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XXVIII. — Fr. hogner, afr. hoignier,foignier; port, fungar

Etymologies à rejeter.

(i) Aha. *hîimjan ou anor. *humja (nha. hummen, angl. hum, nord. humma * bourdonner ') > fr. hogner : Diez 6i6.

Mackel (24) et Kôrting (4697) trouvent les formes hypothétiques peu vraisemblables. Ajoutons que *humja(n) aurait donné honger (cf. simium >► singe^ et que tous les étymologistes paraissent avoir négligé l'afr. foignier.

(2) Goth. haunjan >> afr. honir d'où hon, hogne, puis hognier : Meyer- Lûbke 408 T.

(3) Lat. fodicare * fouir ' > port, fungar (à côté du fr. fouger, pr fotjar^ : Meyer-Lûbke 3403.

Ce primitif ne convient ni pour la forme ni pour le sens. Diez ni Kôrting ne mentionnent le port, fungar.

Etymologie proposée.

Le fr. hogner, afr. hoignier, a son origine dans le ht.fungi et fait partie de soigner <C *sohoignier (v. § XXVII). C'est à l'influence de ce composé que hogner doit son existence à côté de la forme régulière fogner ; cf. houille et fouille (§ XXX).

Employé absolument, et même parfois avec un régime direct, fungi signifie ' souffrir ' : at facere et fungi sine corpore nulla potest res (Lucr., I, /\^2)',mala cuncta animus contagi fungitur ejus (ià., 3, 734); (Jnane^ tnanet intactum neque ab ictu fungitur hilum (id., 3, 814). Il n'y a rien de plus naturel que le passage d'idée entre ' souffrir, éprouver une douleur physique ' et ' gémir, pousser des gémissements, se plaindre, pleurer, grogner'. Les petits enfants ne souffrent guère sans pleurer.

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sans se plaindre; et l'expression l'enfant souffre signifie très souvent * l'enfant pleure, gémit, se plaint ; de là je conclus qu'il souffre '. Or, aujourd'hui même, dans la vallée d'Yères, une mère dira à son petit enfant : « As-tu bientôt fini d'hoingner, ou de woingnier ? » (v. Godefroy.) Au xvi^ siècle, Palsgrave {Esclairc^ de la lang. fr., 781) traduit Je hoigne par / whyne, as a chylde dothe, or a dogge. De même Duez (JDict. fr^-^alL-lat., 1664) • Hogner, faire hon hon, et criailler comme font les enfants quand ils voudraient bien avoir quelque chose.

En Franche-Comté, vougnier et vogner ont le même sens que hougnier. Il suffit de l'exemple suivant pour montrer que l'afr. fogner est le même mot que hogner : Quel plaisir est-ce de le voir (Je petit enfant) parfois depiteux et fasché d'un rien, fogner pour une espingle ou autre petite chose! (Jouh,, Err, pop. y I, v, i.) Et voici un exemple où le rapport de fogner avec fungi ' souffrir ' se fait bien sentir : Et voyant que cest Escossois avoit tousjours froid aux pieds et mal a la teste y et qu'il fongnoit tousjours : elle devint toute mélancolique et pensive. (Des Periers, Nouv. Récréations, de l'Escossois et de sa femme, éd. 1558 ; G.)

Le port, fungar, qui répond pour la forme au bas-lat. fungare dont j'ai cité deux exemples au § XXVII, a suivi la même marche que fogner, hogner : il signifie ' faire du bruit en retirant fortement son haleine par le nez ' ; ce bruit est un des signes caractéristiques de la douleur ; cf. le fr. renifler, renâcler.

XXIX. — Fr. souiller ( > pr. solhar, ait. sogliare, esp. x.ullarse, port. sujar, angl. sully, soit), souille, afr. souil ( > pr. solh^ angl. soiï), fr. souillard ( > it. sugliardo).

Etymologies à rejeter.

(i) Lat. smllus ' qui concerne les cochons' > afr. souil, pr. solh d'où souiller et solhar, proprement * cochonner': Diez 681, Kôrting 9247, Scheler (s. v. souiller).

Suillus aurait donné souel, non pas souil.

(2) Goth. bi-sauljan ' polluere ' ou mha. sudeln ' salir ' : Scheler (ib.).

Diez paraît rejeter ces primitifs que Scheler trouve aussi vraisemblables que suillus.

(3) Lat. vulg. * sikùlare, de sûcûlus ' petit cochon ' : Dictionnaire séniral.

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M. Meyer-Lùbke (8074, 8418), qui approuve *siiciilafé pour le fr. souiller et le pr. solhar^ tire le pr. sdh de sôlium ' cuve '. L'étymologie que je propose rend compte de Yo ouvert du pr. soîh et de l'angl. soil.

L'étymologie *fodiculare > foàeillier >> foeillier >> fùiieillîer > fouillier '^ fouiller est universellement admise. Le fr. souiller est composé avec siib et *fodiculare. C'est conforniément à la loi formulée au § XXIV que / devient /;, puis tombe entièrement dans *sufodiculare ; cf. soigner <C *sufungi (§ XXVII). Citons à l'appui de cette etymologie les anciennes formes soueillier, sotieil, soueillure, dont on trouvera des exemples dans Godefroy ; la forme sotieil subsiste encore aujourd'hui dans plusieurs dialectes. Il faut voir des emprunts dans les mots pr. solhar, solh ( < afr. soil, souil), it. sugliardo ( < afr. souillard * sale '), esp. zullûTse (ef. Tesp. :i^ote <; fr. sot, § LXVII), port, sujar.

Dans l'ancienne langue les verbes foiiger {^<C.fodicarè) et fouiller s'emploient constamment en parlant du sanglier qui fouille la terre avec son boutoir ; etfouger finit par se particulariser dans ce sens. Souiller, lui aussi, est terme de vénerie en ancien français et se. dit surtout du sanglier qui, lorsqu'on le chasse, essaie de se cacher dans la boue ou dans une eau fangeuse : Quant 07i les chasce {les sangliers) ils se soillent voulentiers es boes. (Gast. Pheb., Chasse, p. 62 ; dans La Curne.) La signification propre de souiller ^ c'est-à-dire ' fouiller sous ', se fait bien sentir dans cet emploi. L'exemple suivant montre que souiller s'est dit absolument dans ce sens : Plus tost que d'aller souiller dans le sang, comme feroit ung pourceau dans la fange (Lanoue, Disc, 220) ; cf. fouiller :

Du vice et de la luxure

Ou maint et maintes se tooillent,

Ensi com liporcel fooiîlent.

(Vit des Pères, B. N., 23111 ; G.)

L'ancienne phrase le sanglier souille, se souille est analogue à l'expression moderne le lapin terre, se terre. Le substantif souille désigne encore aujourd'hui^ dans la vénerie, l'endroit fangeux où se vautre le sanglier ; et que ce mot ait été primitivement synonyme de enfoncement, sans aucun rapport nécessaire avec la saleté, cela se voit bien dans son emploi comme terme de marine pour désigner un ' enfoncement formé dans le sable par un navire échoué ' ; cf. souillard ' trou percé dans une pierre pour l'écoulement des eaux '. Les anciennes expressions anglaises to take soil, to go tô sûyle ' to betake itself to muddy water '

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s'employaient en parlant du cerf aussi bien que du sanglier, et soil, soyie sont ici les mêmes mots que l'afr. soil, souil, et soilïe, souille (v. Skeat, s, V. soil 2). Si, après cela, il faut avouer que tous les sens de souiller et de ses dérivés pourraient au besoin s'expliquer par l'idée de ' cochonner ', cette explication serait toujours certainement moins vraisemblable que celle que je propose. Et ce qui établit définitivement *sufodiculare, ce sont d'abord les anciennes formes soiieiUier, soiieil etc., et ensuite l'étymologie de houille qui suppose" *souhouillier (v. § XXX).

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