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XLV. — Fr. souhait, afr. hait

Etymologie à rejeter.

Anor. heit ' promesse, vœu ' : Diez 609, Mackel 117, Meyer-Lûbke 4096, Kôrting 4535, 9164.

Diez rapproche de l'afr. a hait ' à souhait ' ' le lat. votum ' promesse, désir, souhait ' ; mais il regarde évidemment heit comme un pis aller. Mackel s'exprime également avec une certaine réserve. Le Dictionnaire général déclare catégoriquement que l'afr. hait ' disposition morale ' est un mot d'origine germanique.

L'afr. ahait * bonne disposition ' vient du lat. vulg. *afactus, forme refaite du lat. class. affectus qui est déjà admise pour l'afr. afaitier <C *afactare, pour affectare. La loi formulée au § XXXVIII veut que h <CJ tombe dans ahait, mais l'analogie des formes simples hait, haitier, qui s'étaient dégagées des composés ahait, ahaitier (cf. fait, faitier, afait, afaitier), a empêché le plus souvent la chute de Vh ; cf. dehors (§ XXIV), haire (§XLII, $XLÏV), ahatir (§XLVII). Cependant les formes régulières se trouvent employées : ait ' empressement ', aite ' besoin ' (cf. l'afr. faite ' façon ', afaite ' conjoncture '), aaitier ' faire plaisir à ', aitié * bien portant '. Le substantif ^zV, qui manque dans Godefroy, ainsi que dans les dictionnaires étymologiques de Diez, de Meyer-Lûbke et de Kôrting, se rencontre aux vers 1184 et 1844 de k Chanson de Roland :

Brochent ad ait pur le plus tost aler. Puignent ad ait tuit li barua de France.

Dans son édition du Roland, Gautier mentionne à titre de conjecture les primitifs actus et aptus, mais ad ait, que Gautier traduit ' vivement ', n'est qu'une forme variée de l'expression très usitée a hait ' avec ardeur, avec empressement '. Le verbe simple haitier rend inutile le composé a(Jj)aiiier, qui par conséquent lui cède la place ; haitier est ainsi analogue aux formes heurter (§ XXIV), hurer (§ XXV), humer (§ XXVI). Si haitier ne s'était pas dégagé du composé ahaitier ou s'il n'avait pas été

I . Diez confond a hait avec a son (mon, vostre) hait ; a hait ne signifie pas ' à souhait ' (v. plus bas).

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synonyme de ce dernier, la forme ahaitier se serait réduite dans la période prélittéraire à fl/f/cr ; cf. aire (^'KLn).

Je tire du Thésaurus et de Godefroy les définitions suivantes," qui établissent sans contredit l'identité de Tafr. hait et du lat. affectus : (i) affectus ' animi habitûs'; hait 'disposition, humeur, caractère'; (2) affectus ' propensa voluntas, amor, dilectio ' ; hait ' envie, souhait, désir ' ; (3) affectus ' animi commotio ' ; hait ' ardeur, courage '. Si l'afr. hait, à la différence du lat. affectus, signifie encore ' joie, plaisir, gré, allégresse ', c'est que hait a subi une extension in meîiorem partem par opposition à son contraire dehait ' malaise physique et moral, découragement, chagrin, tristesse '. Godefroy avait d'abord donné également au substantif J^(i)/;ûf/nes sens de 'malheur, malédiction, damnation', mais il a reconnu plus tard(v. Errata, voL VIII, 355), conformément aux observations de Gaston Paris ÇR. XVIII, 469), que ces sens n'appartiennent qu'à l'interjection dehait, où il faut voir une contraction de la formule dehé ait comme le montrent ces exemples :

Dehatt qui le desfiera !

{Rom. de Thèbes, Constans, Lég. d'Œdtpe, p. 222.)

Sire, dehait qui croira vos sermons f

(Thibaut IV, Chanson, p. 96, Taibé.)

L'interjection dehait ayant ainsi pris la force de dehé, on dit quelquefois dehait ait par analogie avec dehé ait :

Dist Oliviers : Dehait ait lî plus lenz.

(Roland, 1938.)

On trouve dans Godefroy l'adjectif û?^/7az7 ' gai, joyeux, leste, alerte '. Cet adjectif a son origine dans l'expression adverbiale de hait ' d'une manière alerte, de plein gré, de bon cœur, avec ardeur, vivement ', comme le prouve le fait que dehait est invariable et qu'il s'emploie adverbialement. L'adjectif dehait est ainsi parallèle à débonnaire <. de bon aire.

On trouve également dans Godefroy et même dans le Lexique de Bonnard et Salmon : « dehait, substantif masculin, joie ; dehaitier, verbe, recevoir avec joie, fêter ; se dehaitier a, prendre plaisir à, s'empresser de. » On a mal compris ces mots. Voici les exemples où l'on donne à dehait le sens de ' joie ' :

Oncques mais je n'euz hoste tel, Car chrere me fit et dehait Et si fuz servi a souhait.

(Cheval, delib., Ars. 5117.)

Victoire aux femmes, et dehet !

(Farce d'un chaudronnier. Ane. Th. fr., II, 109.)

Il est manifeste que l'expression et dehait (dehet) veut dire ici ' et cela de bon cœur ', c'est-à-dire que dehait (dehet\ est adverbe et représente de hait comme dans les exemples suivants :

Et beurent d'autant l'un a l'aultre dehayt, en signe de perfaicte reconciliation.

(Rab., I, 4, c. 5, éd. 1552. Paris.)

Le jeu d'amours elle faisoit dehect Autant et myeulx que femme sur la terre. (R. de Collerye^ Complaincte de la partye que faici ung amy de son amye, Bibl. elz.)i

Voici maintenant l'exemple où dehaitier (Godefroy, II, 477) est supposé signifier ' fêter ' : 20 frans a Jehan Vincent de deniers des aydes de la prevostey de St Mihiel por certains froment et avoine qui fut delivrey liquels furent meneis au Pont dairnierement quant Mgr y fut dehesties. (1382,. Arch. Meuse, B 1041.) Pour corriger la traduction ' fêter ', je n'ai qu'à citer cet autre exemple où Godefroy (II, 594) traduit dehesties par ' malade, indisposé ' : Pour certain froument et avoine qu'il at delivrey, liquel:!^ furent meneis au Pont d'Arcijietnent, quant Mons. y fut dehesties. (1384, Compt. de S. Mihiel, Arch. Meuse.) Dehesties signifie certainement ' malade ' dans tous les deux exemples. De même, se dehaitier a veut dire non pas ' prendre plaisir à ' ni ' s'empresser de ', mais ' se rendre malade, s'incommoder, s'épuiser ' : .

Chacun la veult, la désire et soubhaite, A la suyvir tout homme se dehaite.

(Cl. Marot, Temple de Cup., éd. 1538.)

Donc, dehaitier a toujours un sens défavorable : ' attrister, afiîiger, désoler, décourager, indisposer, incomtnoder ', c'est-à-dire qu'il est le contraire de haitier ' mettre en bonne santé, guérir, donner de la force, de l'ardeur à, faire bonne chère, bon accueil à, caresser, réjouir ', et intransitivement * faire plaisir, s'amuser '. Comme terme de mer, haitier s'employait dans un sens qui rappelle le verbe savant affecter ' toucher ' : Que vous haite ce temps ? ' Que vous semble de ce temps ? ' Il n'y a pas loin entre se haitier défaire une chose ' être allègre à la faire, se hâter de la faire ' et s'afaitier de faire une chose ' se mettre en état de la faire, se disposer, se préparer à la faire '. Dans le patois de Rennes, hêter est synonyme de afaitier ' ajuster, arranger, parer ' : Tes hannes te hêtent-elles bien ? ' Tes culottes te vont-elles bien ? ' Efi Bretagne, se haitier signifie * s'habiller ' ; l'afr. s'afaitier avait le même sens.

RECHERCHES ÉTYMOLOGIQUES lOI

XLVI. — Fr. aise ( > pr. ai:^e, it. agio, port, a^o, angl. ease).

EtympJogie à rejeter.

Lat. adiace?îs : Thomas, Essais de phil.fr., 207 ; Meyer-Lûbke 168 ; Kôrting2i5.

Il n'est pas besoin de citer les autres hypothèses émises sur l'origine du mot aise. La notice de M. Thomas, remportant tous les suffrages, a fait oublier même « l'explication en quelque sorte classique » de aise par ansium, due à M. Bugge, et est devenue, à son tour, tout autrement classique. Il n'en est pas moins certain que aise ne vient pas de adiacens. La phonétique oppose à cette étymologie une barrière infranchissable. On peut s'en convaincre en lisant le passage suivant où M. Thomas s'efforce de surmonter cet obstacle :

(< Aussi loin que les textes connus nous permettent de remonter, le français nous présente la forme actuelle aise. Cette forme peut-elle dériver régulièrement d'un type aiace ? Je n'y vois pour ma part aucune objection. Il me semble qu'on peut appliquer au français ce que j'ai dit pour le provençal de l'a posttonique. Quant au c latin, il est représenté en français par s douce (et non par s dure comme dans puce), parce que sans doute la chute de la posttonique de aiace, aiece, s'est produite plus tard que celle de pulece. »

Cette explication de Y s de aise n'est pas soutenable. Dans le proparoxyton aiece, comme dans pulece, c serait devenu primitivement Is et de ce groupe il est impossible de faire sortir s douce ; quand bien même la posttonique ne serait pas tombée, Vs serait restée dure, comme le prouve le mot menace.

Etymologie proposée.

Si V'mûmûî afaire se réduit à. aire (v. § XLII), il est manifeste que le participe présent *afaisant et l'imparfait *afaiseie, *afaisiiens, etc. deviennent en même temps aisant, aiseie, aisiiens, etc. C'est dans ces dernières formes qu'il faut chercher l'origine de l'ancien verbe aisier. Tandis que les formes du présent de l'indicatif fl;^ ( <C *afa:0, ais ( < *afais), ait ( < *afait), aimes ( < *af aimes), etc. étaient remplacées par aire, aires, airet, airons, etc. sous l'influence de l'infinitif aire ^ airier tx des formes conditionnelles et futures, elles devenaient aise, aises, aiset, aisons, etc. par l'analogie du participe présent et de l'imparfait. Je n'ai pas besoin de faire remarquer que la forme aisier est à aisant et à aiseie, etc. ce que la forme baisier est à baisant et à baiseie,

102 RECHERCHES ÉTYMOLOGiaUES

etc. Le substantif aisance <C afaisance (v. plus bas) servait d'appui aux formes verbales aisant, aiseie, etc. et assurait ainsi la création du verbe aisier. Comme /passe à ^ avant de disparaître entièrement, la forme ahaise du Livre des rois (Le Roux de Lincy, 66^ vient confirmer cette étymologie. Le substantif aise ' commodité, bonne santé ' a dans le v&rht aisier^ accommoder, se restaurer', s'aisier' jouir des commodités de la vie ', une origine parfaitement régulière pour la forme et pleinement satisfaisante pour le sens. Quant à l'adjectif aise, Gaston Paris y voit avec raison une contraction de la locution a' aise. Evidemment, cet adjectif n'existait pas encore à l'époque où l'anglais emprunta les substantifs ease, easement, le verbe ease et l'adjectif m^}» ( <C aise) ; le mot ease n'est jamais adjectif. Mais l'explication de Gaston Paris trouve sa confirmation surtout dans ces deux faits que l'adjectif français s'écrit tout d'abord aaise et que aise est tout d'abord plus souvent adverbe qu'adjectif. On peut observer une formation analogue dans l'afr. dehait ' gai ' et ' gaîment', qui représente de hait (v. § XLV).

Sur la question du rapport du fr, aise avec les formes provençale, italienne et portugaise, M. Thomas me semble peu conséquent : tout en avouant que son étymologie ne peut convenir ni à l'it. agio ni au port, a;(o, il déclare que « toute proposition qui ne conviendra pas en même temps à la phonétique française et à la phonétique provençale devra être rejetée. » Pourquoi faut-il que le pr. ai:(e soit originaire de Provence ? Le provençal a emprunté du français plusieurs autres mots également importants. Enfin, ce qui nous autorise à regarder 1^ pr. ai:^e comme une importation française, c'est d'abord le fait que ai:^e reproduit exactement le fr. aise et ensuite cet autre fait, très important, que le provençal a emprunté l'afr. aire <C afaire (v. § XLII). Il est donc manifeste que la phonétique nous permet de voir dans le verbe *afacere, forme refaite du lat. class. afficere, la source de tous les mots de la famille de aise.

L'étude des sens de ces mots établira avec certitude cette origine. Le verbe aisier signifie surtout (i) ' donner ce qui est nécessaire ', (2) ' fournir, satisfaire ', (3) ' soulager ', (4) ' accommoder '. Pour montrer que le lat. afficere a tous ces sens, il suffit de ces exemples : afficere aliquem lucris (Plante, Am., prol. i) ; afficere aliquem bonis nuntiis (id., ib., 8) ; prœda atque agro adoreaque affecit populares suos (id., ib., I, 1) ; luce locum afficiens (Varro ap. Nonius Marc, 520, 3) ; aliquem honoribus afficere (Cic, Mil., 28, 80) ; aliquem lœtitia afficere (id., ib., 28, 77) ; afficitur beneficio (id., Agr., 1, 4, 13). Il y a entre afficere et aisier cette différence que le verbe latin peut prendre un sens défe-vorable, comme dans l'expression servitute afficere, tandis que le

verbe français s'emploie exclusivement en parlant de ce qui est conçu comme désirable. Cette restriction des sens du verbe est trop naturelle et trop conforme au caractère analytique de la langue française pour que j'aie besoin d'en citer de parallèles. Mais il est curieux de remarquer l'analogie frappante qu'offre l'ancien verbe haitier. Ce verbe, qui est formé sur le participe passé du lat. afficere (v. § XLV), nous est présenté comme synonyme du verbe aaisier dans le plus ancien exemple de ce dernier que Godefroy enregistre :

De celé chambre isseit à ore de mangier, Ne mie pur sun cors emplir et encreissier ; Mes pur ço qu'il voleit sa meisnie heitier. Les povres fameillus veier et aeiser.

(Garnier, Vie de saint Thomas, 3826, Hippeau.)

Le manuscrit cité par Godefroy paraît présenter la forme heiser, pour aeiser ou aheiser. Les verbes aaisier ( <C ahaisier^ et haitier ont aussi une même signification dans ces exemples :

Forment se peine la comtesse De son oste moult aesier.

[Fabl., Richel. 19 15 2, p. 226 ; G.)

Son bon hoste doit on haitier.

{Prov. du XV* s., dans Godefroy.)

Même le verbe afaitier, ce doublet de haitier qui garde son / par l'analogie du mot fait, partage avec aisier le sens de ' accommoder '. Voici deux exemples où ces verbes sont synonymes :

Et ilec se fist aisier et appoinctier par sururgiens.

(Godefroy, s. v. aisier.

Li prevoz de Paris... a pourveu et ordenné que nul cyrurgien... nepuist afetier ne fere afetiei par lui ne par autrui nul blecié.

(Godefroy, s. v. afaitier.')

Au lieu de multiplier inutilement les analogies entre les verbes aisier, haitier et afaitier, je rappellerai ensuite le verbe portugais afaT^er-sô ' s'accoutumer, s'habituer ; se conformer ', et le verbe italien afarsi * convenire bene una cosa, addirsi, confarsi ' où l'on retrouve la même idée de ' accommoder, faire convenir '. Enfin, dans les expressions il a son affaire, c'est bien mon affaire, le mot affaire signifie ' ce qu'il faut à, ce qui convient à ' et, autrefois, une personne était aisiée quand elle avait son affaire.

Examinons maintenant les raisons que M. Thomas cite à l'appui de son étymologie et qui pourraient paraître infirmer celle que je propose. Dans les exemples rapportés par Du Gange aux articles aiacis, on

trouve les formes aiace, agice, aice, ai-^e, aÎT^um ; et M. Thomas voit dans ai:(e une forme romane, dans aiT^um une forme latine refaite à l'aide de la forme romane arbitrairement affublée d'une terminaison en um. Mais comme r et ;( représentent tous les deux ts dans le plus ancien français et aussi dans le latin des auteurs français de la même époque, il est manifeste que, si ai:(e et ai:(iim sont synonymes de aice, ils pourraient avoir leur source dans ce dernier tout aussi bien que dans le fr. aise ou le pr. ai^e. Quels sont cependant les sens de ces deux formes bas-latines ? Suivant Du Cange et les Bénédictins qui l'ont réédité, M. Thomas reconnaît au bas lat. aiacis, aice, deux sens distincts : (i) un sens géographique où les historiens identifient Vaiacis tantôt avec la vicaria, tantôt avec le comitatus ou pagus ; (2) ' prsedium, domus cum horto, terris, vineis, etc., idem fere quod mansus ' ou ' possession fractionnaire de la villa '. Les Bénédictins et M. Thomas veulent que les formes ai:(e et aiT^um aient le sens géographique de aiacis dans les exemples suivants :

(i) Et sunt sitas ipsce res in pago Arvernico, in villa quae vocatur Maticara, in ai:(e Catiracensi.

(ii) Sunt autem sitae ips^e res in pago Arvernico... in ai:(e Messiacensi, in loco cui vocabulum est adBoscum.

(iii) Et in ipso ai^o mansos duos, qui vocantur Puco-navato cum omni sua integritate... et in ipso flî:^o in villa qua; dicitur Ravacus, mansos duos cum appendiariis tribus.

Mais Vai:{e ou aÎT^um du premier et du dernier de ces exemples est manifestement contenu dans la villa et il en est sans doute de même pour Vai7;e du deuxième exemple. Il est donc probable que les mots ai7;e et ai:(um n'ont jamais le sens géographique du mot aiacis. Dans le sens 2, que les Bénédictins rendent également par le fr. censé, ferme, M. Thomas signale les formes aice, ayce, ai:(e, ai:(um, aicium., aise. Ici je ferai remarquer trois choses : ( i °) que dans ce sens les mots aise, ai:(e et ai:(iim ont pour synonymes, dans le latin du moyen âge, les mots affare,affarium,affaiio,faisio,fasio,fa:(io,fa:(enda,facienda,fasenda,faclnm, factus, et, en roman, l'esp. hacienda et le port, fa^enda ; (2°) que toutes ces formes synonymes, et surtout affare, affarium et affa:(io, viennent à l'appui de l'étymologie que je propose ; (3°) que dans l'exemple suivant, affarium se trouve employé dans un sens qu'il est impossible de distinguer de celui que possèdent ai:ie et m^^um dans les trois exemples où les Bénédictins et M. Thomas les regardent comme des termes géographiques : Item quandam parraneam sitam in affario del Bosco (Du Cange).

RECHERCHES ETYMOLOGIQ.UES -105

M. Thomas cite des textes latins où aisium et ai:(e signifient ' dépendance ' et sont, par conséquent, synonymes des mots adiacentia, appendaria, appenditia, pertinentia. Mais les dérivés de facere partagent ce sens aussi, comme cela peut se voir par ces exemples que je tire de Du Cange : Item appendariam sive fa:(endam de Comba meira (s. v. fa^endà) ; qux affa^to superiiis confrontata movet de fundalitate nobilis Johannis Chati (s. v. affaT^io). Ajoutons que si aise tire son origine du verbe afficere, ce sens de ' appendaria ' lui appartient en propre.

A la suite de Darmesteter, M. Thomas cherche à faire valoir les gloses de Raschi :

L'exemple le plus ancien de l'emploi en français du mot aise nous est fourni parles laaiim de Raschi, qui remontent, comme on sait, à la seconde moitié du xi^ siècle. Arsène Darmesteter en a parlé en termes qui sont trop en faveur de notre manière de voir pour n'être pas reproduits textuellement. Les voici :

' Ailleurs ce sont des sens nouveaux que nous indiquent les Laazim. Ainsi aise ' signifiant espace vide aux côtes de quelqu'un, d'où les expressions être aux aises ' de quelqu'un, c'est-à-dire à côté de lui, et être à son aise, proprement avoir * de hi place pour remuer ses bras, et par suite être libre, pouvoir agir librement'.

En note, Darmesteter signale les passages de la Bible que Raschi a glosés en employant le mot aise, et il ajoute : « Cette acception jette un jour nouveau sur l'étymologie du mot. Evidemment, le sens abstrait dérive ici du sens concret et c'est dans un mot signifiant lieu, espace, qu'il faut rechercher l'origine de aise. »

Mais M. Thomas n'est pas entièrement de l'avis de Darmesteter. Au bas de la page, il commente ainsi son texte : « Il faut reconnaître que les exemples de Raschi ne sont pas aussi clairs et aussi formels que l'a dit Darmesteter... Il n'en reste pas moins acquis que l'exemple i" nous montre aise employé par Raschi au sens de ' place, cadre ', qui convient très bien au sens géographique de aice, et que les exemples 2° et 3° mettent en lumière l'idée de ' proximité matérielle ', qui est propre au verbe latin adiacere, souche du mot aise. » Nous allons voir que ces trois exemples s'expliquent bien plus naturellement par l'étymologie que je propose. M. Thomas les cite ainsi :

1° Nombres, II, 17 : a son aise ; hébreu al yado ; Vulgate singuli per loca et ordines suos.

2° Samuel, I, xix, 3 : a mes aises ; hébreu el yad ; Vulgate stabo juxta pat rem- meum.

-}° Samuel, 11, xiv, 31 ' : âmes aises ; hébreu al yadi ; Vulgate agrum Joab juxta agrtim meum.

J'admets que, dans le premier exemple, a son aise signifie à peu près ' à sa place, à la place qui lui convient '. M. Thomas cherche àexpli-

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