XVII. — Fr. moue ( > angl. moui
Etymolo^ies à rejeter.
Moy. hoU. mouwe ' moue ' ou mha. mauwe ' pulpa ' : Diez 644. Mackel (124) et Kôrting (6023) supposent une ancienne forme allemande *mauwa, mais Mackel avoue que ce primitif aurait dû donner en ancien français move (avec 0 ouvert) au lieu de moe (avec 0 fermé). M. Meyer-Lûbke (5441) suppose une forme francique *mauwe. Skeat (s. v. mow 3) tire moue du moy. holl. mouwe.
Le passage d'idée entre ' pulpa ' et ' lèvre inférieure avancée ', sens qu'on* attribue à *mauwe, *mauwa, n'est pas vraisemblable. Le Dictionnaire général rejette toutes ces étymologies.
Etymologie proposée.
L'afr. moe ' bouche, lèvre ' vient du lat. môta, participe féminin de moveré, employé sans doute à l'origine pour qualifier lèvre. L'analogie des dérivés à radical inaccentué afr. mouete ' moue ', mouard ' celui qui fait la moue ' aurait empêché 7noe de passer à meue ; cf. amour que amoureux empêche de devenir anieur. Voici les raisons qui rendent cette etymologie vraisemblable : (i) il n'y a rien de plus ordinaire en latin classique que l'expression labra movere ; (ii) mota, du patois de Trente, qui signifie ' monceau ' et aussi ' lèvre épaisse ', est dérivé de *movitare (v. § XIV); (iii) le holl. motten qui est emprunté à Tafr. moter < *movitare signifie ' faire la moue ' (v. § XIV) ; (iv) Tesp. mueca ' grimace ' et le fr. moquer sont dérivés de l'afr. moter < *movitare (v. § XVI) ; (v) le lomb. moka ' moue ' Çfa la moka) est le même mot que le fr. moque (v. § XVI) ; (vi) l'afr. moe (faire la moe) se trouve employé dès le xii"^ siècle et le moy. holl. mouwe (jnaken die mouiue) en dérive manifestement, comme le moy. angl. mow(e).
RECHERCHES ÉTYMOLOGiaUES 47