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IV. — Fr., pr, trop ; it. troppo

Etymologie à rejeter.

Gtxm.fiorp (nha. Dorf) 'village' : Storm, R. I, 490 ; Mackel 35 ; Kôrting 9520.

Bugge (BcT^^^enbergers Beitràge, III, 112), Gaston Paris {R. X, 60), Joret(i?. X, 588), Braune (Z.XXII, 212) et les auteurs du Dictionnaire général préfèrent cette etymologie à celle de Diez(33o) qui avait identifié trop avec troupe en dépit de la phonétique ; mais on ne sera pas fâché d'apprendre que trop a une origine latine parfaitement régulière. Cf. Meyer-Lùbke 8938.

RECHERCHES ETYMOLOGiaUES 11-

Etyinologie proposée.

L'adverbe français trop vient de l'expression adverbiale latine intra oppidum, qui, par une évolution régulière pour les proparoxytons proclitiques, s'est réduite de bonne heure à *introppo, en passant par *introppido. Ici il faut comparer qiiomodo, qui est devenu de bonne heure conio, comme le prouvent coma en italien (plus tard corne), en espagnol et en portugais, txcom en ancien français. Le fr. corne > comme est de formation analogique ; de même qu'on disait ore, onque àtvzniMnt consonne, à côté de or, onc devant une voyelle, de même on finit par dire corne devant une consonne. Trop, qui se trouvait souvent en position accentuée, échappe naturellement à cette influence analogique.

En latin vulgaire, au contraire, *introppo a dû subir l'influence des adverbes à préfixe in, dont la plupart avaient aussi une forme simple : contra et incontra, pressuni et impresswn, directum et indirecium. C'est par analogie avec ces formes que s'est détachée la syllabe initiale de *introppo. La réduction de *introppo à troppo est d'ailleurs absolument parallèle à celle de intra, infra à tra, fra en italien et à celle de intro à tro en provençal. Ainsi l'étymologie que je propose est phonétiquement régulière.

Elle n'est pas moins satisfaisante au point de vue du sens et de la composition. On sait que oppido s'employait dans le parler populaire comme synonyme de certo et de valde. Voici l'explication qu'en donne Festus : « Ortum est autem hoc verbum ex sermone inter se confabulantium, quantum quisque frugum faceret, utque multitudo significaretur, saepe respondebatur. Quantum vel oppido satis esset. Hinc in consuetudinem venit, ut diceretur oppido pro valde multum. » Cette explication n'est plus admise. Les philologues hésitent en même temps à voir dans oppido l'ablatif de oppidum par la seule raison que l'adverbe oppido ' certo, valde ' n'a pas de rapport évident avec l'ablatif oppido' '. en ville '. Ce rapport est cependant facile à établir. Oppidum signifie proprement ' lieu entouré de barrières ' ; c'est la définition qu'en donne Walde ( (( jeder umfriedigte Raum » ) dont l'autorité est incontestable. L'ablatif oppido signifie ainsi primitivement * en lieu sûr ' ; de là il n'y a qu'un pas à ' sûrement, assurément ', sens que prend l'adverbe oppido dans ces phrases de Plante : Omnene ? — Oppido {Bacch. 4, 4, 29) ; oppido interii{Am. I, i, 143). Oppido est ici exactement synonyme de certo ; cf. Liberum ego te jussi ahire ? — Certo (Plante, Mén., 5, 8, 9) ; perii certo, haud arbitrario (id., Pœn., 3, 5, 42).

Il est vrai que oppido se traduirait par ' fort, beaucoup ' dans oppido ridiculus (Cic, Or., 2, 64, 259), oppido iratus (Ter., Ph., 2, 2, 3), oppido adolescent (Tite-Live, 42, 28), oppido inter se differunt (Cic, Fin,,

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3, 10, 33). Mais on n'a qu'à comparer les expressions : // est assurément ridicule, Ces choses digèrent assurément ^mx phrases : // est fort ridicule. Ces choses diffèrent beaucoup pour voir combien il est facile de passer du sens ■de ' assurément ' à celui de ' fort, beaucoup '. Il est donc évident que rien n'empêche de voir dans opp/Wo le cas ablatif de oppidum et de ranger oppido avec les adverbes loco, modo, forte, ordine, tempore, parte, etc.

La chute de la désinence rendait nécessaire l'emploi d'une préposition en latin vulgaire (cf. en ordre pour ordine ; en temps, à temps pour tempore ; en partie pour parte^ et, comme l'a dit Aulu-Gelle(i2, 13,9), « qui dicit intra oppidum ... non dicit aliud, quam in oppido ». Le composé *int,roppo serait ainsi analogue aux adverbes latins coram, interdiu. et aux anciens adverbes français entremi, entrues.

Pourquoi Cicéron n'emploie-t-il jamais oppido dans ses Oraisons ? Parce que c'était un terme d'argot qui sentait trop son origine vulgaire. Tant qu'il rappelait oppidum, cet adverbe ne devait s'employer que dans le langage familier. Il en est de même aujourd'hui pour l'anglaise; sight dans le sens très familier de ' beaucoup ' ; a sight better traduit bien l'afr. trop mieux.

Trop et troppo gardent longtemps les sens de oppido. Trop signifie * assurément ' au vers 3822 du Roland:

N'est gueres granz ne trop nen est petiz •et dans cette phrase de Rabelais :

Hz sont en nombre trop plus dix foys que...

(Gargant. XLIII.)

Dans certaines phrases toutes faites, trop garde encore aujourd'hui sa signification primitive ; si la phrase C'est trop juste se traduit en anglais : ' It's too true ', c'est que too, comme tant d'autres mots anglais, a subi l'influence du synonyme français ; cf. find et trouver (§ I). Troppo a probablement le même sens dans ces vers du Dante :

Ch' or mi diletta Ti-oppo di pianger piû che di parlare.

{Purg. 14.)

Comme on pourrait contester cette interprétation, je laisse parler ici les savants auteurs du Di^ionario Minerva : « Troppo talora vale Senza alcun fallo^ Sicuramente, Fermamente. Franc. Sacch. nov. 83. Dice Tommaso : ben la pisceremo ; 0 perché terrei io l'orinale, sHo dovessi uscir del httol Dice il Toso : e' mi par ch' e' ci siapisciato troppo. » Le sens de ^.assurément' est ainsi bien établi.

RECHERCHES ETYMOLOGIQUES IJ

Cela ne suffit-il pas pour réhabiliter trop et pour prouver qu'il tire son origine non pas du J>orp teutonique, mais bien de Yoppidum romain ?

V. — Fr. tresser (>angl. tress), afr. trecier ; pr. tressar ; it. (in) trecciare ; esp. (en')tren:(ar ; port. {eri)trançar .

Etymologies à rejeter.

(i) Lat. vulg. *trîchea (du grec 'p'-'/a ' en trois parties ') > it. treccia, afr. trece, et, sous Tinfluence du lat. trînus ' triple ', esp. tren:(a, port, trança, d'où trecciare, trecier, etc. : Diez 326.

Kôrting (9728) trouve cette étymologie « incroyable au plus haut degré». M. Meyer-Lûbke (8893) aurait approuvé *trichea si ce mot s'était rencontré dans la littérature latine.

(2) Lat. vulg. *trectiare ou *trkliare ou *tertiare, tirés respectivement de *tractiare ' tracer ', de *trlccare (pour *trîcare) ' tricher ', et de tertius ' troisième ' >• it. trecciare, pr. tressar, fr. tresser ; lat. vulg. *trînttiare (de trînus^ >» esp. tren:(ar, port, trançar : Kôrting 9728.

Ea phonétique s'oppose à toutes ces formes excepté *tertiare, qui se retrouve dans Tafr. entercier ' séquestrer ' et qui ne convient pas pour le sens.

(3) Lat. vulg. *triciare ou *treciare d'origine inconnue : Dictionnaire général.

Etymologie proposée.

Le fr. tresser, le pr. tressar et l'it. trecciare ont leur origine dans le lat. vulg. *strtctiare de strictus, participe passé de stringere ' resserrer, ramasser, comprimer, nouer ensemble, lier plus fort ou ensemble ' ; cf. le fr. dresser, afr. drecier •< *directiare, formé sur directus, de dirigere. On admet les primitifs *strictiare, *districtiare pour les verbes afr. estrecier ' resserrer, presser, s'appuyer avec intensité à, carguer les voiles ' ( > angl. stress ' appuyer sur ') et destrecier ' resserrer, contenir, empêcher'. Le lat. vulg. *strictiare, devenu, dès le 11^ siècle peut-être, *estrictiare, s'est confondu inévitablement avec les nombreux verbes à préfixe es < ex, et, par l'analogie des formes simples de ces verbes, *trictiare s'est dégagé de *estrictiare ; cf. trouver (§ I), tromper (^ II). Le composé *districtiare, où dis se confond avec le préfixe dis, a certainement contribué au dégagement de *trictiare ; l'afr. des-

trecier signifie non seulement * resserrer', mais aussi, comme l'il. strecciare, ' défaire ce qui est tressé ' ;

Si cheveul tuit destreciè furent.

(G. de Lorris, Rose, 329).

Un des formes espagnole et portugaise est due tout simplement à la généralisation de Vn de stringere, stringo, strinxi; c'est-à-dire que trenxfir et trançar viennent de *strinctiare, formé sur *strinctus.- Il n'y a rien de plus naturel. C'est également de *strinctus que viennent le fr. étreint, l'it. strinto et le roum. sîrîmi.

Voici quelques phrases où stringere et ses composés s'emploient en parlant des cheveux : stringit vitta comas (Lucain, 5, 143) ; cœsariem crinalicultu stringere (Claudien, Cons, Prob. et Olibr., 85) ; crinem nodo siibstringere (Tac, Ger., ^S);ligatas auro comas substringere (Lucain, 3, 281). Dans ces exemples stringere signifie 'tenir serré, nouer, attacher, lier '. Que tresser ait commencé par avoir ce sens plus général, cela peut se déduire de l'emploi des anciens substantifs tressoir et tresseor, qui signifient ' ruban, cordon, galon servant d'ornement de tête, peigne ':

En sa main tint un miroer

Si ot d'un riciie treçoer

Son chief trecié moult richement.

{Rose, 562.)

Ici trecier son chief signifie manifestement ' se coiffer ; arranger, ajuster ses cheveux'. C'est par là qu'on passe du sens général de stringere au sens particulier de tresser ; enfin tresser les cheveux, c'est la façon la plus simple de les tenir serrés, de les arranger.

VI. — Fr. trousser ( > angl. truss') ; pr. trossar ; esp. entrojar ; port, entrouxar.

Etymologies à rejeter.

(i) Lat. vulg. *tortiare ' tordre ' de torttis : Diez 321.

Ce primitif aurait donné en français torcer ou trosser (v. Z. Il, 172 ; 111,563).

(2) Lat. iôrôsus ' musculeux, charnu ' >► fr. trousse d'où trousser : Rônsch, RF. Il, 473 ; Seelmann, ib., 539.

De torosus on ne peut tirer en français que trouser.

RECHERCHES ÉTYMOLOGiaUES 15

(3) Lat. vulg. *thyrsa (de thyrsiis, qui a donné Tit. torso ' trognon ') >-afr. trousse, torse, etc. : G. Paris, ^. IX, 333.

Les auteurs du Dictionnaire général, qui regardent trousse comme le substantif verbal de trousser, n'en tirent pas moins ce verbe de thyrsus, auquel ils donnent la forme *thûrsum ; trousser serait formé sur trou * trognon ' < afr, trous, tros, tars et signifierait proprement ' ramasser en trognon'. Kôrting (9606) et M. Meyer-Lûbke (8725) doutent de cette étymologie, mais n'en proposent pas d'autre.

Etymologie proposée.

J'ai montré dans l'article précédent comment trecier > tresser s'est dégagé de la forme estrecier. L'afr. trosser dérive de la même façon de estrosser. Ce verbe a son origine dans le lat. strûere (stri'ixi, strûctum), qui a dû ê;re remplacé en Gaule et dans la péninsule ibérique par la forme *strûxare. Ce changement de forme n'est pas étonnant. Au contraire, il aurait fallu un miracle pour que struere, dont la forme était si rare, restât intact dans la bouche du peuple. C'est sans doute l'analogie des formes fixi, fixum (figere) ; jiexi, flexum (flectere) ; nexi, nexum (nectere) ; plexi, plexum (plectere) ; fluxi, fluxum (fluere), etc. qui a amené le remplacement de strûctum par *stràxum. Même la langue classique hésitait entre frixum et frictum (frigere). La généralisation de Vu bref n'est pas moins naturelle : c'est précisément ce qui est arrivé pour flûxum (flûo, ftûxi, flûére), qui a donné l'esp. floj'o, le port frouxo et, par l'intermédiaire de *Jîuxium, l'it. floscio. L'i de stringere s'est généralisé également : strîctum > *strktum > étroit. L'infinitif *striixare a été formé sur *strûxum, comme fixare, it. fissare, sur fixum (figere) ; cf. le k. fesser, At fisstim (findere}. Le substantif latin strûes a pour variante strûix, ce qui indique déjà un manque de stabilité ; il n'est donc pas surprenant que ces deux formes aient cédé la place à *strnxa ' trousse ' ; cf. *facia, pour faciès. Au point de vue de la forme, il n'y a évidemment rien d'itrégulier dans l'étymologie que je propose et que confirme Yx de la forme portugaise.

L'afr. estrosser représente non seulement *struxare, mais aussi *exstruxare (exstruere), *instruxare (instruere ; cf. afr. estrument<. instrumentum) et probablement *astruxare (astruere ; cf. auscultare >> *ascultare > escouter). Le lat. struere signifie proprement * placer des choses les unes sur les autres, ou à côté des autres, d'une façon régulière ', puis ' former de plusieurs choses un tout en attachant les parties les unes aux autres ', puis ' mettre en ordre, arranger, préparer '; ce verbe a particulièrement rapport à l'arrangement et à la proportion en vue du but à remplir. Exstruere fait penser à la hauteur de la construction.

lé RECHERCHES ÉTYMOL0GIQ.UES

Les sens de instruere sont beaucoup plus variés : ' fixer une chose dans une autre, fournir, pourvoir, habiller, orner, instruire, effectuer, apprêter \ Parmi les sens de astruere il faut remarquer * couvrir, attribuer ' et surtout ' affirmare ', sens que lui donnent Agrœcius (Gram.y VII, 117, 11), Bède {Gram., VII, 242, 31) et peut-être Pline (12, 18, 41, où l'on trouve dans les manuscrits astruxerunt pour asseverant). Presque tous les sens de ces verbes latins se retrouvent dans trousser. Il n'y a qu'une nuance entre struere ' construire ' et trousser dans les phrases un petit homme, un gaillard, un cheval, bien troussé, c'est-à-dire bien fait, bien bâti. Une chose bien troussée, c'est également quelque chose de bien construit, de bien arrangé ; cf. bene structa collocatio (Cic, Or., 70, 232). Trousser et trousse, qui ont passé en anglais de bonne heure sous la forme de truss, y ont gardé quelques-uns de leurs sens primitifs : le substantif est très usité dans le sens technique de ' ferme de charpente ', qui montre bien l'identité de trousser et de struere ' construire ' ; puis, dans l'expression a truss of hay, straw, etc. * une trousse de foin, etc. ', où truss signifie ' une réunion de choses liées ensemble dans le but de la transportation '; cf. trousser bagage, trousser la malle, un trousseau de clefs, et l'afr. trosser ' charger' :

D'or et d'argent quatre cent muls trosse:^.

(Roi and j 130.)

On voit facilement comment le verbe anglais truss a pris le sens de ' lier, attacher autour du corps ' (cf. z{r.[troussouere ' ceinture ') et pourquoi on dit trousser une volaille, angl. truss a foiul. Dans trousser sa jupe, on retrouve les trois idées que renferment struere tt'ex struere, c'est-à-dire ' relever ', ' attacher ' et ' arranger ' ; cf. un cheval qui trousse ' qui a un trot relevé ', et le lat. pedem struere (voir plus bas). A la phrase trousser sa jupe il faut peut-être rattacher trousse ' haut-de-chausses court et relevé', angl. trousers * pantalon'. Mais trousse (angl. truss, xvi^ siècle) se disait aussi du pourpoint rembourré qui se plaçait sous le haubert ; ces expressions rappellent ainsi instruere dans le sens de ' habiller ' et instrumentum * habillement '. L'afr. estruit, qui a incontestablement son origine dans instructum, signifie ' vêtements ' dans cet exemple :

U avérez dras e estrut:^^, Conrei le jur, ostel les nuiz.

(Fie de S. Giles,7$'y, A. T.)

Dans le sens de ' poche à compartiments contenant certains instruments' trousse représente précisément la signification propre de struere ' placer des choses ensemble d'une façon régulière '. Si Molière

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parle d'un repas bien troussé, c'est que les Romains avaient parlé de convivia bene instructa ; cf. omnibus rébus instructum et paratiim convivium (Cic, Verr. II, 4, 27, 62) ; publias locis struere convivia (Tac, A., 15, 37). De même, si trousser, angl. /n/^5, signifie quelquefois 'marcher ' et si trousser ses quilles signifie ' s'enfuir ', c'est qu'on disait également en latin pedem struere ' s'enfuir '.

Ce n'est pas tout. Estrosser apporte à ma thèse des preuves incontestables. Ce verbe signifie entre autres choses ' déterminer, décider, assurer, affirmer énergiquement' ; cf. estros ' décidé, résolu ' et a estros 'de science certaine, sans hésiter'. Dans ce stns, estrosser ïe^tïéstnlt peut-être astruere ' affirmare ' (v. plus haut), mais certainement instruere ' disposer, apprêter, enseigner ' : ad pefmovendos animos instructi et parati (Cic, Or., 5, 20) ; admortem contemnendam instructus (îd.,Fin., 2, 17, 57). L'afr. estruire ( <C instruere, étymologie que personne ne conteste) et estrousser sont exactement synonymes dans ces deux exemples :

La ot .1. parlement devisé et estrnit d'il passeront a Rune après la mienuit.

(J. Bodel, Saisîtes, xci, Michel.)

Il leur repondi que d'ele n'avoit il cure, et bien leur siroussa qu'en nule manière n'iroit en Egypte.

(G. de Tyr, H, 386, P. Paris.)

En présence de ces exemples le doute n'est plus possible. Mais on peut multiplier les preuves. Estrosser signifie quelquefois ' livrer, fournir ', ce qui est précisément le sens de instruere dans ces phrases : socios simul instruit arniis (Virg., En., 8, 80) ; frumento et stipendio victorem instruere (Justin., 22, 6, 11). Estrosser signifie aussi 'délivrer, vendre par adjudication en justice' : Avons vendus, aliénés, estrossés, vendons, aliénons, estrossons par ces présentes... a messire Jacques Groslot... trois arpens de près (Engagem. des prés de Bourbon, dans Godefroy) ; ce sens est dérivé de l'emploi juridique de instruere ; cf. instrumentum venditionis et l'afr. lettres de Vestrousse ' instrument d'un traité '. Notons enfin que estrosser s'emploie dans le sens de ' briser, émonder ' ; ici estrosser a subi l'analogie des verbes à préfixe disjonctif, comme esvestir, esbranchier, et devient ainsi synonyme de destruere ' détruire '. Si l'on doute de cette explication, je n'ai qu'à citer l'afr. estruire, qui signifie également ' détruire ' et qui représente sans contredit exstruere. A tout cela j'ajoute une dernière preuve : l'afr. atrousser qui équivaut au lat. astruere ' attribuere '.

RECHERCHES ÉTYMOLOGiaUES

VIL — It. strosciare, troscia.

Etymologies à rejeter.

(i) Goth. gdrdrausjan ^ jeter bas, abaisser' : Diez 407.

Ce primitif ne convient pas pour la forme. M. Meyer-Lûbke (8866) cite le lombard *trausan et déclare cette étymologie douteuse pour la forme et pour le sens.

(2) Goth. driusan, aha. triosan * tomber' : Caix, St. 526.

On ne voit pas bien en quoi ce primitif serait préférable au premier.

(3) Lat. vulg. *rogium ' ruisseau', du bas-lat. ar(ry)gium, mot d'origine inconnue d'où l'on tire l'esp. ar(r)ogio : Kôrting 31 10.

On ne devine pas aisément le passage de *rogmm à troscia et Kôrting ne nous l'indique pas.

Etymologie proposée.

L'it. strosciare vient du lat. vulg. *strûxiare, forme que l'italien a préférée à *strûxare d'où le fr. trousser, etc. (v. § VI) ; cf. l'it. lasciare <C *laxiare, pour laxare ; et fioscio <C *fluxium, pour fluxum .

Si l'it. strecciare signifie exactement le contraire du verbe lat. vulg. *strictiare d'où il provient (v. § V), c'est qu'il a subi dès la période du latin vulgaire l'analogie des verbes à préfixe es < ex (v. § VI). C'est sous la même influence analogique que l'afr. estrousser <^ *struxare 'construire' devient synonyme de destruere et signifie 'briser, émonder, interrompre, couper brusquement' et que l'afr. estruire 'construire' finit par signifier également ' détruire ' (v. Godefroy). L'it. strosciare (' romoreggiare ; e dicesi propriamente di quel romore che fa l'acqua in cadendo ; talora vale cadere assolutamente ') a commencé par suivre la même marche : ' construire ' > ' détruire ' surtout en parlant de l'action de l'eau >- ' tomber avec bruit' > (i) 'tomber', (2) 'faire du bruit, et surtout le bruit que fait l'eau en tombant'. Les substantifs féminins stroscia et troscia, qui désignent ' la riga che fa l'acqua correndo in terra, e su checchessia ', doivent remonter à strosciare ' détruire ', sens qui n'est pas signalé dans la littérature mais qu'on reconnaît toujours facilement dans le substantif masculin stroscio ' ruina o caduta di checchessia'. La. ïorme troscia s'explique comme l'afr. trousser ' détrousser de, enlever ' et le suisse (Neuchâtel) trosser ' couper,

RECHERCHES ÉTYMOLOGiaUES I9

rompre, briser en arrachant ', c'est-à-dire que *trosciare (d'où troscia) s'est dégagé de strosciare, comme trousser de estrousser, et qu'il a gardé le sens de la forme primitive.

VIII. — Fr. maint (> pr. maint, mant) ; afr. tamaint (>» it. tamanto) ; afr. maintecomunal(jnent), maintre comunalmenty maintre et comunalment, maint et comunalment.

Etymologies à rejeter.

(i)Cymr. maint ^grandeur, multitude' : Diez 631. Ce mot paraît emprunté au gallo- roman.

(2) Aha. managôti ' multitude ' ou manag, neutre managat * maint ' : Diez 631.

Chacun de ces primitifs est inadmissible pour la forme (v. Meyer- Lûbke 5231 et Mackel 43).

(3) Celt. *manti * grand nombre ' : Thurneysen, Keltoromanisches,

Egalement inadmissible pour la forme.

(4) Lat. vulg. *manctum dans lequel se seraient fondus l'aha. manac (^manag) et le lat. miiltus : Dictionnaire général.

*Manctiim est de toute invraisemblance.

(5) Lat. îam magnus (sous l'influence de tantiis) >- tamanto d'où tnanto qui aurait passé à maint sous l'influence de main < magnus : Schuchardt, 2. XV, 241 ; Meyer-Lùbke 5231.

Cette étymologie n'est guère plus vraisemblable que la précédente.

Etymologie proposée.

Le fr. 7naint vient exclusivement de magnus. On sait que gn précédé de la voyelle tonique donne toujours n mouillée, qui devient int devant s (cf. l'afr. loin:() et in devant les autres consonnes et, plus tard, à la fin d'un mot. Conformément à ces lois, magnus et magnos donnent •main'^ (jnaiiîts) ; magnum, magni et magnx donnent maign >» main ; magnats) devient maigne{s). Si le radical d'un adjectif était difierencié par le développement phonétique, l'analogie finissait toujours par généraliser une des formes, dont il n'y avait ordinairement que deux. L'adjectif qui nous occupe appartenait aux rares exceptions qui présentaient trois formes du radical. Nous allons voir qu'on a tiré parti de cette richesse

20 RECHERCHES ÉTYMOLOGiaUES

de formes pour distinguer deux sens de magnus, que maint s'est généralisé dans l'un de ces deux sens, celui de ' nombreux ', et que dans l'autre on a hésité entre maign et main jusqu'au jour où ce mot a disparu de la langue en cédant la place à grand.

Etudions d'abord la généralisation de maign. Comme les Gaulois ne pouvaient prononcer s immédiatement après n mouillée, force leur fut de faire sentir un e féminin entre Vn mouillée de maign et i's flexionnelle. On peut comparer Ve de la syllabe finale des mots anglais breeches (de breech), fetches (de fetch) etc. qui, lui aussi, doit son existence à la difficulté que présente l'articulation de s immédiatement après ch. Ainsi le nominatif magnes (jnaignes) de la Chanson de Roland qui passe pour être de formation savante ne l'est certainement pas. Il en est de même des formes justes et tristes (cas sujet du singulier et cas régime du pluriel), qui se substituèrent à /«;{ et à /r /:{ par suite de la généralisation du thème just, trist (cas régime du singulier et cas sujet du pluriel). Si le groupe sts se réduisait toujours en Gaule à ts (cf. afr. o;( < hostis, Cri:^^ <Z Christiis, ost < hostem, Crist < Christtini), c'est que les Gaulois ne pouvaient articuler ces trois consonnes de suite, et la généralisation de Vs devant le t avait pour effet inévitable d'intercaler une voyelle d'appui entre le / et 1'^ finale. C'est donc conformément à une loi du phonétisme français que maign, just et trist en se généralisant passent aux formes maigne, juste, triste.

Mais tout cela ne s'est pas fait en un jour, ni même en un siècle, et tandis que maigne tendait à se généraliser, maign passait définitivement à main. C'est ainsi qu'on trouve à côté de maigne la forme maine. Ce mot ne tarde pas à disparaître sur le continent excepté dans les noms propres. D'un autre côté, main (tnainé) passe de très bonne heure en Angleterre où, se confondant avec l'anc. angl. mœgen, il reprend une vie nouvelle et devient un des adjectifs les plus utiles et les plus usités de la langue anglaise '.

I . Les savants auteurs du New English Dictionary doutent de cette origine .de main par la raison que l'afr. maicrne (maine) est « exclusivement poétique et ne se dit guère qu'en parlant des rois et des nobles ». Mais, avant le xii" siècle, il n'y a guère de littérature en prose où il ait pu être employé, et à cette époque il avait déjà cédé la place à grand. Dès le commencement de la période littéraire en France, maigne est sur le point de disparaître entièrement. Il n'est jamais précédé de l'article indéfini et ne fonctionne plus que comme superlatif absolu ; cf. Carolus magnus, où magnus ne diffère guère de maximus. On trouve en ancien français les superlatifs organiques merme <^ minimum, pesme <^ pessimum et proisme <^ proximum, qui fonctionnent comme superlatifs absolus et comme positifs. Si l'on ne trouve pas aussi maisme <^ maximum, c'est que maigne l'avait remplacé.

L'identité des sens de l'angl. main et de magnus est frappante. Je n'en cite qu'un exemple : main chance. Qui peut douter que cette expression ne dérive du. bas-latin

■ Arrivons enfin à maint. Ce thème se généralise conformément à la loi qui veut que, toutes choses égales d'ailleurs, de plusieurs formes concurrentes celle qui contient le plus grand nombre de sons l'emporte sur les autres '. Maint, qui se composait à l'époque en question d'une diphtongue et de trois consonnes, avait évidemment de meilleurs titres pour se généraliser que ne l'avaient ni maign (ign — n) ni main. De plus, iimint aurait trouvé un appui dans les formes magnitiido et magnitas. Il n'est donc pas nécessaire de supposer *magnitus ; cf. vite < *vivacitus, § IX. L'esp. tamano, qui vient incontestablement de tant magnum, répond à l'afr. tamaint : La eut fait tamainte grant apertise d'armes, mainte prise et mainte rescousse. (Froissart, Chron., l, clxxii.)

Cette étymologie ne laisse rien à désirer au point de vue sémantique. Remarquons tout d'abord qu'au pluriel 7naint ne fait que se particulariser dans un des emplois connus du lat. magnus. Cet adjectif a bien le sens de ' nombreux ' dans cette phrase de Spartien : Vel qitod cum magnis crinihus sit utero parentis effusus (se. Caesar). (^Ver., 2.) Je ne sais s'il y a identité de sens au singulier entre mainte et magnam dans ces deux phrases : Postquam bello suhegit jEquorum magnam gentem et ferocem (Cic, Rép., 2,20) ; Quant sain:^ Pois fut converti^, si devint ministres de ceste conversion par tôt Jo munde, car il mainte gent convertit a Deu (Serm. de saint Bernard, Le Roux de Lincy, p. 554). Mainte gent signifie peut-être ici 'bien des peuples ' et non pas ' bien des hommes'. Mais voici un exemple intéressant où 7naint a incontestablement au singulier le sens de magnus et dont la seule citation résout d'avance un autre problème que je me suis proposé : mainte comune, exemple contenu dans l'afr. maintecomunalment . Cette forme bien connue, mais jusqu'ici mal expliquée et très obscure, est en réalité claire comme le jour : c'est un composé du type de l'afr. boneurosement, maleurosenient ; cf. basse-courier, long-courrier, franc-maçonnique ; angl. whole-heartedly ; nha. grosshandlerisch. De même que ces deux adverbes reposent sur bon eur ( <C bonum auguriunï) et mal eur ( < malum augurium), de même maintecomunalment repose sur mainte comune <C lat. vulg. magna communa. Je reviendrai sur cette forme tout à l'heure ; mais pour bien établir une fois pour toutes l'origine que je lui attribue, il me faut citer tout de suite deux exemples : Propter brevitatem temporis, cum nos haberemus

viagna cadentia ' beau coup de dés ' ? On employait niaî7i comme substantif en moyen anglais pour désigner un certain coup de dés. On disait en ancien français grant chance, grant coup de dés, d'où l'adverbe granccup, remplacé vers le xiiie siècle par l^eaucoup. Ajoutons que l'afr. magnement a nettement le sens de l'angl. mainly. Voir aussi maintecomunalment, -çhis bas.

I. Je reviendrai sur cette loi que je formule ici, je crois, pour la première fois, mais dont on pourra facilement prouver la justesse ; v. §XXI.

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parure cum magna communia militum et peditum etc. (Du Cange, s. v. communia) ; Lors veissies vile estormir La gent armer et fervestir Et issir maintecommunal (Gf. de Palerne, 397$). De tout cela il ressort avec èv'xàtncQ ({MO. mainte comune a signifié 'grande masse d'hommes, grand corps de bataille ' que mainte est ici identique à l'angl. main dans main battle, main body, main army, et que maintecomunal(ment) répond pour le sens et pour la forme à main-hodily. On est donc fondé à croire que maint s'est particularisé dans le sens de ' nombreux ' non seulement au pluriel, mais aussi au singulier avec un nom collectif et que, s'étant ainsi débarrassé de tous les autres sens de magnus, il a fini par s'employer avec un substantif non-collectif au singulier. Cette extension a eu pour effet de donner à maint avec tout substantif au singulier le sens de 'plus d'un'. Pour confirmer tout cela je n'ai qu'à rappeler que tant subit une extension parallèle ; en effet, tant équivaut précisément à tamaint dans cet exemple :

He dex, tant bon en ai enblé, Tant capon et tante']eline.

(Renart, Martin, I, vin, 28.)

L'it. tamanto et le pr. maint, mant sont des mots empruntés au français.

Il me reste à expliquer les variantes de maintecomunalÇment), c'est-àdire maintre comunalment, maintre et comunalment, maint et comunalment. On a cherché à rendre compte de ces formes en prenant comme point de départ soit mainte(ment^ et comunalment (Fôrster, Z. II, 88), soit maintre comunal (Tobler, VB. I, 102), soit maint et comunal (Bertoni, Rev. des Lang. mod., LI, 480), et en regardant les deux autres formes comme des altérations de la forme primitive. Faute d'exemples de la graphie maint 7 c, M. O. Schultz-Gora avait d'abord (Z. XXXIV, 109) révoqué en doute l'explication de M. Bertoni, mais ayant enfin relevé lui-même trois exemples de cette graphie dans un manuscrit de Folque de Candie, il est revenu tout dernièrement sur sa première opinion et cherche {Z. XXXVII, 609) à confirmer la série maint et c. > mainte c. >• mainte et c. > maintre (et) c.

Toutes ces explications sont également inadmissibles. Celle de Fôrster part d'une construction parfaitement régulière qui, par cette raison même, ne se serait pas facilement altérée. De plus, la forme mainte(ment) et c, qu'il prend comme point de départ, est une pure hypothèse et ne se trouve pas une seule fois dans les manuscrits. Le mot maintement n'est pas non plus connu, ce qui rend cette origine doublement hypothétique.

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Prenons ensuite la théorie de M. Bertoni qui part d'une locution (maint et ccnnunalÇnient^ ) composée d'un adjectif (wa/wï) et d'un adverbe (comunal, comunalmeni) . M. Schultz-Gora veut prévenir les objections qu'on pourrait faire à un composé si peu régulier : il soutient que comunal est ici adjectif et il nous cite comme parallèle de maint et comimalment l'expression per et igaument (Beneoit, Chron., I, v. 3304). Mais comunal est certainement adverbe dans ces locutions qui se rattachent toujours au verbe. Ajoutons que maint et comunal n'est pas employé et que maint et communaument (communément) ne se trouve que dans un seul manuscrit (v. plus bas). Il est également certain que per et igaument est une expression du type de humle- et dulcement, dont Fôrster cite plusieurs exemples, et qu'il faut comprendre perment et igaument, humlement et diilcement. Pairement se trouve dans Godefroy. Ainsi le prétendu parallèle dont M. Schultz-Gora cherche à appuyer sa thèse la contredit au lieu de la confirmer. Cette objection ne serait peut-être pas fatale ; mais en voici une autre qui est sans réplique : si l'on avait commencé par dire maint et c, il est impossible de croire qu'on eût jamais cessé de comprendre une expression si simple et surtout qu'on y eût pu remplacer maint et par l'adjectif féminin mainte qui aurait rendu la locution cent fois plus irrégulière et plus obscure, pour ne pas dire parfaitement absurde. L'étymologie populaire suit en effet une marche diamétralement opposée, en substituant à ce qui n'est plus compris une forme plus régulière et plus intelligible. — M. Schultz- Gora cite ensuite l'emploi de tuit devant les locutions qui nous occupent et l'expression trestuit comunalment. Mais puisqu'on ne trouve jamais tuit et c, ces formes n'appuient nullement la construction wfltm^ et c. Remarquons aussi que trestuit comunalment et maintecomunalment ont passé en anglais sous les formes ail commonly et full commonly \pan pe riche & poutre & allecomonly Fro Berwik to Douere held hir for lady (R. Brunne, Chron., N. E. D.); The Erle of Leycester, the Erle of Hertford, Fui comanly followed they their lord (Coer de L., 1808 ; A''. E. jD.). Ici fui est adverbe et il n'y a pas de conjonction. — Enfin pour appuyer le développement maint et c. > mainte c, M. Schultz-Gora nous cite mainnemain (Fôrster zum Lyoner Ysopet, 300), où il voit une corruption de main et main ,(Bartsch-Wiese, 15b, 3). Ce parallèle n'est pas plus heureux que les -autres. Cette expression a évidemment son origine dans le lat. manum ad manum qui est devenu régulièrement main a main (fotme usitée), puis mainamain, composé où Va devenu protonique s'affaiblit régulièrement en e féminin : mainnemain. C'est le besoin de rendre ce compose un peu moins obscur qui a enfin suggéré la graphie main et main.

Aussi faut-il attribuer à cet exemple une marche diamétralement opposée à celle que lui donne M. Schultz-Gora. Tout concourt donc à prouver que maint et c. n'est pas le point de départ de la série.

La forme première est maintecomnnalÇinent), qui, comme je- l'ai montré plus haut, est un composé du type de honeurosement . Maintecoinunalijnent'), consacré par l'usage, échappe au changement de sens que subit maint au singulier et devient par là de plus en plus obscur avec le temps. Il n'est pas étonnant qu'on ait enfin essayé de lui donner une forme explicable et, pour ainsi dire, plus régulière. La façon la plus naturelle de ' régulariser' maintecomunal(tnent), c'était de remplacer mainte ^2LV un adverbe. Aussi certain auteur s'avisa-t-il un jour .d'écrire maintre comunahnent, substitution qui est exactement analogue au remplacement de honeurosement par bien heureusement. Maintre a une origine parfliitement régulière dans le bas-lat. magniter. S'il est vrai que le parler populaire n'a nulle part employé les adverbes en -iter, on n'a qu'à feuilleter Du Gange pour voir que la langue demi-savante a créé une foule d'adverbes avec cette terminaison et qu'il aurait fallu un miracle pour empêcher la création de magniter en bas-latin. Mais, par bonheur, je ne suis pas réduit à me baser sur des probabilités : cet adverbe se trouve employé. Du Gange cite cet exemple : //// atitem qui antea maniter tumultuose finctuabant, frigidi, exsangues pêne effecti, ignorantes quid agere deberent etc. (Vita sancti Winwaloei). Du Gange a mal compris maniter, qu'il traduit 'furiose' en le faisant venir très irrégulièrement de [xocvia, et qu'il fait suivre d'une virgule. Que maniter, au contraire, signifie 'fort, très' et qu'il modifie tumultuose, cela est clair comme le jour. Maniter est ainsi une graphie demi-populaire de magniter. De tout cela je conclus que maintre appartient à la même catégorie que nuitantre et escientre.

Maintre, qui devait nécessairement subir l'influence de maint, a fini par prendre le sens de ''en grand nombre'. G'est ainsi que certain scribe an Roland éprouve le besoin d'écrire maintre etc.

Il se présentait encore un autre moyen de résoudre le problème de maintecomunalment lorsque le verbe avait un sujet masculin au pluriel. G'est celui qu'a adopté Folque de Gandie que le besoin de rendre cette forme explicable a enfin poussé à écrire maint et c. dans les trois exemples que cite M. Schultz-Gora ; cf. main et main pour mainnemain» Ainsi cette forme maint et c. que MM. Bertoni et Schultz-Gora prennent comm% point de départ est en réalité le terme auquel on aboutit dans la nécessité de mettre un peu de lumière dans une locution devenue très obscure.

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