‹ Recherches philologiques romanesChapitre 22 sur 69 · XXII. — Fr. baliverne · texte numérisé non relu

XXII. — Fr. baliverne

Etymoîogie à rejeter.

Il n'y a vraiment pas d'étymologie à rejeter ; si Scheler cite Ménage, qui fait dériver baliverne de bajulus, et Dochet, qui en voit la source dans baver, c'est seulement pour s'en divertir.

Etymoîogie proposée.

Le fr. baliverne représente tout simplement l'afr. baie iverne ' balle d'hiver ' ; cf. l'afr. nuit iverne, dans Godefroy. L'adjectif (/j)wér(w) qui fonctionnait au masculin comme substantif, devait disparaître de bonne heure. Il avait pour synonyme (h)ivernage, employé surtout dans les

1. La bilabiale b tombe régulièrement devant u ; cf. tributum'^ afr. ireu, *hàbutum > eu.

2. Il est également certain qu'on n'employait pas le pluriel pices, mais picetn aurait subi l'influence de \'^d]ect\i piceus qui donne la même forme que les cas obliques du pluriel, c'est-à-dire /7«;ç. L'adjectif /)j«a/M5 renfermait également le groupe troublant f/.

RECHERCHES ÉTYMOLOGIQ.UES 53

expressions grain ivernage, blé tvernage. Godefroy traduit le substantif (hyvernage : ' blé qui se sème en hiver ' et fait remarquer qu'on appelle à Lille et environs hivernache un fourrage composé de seigle et de vesces semés ensemble pour la nourriture des chevaux pendant l'hiver. On expliquera différemment l'origine du sens figuré de baie iverne selon qu'on le rattache à l'un ou à l'autre de ces deux sens de blé ivernage. Mais quel qu'en ait été le sens primitif précis, baie iverne était évidemment propre à signifier ' propos qui n'a rien de sérieux, discours futile ' ; cf. l'angl. chaff ''balle, rebut, bagatelles, gouaillerie '.

Page 1