‹ Recherches philologiques romanesChapitre 17 sur 69 · I. Cf. giollare, forme variée de giuïlare · texte numérisé non relu

I. Cf. giollare, forme variée de giuïlare

naires, mais devenant vite populaire et ne rappelant plus diabolus, a donné isl. jôU dan. juul, suéd. ////, anglo-sax. geôhol, geôhhol, geôhel, geôhhel, geôl, giûl, ifd, angl. Yule ' Noël ' ; cf. it. giulivo, aesp. juli. Cette manière de voir trouve un grand appui dans les variantes anglosaxonnes qui se rapprochent d'une façon frappante des représentants anglo-saxons de diabolus ; cf. geôhol et deôfol, geôhel et deôfel ; aus'si l'anc. sax. dinhd et le dan. jnul.

La signification de l'anor. jôl peut se déduire de l'explication de l'anglo-sax. geôla ' mensis jolensis '• que donne le manuscrit anglosaxon cité par Skeat : le mois de décembre s'appelait se œrra geôla * prior geôla ', le mois de janvier se œftera geôla ' posterior geôla ', parce que le premier « vient avant le soleil, c'est-à-dire avant que le soleil tourne (au solstice d'hiver) pour allonger la journée, tandis que l'aatre (janvier) vient après » \ De même, Bède : « Menses ^m// ( Mes mois du giulus ' ) a conversione solis in auctum diei, quia unus eorum praecedit, alius subsequitur, nomina accipiunt. » {De Temporum Ratione, c. XV.) Le calendrier anglo-saxon étant calqué sur le calendrier grec ^, l'année anglo-saxonne commençait, comme l'année grecque, au solstice d'hiver qui était censé avoir lieu du 24 au 25 décembre ' ; le solstice d'hiver marquait ainsi précisément le passage d'une année à l'autre. De tout cela je conclus que l'anor. jôl désignait le solstice d'hiver et, selon les idées du temps, signifiait proprement ' passage (du soleil, d'un côté de l'écliptique à l'autre) '. Mais ùia^olri , substantif verbal de ùiafiôikXtiy ' porter à travers, passer à travers ', signifie proprement ' passage ', et on employait en grec, en parlant du ' passage ' d'une saison à l'autre, Sî-àpaai,?, substantif verbal de St,a(âa'lve!.v, synonyme de ot.apàXX£t.v. Selon Schade, le mha, sunnegiht, qui s'employait au pluriel (l'anor. jôl est pluriel) pour dire ' solstice d'été ' (cf. anglo-sax. sunngihte ' solstice ' ), signifie proprement ' passage du soleil ' ; cf. nha. Sonnenwende ' solstice ' qui traduit littéralement conversio solis (Bède). Comme le calendrier anglo-saxon a pour base le calendrier grec et que les termes d'astronomie sont pour la plupart d'origine grecque et com-

1. Dans le fragment d'un calendrier gothique (Stamm-Heyne, Ulfilas, p. 276, 12e éd.) on trouve : Naubainibair : fruma Jiuleis, c'est-à-dire 'Novembre : qui précède le mensis jolensis'; d. fruma sabbato *la veille du sabbat'.

2. Après avoir énuméré les mois grecs, Bède nous dit : « Quo illos ordine annum observare, vel menses, et nuper transmissus ad nos de Ronia computus eorum annalis ostendit... « (ib., c. xiv.)

3. «(Antiqui Anglorum populi) incipiebant autem annum ab octavo Calendarum Januariarum die, ubi nunc natale Domini celebramus. » (ib., c. xv.) « Sed et Hippocrates âp/taxpo; Antigono régi scribens... ita dicit : Itaque exordium incipiamus a solsticio, i J est, VIII Calendas Januarias. » (ib., c. xxx.)

RECHERCHES ÉTYMOLOGiaUES 33

prennent justement des dérivés de ^àXXeiv (p. ex.,emboliinus, emboUsmus), il me paraît vraisemblable que les missionnaires ont employé diàbôle pour marquer le passage de la saison qui devient de plus en plus sombre à celle qui devient toujours plus lumineuse, la conversio solis in auctum diei, comme type du passage à la nouvelle ère qu'inaugurait la naissance de Notre Seigneur et qui^ de même que le nouvel an, commençait le 25 décembre. C'est Bède lui-même qui me fournit cette explication au chapitre XXX de son traité où il écrit : « Haec quidem Gentiles, quibus non dissimilia de tempore etiam perplures ecclesise tradidere magistri, dicentes : VIII Calendas Aprilis in ^equinoctio verno Dominum conceptum et passum, eundem in solstitio brumali VIII Calendas Januarias natum. Item beatum pr^cursorem et baptistam Domini VIII Calendas Octobres in ^equinoctio autumnali conceptum, et in sestivo solstitio VIII Calendas Julias natum : addita insuper expositione, quod auctorem lucis ^etern^e cum cremento lucis temporarize concipi simul et nasci deceret. » L'anor. jôl, angl. Yiile, serait analogue au fr. Pâque, qui vient de l'hébreu pasch'ah ' passage ' par l'intermédiaire du grec TZ7.<rj(ai. L'angl. Passover ' Pâque ' traduit littéralement le mot hébreu.

Page 1