‹ Recherches philologiques romanesChapitre 44 sur 69 · LVII. — ¥t. billevesée · texte numérisé non relu

LVII. — ¥t. billevesée

Etymologies à rejeter.

(i) Dérivé de l'afr. billevexe ' cornemuse ' (Koël du Fail, Prop. rmt., 1,41), d'origine incertaine : Dictionnaire général.

Ce n'est que par plaisanterie et en s'appuyant sur billevesée que Noël du Fail emploie billeve:(e pour ve:(e * cornemuse '. Leduchat donne à vesée le sens de ' soufflée ', mais bille ne s'emploie en ancien français comme aujourd'hui qu'en parlant d'une boule pleine en ivoire, en pierre, en cristal ou en quelque autre substance dure.

(2) Altération de belle vessie ' chose de vent, chose de rien ' : Littré. Inadmissible pour la forme. Diez, Kôrting et M. Meyer-Lûbke ne paraissent pas consigner billevesée.

Etymologie proposée.

Le fr. billevesà est composé avec bille * boule à jouer ' et vesée <C afr. ve:(iee, qui remonte par l'intermédiaire de la forme provençale au lat. vîtiata ' endommagée '. On admet que le pr. ve^iat, it. viTJato ' rusé ' a son origine dans vitiatus (v. Diez 34^, Kôrting 10243) et le mot italien signifie non seulement ' astuto, sagace ' mais aussi ' che ha vizii o difetti '. Rappelons que l'afr, dehoisier <C *devitiare (§ LV) garde le sens primitif de ' endommager '. Ce qui prouve que le verbe provençal a passé en français, c'est le fait qu'on trouve à côté de la forme régulière voisier ( <C vitiare) ' divertir ' celle de ve:(ier ' user de ruses '. Le ;( de ce dernier confirme sa provenance provençale.

Billevesée, qui doit son origine probablement au jeu de billard, signifie proprement * bille endommagée ', c'est-à-dire ' dont on ne peut pas se servir '. De là on passe facilement au sens figuré : ' chose vide de sens qu'on dit ou qu'on fait '.

LVIIL — SuâRxe fr. ot ( > it. otto^ esp. oie) ; it. atto, esp. ato

(> fr. at).

Etymologie à rejeter.

On lit dans la Grammaire des langues romanes de M. Meyer-Lûbke (ïlj § 505» trad. fr. ) : « Comme -atto désigne principalement le petit

d'un animal, on est tenté de le mettre en rapport avec -aclu... ; seulement, il faudrait admettre que, tandis que -aclu demeura confiné dans sa patrie originaire, le suffixe nouveau -attu, né en Italie, aurait pénétré dans d'autres contrées. Il est encore plus difficile d'expliquer -olto, car il n'est guère admissible que le seul suffixe latin avec -ô : -Ôlus, malgré son identité de sens avec -ittu, ait pu déterminer un -ottu. »

Etymologie proposée.

Ces suffixes ont tous les deux une origine parfaitement régulière dans \e\ai.habtîus<C lat. vulg. *abto, qui passe en italien, à û!/to,dialectalement ato ; en espagnol à ato ; et en gallo-roman à auto >> fr. ot. Pour la forme j'établis cette etymologie en citant malehabihis, qui a donné en ancien italien malatto ' malade ', en ancien espagnol malato ' malade ' et en ancien français malot ' guêpe, frelon, bourdon, taon ', proprement ' mal disposé ' ; cf. le rouchi malot ' qui gronde toujours ', wallon de Mons maloter ' st plaindre'. Comme le fait remarquer M. Meyer- Lubke (Joe. laud.), Ve de la forme espagnole ote trahit l'importation française ; cf. l'esp. mote <C fr. mot (§ XV), et l'esp. ■:(ote < fr- sot (§ LXVII). Il est vrai que malehabitus a donné en français à côté de tnalot la forme malade, mais malade n'est pas de formation régulière ; malehabitus, au sens de ' malade ', subit l'analogie de malum habere >> mal aveir ' avoir mal (aux dents, etc.) ' et devient *malavte ; puis le v, maintenu pendant quelque temps intact par l'analogie de aveir, vocalise le / ; de là *malavde qui aboutit régulièrement à malade '.

Habitus signifie proprement ' tenu ou gardé dans un certain état, dans une certaine condition ou disposition ; constitué d'une certaine manière ' ; cf. Virtus clara xternaque habetiir. (Sali., Cat., i, 4.) Tullia nostra recte valet : Terentia minus belle habuit. (Cic, Ep. ad Fam., 9, 9, I.) Bene hal>ent tibi principia. (Ter., Phorm., 2,3,82.) Aujourd'hui on exprime la même idée par des phrases telles que celles-ci : ' qui a le caractère ou la forme de ', ' qui a le corps ou l'air (robuste, faible etc.) ', * qui se montre (humain, "digne etc.) '. Mais ces phrases indiquent bien la signification des suffixes atto et ot, comme cela peut se voir par les exemples suivants : it, cerbiatto, esp. cervato ' jeune cerf, fr. louvat ' jeune loup ' ; it. cicatto ' mendiant aveugle ', culatto ' crosse de fusil ' ; esp. mulato ' mulâtre ', arroyato ' ruisselet ' ; fr. vieillot ' qui

I. Cette manière de voir n'est pas orthodoxe ; on suppose ordinairement que habitus est devenu *habidus sous l'influence des adjectifs en -idus (y. Kôrting 5833), ou bien que la voyelle pénultième n'est tombée qu'après la sonorisation du t (y. Nyrop, 1,255 ^^ 382, 26 éd.). Ni l'une ai l'autre de ces explications n'est vraisemblable. Cf. §LXVIII.

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paraît vieux avant l'âge ', ballot ' petite balle ' ; it. aqiiilotto ' aiglon ', vecchiotto ' homme plutôt vieux mais vigoureux ' ; esp. caballerote ' gentilhomme peu maniéré ', camarote ' cabine dans un vaisseau '. On peut comparer enfin le suffixe allemand haft où Kluge est disposé à voir un dérivé de hahen ' avoir '. On peut se demander si haft n'est pas étymologiquement identique à atto et à ot, car le lat. habitus aurait donné haft en allemand et haft a bien la signification primitive de atto et de ot. L'ail, boshaft * malicieux ' est composé de bos- ' malus ' et haft, comme l'afi-. malot, proprement ' mal disposé ', de maie et habitus ; et l'ail, mangelhaft ' défectueux ' est formé sur mangel, de marie ' défaut', qui est probablement le même mot que l'afr, manc ' défectueux ' sur lequel on a formé à l'aide de habitus le composé manchot. Comme c ne devient ch que devant a, cette forme manchot remonte nécessairement à *niancaut, dont le t serait tombé s'il n'avait pas été précédé primitivement d'une consonne comme dans *mancabto. Manchot met ainsi le sceau à l'étymologie que je propose.

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