XXX. — Fr. houille ( > esp. huila, port, hulhd
Etymologie à rejeter.
Tout en citant le bas-sax. hiillen, qu'avait proposé Frisch, Diez (617) voit dans houille « certainement un mot local très ancien et dont l'origine serait probablement difficile à découvrir. » Scheler, qui songe d'abord au germ. col, kul, kolhe ' charbon ' et cherche à l'appuyer en assurant que h vient fréquemment en wallon non seulement de se, mais aussi de c, finit par rejeter cette etymologie en faveur de l'aha. skolla ' motte ', proposé par Atzler et auquel il compare le lat. scala qui aboutit en wallon à haie. Kôrting (8500) et M. Meyer-Lûbke (8005 a^ approuvent skolla, qui ne rend cependant pas compte de Yl mouillée.
Le Dictionnaire général déclare que houille est un mot du dialecte wallon, d'origine inconnue.
Etymologie proposa.
Le fr. houille, wall. hoie, qui signifie anciennement ' sorte de terre considérée comme un mauvais charbon de terre et annonçant le bon ', est le substantif verbal de houiller que suppose houilleur ' ouvrier qui travaille à l'extraction de la houille ' et que renferme le fr. souiller <C *souhouillier <^ *sufodiculare (v. § XXIX).
Par bonheur, houiller n'est pas entièrement hypothétique. En voici un exemple :
Se voulant coucher, et ne pouvant monter sur son lit, (Maistre Lambert) le met à terre, et Se laisse couler dessus : et estant couché, se fait houiller sur le tyn. Il dormit un jour et une nuict, ce qui fit i!uger à beaucoup que le vin qu'il avait beu avoit vertu d'endormir.
(G. Bouchet, Serees, I, 46, Roybet.)
RECHERCHES ÉTYMOLOGiaUES 7I
Si c'est là le seul exemple de houiller qui nous ait été transmis, il n'est pas étonnant que Roybet et Godefroy se soient trouvés dans l'impossibilité d'en indiquer le sens. Mais l'étymologie du verbe nous en rend la traduction facile. Evidemment Maître Lambert est comparé par Bouchet à un tonneau de vin qu'on place sur le tin et qu'on y laisse jusqu'à nouvel ordre. Comme les tins pour soutenir des tonneaux ont la surface concave, houiller, dans l'expression houiller un tonneau sur le tin, signifie essentiellement ' installer dans un creux, dans un enfoncement, ' ce qui est aussi à peu près le sens primitif du composé souiller dans l'ancienne phrase le sanglier se souille (y. XXIX). Houiller est ainsi une forme variée de fouiller ' creuser (la terre) pour chercher ce qui peut y être enfoui '. Cette étymologie, qui est incontestable pour la forme, s'impose à l'esprit et n'a besoin d'aucune recommandation.