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XXXV. — Afr. aoschier

Etymologie à rejeter.

Bas-lat. *adoccare ' rtconvnr à& terre (le pied d'un arbre)' : Thomas, Ess. dephil. fr., p. 240 ; Meyer-Lûbke 188.

Dans les huit exemples recueillis par Godefroy, ce verbe revêt les formes aochad, aouchierent (deux fois)^ aouchient, aoscha, aoschierent (deux fois), aosquié. Ces graphies ne sont pas favorables à l'étymologie *adoccare, qui ne rend pas compte de Vs. Le verbe bas-latin occare signifie ' couper ', puis ' herser ', enfin ' chausser (un arbre) ', c'est-àdire en recouvrir le pied de terre : de ' recouvrir ' à ' étouffer ' il y a, selon M. Thomas, moins que rien. Mais occare arbores ne signifie pas * recouvrir les arbres ' ; et il y aloinde ' recouvrir de terre le pied d'un arbre pour l'empêcher de mourir ' à ' faire mourir en étouffant '.

Etymologie proposée.

L'afr. aoschier vient du lat. vulg. *adôfûscare, composé de Ôffûscare. Pour le préfixe on peut comparer adobriiere et adumbrare. Le primitif *adofuscare se conforme à la loi du § XXIV en passant par les formes *adohoscare >• *adooscare >> aoschier >> aoiischier.

Si l'afr. aoschier est exclusivement un terme biblique et s'il est spécialement employé pour traduire le verbe latin suffocare dans la célèbre parabole du Semeur, on sait que offiiscare, lui aussi, a appartenu, tout d'abord, exclusivement au latin ecclésiastique. Il n'y a qu'un pas entre

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offuscare ' couvrir d'obscurité ' et aoschier ' étouffer ' ; et ce qui prouve

que offuscare a fait ce pas, ce sont d'abord les expressions offuscare aures

et offuscare justitiam, citées par Du Cange, et ensuite cet exemple, que

je tire du Dictionnaire général :

L'esprit animal en tsX suffoqué on offusqué.

(Somme M* Gautier.')

XXXVI. — Fr. sortir, pr. sortir, it. sortire, esp. 5«r//r, port, siirdir, sordir.

EtymoJogies à rejeter.

(i) Lat. vulg. *surrectire (de surrectus, participe de sur géré) : Diez

Ce primitif aurait donné en français sourtir.

(2) Dérivé de sourdre <C surgere : Littré.

Même de surgit ( > afr. sourt) on ne pourrait tirer que sourtir.

(3) Lat. vulg. *exortire (de exortus, participe de exoriri) : Rônsch, fahrb. XIV, 175.

D'après Kôrting (3429), on n'a pas besoin de se donner la peine de réfuter cette étymologie. Mais elle est loin d'être méprisable, car exortus a donné en ancien français essort ' issue '. La seule objection qu'on puisse faire avec justice à *exortire, c'est qu'il aurait donné essortir.

(4) Lat. vulg. *sevortire, pour *sevortere, de vortere : Bôhmer, fahrb. X, 200. ,

(5) Lat. vulg. *sortire (de sortus, ^owr surrectus^ ' : Storm, ^. V, 183. Kôrting (3429) trouverait cette étymologie « très acceptable si l'on

pouvait croire qu'un verbe en -/Ve se soit développé d'un participe».

(6) « Origine incertaine : il est probable que c'est étymologiquement le même mot que sortir ' obtenir par le sort ', mais le rapport de sens n'est pas exactement déterminé » : Dictionnaire général.

Diez repousse cette étymologie comme logiquement impossible. Kôrting est disposé à croire que notre verbe a été tiré de *siirctus ou * sortus sous l'influence de * sortire < sortiri. M. Meyer-Lûbke (81 10) voit le point de départ de *sortire ' herauskommen ' dans sortitus ' ausgelost, durch das Los herausgekommen '.

I . Cf. « Surregit et sortus antiqui ponebant pro surrexit et ejus participio, quasi sit surrectus, quibus L. Livius fréquenter usus est. » (Festus, p. 297, éd. MûUer.)

SO RECHERCHES ÉTYMOLOGiaUES

Le fr. sortir * aller hors ' vient du kt. vulg. *stibortire, formé sur subortus, participe de suboriri. Sortir est ainsi analogue à Tafr. sorner <C subornare (v. § XXXVII) et à l'afr. sorer < subaurare (v. § LXIII). Le fr, catir et l'afr. mortir et ahatir (v. § XLVII) prouvent qu'un verbe en -ire peut parfaitement venir d'un participe et que Kôrting se trompe en croyant le contraire. Mais ce qui est plus important, c'est que abortus, participe deaboriri, a donné le bas lat. abortire (Vulgate : Job xxi, lo), le pr. avortir, abordir, le sarde avortire et toute une série de verbes dialectaux en -ire (v. Meyer-Lûbke 38). Comme subortus est un pur synonyme de surrectus, on peut se demander si le sortus dont parle Festus ne vient pas de subortus ; Festus n'identifie pas sortus avec surrectus, il nous dit seulement que sortus remplaçait ce dernier. Puis, surrectus ne se serait-il pas réduit à surtus, plutôt qu'à sortus, avec 0 ouvert ? L'w se maintient intact dans les autres parties du verbe. Il n'y a pas trace de sortus dans le participe des représentants populaires de surgere ; les formes italiennes surgo, sursi, surto, surgere se conforment au type de torco, torsi, torto, iorcere ; le provençal et l'ancien français, préférant le type de ardeOy arsi, arsum, ardere, remplacent surrexi et surrectum par sors >> fr. sours. L'it. insorto ' insurgé ' cité par Storm ne prouve rien, car l'o italien représente constamment Vu latin et l'italien a aussi les formes sor gere, sorgente. Enfin, quand même surrectus se serait métamorphosé en sortus, il est peu probable que ce dernier eût subsisté dans la langue vulgaire qui abhorre les formes isolées.

Le plus ancien exemple d'un représentant de cette famille se trouve au vers 2341 de la Chanson de Roland :

Cuntre le .ciel amunt est resorlie.

Gautier traduit : « L'épée remonte en amont vers le ciel. » Cet emploi de resortir, qui est assez fréquent dans l'ancienne langue (cf. ressort ' rebondissement ' ) ; puis le sens des verbes espagnol et portugais : ' jaillir, sortir de terre ' ; enfin celui du verbe provençal : ' sauter ', tout cela indique assez que notre verbe a eu en latin vulgaire le sens ào. suboriri. On a déjà expliqué amplement (v. Scheler) le passage d'idée entre ' sortir de terre ' et ' aller hors d'un lieu ' ; cf. aller (§ LXXIX). Mais ce qu'on n'a pas encore remarqué, c'est que l'afr. resort ( > angl. resort), ressort, qui a le sens de ' sortie ', a dû s'appuyer sur essort * issue, sortie, débouché ' dans lequel il est impossible de ne pas reconnaître le lat. class. exortus. Ajoutez à cela que suboriri signifie aussi ' provenir ' et que le fr. sortir est signalé dans ce sens de bonne heure.

RECHERCHES ÉTYMOLOGIQ.UES 8l

XXXVIL — Fr. sornette, afr. sortie, sorner.

Etymologies à rejeter.

(i) Cymr. swrn * bagatelle ' ou bret. sorchen ' bavardage ' : Diez68o.

(2) Lat. Saturnus >► afr. sortie * crépuscule * d'où sornette : Kôrting

Le Dictionnaire général dédire l'origine de l'afr. 5or«^r inconnue.

Etymologie proposée.

L'afr. sorn£r ' railler, berner ' vient du lat. subornare 'orner, équiper, fournir, préparer secrètement ; inciter clandestinement, suborner ' ; cf. le fr. sombre <C sub unibra.

Il n'y a qu'une nuance entre l'idée de suborner et le sens que prend sorner dans cet exemple :

Au monde ne avons esté nées

Pour estre allyees a vous ;

Se ne debvons estre sornees

De vous motz gracyeulx et doux. ,

(Causes du déluge, dans Mistr. du Viel Testam., p. lxxix, A. T.)

Pour passer de suhornare à sorner, on n'a qu'à supposer cette filiation des idées : ' mettre dans les dispositions qu'il faut, en employant des appâts clandestins ' > ' mettre dans les dispositions qu'il faut, en disant des choses inventées à plaisir' >' duper, railler, berner, se moquer de '. On reconnaît bien dans sorner l'œuvre du vieil esprit gaulois qui a fait dire à Rustebuef : Quant famé a fol, s'a son avel, et qui oppose à l'angl. abuse * injurier ' le fr. abuser ' tromper '. Il n'y a pas loin de l'afr. sorne ' conte inventé à plaisir pour tromper, raillerie ' à sornette ' propos vide de sens '. Godefroy donne à sorne le sens de * entreprise périlleuse ' dans cet exemple :

Si rabaissez, Anglais, vos cornes, Car jamais n'aurez bon gibier En France, ne menez vos sornes :

Matez estes en Teschiquier.

(Christ, de Pis., Ditié sur la pucelle.)

Je serais d'avis de traduire : * entreprises clandestines, ruses, tours '.

RECHERCHES ETYMOLOGiaUES

XXXVIII. — Fr. ahaner ( > it. affannare ; pr., esp., port, afanar),

afr. Janvoulage.

Etymologies à rejeter.

(i) Onomatopée (a)han, cri que les ouvriers laissent échapper avec une respiration pressée en donnant de toute leur force un coup de hache, de marteau à deux mains, etc. : Diez 7.

Korting (206), M. Meyer-Lûbke (252) et le Dictionnaire général supposent un \>nm\ûî* afannare(K6ïXir\g: *adhanare ou *adfanare\ d'origine inconnue. Si, en même temps, M. Meyer-Lûbke ne rejette pas entièrement l'onomatopée ahan, il n'explique pas comment/ aurait pu sortir de h.

(2) Cymr. afan ' querelle, trouble ', mot employé une seule fois et qui aurait pu être emprunté du roman : Diez 7.

Le doute qu'exprime Diez est confirmé par Thurneysen, Keltoromanisches, p. 30.

Etymologie. proposée.

Nous avons vu au § XXIV que Korting, M. Meyer-Lûbke et les auteurs du Dictionnaire général veulent que /ne devienne pas h en français ; après cela, on s'étonne de les voir poser pour ahaner le type *ûfannare, *adfanare, sans même en relever l'irrégularité. L'étymologie que je propose : ahaner <C lat. vulg. *avannare, de vannus ' van ', paraîtra au premier abord d'une irrégularité encore plus choquante, car toutes les grammaires historiques enseignent que v initial se maintient intact en français, sauf dans les quelques mots où il devient gu sous l'influence de certaines formes germaniques. Néanmoins, ahaner vient de *avannare par un développement tout à fait régulier, comme je vais le prouver en établissant la loi suivante : Entre deux voyelles identiques en latin vulgaire, î etv (fnéme s'ils ont été initiaux à l'origine) passent (v par l'intermédiaire de f) en gallo-roman à h qui disparaît si les deux voyelles restent identiques ou sont labiales et qui se maintient dans les autres cas. Les causes qui ont empêché d'observer la loi formulée au § XXIV ont obscurci également l'opération de la loi que je viens de formuler et que servent à établir, outre l'étymologie de ahaner, les articles XXXIX — L, LU, LV, LXXIV, LXXVI — LXXXIV, LXXXVI — XCI. C'est par suite de la nasalisation de la voyelle du radical que h persiste dans

ahaner. Le lat. class. vannere ' vanner ' et evannere ' rejeter (la balle) en vannant, rejeter ' ont été remplacés pzY*azwînare d'où le port, abanar

* vanner, éventer, secouer, chasser '.Le î/ de *avannare a passé à /dans le domaine français avant le milieu du ir siècle, car on peut être sûr c{\ie\Qmot afannae qu'emploie Apulée {Met. 9, 10 et 10, 10) pour dire

* paroles vides de sens ' dérive de ce verbe et signifie proprement * balle qu'on rejette en vannant ' ; cf. le fr. baliverne (§ XXII) et l'afr. fanvoulage ' baliverne ' (plus bas). Selon Kôrting (206), afannae n'a rien à voir avec ahaner, mais en traduisant afannae par « leere Ausflûchte » il appuie à son insu l'étymologie qu'il rejette '. L'it. affannare et le pr., esp., port, afanar sont des importations gallo-romanes.

Cette étymologie trouve un appui dans le lyon. affanures ' gain obtenu par un fravail de peine et spécialement la portion que les moissonneurs et batteurs de blé prélèvent pour leur salaire ' ; ce mot, qui est identique à l'afr. ahanures 'terre labourable ', rappelle le fr. vannures ' matières séparées du grain par le vannage ' et le port, abanadura

* ventilation, agitation '. On tire Vangl. fan, ags. fann ' van, éventail ' directement du lat. vannus, mais si ce substantif a à.onné fan en galloroman sous l'influence du verbe *afannare Çd. faner, § XXXIX), il est plus que probable que l'anglo-saxon a emprunté fann du gallo-roman ; le participe /a««fl/05 ' vannés ', qui suppose fannare, se trouve dans le Domesdei (1086 ; Du Cange). Fan persiste dans l'afr. fanvoulage ( <C vanni-volaticiinï) qui, comme le lat. afannae, signifie ' baliverne '. Fanvoulage fait penser que l'afr. vanvole, qui a le même sens, vient de vanni-vola et que les formes ventvole, ven^vole, venvole, qui se prononçaient exactement comme vanvole, sont dues à un rapprochement populaire avec vent ; c'est-à-dire que vanvole * ce qu'on fait voler en vannant, balle qu'on chasse en vannant ' aurait pris par étymologie populaire le sens de ' ce qui vole au gré du vent '. — La forme simple haner s'explique comme heurter (§ XXIV), hurer (§ XXV), humer (§ XXVI).

Toute l'histoire du verbe ahaner est renfermée dans ces petits vers

exquis par lesquels Joachim du Bellay termine la chanson d'un Vanneur

de blé, aux vents :

De vostre douce halaine Eventez ceste plaine Eventez ce séjour ; Cependant que ]'ahanne ^ A mon blé, que je vanne

A la chaleur du jour.

I. On trouve dans le Thésaurus à l'historique du mot afannae cette note : « a Grscis tractum videtur, qui eti; 'Açivaç locutione utebantur êTtl xwv àST^Xwv xa; èxxcTOTmfxéviov, V. Ribbeck, Leip:^^. Stud., 9, 337 et cf. apinz, »

84 ItECHERCHES ÉTYMOLOGIQUES

Ces vers inondent de lumière l'it. afa ' un certo affanno che per gravezza d'aria, o soverchio caldo, pare che renda difficile la respirazione ' ; cf. Fit. affannato, afr. ahané, enhané ' essoufflé '. Voici les sens les plus importants des verbes dont il s'agit : afr. haner ' labourer, cultiver ' ; ahaner * se fatiguer, travailler, faire un effort pénible, s'évertuer, labourer, tourmenter ' ; Jura, Pontarlier : afannai ' gagner par le travail ' ; Forez : afanâ ' gagner péniblement, faire difficilement une chose' ; it. affannare ' se tourmenter, se chagriner, éprouver de l'anxiété, s'évertuer, tourmenter, vexer ' ; port, afanar ' se fatiguer, travailler péniblement, gagner péniblement ' ; esp. afanar ' se donner du mouvement, se donner beaucoup de peine, labourer, travailler avec excès ' ; afanarse * se fatiguer, avoir -bien de la peine à force de travailler'. Je conçois la filiation des sens comme il suit : (i) ' vanner ' > ' se fatiguer à force de vanner ' >- ' se fatiguer à force de travailler ' >► ' se tourmenter ' ; (2) * vanner ' >• ' s'évertuer, se donner du mouvement, faire du travail pénible ' >- ' labourer ' >> ' cultiver ' ; (3) * vanner du blé dont on reçoit une certaine proportion comme salaire ' >> ' gagner du blé en vannant' >> 'gagner péniblement '. On lit dans Du Cange (s. v. affanator) : « In territorio Dumbensi ajjanator sumitur pro eo mercenariorum génère, quorum merces solvitur frumento, siligine, avena vel aliis rébus, quae usu consumuntur ; unde rustici illius provinciïe etiamnum dicunt : J'ai affané dix bichots de bled, id est, decem frumenti mensuras opéra mea lucratus sum. » Pour mettre le sceau à cette étymologie, je ferai remarquer, en terminant, que dans le parler populaire le fr. vanner signifie ' fatiguer, harasser ' : Vous paraisse:(^ vannée de fatigue, ma fille. (G. Sand, Claudie, I, v.) Vanné par excès ^ de travail. (Ch. Virmaitre, Dict. d'Argot).

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