

tres-facile de reconnaitre ce genre d'affection : le simple toucher suffit et trompe rarement ; le ventre est généralement protubérant, dur, mcompressible, et produit la sensation percue par exploration d’une tumeur solide.

Mais il ne faut point perdre de vue que les symptômes les plus importans et les plus caractéristiques sont ceux qui naissent du canal EE et du mésentere, qui participent

à l’état de maladie du péritoine. La portion qui tapisse les muscles abdominaux, l’épiploon, et quelquefois aussi une portion des intestins et du mésentère, sont compromis par ce genre d'affection ; mais tant qu’elle ne sera pas assez considérable pour empêcher le mouvement péristaltique des intestins, c'està-dire les fonctions de la digestion et de lassimilation , la maladie n’aura point un caractere alarmant : c’est pour cela, comme nous l'avons déjà fait remarquer, que nous avions douté pendant quelque temps de la nature de la maladie de Bullock et de Haynes.

Quelquefois l'abdomen acquiert un développement considérable par l'augmentation de volume d’un des visceres contenu dans sa cavité, et peut donner lieu à une méprise ; mais si l’on a fait attention aux symptômes particuliers , je ne pense pas que lon puisse s’y tromper.

Quelques maladies du foie , des ovaires, de utérus ont, comme on a pu le remarquer, une grande affinité avec celle’ en question, ainsi qu'un grand nombre d’autres désorganisations des autres viscères ; mais d'ordinaire elles ont des symptômes spécifiques , qui dérivent de l’altération des fonctions de la partie affectée. Cette dernière circonstance, prise en considération, est la base de tout es rationnel : il est presque infaillible dans le cas

que nous traitons.

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