LX. — Fr. hotte ( >> it. otta), hotter, cahoter, hocher
Etytnologies à rejeter.
(i) Suisse hutte 'hotte' > fr. Mte : Diez 6î6, Kôrting 4690, Meyer-Lûbke 4246. Le Dictionnaire général attribue à hotte une origine germanique et cite le suisse hutte.
Hutte aurait donné houte ; mais le suisse hutte a une origine régulière dans le primitif de hotte (v. plus bas).
(2) Mha. hot:(e ' berceau ' > fr. hotte : Diez 616. Inadmissible pour la forme.
(3) Lat. quota (dans quota (hora) est ? d'où quota èl '> * cotta è? ^ ch'ottaè? > it. otta : Gandino, Riv. di fil. ed istruTi- class., juin 1881 ; Kôrting 7688.
Inadmissible pour la forme.
(4) Lat. vulg. * volta (participe de volvere) >> it. volta >• it. otta : Caneilo, JG. III, 350.
Inadmissible pour la forme.
(5) Lat. vulg. *octa (pour octara) > it. otta : De Gregorio, Z. XXVII, 746.
Inadmissible pour la forme et pour le sens.
(6) Lat. vulg. *quatottare (fréquentatif de quatere) > fr. cahoter : Bugge,Z. IV, 352.
Scheler objecte à cette étymologie que le suffixe -oter ne sert qu'à former des dérivés de yerbes français préexistants.
(7) Ail. hot- ' secousse ' > fr. cahoter : Scheler (s. v. cahoter).
Ce primitif est une importation française (v. plus bas). Kôrting (7650) cite cette étymologie et la précédente sans :se prononcer. Le Dictionnaire général tire cahoter de cahot, dont il déclare l'origine inconnue.
(8) Germ. hôc (ags. hôc ' crochet ') > fr. hocher : Fôrster, Z. Y, 97 ; Kôrting 4595 ; Meyer-Lûbke 4160.
Cette étymologie tire 0 ouvert de 0 fermé ; puis le passage d'idée entre ' accrocher ' et 'secouer' n'est pas vraisemblable. Diez (616) fait remarquer que hocher se rattache au synonyme hollandais hotsen, hutsen ;
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mais il ne dit pas lequel de ces mots est dérivé de l'autre. Tout eirtirant hocher de l'ags. hôc, M. Meyer-Liibke (4203) voit dans le basail, hot^en {ho\[. hotsen) l'origine du wall. hosî; mais hosi répond exactement par le sens et par la forme à l'afr. hochier, comme le wall. quasi à l'afr. quachier. Le Dictionnaire général mentionne l'ags. hôc sans l'approuver expressément.
Etymologie proposée.
Le fr. hotte vient du lat. habita, pluriel neutre du participe de habere; c'est-à-dire que hotte est en réalité le pluriel de l'afr. hot <C habitum (§ LIX) ; cf. l'afr. charre et char, doie et doi{t), mile et i}nl, brace et bra:(^, etc.
Hotte, de même que hot, part du sens de ' biens meubles, effets '. C'est l'esp. hato ( <C habitum, v. § LIX) qui nous indique la voie par où hotte a passé ' hato signifie ' paquet de bardes pour voyager ' ; cf. l'esp. hatear ' faire sa malle, ses paquets pour partir, voyager '. L'ouvrier ambulant de l'Europe primitive, comme le swagman australien d'aujourd'hui, a dû se rendre compte que c'est sur le dos qu'on porte le plus facilement son hato. On peut comparer l'ail, habersack ' sac à avoine ' dont Grimm dit : « Fuhrieute und bauern bergen in einem solchen sacke auch die kleinen habseligkeiten (esp. hato), die sie auf einer reise fuhren ; der bauer hângt ihn ûber die schulter, wenn er zur stadt geht und einkâufe machen wiil. Daher verbreitet sich form und name des stûckes in weitere kreise, dem ârmern reisenden dient es als handtasche. » Le fr. havresac ( < ail. habersack) se dit aujourd'hui du sac que les gens du métier portent au dos à l'aide de bretelles et oij ils mettent leurs outils, provisions etc. On voit bien que le passage d'idée est facile entre ' effets 'et 'ce qu'on porte au dos ', et ce qui nous autorise à croire que hotte a pris cette voie, c'est l'esp. hato qui a fait lui-même plus de la moitié du chemin entre les deux idées.
Aujourd'hui l'usage de la hotte en France est plus restreint qu'autrefois, excepté dans les pays montagneux ; cependant les ouvriers ambulants et les chiffonniers s'en servent fréquemment, de même que les aides-maçons ; les vignerons l'emploient pour transporter la vendange et le vin {hotte poissée) ; elle sert quelquefois aux boulangers à porter le pain, aux jardiniers à porter les feuilles mortes etc. ; et dans quelques parties de la France, les femmes ne vont pas au marché sans leur hotttriaii. Mais au moyen rge on se servait de la hotte pour le transport de toutes sortes d'objets ; par exemple, c'est dans ime hotte que les boueurs ramassaient les ordures par les rues et qu'on transportait (comme cela se fait encore aujourd'hui dans les régions à sol monta-
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gneux ou escarpé) des fumiers, des terres, des pierres etc. — même « des gelines. » Il n'est pas étonnant que hoterin ait pris le sens de ' charrette ' et que dans la Haute-Normandie, la vallée d'Yères et le pays de Bray hotiau désigne aujourd'hui un tombereau à porter du fumier, des cailloux. Les hotiers, qui avaient leur fête annuelle, sont les ancêtres des facteurs des bureaux de messageries et des charretiers d'aujourd'hui. Mais ce n'était pas toujours un métier que de porter la hotte et hotier a dû se dire plus anciennement d'un homme quelconque qui portait ses effets dans un paquet fixé sur le dos. Le passage d'idée entre ' paquet qu'on porte au dos ' et ' panier qu'on porte au dos ' est dû au fait simple que ceux qui avaient à transporter des fardeaux préféraient le panier à tout autre réceptacle parce qu'il réunissait comme aucun autre les qualités de solidité et de légèreté.
De même que l'afr. hot ' mesure de liquide et de grain ' est identique à hot ' troupeau ' (v. § LIX), de même l'afr. hôtel ' mesure pour les grains, les fruits, le pain etc. ' est identique à hôtel ' petite troupe, petite hotte '. Si l'afr. hotier veut dire ' porteur ', l'esp. hatero signifie (i) ' berger qui porte à manger à ses camarades ', (2) ' cheval chargé de provisions pour les bergers ' ; cf. Les uns se couvrirent des bleds et avoines ; autres se habillèrent en manière de paysans et hostiers, portans pain et vivres pour abuser les guides de la dicte porte et ville. (Molinet, Chron.^ LXIV.) Si le fr. hotte présente le passage d'idée entre ' choses qu'on porte sur le dos ' et ' panier dans lequel on porte des choses sur le dos ', l'esp. hato présente un passage d'idée analogue, car il signifiait anciennement non seulement ' troupeau de brebis etc. ' mais aussi, ' bergerie, étable ', c'est-à-dire ' endroit où l'on garde les brebis etc. '.
Sur hotte ' choses portées au dos ' on a formé *hottare >> hotter et *hotticare >> hochier, pic. hoquer ; cf. le pic. moquer <C *moticare (§ XVI). Hotter et hochier ont dû signifier primitivement ' porter sur le dos, suspendre sur le dos ' ; cf. carricare >> charger. On trouve dans Godefroy cet exemple :
La leur fisent (aux chrétiens) payen de le paine a fuison : L'un faisoient hocier et de l'autre ung maçon, Et porter toute jour le kauche et le sablon.
{Godefr. de BouilL, 15639, Reiff.)
Godefroy, qui pense évidemment aux crochets des commissionnaires, traduit hocier par ' celui qui porte des fardeaux à l'aide du crochet appelé /joc '. Mais il est ici question de l'aide-maçon et on ne porte pas la chaux et le sable avec un crochet ; cf. Deux hoctereaux pour servir les massons sur les murs. (xv« siècle, dans Godefroy.) Puis hoc ne paraît pas employé dans le sens de ' crochet de commissionnaire '. D'un
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autre côté, hochier s'écrit parfois hocier (v. Godefroy). C'est pourquoi il faut lire dans Godefroy de Bouillon l'infinitif hochier : ' Ils faisaient l'un hotter et porter la chaux et le sable et de l'autre ils faisaient un maçon ' ; les mots et de l'autre ung maçon sont interpolés par parenthèse pour préparer le vers suivant. Je montrerai dans la suite que hochier est identique à l'ail, hot^en; remarquons ici deux choses : (1°) que le pic. hoquer, qui représente régulièrement *hotticare mais qu'il est impossible de tirer de hot:(en, prouve que hot^en a sa source dans hchier ; et (2°) que le souabe hot^en signifie ' porter sur le dos ' (voir Grimm). Dans ces conditions on ne peut guère contester à l'afr. hochier le sens de ' hotter '. On m'accordera qu'il n'est guère possible de porter la hotte sans en secouer le contenu et que par conséquent il n'y a rien de plus facile que le passage d'idée entre * hotter ' et ' secouer '. Si l'afr. ahochier, pic. ahoquer, a pris le sens de ' accrocher ', c'est que les anciens hotiers employaient un bâton à crochet pour ramasser certains objets qu'ils voulaient mettre dans leur hotte ; cf. Un baston a crochet que les hotiers ont accoustumé porter . (1420, dans Godefroy, s. v. hotier.) De là le pic. hoc ' instrument de fer avec deux pointes recourbées qui sert à nettoyer les écuries et les bergeries ' ; ce mot n'a rien à démêler avecl'angl. hook. C'est de hotter qu'on a tiré *coadhottare > fr. cahoter, composé qui a juste la forme qu'il faudrait pour signifier ' secouer (qqn) comme dans une hotte ' en parlant d'une voiture qui fait des sauts en roulant sur un terrain inégal. Le préfixe ca de cahoter est parallèle à celui de cajoler (§ XI) et de caler (§ LXXXII). Le substantit cahot est post- verbal.
■ Nous avons vu au § LVIII que le suffixe italien otto est une importation gallo-romane ; il en est de même du substantif italien otta qui est le même mot que le fr. hotte <i habita. Otta présente cette filiation des idées : ' ce qu'on tient ' >- ' petite quantité ' >► ' point ' >> ' moment '., Ce mot est parallèle au holL hotje ' petit moment ' ■< afr. hot <C habitum (v. § LIX). On peut comparer à otta l'afr. point qui réunit les sens de ' moment ' et de ' petite quantité '. Gtiignere ad otta ou a dotta équivaut au fr. venir à point ; otta di desinare se serait traduit en ancien français /)om^ de disner (cf. quand fu poins de couchier. Coud, 1472) ; si dotta signifie parfois ' ora acconcia o comoda ', il en ^tait de même pour l'afr. point :
Sî faisoît on un mandement De par la dame o le corps gent...
Par le garçon qui li portoit Les lettres qua.nd poins en estoit.
(Coud, 3752.)
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Otia catotta ' de temps en temps ' a dû être anciennement synonyme du pr. paticcada paiic ' peu à peu '.
On n'a qu'à regarder d'un peu près les mots allemands qui répondent au fr. hotter et hochier pour voir qu'ils sont des mots d'emprunt. C'est Grimm lui-même qui attribue le sens propre de ' secouer, balancer ' au terme de voiturier hotteti qui signifie ' faire marcher (un cheval) ', plus souvent ' marcher, avancer ' et au figuré ' faire des progrès ' ; le nba. hotten veut dire ' bercer, balancer, lancer ' ; cf. l'angl. jog ' cahoter, secouer ' et ' se mouvoir ', jog along ' marcher tout doucement, aller son petit bonhomme de chemin, faire des progrès ' ; cf. aussi l'afr. hoterin ' sorte de charrette ' et le haut-norm. hotiau ' tombereau '. Ce que Grimm ne dit point, c'est d'où hotten tire son origine ; Schade lui aussi enregistre hot^e et hot:(en sans les rattacher à aucun autre vocable ; Kluge ne mentionne ni hotten ni hotten. Le substantif allemand hotte signifie surtout (i) ' hotte ' et (2) ' lait de beurre, lait caillé '. Grimm est disposé à faire dériver ces idées de hotten ' secouer, balancer '. Cette dérivation est satisfaisante pour le dernier sens, mais l'étymologie que je propose ne donne-t-elle pas à hotte ' panier qu'on porte au dos ' une origine bien plus vraisemblable ? Puis cette étymologie rend compte de l'idée de secouer dont Grimm n'offre aucune explication. Skeat (s. v, hod) ne voit aucun rapport entre le substantif allemand /;o//^ et le verbe allemand hotten; il tire l'angl. hod du moy. holl. hodde ' panier* auquel il compare le "suéd. (dialect.) hodda, hudda ' hutte ', le moy. dan. hodde ' hutte ', hiidde * petite chambre ', l'ail, hotte, hutte, hutte et le fr. hotte, hutte ; il ajoute que toutes ces formes ont peut-être leur origine dans le germ. *hud, degré fléchi, de *heud- = grec xeû 9- ' cacher '. Cette explication, qui n'est donnée qu'à titre de -conjecture, oblige à croire que toutes les formes bas-allemandes avec t sont des -mots empruntés du haut-allemand. Mais l'aha. hutta et toutes les autres formes auraient une origine satisfaisante dans le lat. habita > * hanta > fr. hotte ; dans le langage biblique l'ail, hutte a constamment le sens de ' habitation '. Le holl. hotsen, hutsen, et l'ail, hotten répondent bien à l'afr. hochier, comme le holl. kwetsen et l'ail, schwat^en à l'afr. {es)quachier (v. § LXVII). On trouve en Souabe et ailleurs les formes hotsche{ï)n, hautsche{l)n qui reproduisent aussi exactement que possible les formes françaises primitives. Même correspondance pour les sens : hochier a le sens de ' jouer aux dés ' ; il en est de même pour le holl. hutselen et Du Cange cite un ancien exemple du mot belge hutsen ' cornet à jouer aux dés ' ; à hocher ' se bouger, remuer' répond hot:(en ' sich bewegen ', ci. l'écoss. hotch, hott ' mouvoir avec des secousses '; le souabe hotscheln
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* frissonner ' reproduit parfaitement l'afr. hochier ' trembler ', sens dans lequel le picard emploie le verbe français sous la forme ochier. J'ai mentionné plus haut le souabe hot^en ' porter sur le dos ' ; comme le substantif allemand /7o/;(g, hotsche ne signifie jamais autre chose que 'berceau ', Grimm se trouve obligé de supposer que hotxe a eu primitivement le sens de hotte, ce qui n'est pas loin de la vérité. Les idées de ' se bouger ' et de ' frissonner ' se retrouvent dans les nouveaux verbes allemands huschen et hoschen qui représentent le fr. hochier après la chute de l'élément dental de ch.