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I. La forme ne convient-elle pas encore moins

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gnification primitive de motte : ' petite parcelle de terre qu'on déplace' aux idées (i) ' particule de terre, de pierre, de bois etc. ', (2) ' petite masse déplacée qui encombre et qu'il faudrait ôter ', (3) * défaut, tache'. Le lat. momentitm a le premier sens ; le développement des deux dernières idées est favorisé par les verbes comme l'esp. desmotar et le port, desnioiitar, esmoutar. Ce n'est pas seulement en espagnol que le substantif que nous étudions a pris les deux derniers sens. L'angl. niote, qui signifie d'abord ' atome, particule de poussière, tache ', a aussi les sens techniques espagnols : ' duvet qui reste attaché à une étoffe, défaut dans la laine '.

Remarquons ensuite que les anciens verbes français mueter (forme à radical accentué), moter (forme à désinence accentuée) et les substantifs verbaux muete, mote ont passé en hollandais sous les formes moeten

* pousser doucement ', motten ' bruiner ; faire la moue ', moet ' petite bosse ; petite tache ; ordures, débris rejetés par les vagues ', mot * déchet de la tourbe, du bois, de la pierre etc. ; pluie fine ' ; cf. l'it. mota

* terra quasi fatta liquida dall' acqua'. Le verbe moyen-anglais to moot

* arracher, déraciner ; déterrer (une loutre) ' et le substantif dialectal mooty mott * souche d'arbre ' sont également des importations françaises.

Sans savoir la vraie étymologie, Skeat a parfaitement indiqué (s. v. moat') que les autres sens des mots de cette famille (p. e^., afr. mote ' chaussée, levée, digue, élévation, colline, château, forteresse ' ; it. motta, norm. motte, ^ingl. moat ' fosse ' ; esp., port, vwta ' levée de terre pour clôturer un champ ou retenir l'eau ') ont leur origine dans la signification primitive que j'ai attribuée à motte. De tout ceU il faut conclure que le germ. * motta d'où M. Meyer-Lûbke tire la plupart de ces mots n'a jamais existé et que les substantifs germaniques cités par Diez sont, comme l'indique déjà leur rareté, des emprunts faits au roman.

XV. — Fr,, pr., cat. mot (>> esp., port, mote ; it. motto >> angl. motto); afr., pr. motir, pic. mot ter ; logoud. mutire, ammuttire; anc. lomb. amiitir.

Etymologie à rejeter.

Lat. mûttum ' grognement ' : Diez 218, Meyer-Lûbke 5795, Kôrting 6424, Dictionnaire général.

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Muttiim aurait donné en français mot > mont. Cependant Diez, Kôrtirig et M. Meyer-Lûbke enregistrent cette étymologie sans essayer de faire disparaître son étonnante irrégularité. Le Dictionnaire général nous assure que muttum a été altéré de bonne heure en *mottiim. D'où a-t-on tiré ce renseignement ? Le tirer de mot, ce serait tout bonnement affirmer que mot vient de muttum malgré la phonétique. En attendant que cette prétendue altération de muttum en *mottum soit appuyée de preuves solides, je nie absolument qu'elle ait eu lieu. Pour le sens, Diez cite le commentaire soi-disant de Cornutus au vers 1 19 de la première satire de Perse : « ' Muttum nullum emiserîs ' proverbialiter dicimus, id est verbum. » Cela ne prouve aucunement que muttum ait pris le sens de verbum ; dans la phrase ny voir goutte, on peut expliquer goutte par rien, mais goutte n'a pas pour cela pris le sens de rien. Le vieux glossaire : « muttum ypû » prouve au contraire que muttum ne cesse pas de signifier ' grognement '. Le commentaire sur Perse soi-disant de Cornutus paraît dater de la période carolingienne (v. A. Persii Flacci Saturée par Otto Jahn, 4^ éd.), si muttum avait donné mot on n'aurait pas eu besoin à cette époque de l'interpréter par verbum ' .

Etymologie proposée.

Si l'afr. moter ' remuer, faire mouvoir ' a son origine dans le lat. vulg. *movitare, fréquentatif de movere, et si mote >> motte en est le substantif verbal féminin (v. § XIV), il est manifeste que la phonétique ne nous empêche pas de tirer du même verbe le substantif masculin mot. La

I. En revisant définitivement cet essai et le précédent, j'apprends que Gaston Paris a fait, dans un article sur Vo fermé (R. X, 58), quelques remarques sur l' étymologie muttum ]> mot ; j'en cite les plus importantes en y intercalant entré parenthèses mon commentaire : « Je serais porté à l'expliquer par un rapprochement d'étymologie populaire avec movito, la parole étant comprise comme un mouvement. (Le peuple ne fait pas de rapprochements entre des formes si différentes). On pourrait objecter que màvita a donné muete, meute. Mais on a pu tirer de mdv, à l'aide du suffixe -ito, dfeux participes à deux époques successives... Le premier movito était déjà devenu mbvto, d'où mot, quand a été créé le second movito, d'où màvita, miiovita, muete. (Si le movito primitif n'avait pas donné muet, le second movito ne l'aurait certainement pas donné non plus ; puis la langue qui a passé de movito à movto ne peut plus marcher en arrière pour créer un second movito populaire ; et si mutto s'était rapproché de movito, il serait devenu muet, meut.)... Au reste, si mot a été influencé par movto, il est pourtant certain qu'il vient de mutto, comme le montrent les formes en ou, le nap. mutto, sic. muttu etc. (La ressemblance est trompeuse ; personne ne songe à voir dans l'esp., port, amotinar, fr. mutiner, it. ammutinarsi ( <C *movitinare) des dérivés de mutire, muttire.)... En ancien français, mot figure assez souvent à la rime avec des mots qui ont aujourdliui out. » (L'étymologie que je propose rend compte de ces rimes, qui ne se rencontrent que dans trois poèmes dialectaux.)

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forme du verbe motiry auquel mot se rattache dans l'ancienne langue, paraît au premier abord faire difficulté. Mais si motir remplace vioîer, il est exactement parallèle ^.ahurir, qui se substitue à (a)hiirer (y. § XXIV). La forme primitive subsiste dans le namurois motter ' dire '. On verra tout à l'heure que si l'afr. moter ' faire mouvoir ' a été employé dans la période prélittéraire tant au morale qu'au physique et s'il a eu bientôt, comme on peut le croire, des sens nombreux et très divergents, rien n'est naturel comme le passage de moter, employé au figuré, à motir sous l'influence de motif, qui faisait moti devant s flexionnelle.

Godefroy définit l'afr. motir par les termes ' déclarer, expliquer, désigner, déterminer, spécifier, motiver, nommer, appeler '. Voici comment je conçois la filiation des sens : (i) * faire mouvoir ' >•

(2) ' pousser à agir ; faire une motion, une proposition ; exposer, expliquer de vive voix ou par écrit les raisons d'agir ' (d., motiver) >

(3) ' exposer, exprimer ses idées '.Il me semble que cette succession d'idées s'impose à l'esprit et qu'on ne pourrait rien imaginer de plus naturel. Mot est donc le substantif verbal de m^ter ;, cf. fol, dcfoler (§ XII) ; troc, de troquer (§ LXXIII) ; trot, de trotter (§ LXII). Selon le Dictionnaire général, motif est « emprunté du lat. motivus, qui meut » ; mais on ne trouve pas motivus dans les dictionnaires latins. Les sens de l'afr. motif indiquent clairement qu'il est dérivé de mot. En ancien français, mot possède nettement le sens de ' motif ' et motir celui de * motiver'. Si motir signifie également ' déclarer ', motif, comme motison et motissewm/, s'emploie dans le sens correspondant de ' déclaration '. Comme terme de musique, motif est analogue à motet et partant à mot qui, dans l'ancienne langue, partage le sens de motet. C'est encore le même sens fondamental de ' mouvement ' qui rattache le pr. mot ' vers * d'abord à l'afr. mot ' son de trompe ' et ensuite au pr. monta ' signal, son de cloche ' et à l'afr. meute ' coup de cloche '. Dans Tancienne locution a un mot * aussitôt ', mot équivaut à moment qui, lui aussi, est un dérivé de movere. L'it. far motto a uno ' salutarlo ' a son équivalent exact dans l'angl. (dialect.) to move to a person. Si l'it. motto et l'esp., port, mote ont été empruntés du français, il nous est permis de voir des importations françaises dans le pr. motir, le logoud. mutire, ammuttire et l'anc. lomb. amutir fv. Diez 218 et Meyer-Lûbke 5794). Ces verbes paraissent signifier ' appeler, commander à qqn de se taire, tranquilliser '. Le premier sens appartient également à l'afr. wo//r;Ies deux derniers découlent naturellement de la même source, car celui qui fait une motion, une proposition, s'efforce de convaincre ses auditeurs, de faire disparaître leurs doutes, c'est-à-dire de les tranquilliser, de les faire taire.

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J'ajoute encore quelques détails à l'appui de cette étymologie. « Motir en terme dé droit, c'est désigner quelque chose en jugement. » {Laurière, Gloss. du droit français ; G.) L'afr. movoir a précisément le même sens technique : Savoir façons a Iout;^ que comme cause fut mehue par devant nous en jugement. (1302, Cart. de Lugny, Richel. 10948 ; G.) L'angl. move(^<C âh.- movoir^ serait encore aujourd'hui le terme juridique propre pour traduire motir dans cet exemple : Se en la première mise ne fut nioti d'alongier le jor. {Digestes, ms. Montp. H 47 ; G.) On pourrait remplacer movoir par motir dans cet exemple : Qiiar quantes sentences il moet alsi com par demandise, alsi com tantes persones des divers prent en soi. {Dial. de S. Grég., p. 197, Fôrster.)

Si l'on doute encore de cette étymologie, on peut s'en convaincre en la comparant d'abord à celle des substantifs parole, propos et expression et des verbes appeler et deviser, et ensuite à Tétymologie qui est à rejeter : muttum ' grognement '. Je me suis toujours refusé à enseigner muttum dans mes cours de grammaire historique, un peu parce que j'y voyais un défi jeté à la phonétique, et aussi un peu parce que muttum s'accordait mal avec l'idée que je m'étais faite de l'esprit des anciens Gaulois. Les mots, par lesquels ils ont, plus qu'aucun autre peuple, enrichi et précisé la pensée du monde moderne, n'ont point été à l'origine, dans leur pensée à eux, des grognements, mais bien au contraire des manifestations de raisons d'agir ; cf. l'afr. raison ' parole, propos, discours ; langage ; façon de s'exprimer ; composition poétique ' ; raisnier ' parler, déclarer '.

XVI. — Pr. mocar, mochar ( > fr. moquer > angl. mocU), moco, moca ( >■ fr, moque ; esp. mueca ; port. mocd).

Etymologies à rejeter.

(i) Grec [xtoxâv ' moquer, surtout avec des grimaces '. Diez (643) rapporte ce primitif traditionnel, le trouve évidemment peu vraisemblable, mais renonce à proposer une autre étymologie.

(2) Lat. vulg. *miicare (^mûccare^ ' vmicnm ejicere, se moucher': Scheler (Z)/V/. étym.\ Kôrting 6330.

Selon Scheler et Kôrting, moquer serait la forme picarde de moucher. Le pic. mouker et le norm. mouquer * moucher ' sont là pour donner

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le -démenti à cette étymologie qui tire o ouvert de o fermé malgré la phonétique '.

(3) Onomatopée moka : Meyer-Lûbke 5637.

Etymologie proposée.

Le fr. moquer est emprunté du provençal où la forme mocar représente régulièrement *moticare, dérivé de motir (y. § XV). L'esp. mueca

* grimace ' est parallèle à l'esp. muebda < *movita. Les langues autres que le provençal ont préféré le dérivé *motidiare : c'est de cette forme que viennent l'it. motteggiare, exactement synonyme de moquer (cf. l'it. motto ' bon mot, mot piquant, moquerie ' ), l'esp. motejar * censurer, critiquer, qualifier en termes inconvenants la conduite de qqn ' (cf, l'esp. mote ' sobriquet, sairnom burlesque '), le port, motejar (dé)

* railler, se moquer, dire des bons mots, des mots piquants ' (cf. le port, mote ' raillerie, bon mot '), l'afr. motoier qui est synonyme de l'afr. motir et du namurois motter. Pourquoi l'afr. motoier reste-t-il synonyme de motir, tandis qu'ailleurs les représentants de *motidiare prennent le sens de ' dire des mots piquants ' ? Parce que les autres langues avaient emprunté motto, mote (v. § XV), et n'avaient pas de verbe répondant à motir. Après avoir expliqué dans sa Grammaire des langues romanes (II, § 583 ; trad. fr.) l'origine du suffixe -idiare, M. Meyer-Lûbke nous dit : « Cette origine du suffixe explique aussi que les verbes ainsi formés ne s'éloignent pas beaucoup dans leur signification des dérivés immédiats. » Il est donc naturel que l'afr. motoier reste synonyme de motir. Et il faut remarqiier que cela explique pourquoi le français a dû emprunter le pr. mocar.

Cette étymologie trouve une confirmation frappante dans le substantif français moque, qui signifie non seulement * moquerie ' mais encore ' motte de terre ' (v. § XIV). C'est de ce dernier sens que dérive moque ' petit pot de terre ; gobelet de fer-blanc ', et, comme terme de marine, ' bloc de bois lenticulaire ' ; cf. l'afr. moquet ' motte- ' et moquette ' moquerie ; fiente du chevreuil '. Le mha. moke ' motte ' et le flam. moke ' sorte de pain d'épice ', d'où M. Behrens {Fr::;^. Wortg. 173) et M. Meyer-Liibke (5638, 5639) tirent l'afr. moque ' motte', moquette ' fiente du chevreuil ' et le wall. mok(e) ' espèce de macaron qui résiste un peu sous la dent ' sont manifestement des emprunts faits au roman. Remarquons enfin que cette étymologie jette du jour sur les expressions dialectales italiennes citées par M. Meyer-Lùbke (5637): 7noka

I, C'est pourquoi M. Meyer-Lûbke (5637) repousse cette étymologie. Pourquoi approuve-t-il, après cela, pour mot le primitif tnuttum que la phonétique oblige à rejeter pour la même raison ?

* discours inutiles ', fa la moka ' faire la moue, tirer la langue ', fa di moke ' caresser excessivement '.

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