XI. — Fr. cajoler ( > angl. cajole
Etymologies à rejeter.
(i) Lat. vulg. *cavëô}are ' mettre en cage ', de cavea : Diez 150, Kôrting2043.
Ce primitif convient médiocrement pour le sens et pas du tout pour la forme.
(2) Lat. vulg. *{ngaUare ' ankrâhen ', de galltis * çoq ' > *ingauîare (cf. GaJI(i)a > Gaule) fr. enjôler, d'où cajoler sous Tinfluence de l'it. careT^^are : Grôber, ALL, II, 435.
Je ne partage pas l'avis de Kôrting : « Dièse scharfsinnigen Annahmen haben mindestens grosze Wahrscheinlichkeit fur sich. »
(3) Lat. vulg. *cavëôla > fr. geôle, d'où enjôler et, sous l'influence de caresser, cajoler : Meyer-Lûbke 1790.
Le changement de 0 fermé long en 0 ouvert bref n'est pas moti\é et la substitution de ca à en est très peu vraisemblable,
A Namur, cajoler signifie ' enjoliver ' ; à Liège, crajoU (et cajole) veut dire ' bigarré, peint ou revêtu de diverses couleurs ' ; c'est pourquoi Grandgagnage (I, 134) et Scheler croient devoir s'adresser au thème /o/ de l'afr. joli ' gai ', bien qu'ils se trouvent dans l'impossibilité d'expliquer ca et ne sachent pas la vraie etymologie de joli. Ce rapprochement est bien motivé : cajoler est le représentant phonétique absolument régulier du lat. vulg. *coaddiabolare (y. § X). De peur qu'on ne conteste le passage de coa (kwa) k ca,]e cite car ( < qiiare^, qui remonte à la période prélittéraire, résiste même à l'analogie de la forme accentuée quer et prouve par là, sans contredit, que kwa (guà, coa) protonique initial aboutit à ca avant le xi^ siècle ; l'afr. quatir, à côté de catir, est dû à coactus où kwa est frappé de l'accent. On peut comparer caler < *coavallare (§ LXXXII).
Cajoler signifie proprement ' chercher à décider une autre personne à faire l'œuvre du diable avec soi '. Voilà pourquoi cajoler se dit surtout en parlant des femmes qu'on cherche à séduire en leur disant des douceurs ; cf. l'angl. to devil ' séduire ' (v. § X). Parfois c'est la femme qui cajole l'homme : « Vous en avez usé avec moi, écrit Voltaire, comme une jeune coquette qui se pare de tous ses charmes pour séduire un pauvre vieillard à qui elle donne des désirs inutiles. Vous m'avez cajolé. » Cela indique suffisamment le passage au namurois cajoler ' enjoliver .'. L'afr. joliver réunit lui aussi les sens de ' caresser amoureusement une femme ' et de ' faire la belle, la coquette '. La force du préfixe co se fait encore sentir dans la construction cajoler avec qqn ' échanger de doux propos '.
Cajoler est synonyme de leurrer ; c'est par là qu'il a pris le sens de * chanter ' en parlant du geai. « Les chasseurs à la pipée ne doivent pas seulement savoir imiter le cri de la chouette ou du hibou ; il leur faut encore savoir contrefaire parfaitement les cris des autres oiseaux ennemis de la chouette, et surtout celui des plus acharnés, tels que le geai,,lQ merle, le pinson, etc., qui paraissent les premiers sur le champ de bataille. » (Larousse, s. v. pipée.) Pour compléter ma preuvre, je n'ai qu'à tirer de Littré cette phrase d'Ambroise Paré : Je ressembleray au hihou, et croy qu'il y aura quelque gay ou meschant corbeau, enneniy de la vérité et de la république, qui me cajolleront et becquetteront.
XII. — Fr. fou, afr. fol ( >► pr., aesp. fol ; il. folle ; angl./oo/), afr. foler,foleier ( > pr. foleiar ; \t. folleare, folleggiare).
Etymologie à rejeter.
Lat. follis ' soufflet, balle à jouer gonflée d'air ' > fr. fol, it. /o//.?, etc. : Diez 142, Meyer-Lûbke 3422, Kôrting 3891.
Selon Diez, le sens de fou se tire plus naturellement de l'idée de mouvement que de celle de gonflé de vent ; cette dernière idée serait trop abstraite et ne rendrait pas compte du terme feu follet. « L'évolution du sens du îr.fou, dit M. Meyer-Lubke, n'est pas expliquée, car la supposition que l'allure chancelante du fou est analogue au mouvement du soufflet ne convainc pas ; une allusion à follis ' balle à jouer ' serait plutôt possible. » Kôrting préfère cette filiation des sens : ' soufflet gonflé '> ' personne gonflée ' > ' tète creuse ' > ' fou '. Le Dictionnaire général dit catégoriquement : « Foïlem... ' enveloppe, soufflet, ballon'... a été appliqué métaphoriquement... à une personne ayant perdu la raison. » Aucune de ces explications ne rend follis vraisemblable.
Etymologie proposée.
Cette famille de mots a son origine dans le lat. fabulare. Puisque b tombe en français devant u, fable et fabler sont des formes mi-savantes ; cf. table, à côté de tôle ; it. favola, à côté de fola. Fabulât, en passant par *faiilat, aboutit régulièrement au fr. foie ; cf. parabolat > afr. parole. Fabulare devient/o/er par généralisation du thème accentué ' ; cf. nier, plier. Sur fokr on a formé *folidiare >> afr. foleier, it. folleggiare ; cf. afr. moteier, it. motteggiare, de l'afr. moter (v. § XIV). On admet déjà que tous les mots de la famille de fou ont leur origine en France (v. Meyer-Lûbke 3422). Donc, l'étymologie que je propose est phonétiquement à l'épreuve de toute critique.
Dans les exemples cités par Godefroy, les anciens verbes français foler, folier, foleier, afoler, afolir signifient surtout (i) ' être fou, perdre la raison ', (2) ' se tromper, errer ', (3) ' faire des folies, mener une
I . On me dira que fabulare aurait donné/oîer sans que le thème accentué soit généralisé, parce que au protonique devient 0 ouvert si la syllabe tonique ne contient pas u. Comme cette prétendue loi n'infirme aucunement l'étymologie que je propose, j'en remets l'examen à l'un des articles du second volume d'essais dont j'ai parlé dans l'avant-propos.
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vie de débauche ', (4) ' tromper, entraîner à faire une action déraisonnable '. Tous ces sens ont une origine très naturelle dans fabulare. Le substantif fabula signifie en latin classique ' conte fait pour abuser, mensonge ', sens que conservent le pr. faula, Fit. fola, le fr. fable, l'afr. fablement, fabliement. Ajoutons ces définitions que je tire de Godefroy : fabler ' dire des mensonges, des bagatelles, babiller, bavarder ' ; fableor ' conteur, souvent avec l'idée de menteur, trompeur ' ; fabuler ' dire des bagatelles ; raconter, en parlant d'une chose fabuleuse, mensongère ; flatter, cajoler '. Cela suffit pour établir la signification primitive de foler : ' dire des choses fabuleuses, mensongères '. De là on passe très facilement aux sens suivants : (i) ' dire des choses qui sont hors du sens commun ' > ' être fou, perdre la raison ' ; (2) • s'écarter de la vérité ' > ' se tromper, s'égarer, errer ' (c'est là précisément le sens de se fabuler dans l'ancien patois de Champagne ; v. Grosley, Focab. troyen) ; (3) ' dire des choses fabuleuses, mensongères pour tromper, égarer, séduire, cajoler une personne, une femme ' > ' tromper, entraîner à faire une action déraisonnable ', et aussi, ' faire des folies, mener une vie de débauche ' ; cf. l'esp. hablar, de fabulare, qui signifie quelquefois ' avoir des relations avec une femme ' : fulano habla con fulana. Le dérivé espagnol follon signifie ' paresseux ' et, anciennement, * vantard ' ; cf. l'afr. fabuler ' s'occuper à des riens ', hâbler (de l'esp. hablar) ' se vanter '. Il me semble qu'en présence de tout cela, il faudrait être/ow pour croire au lat. follis ' soufflet '.
Diez nous dit que « notre mot roman folle » ne peut dériver du verbe par la raison qu'aucun substantif de la 3^ déclinaison et aucun adjectif sans suffixe, de quelque déclinaison que ce soit, ne se tire, en apparence, d'un verbe ; folle serait donc le substantif latin follis employé adjectivement. De ce qu'on trouve a follis et non follus » chez Joannes Diaconus, écrivain du ix^ siècle, il conclut que ce n'est que plus tard que cet adjectif est devenu biforme en provençal et en français. Diez fait une pétition de principe en parlant de « notre mot roman folle ». Il est vrai que Joannes Diaconus emploie la forme follis au ix^ siècle ; mais il n'en est pas moins vrai que h Chronique quimperloise emploie dans le même siècle la forme follus (v. Du Cange). Il est plus que probable que Joannes Diaconus, en traduisant /a/ par /o//ù, a fait un peu d'étymologie. C'eût été au ix^ siècle une erreur bien pardonnable, voire à peu près inévitable ; n'a-t-elle pas été répétée depuis par des hommes bien plus savants ?-Puis, aussi, l'ancien français n'avait-il pas le substantif/o/ ' soufflet ', qui venait manifestement de follis, et l'adjectif wo/, qui venait de mollis ? Ce qui étonne, ce n'est pas l'emploi sporadique en bas latin de la forme follis, qui, soit dit en passant, rend parfaite-
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ment compte de l'it. folle, c'est, bien au contraire, le fait que tant d'auteurs latins du moyen âge ont eu le courage de ne pas rapprocher fol ' fou' àefollis, mais de le rendre. par folliis. On n'a jamais expliqué pourquoi mol est devenu biforme en gallo-roman ; en voici l'explication : mol a subi l'analogie de fol, substantif tiré de foler (cf. afr. fol hardi >> angl, foolhardy), employé plus tard adjectivement, et biforme dès son origine. Fol a une origine parallèle à celle de mot, substantif verbal de l'afr. moter (y. § XIV).
Diez veut que feu follet ait commencé par signifier * feu qui se remue çà et là '. L'étymologie que je propose se prêterait bien à cette idée ; mais feu follet n'est en effet qu'une traduction populaire du lat. ignis fatuus. L'italien a fuoco fatuo et fuoco folletto. Follus quandoque significat fatuutn. (Ebrard, dans Du Cange, s. v. follis).
XIII. — Fr. tôt, afr. tost ( > pr. tost ; it., aesp., aport. tosto').
Etymologies à rejeter.
(i) Lat. vulg. *tot-cito ' tout vite ' : Diez 323. Inadmissible pour la forme.
(2) Lat. tostus ' brûlé, chauffé' : Kôrting 5157, 9627; Meyer- Lùbke88i4.
Diez trouve tostus moins vraisemblable que *tot-cito.
(3) Lat. vulg. momento isto ou isto isto : Rajna, Giorn. di fil. rom.,
Inadmissible pour la forme.
Etymologie proposée.
L'afr, tost a son origine dans le composé tantost qui est le représentant phonétique régulier du lat. vulg. *tantopost, pour tanto post et iantumpost. Dans le domaine français, p disparaît sans laisser de traces quand il se trouve entre deux voyelles arrondies ; cf. lupum > afr. lou '. Tant se prononçant tan devant un mot commençant par une con-
I. Je profite de l'occasion pour révoquer en doute l'explication traditionnelle du ufr. loup, à côté de Jeu (à la queue Jeu Jeu). On nous dit (v. Meyer-Lùbke 5173) que loup a sa source dans l'un des dialectes qui conservent régulièrement ou. Loup s'explique, selon moi, plus naturellement par l'analogie des dérivés à radical inaccentué : afr. louvet, Jouvel, Janvier, Jouvin, Jouvis, Jouveteur, Jouvage, etc. ; il serait ainsi parallèle à amour et à moue (v. § XVIII).
sonne, on a vu dans le dissyllabe tan-tost un composé de tant et tost ; tost est à tantost ce que l'afr. quans est à tanquans.
Le lat. tanto post (v. Q. Curtius Rufus, 6, 7, 26) signifie comme post tanto (v. Virg., Georg., 3, 476) ' un certain temps après '. Mais tanto se confond inévitablement dans la langue vulgaire avec l'adverbe tanto <C tantiim. Comme adverbe de temps, tantum, employé surtout dans la locution tantum qiiod (v. Cic, Fam., 7,23,1 ; Tite-Live 22,2 ; et 83,4), signifie ' juste, à peine ' ; cf. l'afr. tant seulement, it. tanto solamente ; l'afr. a tant ' là-dessus '. Il est très naturel que cet adverbe de temps, devenu *tanto, ait remplacé l'ablatif tanto dans l'expression adverbiale de temps tanto post.
Tantost, qui contient ainsi primitivement les deux idées de ' tellement peu ' et de ' après ', se fait comprendre plus tard, sous l'influence de taftt ' tellement ', comme étant composé des idées de ' tellement 'et de ' peu après '. C'est par là que tost prend le sens de ' peu après '.
Il faut voir dans les emprunts pr. tost, it., aesp., aport. tosto, it. tantosto de nouvelles preuves de cette universalité de la langue galloromane sur laquelle j'aurai besoin d'insister plus d'une fois dans la suite.
XIV. — Fr. motte ( > it. motta ; angl. moat, mote) ; pr., cat. mota (>> esp., port, mota) ; port, monta ; afr. inoter ; esp. (cat.) motar, desmotar ; port, esmoiitar, desmôutar.
Etymologîe à rejeter.
Germ. mott ' monceau de terre'. Diez (218) cite le bavarois mott ' monceau de terre marécageuse ', le suisse mutte * motte de gazon ', le néerl. iwt ' déchet de la tourbe ', le frison mot ' briquette de tan '. M. Meyer-Liibke (5702) se contente de poser, sans en préciser la source, le germ. *motta ' monceau de terre ' d'où il fait venir tous les substantifs excepté l'it. viotta et le port, monta. Kôrting (6321), qui donne comme primitif « l'ail, mott, miitt, ' monceau de ter/e marécageuse, motte de gazon etc. ' », est disposé à douter de cette dérivation '.
I. Après avoir écrit cet essai, j'apprends que Gaston Paris (Article sur l'o fermé, K. X, 58) propose de voir dans motte le lat. vulg. movita ' mouvement (de terre)'. Ce primitif, qui a donné le fr. meute, n'a pu donner en même temps le fr. motte ; mais Gaston Paris a bien deviné le vrai radical de motte.
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Etymologîe proposée.
Le lat. vulg. *môvitare a donné régulièrement afr. moter, pr., cat. motar, port, motitar, ait. mutare, anc. roum. w///à. L'afr. wo/^ est étymologiquement le même mot que l'afr. mtieter, meuter ; dans le premier c'est le radical atone, dans le dernier c'est le radical accentué, qui a été généralisé. *Movitare a aussi plusieurs représentants dans les dialectes du français moderne (v. Meyer-Lûbke 5705).
Godefroy traduit l'afr. moter : 'faire de petits tas de fumier et les étendre dans la prairie ' et l'on regarde ce verbe comme un dérivé du substantif mote > motte. C'est au contraire mote qui est tiré du verbe, dont le sens primitif est * remuer, déplacer'. Mote présente le passage d'idée entre ' déplacement ' et * ce qu'on déplace, ce qui se déplace '. Comme *movitare est le fréquentatif de movere, le fr. moter est surtout propre à signifier, en ' parlant de la terre, * remuer en détachant de petites parcelles comme en bêchant ' ; cf. le fr. mouver * remuer légèrement la terre '. Mote aurait désigné ainsi * l'action de remuer avec une bêche ', et ensuite, ' la petite parcelle de terre qu'on déplace avec un coup de bêche ', d'où ' petite masse de terre compacte ' (^Dict. gén.'). Le substantif italien 7notta, emprunté du français, établit cette étymologie en conservant le sens abstrait à côté du sens concret : * scoscendimento di terreno, e la parte délia terra scoscesa '. M. Meyer-Lûbke (5704), qui voit bien qu'on ne peut passer du derniersensau premier, se trouve obligé de tirer l'it. motta de *movita, tandis qu'il voit dans le fr. motte, qui ar précisément le même sens concret, un dérivé du germ. *motta ' monceau de terre '. Mais le substantif italien prouve le passage à l'idée concrète, qui, après tout, découle très naturellement du sens abstrait ; d.Ysifr.mote * atterrissement, alliwion '. Mo^^r' remuer 'trouve sa confirmation dans l'ancien composé commoter ' remuer '. L'afr. esmote ' mouvement, instigation, assaut, meute ' est sans aucun doute le substantif verbal de *esmoter ; il est impossible de tirer esmote de mote. L'afr. esmotoir ' herse ' a lui aussi son origine dans le verbe *esmoter. Pour l'ait, mutare ' voyager ' M. Meyer-Lûbke (5705, 5785) hésite entre les primitifs *movitare et mutare. Le substantif muta (muta di cani, di cervi, di cavalli ; muta d'una lèpre), qui réunit les sens de l'afr. meute * troupe de chiens etc. ; gîte d'un lièvre ' et du cat. mofa ' troupe ', paraît prouver que *movitare est la vraie étymologie. C'est manifestement du verbe moutâ ' bercer, balancer ' que le provençal de l'Ouest a tiré le substantif mouta ' signal, coup de cloche '. L'esp. (cat.) motar, d'où mota ' troupe ', a aujourd'hui en argot bohémien le sens de ' voler' ; on reconnaît aisément le sens propre de ' déplacer' dans le composé espa-
gnol desmotar ' ôter les nœuds du drap ; (bohém.) voler les passants '.
Le port, monta, moita * bouquet de bois, buisson ' n'est pas moins instructif. M. Meyer-Lùbke (5435) le tire du goth, mafwa 'pré', mais il ajoute cette note : « Douteux, car la signification ne convient guère '. Connexion avec (le germ.) *motta ... est encore plus difficile pour la forme et pour le sens. » En effet, le port, mouta dérive de moutar ( <C *movitare), conservé dans esmoutar ' faire une coupe dans un bois ; émonder (des arbres etc.) ' ; desmoiitar ' essarter, défricher en arrachant les bois, les épines, les ronces etc. ' ; amoiitar, forme variée de amotar ' butter, garnir de terre une plante '. Le primitif *movitare explique en même temps la forme moita qui présente la chute du v et qui sert ainsi à confirmer cette origine. Le port, mouta signifie ' buisson ' au heu de ' motte ' parce que moutar n'a pas désigné l'action de remuer la terre, mais bien l'action préalable de déblayer le terrain, d'arracher les arbres, les broussailles, les buissons etc. ; cf. le fr. essart ' terre essartée, taillis '. Le port, moutaô, moitaô ' poulie ', que M. Meyer- Liibke paraît négliger, vient corroborer tout cela, car il rappelle manifestement le sens primitif de *movitare.
Parmi les mots qu'il tire du germ. *motta, M. Meyer-Ltibke cite le cat. mota ' ombelle, corymbe, panicule ', l'esp. mota ' nœud dans le drap, duvet qui reste attaché à un habit, ordure dans la laine, tache, défaut ', le vénitien mota * plage, lit de rivière sec, la partie d'un lit de rivière où ne coule aucune eau ' et m^ta, du patois de la Valteline,
* moule à beurre ' ; tous ces mots, dit M. Meyer-Liibke, attendent encore une explication satisfaisante au point de vue sémantique. L'étymologie que je propose en rend parfaitement compte". Pour expliquer le mot vénitien, je n'ai qu'à rappeler l'afr. mote ' atterrissement, alluvion ' et l'it. motta ' éboulement de terre, terre éboulée '. Mota ' moule à beurre ' se rapporte au verbe employé, en parlant du beurre, pour dire ' remuer, pétrir, presser ' ; cf. le fr. motte de beurre ; Bas-Maine : mot d bôr ; l'angl. pat, dérivé du verbe to pat * taper ', réunit les deux sens de ' pain de beurre ' et de ' moule à beurre '. L'idée commune à tous les sens du cat. mota ' ombelle, corymbe, panicule ' est celle de
* fleurs en grappe, assemblage de fleurs soutenues par un pédoncule commun ' ; cette idée découle naturellement de celui de ' masse compacte ' ; cf. l'it. (dialect.) motte ' touffe d'herbe ' ; le fr. panicule qui a une origine exactement parallèle ; l'afr. motel ' assemblage de toutes sortes de choses ' et troche (§ LXXIII). On passe très facilement de la si-