XXXIII. — Fr. sonder ( > esp., port, sondar ; angl. sound
Etymologies à rejeter.
(i) Lat. vulg. *subundare : Diez 299, Kôrting 9212, Meyer-Lûbke
Cet étymon ne convient pas pour le sens, car unda, undare et leurs dérivés ont trait partout ailleurs au mouvement de l'eau à la surface.
(2) Scand. sund 'détroit' >> fr. sonde, d'où sonder : Skeat (s. v. Sound 4). Dans le Dictionnaire général on lit : a Sonde... semble se rattacher au Scandinave sund ' mer, détroit ' ».
Comme il n'y a pas trace du verbe excepté en français, en espagnol et en portugais, Skeat admet que l'angl. to sound est un mot emprunté du français. Il cherche à appuyer l'origine Scandinave du substantif français sonde en alléguant (i) que l'esp. sonda désigne non seulement l'instrument pour sonder, mais aussi un détroit ; (ii) que les mots sundgyrd et sund-line du glossaire d'^lfric (x^ siècle) signifient 'sonde' ; (iii) que le premier de ces mots est très ancien, témoin sund-gerd dans le Corpus Gloss. 319 (vin^ siècle) ; (iv) que pour les termes de mer la probabilité est toujours en faveur d'une origine Scandinave ou anglaise. Ces raisons ne sont pas valables. Que signifie au juste le scand. sund ? D'après Skeat (s. v. sound 2), l'ags. sund a son origine dans *suiu?ndo:^, de swimman ' nager' et désigne (i) l'action de nager, (2) la faculté de nager, (3) un détroit. Skeat se trompe sur ce troisième sens, si peu vraisemblable que cela puisse paraître ; l'ags. sund signifie non pas 'détroit' mais bien 'eau, mer', comme le prouvent les nombreux exemples cités par Bosworth et Tôlier. Si, d'autre part, en islandais, en norvégien, en suédois et en danois, sund a bien le sens de 'détroit', mais non pas celui de ' mer, eau ', il est probable que l'un de ces deux sens est dérivé de l'autre. Skeat (ib.^ nous dit qu'un détroit a été appelé sund parce qu'on peut le passer à la nage ; Kluge (s. v. Sund) donne à sund ' mer, détroit ' la signification propre de ' lieu où l'on
peut nager '. Ni l'une ni l'autre de ces explications ne me semble vraisemblable ; celle de Kluge né rend pas non plus compte de l'idée de détroit. Voici comment je conçois l'histoire de siind. Ce mot est le substantif verbal de swimtnan, qui, comme l'ail, schwimmen (cf. le latnature) signifie (i) 'nager' en parlant des hommes, des poissons etc., (2) ' se mouvoir sur l'eau' en parlant d'un navire, (3) 'flotter, se soutenir à la surface de l'eau, ne pas aller au fond' (v. Bosworth et Tôlier). C'est de ce dernier sens que sont dérivés les deux premiers ; sund 'puissance, faculté de nager' signifie proprement 'puissance, faculté de soutenir (son cqrps) sur l'eau' '. Rien n'est plus naturel que le passage d'idée entre ' puissance qui soutient (un corps) sur l'eau' et 'eau, mer' en parlant d'un corps inanimé, d'un navire. Quoi qu'il en soit, on peut croire que l'anor. sund a été anciennement synonyme de l'ags. sund ' mer ', et que les anciens Scandinaves, en appelant le bras de mer qui sépare le Danemark de la péninsule Scandinave le sund, ont voulu dire d'abord tout simplement 'l'eau, la mer '. Ce mot n'a pris le sens plus précis de 'détroit' qu'à mesure qu'il a cédé la place, dans le sens de 'mer', au svnonyme dan. sô, suéd. sjô, norv. sjo, sjô, isl. sjar, sjor, sxr, £t que les Scandinaves se sont rendu compte que le Sund avait bien la forme d'un détroit, idée que plus anciennement ils n'avaient pas éprouvé le besoin de distinguer de celle de mer. C'est ainsi au Sund que le nom commun sund a emprunté le sens de 'détroit '. Cette manière de voir trouve un grand appui dans le fait que le sens de 'détroit' appartient exclusivement à l'ancien norois. On admet que le nha. Sund est un mot d'emprunt (v. Kluge), et il est certain que l'angl. sound 'détroit ' est, lui aussi, un des nombreux emprunts que l'anglais à faits au Scandinave (v. N. E. Z).).
Que faut-il penser de l'esp. sonda auquel Skeat donne le même sens > L'esp. sonda signifie ' partie de la mer dont le brassiage est connu ', ce qui est tout autre chose. Le port, sonda fait sentir encore mieux la différence, car il réunit les sens de ' endroit de la mer dont le fond est connu ' et de ' fond que touche la sonde '. Il se peut, bien entendu^ que le brassiage d'un sund soit connu, mais le mot sund n'a jamais aucun rapport avec le brassiage. D'un autre côté, l'esp., port, sonda fait toujours penser à la profondeur de l'eau et ne signifie jamais * détroit ' ni même ' chenal, passe navigable '. Aussi la première raison que Skeat allègue à l'appui de l'origine Scandinave de sonde se trouve-
1 . 0« n'a pas tracé en dehors du germanique le radical siim de swtmman (v. Kluge). Serait-ce par hasard celui du lat. sutnmus ' le plus haut ' que Walde rattache à superus par le thème stip-mo ? Ce radical donnerait bien à swiniman le sens propre de ' se soutenir à la surface '.
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t-elle tout à fait fausse. Il en est à peu près de même de la seconde : les composés ags. sundgyrd (gyrd ' perche, bâton ' > angl. yard) et sundline (Jine 'ligne, corde') s'expliquent parfaitement par sund 'mer' ■et sont déjà plus clairs que les termes lat.-grecs bolis, cataprorates ; cf. l'ags. sund-hûend (pi.) * maris accolas, homines ', siind-helm 'maris galea i. e. mare tegens ' sund-gebJand ' commixtio undarum ' et surtout sund-hengest ' equus marinus i. e. navis'. Dans ces conditions l'ancienneté du composé snndgyrd ne fait que confirmer l'identité du premier élément avec sund *mer', La quatrième et dernière raison de Skeat perd toute sa valeur avec les autres, mais on péUt remarquer que les termes de mer d'origine latine sont plus nombreux qu'on ne l'a cru ; v. haler (§ LXXVI), affaler {$ LXXIV), houle (^ S XXXI).
Ajoutons à tout cela que la phonétique s'oppose au rapprochement de sonde avec sund, car sonde se trouve employé dès le xii^ ou xiii*= siècle et à cette époque, ou à une époque plus reculée, sund n'aurait pu donner que sond. Enfin, sund est toujours du masculin ou du neutre, tandis que sonde, sonda est toujours du féminin. Il est donc évident que le fr. sonde ne vient pas du scand. sund.
Etymologie proposée.
Le fr. sonder vient du lat. vulg. *sufundare, composé avec sub et /mw- ■dare ; cf. soigner < *snfungi ( § XXVII), souiller <C *sufodiculare (§ XXIX), afr. soûler < *sufullare ( § XXXII).
Cette etymologie est facile à établir. Les verbes espagnols sondar et sondeur, qui signifient, comme le fr, sonder, (i) * explorer avec la sonde' (2) 'sonder une plaie ', (3) 'chercher à pénétrer les intentions de qqn', ont pour synonymes les doublets hondear et fondear. Hondear s'emploie comme terme de mer dans le sens de ' jeter la sonde, chercher à déterminer la profondeur de l'eau par le moyen de la sonde' et l'adjectif hondable équivaut à l'esp. sondable. Fondear signifie (i) 'jeter l'ancre ', idée analogue à celle de ' jeter la sonde ' ; (2) ' toucher le fond, s'ensabler' ; (3) * smtder une personne pour connaître sa pensée'; (4) ' examiner à fond une question ' ; cf. le port, fundar ' approfondir' au propre et au figuré ; fundear ' jeter l'ancre, aller au fond de l'eau ' ; l'afr. afonder ' couler à fond, être submergé, aller au fond d'une chose ' ; le hsiS-ht. fundare 'demergere' (1287, Du Cange), L'esp. sonda 'instrument pour déboucher les canaux, connaître la profondeur de l'eau, €tc. ' et ^ow^^/^^flt ' corde portant un plomb pour sonder' rappellent honda, qui, comme le ht. funda, signifie (1) 'fronde', (2) 'drague, cordage '■. Mais sonda, fr. sonde est post- verbal ; cf. le port, tomar a sonda. Il est intéressant de remarquer, en terminant, combien là
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signification propre de ce substantif dittère de celle du scand. sund avec lequel on a voulu l'identifier : sonde a désigné à l'origine l'action d'aller au fond de l'eau (cf. le nha. Senlélei) ; sund, l'action contraire, celle de nager, de se soutenir à la surface.