I. Lisez }o
I06 . RECHERCHES ÉTYMOLOGiaUES
quer ce sens par le sens géographique du mot aice, mais il y a une différence immense entre l'idée de ' circonscription territoriale ' et celle de ' place qui convient à une personne ' et c'est justement le sens vaste de aiu qui le rend peu propre à signifier ' place '. Au contaire, cette première glose trouve une explication pleinement satisfaisante dans la signification propre du mot aise : ' commodité, convenance '; cf. l'it. affarsi ' convenire bene una cosa'. Dans cet emploi, aise ressemble beaucoup à l'afr. covenant. Je citerai d'abord le contexte de la glose de Raschi et ensuite deux exemples de covenant tirés de Froissart :
Ensuite le tabernacle d'assignation partira avec la compagnie des Lévites, au milieu des compagnies qui partiront comme elles seront campées, chacune en sa place, selon leurs bannières. (Nombres, ii, 17 ; Ostervald.)
Il se partirent de Bourdiaus en bon arroy et en grant convenant. (Froissart, Chron., III, 74.)
Et y furent et François et Engles, cescuns en son convenant, très bons chevaliers. (id., ih., IV, 80.)
Remarquons aussi que si aisier représente afaire, le substantif verbal aise sera quelquefois synonyme des substantifs afaire et aire et que ces derniers ont le sens de ' rang, situation ' qui est à peu près le sens que l'on attribue à aise dans la première glose de Raschi. Il faut compléter ainsi les autres gloses : J'aurai mon père à mes aises ; le champ de Joab est à mes aises. Ici on pourrait songer au lat. afficere ' joindre à * ; mais, en réalité^ cet emploi du mot aise a certainement son origine dans le sens de ' commodité '. Etre aux aises de quelqu'un signifie proprement ' être à la disposition, à la commodité de qqn ', et, de même, avoir quelqu'un ou quelque chose à ses aises a voulu dire ' l'avoir à sa commodité, à sa convenance, à sa disposition ' et ainsi ' sous la main, à la portée de la main, près de soi '. L'angl. at hand ' sous la main, tout près, à la portée de la voix ' et Tall. ^ur Hand ' sous la main, etc. ', qui traduisent littéralement les expressions hébraïques employées dans les exemples 2° et 3°, marquent en même temps commodité et proximité. Il en est de même de l'angl. easy ( < fr. aisf) dans la locution within easy distance of the station ' non loin de la gare, à une distance d'où Ton peut aller à la gare en peu de temps '. En effet, Raschi glose ces deux passages précisément parce qu'ils indiquent non seulement proximité, mais bien une proximité qui permet de faire quelque chose ; il croit que l'hébreu yad exprime bien cette idée que le latin juxta obscurcit. Jonathan veut se tenir là où il pourra parler à son père et l'observer à sa commodité pour l'empêcher
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de tuer David ; la situation du ciiamp de Joab est telle que les serviteurs d'Absçalom pourront y mettre facilement le feu ^
Le mot aise se trouve employé dès le xii^ siècle dans le sens de ' commodité ' et de ' bonne disposition, bonne santé '. M. Thomas en cite quelques exemples qu'il commente ainsi :
Il n'y a rien là qui répugne au sens primitif de " proximité " que comporte l'étyxaologiQ adjacens, loin de là. Ne trouve-t-on pas déjà un subsxznûi adiaceiitia au sens de " bonne disposition " dans saint Augustin, Lib. de natura et gratia, 51 ?
Le mot adiacentia pourrait bien avoir cette signification sans que cela infirmât en aucune façon l'étymologie que je propose. Mais il est tout à fait certain que adiacentia ne signifie pas ' bonne disposition ' dans la pensée de saint Augustin. Avant de citer le passage en question, je ferai remarquer que les Pères de l'Eglise emploient le verbe adiacere dans un sens spécial que le Thésaurus traduit par les mots ' adnecti, adiungi, inesse ' et dont voici quelques exemples : illi (deo) adiacent omnia (Ps. Cypr., Mart., i6); humant natiirx omnes adfectionum adiacent motus (Hil. in psalm. 1 18) ; nam velle adiacet mihi (Vulgate Rom. vu, 18); quoniam mihi nialum adiacet (ib., vn, 21) \ sicui mihi. adiacet snadere, eo modo adiacet persuadere cuilibet (Saint Augustin, Epîtr., 47, i); adiacere homini arhitrii libertatem (Cassian, Conl., 13, 12, 7). Les exemples tirés de la Vulgate sont particulièrement intéressants : ils nous font croire que cet emploi spécial du verbe adiacere a son origine dans le désir qu'on a eu de traduire fidèlement le grec Trapàxeipiai, employé ici par saint Paul. La Bible anglaise, à son tour, rend assez exactement ce verbe grec : For to wiJl is présent mith us {Rom. vu, 18) ; Evil is présent ivith me (Jb. 21) ; cî. 10 Tzapxe'litcvov ' le présent' (Pind., N., 3, 131). C'est ce même besoin de ne pas modifier la doctrine de saint Paul qui a poussé saint Augustin à employer le substantif adiacentia dans l'exposition qu'il fait de l'hérésie pélagienne. Voici le passage dont il s'agit :