XLIV. — Fr. haire
Etymologies à rejeter.
(i) Aha. hâra 'tissu de crin ou de poil', de hâr, 'chevelure* Diez 609.
RECHERCHES ÉTYMOLOGiaUES 97
Comme la forme haire est attestée dès le x^ siècle, ce primitif n'est pas admissible.
(2) Ane. francique *harja (aha. harra, hairra) ' saccus linteus ', de haru ' lin ' : Schade (s. v. harra), Mackel 51, Meyer-Lûbke 4048, Kôrting 4492.
La forme hairra de l'ancien haut-allemand trahit l'emprunt. Selon le Dictionnaire général, haire est emprunté de l'aha. *haria qui se rattacherait au nha. Haar ' chevelure '.
Etymoîogie proposée.
Le fr. haire signifie (i) ' chemise faite d'étoffe grossière qu'on porte sur la peau pour se mortifier ', (2) ' étoffe grossière pour les brasseurs ', (3) ' première forme que présente le drap quand les poils ne sont pas encore serrés et égalisés par le foulage '. Ce mot vient du lat. vulg. *afacere > ahaire > aaire > aire (v. § XLII et § XLIII). L'afr. afaitier ( <! *afactare) possédait le sens de ' fouler ' : Folons ou afaiteeiirs dedras. {Digestes, ms. Montp. H 47; G.) Lé verbe afaire a dû partager ce sens dans la période prélittéraire. La signification primitive de haire est * à faire, à afaitier ', c'est-à-dire ' qui n'a pas encore été foulé', Hairement ' premier foulage ' est le même mot que l'afr. afairement, airement (v. § XLII). Dans l'ancienne langue, haire signifie aussi 'douleur, peine, tourment, ennui, embarras'. On y voit une acception figurée de haire ' chemise qu'on porte par esprit de mortification'. Mais pour haire, comme pour discipline 'instrument de flagellation pour se mortifier ', c'est le sens abstrait qui est primitif. Pour montrer que haire est ici synonyme de affaire il suffit de ces exemples : Qiie pouvois je luy donner de pis, pour bien le tourmenter et le mettre en affaires (Cholieres, Apresdinees, II, G. ) ; tirer qqn d'affaire ; le malade est hors d'affaire ; se faire une affaire {Dict. ge'n.).
Et vous, mère Dieu débonnaire, Jettez me hors de ceste haire.
(Mir. de N.D., XV, 4S9-)
Amours l'assaut qui maint amant fait haire.
(Auberon, 995.)