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XXIII. — Afr. estovoir ( > angl. stover\ ladin stuvair

Etymologies à rejeter.

(i) Lat. stiidère 'désirer ardemment ' : Diez 577. Inadmissible pour la forme et pour le sens (v. Kôrting 9075).

(2) Lat. vulg. *estôpêre, formé sur estopus ' il est nécessaire ' : Tobler, Z. fiirvgl. Spr. XXIII, 421.

Comme opus conserve son identité dans l'afr. ues, cette étymologie est peu vraisemblable ; Kôrting et M. Meyer-Lûbke la rejettent.

(3) Germ. *stauen (cf. l'aha. sîuen ' increpare, objurgare ') : Behaghel, Z. I, 468.

Inadmissible pour la forme et pour le sens.

(4) Lat. stàtûëre ' fixer, ordonner ' > *s1àtiïêre > afr. estavoir d'où, sous l'influence du v, estovoir : Bartsch, Z. II, 307.

Cette étymologie est de toute invraisemblance (v. R. VII, 629).

(5) Lat. stûpêre 'être arrêté' : Suchier, Grôbers Grundrîs:^, 6^6; Meyer-Lûbke 8331.

Ce primitif ne convient pas pour la forme (v. R. XXX, 569).

(6) « L'énigme de l'origine de estovoir se résoudrait facilement ainsi : ester = stare ' se tenir ' était employé en ancien français impersonnellement pour dire ' il convient, il faut, il est nécessaire ' ; on a formé sur la 3^ psn. sing. prêt, estut, par l'analogie des 3" psns. prêt, en -ut (p. ex., dut'), un infinitif estovoir et encore un prés, estuet (d' nprès puet) » : Kôrting 9075.

Cette étymologie a deux défauts dont chacun suffirait seul pour la ruiner : (i) ester n'a pas le sens que lui donne Kôrting ; (ii) on ne peut rendre compte de la même façon du verbe ladin (v. Diez 577).

54 RECHERCHES ÉTYMOLOGIQjUES

Etymologk proposée.

L'étymologie que je vais énoncer paraîtra au premier abord non seulement invraisemblable au plus haut degré, mais, à cause de l'accent, tout à fait impossible : estovoir a son origine dans estô, troisième personne singulière de l'impératif futur de esse, .que son usage constant dans la conversation, aussi bien que dans les débats, les lois et les testaments, a fait subsister en dépit de la perte de ce temps de l'impératif. Je m'empresse d'ajouter que estô ne s'est pas maintenu en tant que partie du verbe esse, qu'il s'est rattaché à stare et que par là, inévitablement, l'accent ' qui frappait la première syllabe de notre mot s'est reporté sur sa syllabe finale. Nous verrons tout à l'heure que ce n'est pas là une supposition gratuite. En attendant, remarquons que dans le lat. vulg. *esto, *estas, *estat <C exsto, exstas, exstat, l'accent a porté primitivement sur la syllabe initiale et que si *estare <C exstare ne persiste pas dans les langues romanes, c'est qu'il a fini par se confondre avec (e)stare <C stare. Il n'y a là rien que de très naturel, car du moment où Ve prosthétique s'est identifié avec Ve du préfixe es < ex, ces deux verbes ont eu beaucoup de formes identiques, et si l'accent a dû se déplacer dans d'autres parties du composé, il s'est déplacé également dans les mêmes parties des composés convenire, recipere, renegare, etc. Mais, sur ces entrefaites, quel a été le sort du mot eslo qui appartenait à esse ? Quel miracle aurait pu l'empêcher de se rattacher aux formes *esto, *estas, *estat <. exsto, exstas, exstat qui elles aussi étaient accentuées sur la première syllabe ? Et quand l'accent se déplaça dans ces formes par l'analogie des formes correspondantes de stare, quel autre miracle aurait pu empêcher l'accent de notre estô de se déplacer de même ? Car, il faut bien le noter, le sens de ce dernier était très semblable à celui des mots classiques stat, stet, exstat, exstet. Enfin le rapprochement de notre estô et du verbe stare n*est pas une pure hypothèse. En voici la preuve : le verbe que nous étudions n'a subsisté qu'en français et en ladin ; or, le ladin remplace stat par sfo, l'ancien français emploie estait et estotse pour dire stet et on ne rencontre pas ailleurs des formes correspondantes avec o. Ce n'est pas tout : le latin employait estô également à la deuxième personne et le ladin remplace par sto non seulement stat mais l'impératif sta. Il est donc évident que notre e^/d s'est rattaché à stare. Mais il n'a pas pour cela sacrifié son individualité. L'ancienne littérature de la Haute-Italie présente les formes estuf, astove et stol (y. Meyer-Lûbke, Gratn. des lang. rom., II, § 244, trad. fr.). Ces formes font croire (\\itestô s'est assimilé plus tard tantôt à môvet, tantôt k*vôkt, pour vult. Il serait possible d'expliquer l'infinitif stuvair et le parfait stous par l'analogie de muvair

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et de son ancien parfait mous, it. fnossi, les formes françaises eslovoir et estut par l'analogie de movoir et de mut. Mais les formes du subjonctif de notre t^erbe rendent cette explication incertaine. En ladin, ces formes, qui varient de lieu en lieu, sont, comme le fait reriiarquer Gartner {Rœtor. Gram., § 194), modelées manifestement tantôt sur le subjonctif de sapere, tantôt sur celui de *vokre ; tandis que l'afr. estovoir fait au subjonctif soit estuisse par l'analogie de puisse, soit estace par l'analogie de face > fasse. Puis l'infinitif provençal isolé stober ne s'expliquant que par le pr. saber, on peut se demander si stiivair et estovoir ne doivent pas leur v à savair, savoir, plutôt qu'à muvair, movoir. Et si le subjonctif de stuvair est modelé quelquefois sur celui de *volere, le parfait stous a pu être formé sur le modèle du lad. vous < *volsi, pour volui ; cf. pous, parfait analogique de piidair. On ne saurait non plus nier la possibilité que le parfait français estut ait eu pour modèle, non pas mut, mais sut, put, ou estut, parfait de ester. La complexité des formes de notre verbe est une des meilleures preuves de l'étymologie que je propose. Quel autre primitif aurait pu subir tant d'analogies diverses ? Et pour parler seulement de la troisième personne du présent de l'indicatif, quel autre primitif aurait pu revêtir les formes sto, estiiet, estuf, astove, stol ?

Pour le sens, il n'y a pas loin du lat. esiô ' il doit être, il devra être ' au lad. el sto ' il doit, il devra ', ni même à l'afr. estuet dans cet

exemple :

Quant est armez, cheval li stuet.

(Rob. de Blois, Po«. ; G.)

Ne pourrait-on pas dire en latin : equus illi estol On passe facilement à la construction impersonnelle avec un infinitif :

En Sarràguce sai bien qu'aler m'esttiet.

(Roland, 292.)

N'a-t-on pas dit de même cheval li fait avant de dire aler me faut ? Puis la langue classique employait beaucoup estô pour dire * soit ! qu'il soit convenu, que cela soit supposé vrai, nécessaire ', et dans cet emploi estô n'est pas loin d'être impersonnel. Enfin l'afr. movoir, sur lequel estovoir a pu se modeler, se construit lui aussi impersonnellement :

Par mon chief, dist le duc, // meut de grant honneur et vaillance a ces deux frères de venir de si loing pays pour quérir les adventures.

(J. d'Arras, MeJui, 250, Bibl. elz.)

Faut-il expliquer la forme variée estavoir ? L'infinitif était très usité substantivement pour dire (i) * nécessité, obligation ' et (2) ' le néces-

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saire, approvisionnement ' d'où Tangl, stover ' fourrage '. Dans cet emploi, estovoir 2. subi l'analogie de avoir, comme cela peut se voir parfaitement par cet exemple :

Dont li ont tôt nomé V avoir.

Les blés, les nés, Faltre estavoir.

(Wace, Brut, 567, Ler. de Lincy.)

XXIV. — Fr. heurter, afr. hurter ( > pr. urtar, hiirtar; it. urtare ; angl.

hiirt, hurtle).

Etymologies à rejeter.

(i) Cymr. hyrddu ' pousser', Ijwrdd ' bouc, impulsion ' : Diez -^^,6.

« Quand même le représentant gaulois serait *ûrtos, ce primitif ne conviendrait pas, car il ne rend compte ni de Vh, ni de la voyelle ». (Meyer-Lûbke 4244.) Cf. Thurneysen, Keltoromanisches , p. 81.

(2) Lat. vulg. *ûrtare, de *ûrtiim, supin inusité de ûrgère ' pousser, presser ' : Kôrting 9924.

Le changement de û en û n'étant pas motivé, cette étymologie est tout aussi peu satisfaisante que la première.

(3) « Mot d'origine incertaine, probablement germanique » : Dictionnaire général.

Les congénères germaniques de heurter (m ha. hurten ; néerl. hurten, horten) sont, de l'aveu de tous les germanistes, empruntés du français.

Etymologie proposée.

Le fr. heurter, afr. hurter, ' venir frapper d'un coup brusque ' est le même mot que l'esp. hurtar ' voler ' <C lat. vulg. *fnrtare, de fûrtuni ' vol '. Si une doctrine phonétique réputée saine condamne cette étymologie comme peu orthodoxe, c'est la doctrine, et non pas l'étymologie, qu'il faut rejeter. M. Meyer-Liibke (Gram. des lang. rom. I, § 447, trad. fr.) décrit le sort de / intervocalique en ces termes :

« Dans les mots de pure origine latine, elle ne peut se présenter que dans des formes composées et doit par conséquent persister. Mais là où le sentiment delà composition a disparu, elle est traitée comme v (intervocalique) '. »

I. « En français, v tombe (avant l'accent) de même qu'après l'accent dans le voisinage d'un phénomène labial. » (id., ih., §446.) M. Meyer-Lûbke cite, sans l'expliquer, l'afr. x^/a;ç <^ vivacium.

Cela explique la chute de f (i) dans le fr. ruser < refusare (cf. peur <ipavorem) et (2) dans le fr. biais < bifacem (cf. l'afr. via::^ < vivacinm; fr. viande <C *vivanda, pour vivenda'). Mais la loi en question ne rend pas compte du changement de / en /; dans le fr. dehors, hors <C de forts, étymologie qui ne souffre pas de doute. Par conséquent, tout en approuvant cette étymologie, en 19 13, M. Meyer-Lûbke (3431) la regarde comme irrégulière et la commente ainsi :

« Die frz. /;- Form, der auch die ràtoromanische /-lose Form entspricht, ist nicht erklàrt. Wenn einzelne afrz. Texte fors und dehors nebeneinander stellen, sohat doch der Wandel von -/- zu -/;- sonst keine Parallelen, Einfluss von frànk. }m:(^ ' draussen ' ZRPh. XXXI, 579 ist môglich. »

De même, M. Kôrting (2820) en 1907 :

« Das /; aus /ist noch nicht wirklich befriedigend erklàrt, vennutlich beruht es auf mundartlicher Eigenart. »

Et le Dictionnaire général :

« F initiale persiste... Son changement en /; dans hors de forts, à côté de fors, demeure inexpliqué '. »

Je me propose d'établir par toute une série d'étymologies la loi suivante : Dans le domaine français, f initiale, devenue intervocalique dans un composé, se change en h si elle est suivie d'une voyelle labiale ; cette h s'efface si elle se trouve entre deux voyelles labiales et se maintient dans les autres cas. Les exceptions sont dues à l'analogie de la forme simple ; dehors ne l'emporte sur defors qu'après une lutte prolongée et qu'en donnant naissance à la forme simple analogique hors. Comme Ve féminin est labial, refusare passe par les formes rehusare > reuser >> ruser ; de même, dehors aurait abouti à dors sans l'influence analogique de hors' et de ahors. Trois causes ont empêché d'observer jusqu'ici l'opération de la loi que je viens de formuler : (i) l'influence analogique de la forme simple, qui ne laisse pas disparaître Vf dans le composé, quand le sens de ce dernier ne s'éloigne guère de la signification propre du mot simple ; (2) le changement considérable de sens qu'ont subi préalablement les composés qui présentent soit la chute de Vf, soit son changement en h, et qui s'est combiné avec le changement de forme pour obscurcir leur origine ; (3) l'influence analogique qu'exerce à son tour le mot métamorphosé et qui entraîne parfois la forme simple, surtout si celle-ci ne garde pas sa signification propre.

I. M. Brunot (Hist. de la langue fr.) ne paraît pas s'occuper de la forme hors.

58 RECHERCHES ÉTYMOLOGIQ.UES

C'est conformément à cette loi que *afûrtare et *defartare deviennent en ancien français ahurter ' choquer, heurter, frapper ' et dehurter

* heurter, battre, secouer '. Puis, sous l'influence de ces composés, dont le sens ne rappelle plus celui de ' voler ', *fnrtare passe à son tour à hurter ' venir frapper d'un coup brusque, résonner '. Disons mieux : hurter ne vient point de *fnrtare ; il se dégage des composés ahurter et dehurter de la même manière que trouver (§ I) et trousser (§ VI) se dégagent de entrouver et de estrousser. — Le pr. urtar, hurtar, l'it. urtare et l'ang. hirt, d'où hurtle, sont des importations françaises.

On n'a qu'à se reporter par la pensée au moyen âge où les voleurs de grand chemin infestaient toute l'Europe et, embusqués dans les forêts au bord des routes, venaient fondre tous les jours sur des voyageurs, pour voir combien est facile et naturel le passage de l'idée de

* voler ' à celle de ' venir frapper d'un coup brusque '. Voici des traces encore plus manifestes de cette origine : l'afr. ahur 'voleur'; ahurtement ' embûches ' : Dejuste la sente posèrent ahurtement a mei. {Liv. des Ps., Cambridge, cxxxix, 6, Michel.) Le verbe ahurter signifie quelquefois 'surprendre avec l'intention de voler' :

Essaer voil se ahurter pusse

Mes cumpainnuns ke jeo les trusse.

(Chardry, 5e/ dormans, 1131, Koch.)

XXV. — Fr. ahurir, afr. hurer ; fr. hure ( > esp. hird), huron, afr. huriçle, hurillon, hurhec.

Etymologies à rejeter.

(i) Suisse huwel (aha. hiuivila') 'hibou' ou aha. un-hiur(f) * horrible ' > fr. hure : Diez éi8.

Ces primitifs ne conviennent ni pour le sens ni pour la forme. Cf. Meyer-Lûbke 4241 .

(2) Anor. hûfa ' bonnet (de poil ou de peau) * > fr. hure : Bugge, i?. IV, 361.

M. Meyer-Lûbke trouve hûfa tout aussi impossible que huwel, et, comme le Dictionnaire général, relègue hure et ahurir parmi les mots d'origine inconnue. Kôrting (4658) marque hûfa de deux points ■d'exclamation et ne paraît pas approuver huwel ni un-hiur{i).

RECHERCHES ETYMOLOGIQUES 59

Etymologie proposée.

Tous ces mots tirent leur origine du lat. fur ' voleur ', L'afr. ahurir

* .troubler jusqu'à faire perdre la tête, hérisser, faire dresser les cheveux sur la tête ' vient de *afririre où Vf se change en h conformément à la loi formulée au § XXIV. Cette etymologie trouve un grand appui dans l'ancien substantif français ahur ' voleur '. Le verbe simple hnrer ' hérisser ' remonte probablement à un composé *ahurery comme l'afr. hurter à ahurter (v. § XXIV) ; cf. Vzir. furer ' voler '. Diez (149), Kôrting (4083) et M. Meyer-Liibke (3603) sont d'accord pour tirer l'esp. huron 'furet 'du lat. furonem ' voleur, furet'; mais on voit dans le fr. huron ' personne à la tête hérissée, sauvage ' un dérivé du fr. hure ' poil hérissé, tête hérissée, tête du sanglier ', autrefois aussi

* museau du loup, de l'ours, du lion etc. ', et dans l'esp. hura ' hure ' un emprunt fait au français. L'identité de l'esp. hura et du fr. hure est donc admise. Or, l'esp. hura signifie ' furoncle, clou' et il faut croire que ce sens, même s'il n'est pas mentionné anciennement, lui a toujours appartenu. Le lat. furunculus cependant signifie non seulement

* furoncle ', mais aussi ' petit voleur ', et paraît formé sur furo (d'où l'it. furone ' voleur ', fr. furon ' petit du furet ', etc.) comme latrunculus sur latro. De là je conclus que le fr. hure et l'esp. hura sont identiques au pr.fura ' furet ' et que hurer et ahurir se sont dits primitivement tant du furet que de l'homme. On passe facilement du sens de ' fureter * à celui de hurer, car le furet a justement l'habitude de dresser son poil en flairant le gibier. N'oublions pas que les Grecs et les Romains gardaient le furet dans leurs maisons pour détruire les rats, et l'employaient aussi à chasser le lapin. L'origine de hurer est donc analogue à celle de hérisser. Il y a pourtant une différence importante : hurer marque l'action d'un animal, qui, bien que petit, est extrêmement féroce, qui a soif du sang, qui se prépare à l'attaque et qui, en dressant son poil, prend une mine très sauvage, tandis que le hérisson ne dresse ses piquants que par peur et pour se défendre. Cette différence se fait sentir dans l'emploi des verbes hérisser et hurer : le premier ne se dit que par extension d'une bête féroce qui se prépare à l'attaque ; hurer, au contraire, ne paraît jamais indiquer l'effet de la peur. Godefroy rend faire une hure par ' faire une mine sauvage '. Voici quelques exemples de bure que je tire de Godefroy et qui marquent bien cette idée de férocité :

Feu et flammes giettoit ; moult menoit laide hire.

{Chev. au cygne, 12509, ReifF.)

Il estoit granz et merveillex Et maufez et de laide hure.

(Du ViUatn de Bailleul, Jub., Nouv. Rec, I, 312.)

Et devez savoir que ainsi que on doit appeller du cerf' des doulces bestes la teste, ainsi doit l'en appeller d'ours, de sanglier et des autres bestes mordans la hure.

(Gast. Feh., Maz. 514.)

Ce dernier sens dérive de celui de ' furet ' par rapport à la férocité de ce petit animal et à la forme de son museau ; cf. faire (la) hure ' faire la moue'.

Si ahurir veut dire aussi ' troubler jusqu'à faire perdre la tête ', c'est que dans son emploi transitif ce verbe signifie proprement '' attaquer avec l'intention de voler '. On sait que sur les routes peu fréquentées de l'Europe du moyen âge, le voyageur courait toujours risque, surtout en traversant les forêts, d'être attaqué par des brigands qui n'hésitaient pas à assassiner leur victime. Dans ces circonstances, la rencontre inattendue d'un voleur de grand chemin aurait bien eu de quoi ahurir un homme ; et on peut attribuer des sentiments analogues au lapin qui se voit attaquer par un furet.

Dans la chasse au furet cet animal, qui est muselé, ne sert qu'à faire sortir le lapin de son terrier. On ne serait donc pas étonné de trouver ce mot hure employé' au figuré pour désigner un purgatif. En effet, l'esp. hura et le fr. hure se disent d'un genre d'euphorbiacées à graine et à résine purgatives. La huricle (' sorte de plante ' : Godefroy) doit son nom, sans aucun doute, à la même propriété : De la huricle dient les maistres qu'on la doit mangier pour aler a chambre. (JLiv. defisiq., ms. Turin ; G.) Huricle est un dérivé savant de hure, formé à l'aide du suffixe -icula et correspondant à sanicle, de sanus ' sain '. Il faut peutêtre voir dans le premier élément de l'angl. huckleberry une corruption du fr. huricle ; le huckleberry s'appelle aussi hurtleberry (vaccinium myrtillus) et anciennement hurtberry, hurt (cf. l'angl hurt <C afr. hurt < lat. furtum ; v. § XXIV) : Hurtberries : In Latine Vaccinia, most wholsome ta the Stomack. (FuUer, Worthies, I, 246.) On attribuait autrefois en France au myrtille des propriétés médicinales (v. Dict. gén., s. v. myrtille') et le myrtille s'appelle en wallon cakelenche, mot qui, dit Grandgagnage (I, 96), « exprime simplement un fait aussi incontestable que difficile à énoncer ».

Entre le furet qui fouille un terrier de lapin et le mineur qui fouille les entrailles de la terre il y a aussi une analogie évidente qui explique pourquoi l'afr. huron, huiron désignait un mineur qu'on employait dans les sièges. Ce mot est certainement identique à l'afr. furon, fuiron ' voleur, petit du furet ' et à l'esp. huron ' furet '. Le ht. fur s'employait

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