XXXI. — Fr. houle ( > esp. ola, port, folla^, afr. houler
Etyntologies à rejeter.
(i) Bret. houlenn ' vague ' (cymr. hoewal 'mouvement de l'eau') > fr. houle, esp. ola : Diez 22e.
Thurneysen {6<)) doute de l'origine celtique de houlenn. Kôrting (4640) et M. Meyer-Lùbke (4204) doutent à leur tour de l'origine bretonne de houle. Diez ne mentionne qu'à l'appendice (736) le port. folla, que Kôrting et M. Meyer-Lùbke paraissent négliger entièrement.
(2) Aha. huit ' trou ' : Kôrting 4640.
Etymologie proposée.
Le fr. houle ' forte ondulation de la mer agitée, précédant ou suivant une tempête' est le substantif verbal de l'afr. /7o«/gr ' pousser, jeter', verbe qui subsiste dans plusieurs dialectes (v. Godefroy) et d'où e.st dérivé le substantif français houlette ' bâton de berger terminé à un bout par une petite pelle de fer pour lancer des mottes de terre aux moutons qui s'écartent du troupeau '. Houle et houler sont les mêmes mots que foule ' action de fouler, presse qui résulte de la présence d'une multitude de personnes' et fouler ( •< *fullare, de fullo, fullonem) ' presser en appuyant à plusieurs reprises, avec les pieds, les mains, un rouleau, etc. '..De même que hogner ( § XXVIII) et houiller (§ XXX), à côté de fogner et dt fouiller, tirent leur origine des composés soigner et souiller,
de même la forme honler a sa source dans l'ancien verbe composé soûler < *souhouîer (v. § XXXII). On admet que l'esp. oîa est un mot emprunté au français (v. Meyer-Lûbke 4204). Le port, folla paraît emprunté au gallo-rom. *folla car ce mot ne s'emploie que dans l'expression/oZ/cf do mar et le portugais n'a pas de vevhefoUar, répondant à l'esp. hollar, it. follare * fouler '.
Le gallo-rom. *folla >• fr. foule est certainement devenu terme de mer : « le mât de hune d'artimon a été appelé mât de foule parce que c'est celui qui supporte le plus l'effort du vent. » {Dict. gén.) Ici foule signifie * pression '. Il en a été primitivement de même pour houle qui décrit bien l'état de la mer résultant de l'effort, de la pression du vent. Rappelons aussi que la marée refoule l'eau des fleuves. On foulait autrefois avec les pieds le raisin dans la cuve :
Les garsons qui aux filles meslez Emplissent les hoteaux de raisins grivelez ; Qui entone du vin la liqueur écoulée Sous le pié du fouleur de la grape foulée ; Qui trépigne dessus...
(De Baïf, Le prem. des Météores.)
Cette liqueur a dû présenter constamment l'apparence d'une mer houleuse. Il y a aussi une analogie manifeste entre le mouvement d'une foule et l'ondulation de la mer agitée ; cf. Um foule houleuse {Dict. gén.') ; Le peuple saint en foule inondait les portiques. (Rac, Ath., 1, i .) Enfin, le verbe wallon holer (wall. foler ' fouler ') a suivi une marche analogue à celle de houle ; il signifie ' se remuer, s'agiter incessamment, mais sans avancer' ; cf. le wall. holeter 'secouer, agiter, ébranler'.
XXXn. — Afr. soûler, chouler.
Etyrnologie à rejeter.
Lat. sôlëa ' semelle, sandale ' >> pic. choie, souk etc. : Corblet, Gloss. étym. du patois picard, 338.
M. Thomas {R. XXVIII, 178) cite la forme coule, pour laquelle il veut lire coule, et fait remarquer que s ne peut pas donner ç en français ; mais coule peut représenter le pic. choule et on sait que s devient quelquefois ch en picard. Il n'en est pas moins vrai que solea est inadmissible, car ce primitif aurait donné saille en francien.
RECHERCHES ÉTYMOLOGiaUES 75
Etymologie proposée.
L'afr. souJer vient du lat. vulg. *sûfûllare, composé avec siih et *fullare ( > fouler). Conformément à la loi du § XXIV, / devient h dans cette position, puis 17; tombe sans laisser de traces ; *sufuïlare passe ainsi régulièrement par les formes soholer >> sooler > saler > soûler. La forme cheoler > choler >> chouler, qui se répand de bonne heure un peu partout, est d'origine picarde ; cf. le pic. chin ' son ' ( <! suuni), chue 'suc', chire 'cire', chiflot 'sifflet'. Le substantif ^om/^, choule est post-verbal, comme foule et houle (v. § XXXÏ). Je tire de l'article intéressant de Corblet, publié en 185 1, ces détails : « Le jeu de la choie, cheole, choule, sole ou soûle, fort en vogue en Picardie, au xni^ siècle, est encore en usage dans quelques localités de la Somme et du Pas-de- Calais. C'est une espèce de ballon rempli de son qu'on place sur la limite de deux villages et que les habitants des deux communes poussent à coups de pied. La victoire appartient à ceux qui parviennent à le garder sur leur cerritoire... Ce jeu occasionnait parfois d'assez graves accidents ; aussi fut-il interdit par Charles V, en 1369, et par l'article 242 delà Coutume ^Amiens, de 1507. » Ce passage, que confirment de nombreux exemples chez Godefroy, qui relève dans les archives de Tournai deux autres interdits, datés de 1396 et de 1523, rend bien compte de l'extension qu'a prise la forme picarde. Ajoutons que le jeu de la soûle ressemble beaucoup au jeu anglais du football et que ce mot football menace lui aussi de se faire accorder droit de cité en France.
Cette etymologie se recommande également par le sens, comme le montre l'afr. bouler ( ■< *fiillare, § XXXI) qui est contenu dans soûler { <; *sufullare) et qui, comme le composé, signifie ' pousser, jeter, lancer'. On peut comparer ces exemples : Qiierant de l'un le:^ et de Taultre ses povres vestements, lesquel:^ au despouillier avoient esté choule:^ et pourjette'^ tellement que a peynes les peurent retrouver. (De vita Christi, Richel. 181 ; G.) Il prist tox les dras qui sor lui estaient, si les houla aval le canbre. (^Auc. et Nie, -^4, Suchier.) Chouler rappelle /ow/^r dans les exemples suivants : Et sans estre entres en possession de leur reaulme par tyrannie et forfait, aient esté si despitement chaules aux pieds de fortune que etc. (G. ChastelL, Chron., Il, 22, Buchon.)
Chantez comment François furent gallez, Choïle:^, foulei, roulez, escharbouillez.
(Molinet, Chans. sur la journée de Guinegate, Ler. de Lincy, Cb. hist.fr., I, 591.)
Terriblement estes gallez et pris, Foulle:^, choulle:{, pillez, passionnez.
(Id., Faicti et DH\, éd. 1540.)
Roquefort donne choîler, soulier etc. avec le sens de 'patiner' et de ' chiffonner le mouchoir d'une fille' ; ce dernier sens^ qui lui n'a certainement aucun rapport avec le jeu de la souk, se retrouve dans fouler 'presser de manière à froisser, à endommager' : Des vêtements foulés dans une malle. (Dict. gén.^