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LXVII. — Fr. sot ( >>esp., port. :(ote ; ^ngl. sot

Etymologies à rejeter.

(i) Rabbinique schoteh ' stultus ' ou irl. suthan ' imbécile, fripon '.

Diez (347) rapporte ces etymologies, qu'il doit à Cujas et à Pictet, et les déclare toutes les deux possibles. On serait mieux fondé à en nier la possibilité ; cf. Thurneysen, Keltoromanisches , p. 83.

(2) Lat. Wïôta > esp., port, n^ote^ fr. sote d'où sot ; lat. ïdlôticus > it. :(ptico ' rudis, agrestis ' : Caix, St. 68. Kôrting (4700) et M. Meyer- Liibke (4255) approuvent cette dérivation àtyOtico^ qui n'est pas d'origine populaire ; la phonétique, selon M. Meyer-Lùbke (2454), empêche de tirer :^ote et sot de idiota (en effet, idiota aurait donné en français oïeue) ; mais Kôrting n'en partage pas moins l'avis de Caix.

(3) *tchott ' bloc de bois, masse compacte' d'origine inconnue >► fr. soty esp., port. :(ote ; roum. dot * nœud dans le bois ', cwàtà ' tronc d'arbre ', it. ciotto{lo) ' caillou ', ciotto ' boiteux ' etc. : Meyer-Lûbke

Le rapprochement de sot et de ciotto n'est pas justifié, car tch ne devient jamais s en français.

(4) Germ. *sot-, degré fléchi de *swet- d'où l'ail, schwatien et le holl. :(U'etsen ' bavarder ' : Franck, Etym. Woordenbœk der Nederlandsche Taal. Skeat cite cette étymologié sans l'approuver formellement ; il est cependant disposé à croire à une origine germanique et ne voit pas dans l'angl, sot un emprunt fait au roman. Il déclare que sot est distinct non seulement de Tit. :(otico, mais aussi de l'esp. ^ote.

Il est facile de proposer des etymologies de ce genre : si le degré normal du prétendu thème germanique ne présente pas la voyelle qu'il faut, on n'a qu'à passer au degré fléchi ou au degré réduit. Et une fois érigé en principe, le thème germanique prend comme une auréole qui le met ordinairement au-dessus de toute critique. Je vais prouver cependant que *sot appartient à la catégorie de thèmes germaniques qui n'ont jamais existé. L'ail. schwat:(pi ne date que du xv« siècle {swat- :(en, swet:(en) ; le holl. :(u>etsen, swetsen, ne se rencontre que dans la période moderne. Dans ces circonstances, il est curieux de remarquer avec quelle assurance Kluge, comme Franck, suppose à scki'àt:(en (il ne mentionne pas la forme schwat:(en) une origine indigène :

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Sclnvàtien Ztw. aus mhd. sivet:^en 'schwàtzen' zu mhd. su'a:{ (t^) ' Geschwàtz, Plauderei' : Intensivbildung zu einer germ. Wz. swa^ vgl. mhd. sivadern swatern ' schwàtzen, rauschen, klappern', wovon unser bloss nhd. schwad ronîeren Qint romanisierende Ableitung. Beziehung zu lat. suadere muss abgelehnt werden. Ursprung dimkel. ,

Signalons, en passant, que le nha. schwadronieren ' courir le pays, hâbler ', que Kluge tire du mha. swadern ' bavarder, bruire, clapoter', n'est qu'une adaptation du fr. esqiiadronner >> escadronner ' faire les manœuvres et évolutions propres à la cavalerie ', verbe dérivé de esqtiadron >> escadron ( <C it. squadrone ' bataillon ' ) ; si l'on en doute, on n'a qu'à consulter Grimm, qui tire schwadronieren de ScJnvader ( <C it. squadra) et qui donne la filiation des sens. Grimm se contente de voir dans schiuat:(en « une formation intensive, d'origine inconnue, probablement apparentée à 5<:ky«Jer« » (hoU. ^ivaddern), dont « la forme haut-allemande régulière serait schwattern. » Mais schwadern, comme schwat:(en, est d'origine inconnue et ne remonte pas plus haut que la période moyenne. On admet que tous les sens de schwadern renferment l'idée de ' faire du bruit'. « Die ursprûngliche bedeutung des wortes, dit Grimm, scheint sich auf plâtschernde bewegung von flùssigem, auf das schwanken, iiberschwanken von flûssigem, schwappen zu beziehen '. » Voilà, en moyen haut-allemand, le sens primitif de ce prétendu radical germanique d'où l'on veut tirer sot dès le viii'^ siècle, par l'intermédiaire, à ce qu'il paraît, de l'idée de ' bavarder'. Je crois que cela suffirait pour mettre en discrédit cette origine germanique. Mais je ne m'arrête pas là ; je tiens à démolir radicalement ce petit système étymologique, et pour cela, je vais prouver que le mha. swatern et swat^en sont des emprunts faits au français. Le groupe roman squ donne régulièrement en allemand sw > schw. Swatern, comme l'angl. squat, dérive de l'afr. esquatir ' écraser en aplatissant, appuyer fortement sur ' ; stuat:(en, comme l'angl. squash, vient de l'afr. esquachier ^ escacher, dont le sens ne diffère pas essentiellement de celui de esquatir. On reconnaît facilement le sens primitif dans schwadig, schwattig, schwàttig ' schwankend, dem druck nicht widerstehend vor feuchtigkeit, weichheit, wie sumpfboden, moorgrund, auch wol wie weichere fleischtheile des leibes '. Voici la succession d'idées qu'ont subie les verbes allemands : (i) * écraser, surtout des fruits et autres objets pleins de suc, de jus, de sève ' (l'angl. squash garde ce sens) >> (2) ' produire le bruit qu'on fait en écrasant ces objets ' (cf. plat^en, plàtschern et le

I. Schwàtzen, schwàtzen, conserve cette signification primitive dans plusieurs dialectes, et Grimm (s. v. schwat'^en, ad fin.) est assez inconséquent pour y voir un mot à part.

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fr. éclater) > (3) ' caqueter, babiller, bavarder '. Il importe d'ajouter que cette série de sens est surtout naturelle pour l'allemand qui présente si souvent des combinaisons de phonèmes telles que tsch^ schl, cht.

Pour corroborer tout cela, je ferai remarquer ensuite que l'allemand, le hollandais et l'anglais ont emprunté non seulement les anciens composés français esquatiret esquachier, mais encore les verbes simples quatir et quachier. C'est de l'afr. quatir que dérivent le moy. angl. quatten, quat, synonyme de squat ; le mha., mba. quatern, quattern, quettern, quetten, quaddern ' écraser, coasser, faire entendre un bruit semblable au coassement, bouillonner, dire des niaiseries ' ; le holl. kwettern ' meurtrir ; bavarder, jaser ; gazouiller '. L'afr. quachier a donné le moy. angl. quaschen > quash ' écraser, annuler ' ; le mha., mba. quatschen, qiietschen, quet:(en, qu£schen, quessen ; nha. quatschen ' claquer, mettre en marmelade, bavarder, dire des absurdités ' ; quetschen ' estamper (une monnaie), appuyer fortement sur, meurtrir, blesser, tuer, écraser, écacher ' ; le holL kwetsen ' écraser, blesser, meurtrir (des fruits, etc.) '.

Pour Vangl. quat, je ne fais que reproduire l'étymologie de Skeat et du New English Dictionary. Il n'en est pas de même pour Tangl. quash, que ces autorités dérivent de l'afr. quasser, nfr. casser. Quash vient cependant, sans aucun doute, de quachier, comme l'angl. lash de l'afr. lachier (v. Skeat, s. v. lash i). On me citera l'angl. cash ' argent comptant' que Skeat et le New English Dictionary tirent de l'afr. casse, et to cashier, qu'on fait venir du fr. casser par l'intermédiaire du holl. casseren. Skeat ne relève pas l'irrégularité de ces dérivations ; le New English Dictionary , au contraire, fait remarquer que « l'histoire phonétique du mot anglais (cash) n'est pas claire. » Pour montrer que cash a commencé par signifier 'caisse, cassette', Skeat nous cite cette phrase : So as this bank is properly a gênerai cash, where every man lodges his money. (Sir W. Temple, On the United Provinces, c. 2, R.) Je n'ai qu'à ajouter deux exemples pour prouver que cash vient du fr. cache ' endroit propre à cacher ', comme le moy. angl. cashet du fr. cachet. Les voici : En la maison de Molan, thresorier de l'espargne, y avoit quelques caches d'argent. (Pasquier, Lett., xiii, 9.) J'allais cherchant quelques caches où je fourrais quelques louis en dépôt. (Rousseau, Conj. v.) Il est manifeste que dans la phrase de sir W. Temple ^5/; ne signifie pas *' caisse, cassette ' mais bien ' cache '. Mais, comme on serrait, cachait, son argent dans une casse, il y a eu plus tard confusion entre cash et casse, et cash a fini par remplacer casse. L'ancien verbe to cash, synonyme de to cashier, dérive de l'afr. escachier ; cf. They see the very ground of ail their hope cashierde andquasht. (1596, dans N. E. D.) Tocash, qui est ainsi un doublet de

to quash, et qui, comme son congénère espagnol cachar ', est synonyme du moy. angl. to casse ( < fr. casser), finit par se substituer à ce dernier.

Il en est de même pour les formes plus anciennes quasse ( <C afr. quasser) et quasche, qnash ( ■< afr. quachier). M. Craigie, qui a fait cette partie du New English Dictionary et qui confond les deux verbes, en tirant le dernier irrégulièrement de quasser, hésite inévitablement sur l'origine de certains sens que la vraie étymologie de quash met en pleine lumière. Il est manifeste que les sens * to squash, to squeeze, to crush, todash or crush on or against something, to splash, to make a splashing noise ' appartiennent en propre à quash ; cf. le moy. ail. swadern, swattern, qui signifie surtout ' to splash, to make a splashing noise ' ;. puis les verbes allemands modernes quatschen, quet-^en, qui réunissent tous les sens en question ; et quit^en, qui répond par la forme à l'afr. esquichîer, pr. esquichâ et qui signifie ' to dash against something '► Enfin, Skeat admet que squash est « regardé généralement, sans doute, comme une forme intensive de quash ; le préfixe s- répondant à l'afr. es- lat. ex-. » Ce sentiment général est certainement conforme à la vraie étymologie de quash.

Passons aux mots allemands. Kluge néglige quatschen ; il groupe ensemble quetschen, quet^en, quattern etquettern, sans en donner l'étymologie ; et il enregistre avec un point d'interrogation le holl. kzuetsen comme un emprunt fait au haut-allemand. Grimm voit dans quatsch

I. Par malheur, Kôrting et M. Meyer-Lûbke ne sont pas d'accord sur l'origine del'esp. cachar ' briser '. Kôrting (2272) tire de *coaciicare, le pr. cachar, quichar (npr. esquichâ), le fr. cacher, écacher, et Fesp. acacharse, agacharse ; mais il suppose pour l'esp. cachar le primitif *quaticare. Il est cependant manifeste que la phonétique n'empêche pas de voir dans acachar un composé de cachar. — M. Meyer-Lûbke (2001, 1445) voit dans l'esp. cachar un dérivé du substantif cacho, auquel il donne le sens primitif de ' tesson ' et qu'il tire, avec le port, caco ' tesson ', de caccabus ' casserole '. Cette dérivation n'est pas satisfaisante pour la forme. M. Meyer-Lûbke se trouve forcé, par le sens, de voir dans acacharse, agacharse un dérivé de l'adjectif cacho, gacho ' baissé, pressé en bas, pressuré ', qu'il tire de coactus ; mais il avoue que cette dérivation est irrégulière pour la forme. Il se trouve également obligé de tirer le pr. cachar, quichar, comme le fr. cacher, de *coacticare ; mais il ajoute que cette étymologie est douteuse à cause des formes provençales. La vraie étymologie du pr. cachar et de l'esp. cachar saute aux yeux : ces mots sont empruntés du gallo-roman. Le substantif est post-verbal ; esp. cacho ' morceau de fruit pour une bouchée ; petit garçon ; espèce de barbeau ' ; port, cacho ' grappe, assemblage de choses en forme de grappe, gros cou de taureau '. L'idée primitive d'où sont sortis les sens du substantif portugais et les sens secondaires du substantif espagnol est celle d'une masse compacte, idée qui dérive très naturellement de *coacticare ; cf. l'ail, quatte ' gros ventre ', quattet ' petit enfant gros et gras ' ; l'angl. squat ' trapu '. L'esp. gâchas ' tout mets à cuiller peu consistant, clair' set synonyme de l'ail. Schwadei-lappete ' flùssiges, doch schales Gericht ', Schwaiertapp,. Géichwader ' sehr verdûnntes geistiges Getrànk '.

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une « onomatopée comme htatsch, matsch, putsch '. » Il est moins sûr de l'origine de quatern, quattern ' coasser, dire des niaiseries ', qui, selon lui, est, a à ce qu'il paraît, une formation fréquentative dérivée du prétérit du verbe qiieden ( ' dire ' ) » ; il renvoie cependant à quatschen qui a les mêmes sens. Il distingue quattern ' quassare voc. 1482 ' qui, dans le patois de Smalcalde, équivaut à quaddern ' bouillonner ' ; mais en bas-allemand et dans le patois de Leipsic^ quaddern signifie également ' quatschen ' . Quettern serait un « fréquentatif bas-allemand de quetten ' quetschen ' (cf. quattern). » Enfin, pour queischn, Grimm partage l'avis de Schade, qui tire ce mot du lat. quatere par l'intermédiaire des formes hypothétiques *quetsôn <C *quetisôn <C *quatis&n ; il cite entre parenthèses l'étymologie de Frisch : lat. quassare.

Pour établir les étymologies quattern, quettern <. afr. qtmtir et quatschen, quetschen <C afr. qtuichier, je me contente de faire les remarques suivantes : (i) L'hésitation entrer et e indique une voyelle primitive,, telle que Va français, intermédiaire entre Va et Ve allemands : les formes allemandes reproduisent aussi exactement que possible quatir et quachier. (2) Quetschen est le terme allemand propre pour traduire les verbes romans qui conservent le sens primitif de *coacticare ; aussi Kôrting rend-il par quatschen le lad. squicciar, le pr. esquichâ et le fr. écacher. (3) Tous les verbes allemands et hollandais dont il s'agit sont synonymQs àé. quatschen. (4) QuatscJjeiî et quatscheln réunissent le sens primitif du mha. swatern, swaddern et le sens moderne de sc}jwat:(en ; Grimm rend quatscheln pzr schzvàt:(en et quatscheîi par schiuat:;en. (5) Le holl. kwettern réunit le sens de ' meurtrir ' et celui de ' bavarder '. (6) Le parallélisme des groupes représentés d'un côté par quatern et quatschen, quet:(en, et de l'autre par swatern et schwat^en, schwàt:(en, ne peut s'expliquer que par les composés synonymes esquatir et esquachier. Il serait facile de multiplier et de préciser les preuves, mais je crois avoir assez dit pour mettre hors de doute que le fr. sot ne tire pas son origine de ce prétendu thème germanique *swet, *swaP.

Théodoulfe, évêque d'Orléans, fait vers l'an 800, dans ses poésies et dans une lettre adressée à Charlemagne, des jeux de mots avec Scottus et sottus (v. Du Gange). Cela nous autorise à croire que sot était bien établi en France avant le ix'= siècle. En effet, il remonte bien plus haut, car il est composé de sub et haintus, participe adjectif de habere. Le pas-

I . Il est certain que matsch, angl. inash, et patsch, angl. patch, dérivent de l'afr. inaschier ]> machier et pachier.

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sage de subhabîtu à sot s'explique comme celui de suhaurare à sorer (v. § LXIII). Comme je l'ai déjà fait remarquer au § LVIII, l'afr. malot, non pas le fr. malade, est le représentant phonétique régulier du lat. vulg. malehabitu.

Le substantif habitus s'employait absolument en latin classique pour désigner un état parfait de corps ou d'esprit : habitum appellamiis animi aut corporis constantem et absolutam aligna in re perfectionem. (Cic, Inv., 1,25, 36.) De même, comme participe, habitus signifiait * bien conditionné, bien développé ' ; cf. le fr. conditionné ' ayant toutes les qualités requises ' (Littré). Aussi *subhabitus prend-il naturellement le sens de ^ qui est dans un état inférieur, imparfait ; qui n'a pas pris son développement complet ' ; cf. l'afr. sou:(aagié ' mineur '. C'est là précisément l'idée, employée au moral, qu'exprime le fr. sot ' qui manque de jugement ' : le sot est celui qui a l'esprit insuffisamment développé. Voilà ' pourquoi on ne peut pas dire à un homme sans l'outrager : « Vous êtes un sot », et pourquoi sot diffère ainsi radicalement de fou, substantif verbal de Vnh. foler <Cfabulare (§XII). Rien n'empêche de voir dans le pic. mains sottes ' engourdies par le froid ' une expression d'origine anciennej car sot a dû se dire primitivement tant au physique qu'au moral.

Il est certain que Skeat se trompe en disant que l'esp. :(ote ' sot ' n'est pas le même mot que l'angl. sot et que ce dernier n'est pas emprunté du roman. Ces deux mots, de même que le hoU. :(ot et le mha. sote, ont leur origine dans le gallo-rom. sot. Pour la forme de l'esp., port. :(ote, il faut comparer l'esp., port, mote <C fr. mot (§ XV) €t:(on'a <^* subaura (§ LXIV).

LXVIII. — Fr. mauvais ; pr. malvat:{ ( > it. malvagio) ; esp. malvado, aesp. malvar ; afr, mais.

Etymologies à rejeter.

(i) Goth. *balvavêsis ou germ. *balvâsi (goth. balvavêsei * méchanceté') : Diez 201.

Inadmissible pour la forme.

(2) Lat. vulg. *male-vatius ' mal tourné en dedans ' : Grôber, ALL.

Inadmissible pour la composition (v. Kôrting 5838) et pour le sens (v. 2. XIX, 458).

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(3) Lat. vulg. *malvatius, de *malvattis, pour maie kvattis 'mal élevé' : Bugge, R. IV, 362.

Invraisemblable à tous les points de vue.

(4) Lat. vulg. *tnalvax, de malva ' mauve ', proprement ' plante molle' : Hofmann, ALL. I, 591.

(5) Lat. malevolus >• *male-volus.^ *malvulus >» *maîvus^ *malvax: Cohn, Z. XIX, 458.

Cette enfilade étourdissante de l'auteur des Suffixwandlungen emporte mauvais loin du domaine de la science phonétique.

(6) Lat. vulg. *malifatius 'malheureux', de malum fatum : Schuchardt, Z. XIV, 181 ; Kôrting 5838; Meyer-Lûbke {*makfatius) 5260.

M. Schuchardt cite à l'appui de cette étymologie le nom propre Bonifatius, qu'il fait dériver de honum fatum, malgré l'ancienneté de la forme Bonifacius qui domine à travers tout le moyen âge. On trouve dans Du Cange : « Bonifacies, EÙTipôo-toTro?, in Gloss. Gr. Lat. Occitanis, Bounifaci, est un bon enfant, un benêt, ut auctor est Petrus Goudelinus. » La forme du mot Bonifacies fait penser qu'il est composé non pas avec faciès 'visage', mais bien zvtcfaciens, lat. vulg. *facens, dont Yn ne se prononçait pas. Boni se retrouve dans bonifier où il rappelle mali dans le lat. class. malificus à côté de maleficus. *Bonifac{i)ens ' qui fait du bien ' serait devenu très naturellement en italien Bonifacio : cf. l'it. malvagio (plus bas). L'étymologie populaire aurait vu non moins naturellement dans ce nom un dérivé de faciès ' visage ' ; le passage d'idée entre 'qui fait du bien' et 'qui a l'air bon ' ( s utto 60- witoç) est très facile. Mais qu'il représente *bonifaciens ou qu'il soit composé avec fades, ce primitif Bonifacies rend bien mieux compte de Bonifacius, Bonifacio, Boniface que bonum fatum. M. Schuohardt avoue lui-même que la forme *bonifatius n'est pas tout à fait claire à côté du « bonifatus £'jjjLot.po? » des anciens glossaires.

Il cite ensuite cette inscription : Urbice orfane et malifatieq. vix. ann. XXIII in pace, ei traduit : « der verwaisten und unglùckseligen (etwa = span. malograda) Urbica », c'est-à-dire ' à Urbica orpheline et malheureuse (infortunée) '. Fabretti, qui rend malifatia par- « quasi morti per maleficium adacta », voit évidemment dans ce mot le participe passé du lat. vulg. malefacere ' maltraiter ' ; cf. l'afr. maleficier 'maltraiter'. Il faut donner raison à Fabretti. En ajoutant malifatie à orfane, l'auteur de cette inscription chrétienne a certainement songé aux nombreux passages de l'Ecriture sainte où il est interdit, expressément ou par implication, de faire du mal à l'orphelin. Exemples : « Vous n'affligerez aucune veuve ni

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aucun orphelin. » {Exode xxii, 22 ; version d'Ostervald.) « Tu ne pervertiras point le droit d'un étranger, ni d'un orphelin. » {Deut. XXIV, 17.) « N'entre point dans les champs des orphelins. » {Prov. XXIII, 10.) «Ils ne font point droit à l'orphelin, et la cause delà veuve . ne vient point devant eux. » {Esaïei, 23.) «Ne faites point de tort à l'étranger, ni à l'orphelin, ni à la veuve. » (Jér. vu, 6.) « Ils ne font justice à personne, pas même à l'orphelin. » {Jér. v, 28.) « On a opprimé l'orphelin et la veuve. » {E^ech. xxii, 7.) Je n'ai pas besoin de citer tous les passages pour montrer que l'expression malifatie, parfaitement banale tant qu'on y voit un dérivé de malum fatum signifiant ' malheureuse, infortunée ', est au contraire admirablement à sa place si elle représente le lat. vulg. malifactse 'maltraitée '. La gtaphie malifatie a un parallèle dans le glossaire : « Malfatio, [ipotomia, defectus, sincopis. » (Du Gange, s. v. malfactio.) Ainsi les formes Bonifatius et malifatie sur lesquelles M. Schuchardt base son étymologie ne l'appuient en aucune façon. Et au point de vue du sens, comme à celui de la forme, *malifatius ne convient pas assez pour se soutenir tout seul. Le Dictionnaire général le rejette avec toutes les autres étymologies proposées.

(7) Lat. miser ' misérable ' >- mesre >> afr. niais ' mauvais ' : Diez

Inadmissible pour la forme.

(8) Lat. magis > mais (ail. ' aber ') d' où maisetnent ' aberig, in Aberlage, d. i. in Miszlage, Uebellage befindlich ' d'où mais * mauvais ' : Kôrting 6216.

En jouant à cache-cache, les mots ne subissent pas des métamorphoses magiques.

Etymologie proposée.

Le fr. mauvais, afr. malvais, vient du lat. vulg. *malefacens. On sait quefaciens, facimtem, faciendum sont devenus en latin vulgaire *facens^ *facentem, *faundum et la forme facendo qu'on lit dans une inscription de l'an 31 après J.-C. (v. Schuchardt, Fok. des Vulg. Lai., II, 445) établit l'ancienneté de *fnalefacens. On admettra que la syllabe radicale de cette forme porte régulièrement l'accent en latin vulgaire. J'ai montré au § XXI que ace devient régulièrement ais en français. En latin vulgaire comme dans la langue classique, n tombe devant s ; mais même si n s'était fait sentir dans *facens par analogie avec *facentem, -actns aurait toujours donné -ais. Que faut-il dire de 1/ ? A la série *malifatius >> *makvais >> rnalvais, qu'avait supposée M. Schuchardt, Gas-

ton Paris oppose calefacere, it. calfare, pr. calfar, fr. chauffer ; M. Schuchardt répond {Z. XX, 536) que calfacere est enregistré de bonne heure et que le fr. écrouelles ne peut venir de scrofellm que par l'intermédiaire de *scrovellx. La forme italienne caleffare montre que M. Schuchardt n'a pas répondu à l'objection de Gaston Paris ; puis les lois que j'ai formulées aux §§ XXIV et XXXVIII nous autorisent, nous obligent peut-être, à croire que scrofellas est devenu écrouelles en passant par la forme *escrohellas . M. Schuchardt n'a pu citer un seul mot français qui présente le changement de / intervocalique en v. Il est vrai que M. Thomas {Mél. 31, 104) veut que les anciens mots français benevis et malevi^ aient leur origine dans beneficium et tnaleficium. Mais benevis serait composé bien plus régulièrement avec visus, participe de videre ; cf. benevisus * acceptus, gratus ' (Du Gange). Le verbe abeneviser signifie proprement ' gratifier, approuver, accorder, concéder ' ; cf. le bas lat. abenevisatio ' concessio in emphyteusim sub censu et servitio '. Il n'y à trace de malevi:(^ ' méchanceté ' qu'au vers 438 du Pèlerinage de Charlemagne :

Sages fud e membrez (e) plains de malevii.

Ici il faut lire mal avis ; dans l'ancienne langue avis signifie entre autres choses 'raison, sagesse, habileté' (v. Godefroy). L'idée d'habileté mû employée convient beaucoup mieux que celle de * méchanceté ' à côté des termes sages et membre:^ ' prudent '. Mais même si benevis, malevis venaient de beneficium, maleficium, ils seraient des formes d'origine savante et par conséquent n'appuieraient pas la forme populaire *malevais que suppose M. Schuchardt.

Revenons à *malefacens. Gomme on admettra *malfais à côté de malfaisant <C *nialefacentem, je n'ai qu'à établir le changement de *malfais en malvais. Ge changement se fait conformément à une loi qu'on n'a pas encore observée et que je formulerais ainsi : f devient v en latin vulgaire quand elle est précédée immédiatement par une sonnante. Dans cette position / est initiale et par conséquent se maintient à peu près toujours intacte par l'analogie de la forme simple. G'est, par exemple, l'existence du verbe simple pr. far, it. fare qui empêche les composés calfar, calfare de devenir calvar, calvare ; le fr. chauffer est un mot emprunté au provençal. Toutes les exceptions s'exphquent comme calfar. Ge qui prouve l'existence de la loi, c'est surtout le fait que / devient v précisément dans les deux ou trois mots dont la partie commençant par / n'a pas une existence séparée. On admet, je crois, universellement que l'ait, (lomb.) malveghera 'sorcière ' est dérivé de maleficus 'sorcier' (v. Meyer-Lûbke 5263, Kôrting 5832). Gomme on trouve

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dans des statuts médiévaux les expressions malefici et tnaîvegatores, malefici vel diabolici incantatores seu malve^atores (v. Du Cange), on peut croire que ce mot n'appartient pas exclusivement à la Lombardie et qu'il était au contraire assez répandu. La forme malveghera s'est établie à côté de malfare parce que ficus n'existait pas à part et ne se faisait plus sentir comme un dérivé defacere. Il y a ensuite le pr., esp. malvado ' méchant ' et l'aesp. malvar ' rendre méchant '. On voit dans l'esp. malvado un emprunt fait au provençal, dans l'aesp. malvar un dérivé de malvado ; le pr. malvado serait dérivé de malvat, formé sur malvat:(^ (v. Kôrting 5838). Si le passage de malvat:^ à malvado est douteux, celui de malvado à. malvar est de toute invraisemblance. Voici comment je conçois l'histoire de ces mots : le latin vulgaire du domaine espagnol a emprunté du latin vulgaire du domaine provençal et italien le verbe malfare qui, ne subissant plus dans ce nouveau domaine l'analogie du verbe simple, est devenu régulièrement malvar ; puis, le provençal a emprunté l'esp. malvado qui est le participe régulier de malvar. Mais quand même il n'en serait pas ainsi, il est manifeste que si maleficus a donné malveghera, *malefacens a pu devenir malvais. C'est le mot faisant qui a empêché 1'/ de malfaisant Aq passer à v ; malfais devient au contraire malvais parce que fais < *facens a été perdu de bonne heure. Il est plus que probable que *malfais s'est classé dans la pensée populaire avec les adjectifs en -ais, tels que niais et punais, qui, à en juger par la fréquence de la terminaison -ax, -acem en latin, étaient sans doute plus nombreux à l'époque dont il s'agit. L'analogie de ces formes aurait accéléré l'obscurcissement des rapports de *malfais avec malfaire, malfaisant etc., qui a permis à *malfais de se développer librement. L'ancien substantif malvaisiié, pr. malvastat, malvestat ( >> it. malvagitade) représente régulièrement *malefacitatem, et ici encore la partie commençant par /ne jouit pas d'une existence individuelle.

Le changement de v en/ dans vicem '^ fois qui est dû à l'influence d'une sourde précédente {totes fei:{ altres fei^, dous fei:(, treis fei^, etc., V. §XXI) tend à confirmer la loi en question, car il prouve qu'à l'époque dont il s'agit l'assimilation était normalement progressive, c'està-dire que c'est la seconde consonne qui subissait l'influence de la première comme dans l'anglais moderne. On peut comparer la consonne finale des mots anglais lags, lacked, qui se prononcent lag:(, lackt; puis le t de malehabitum dans la série *malavte >► *malavde "^ malade {^ LVIII). N'oublions pas non plus que/ et. v sont à l'origine bilabiaux, faiblement articulés et partant plus sujets à l'influence des phonèmes avoisinants que toutes les autres consonnes. En français moderne, l'assimilation est régressive ; c'est ordinairement la seconde

de deux consonnes consécutives qui influence la première : chauvesouris, le second, chemin de fer se prononcent presque toujours chaiif-sotiris, le :(gond, chemin t fer. Il est probable que là où l'analogie la maintient intacte en dépit de la loi que j'ai formulée plus haut, 1'/ a toujours tendu à assourdir la sonnante dont elle est précédée ; on sait que n ne se faisait pas sentir devant /en latin.

^ Mauvais est surtout intéressant comme représentant soit le genre neutre, soit le nominatif masculin et féminin. Cet honneur reviendrait exclusivement à mauvais que l'on ne serait pas pour cela en droit de douter de cette étymologie. Mauvais n'a-t-il pas d'aussi bons titres à l'ancienneté que n'importe quel autre adjectif ? Mais il est à peu près certain que l'afr. irais ' qui est en colère ' vient du nominatif lat. vulg. irascens, cm V'mB.mxi{ iraistre 'être en colère' vient incontestablement de *irascere (cf. le fr. naître <C afr. naistre <C *nascere) et l'ancien substantif iraissance représente non moins régulièrement le lat. class. irascentia.

M. Horning(Z. XXVIII, 197) a bien établi l'identité des anciennes séries synonymes mauvais, mauvaisement, mauvaistié et mais, niaisement, maiseté. Mais il a si peu réussi à se convaincre lui-même que mauvais passe à *mawais etc. qu'il termine ainsi son article : « Immerhin bleibt ein Zweifel, ob der Schwund, resp. die Umwandlung des v und die Zusammenziehung beider Silben unseres Wortes sich ûbera.ll auf ' lautgesetzlichem ' Wege vollzogen habe, und ob nicht da oder dort die Hâufigkeit des Gebrauches eine Abschleifung des Wortes zur Folge hatte, durch welche neben mauvais eine Kurzform mais entstanden wàre. » M. Meyer-Lubke (5260) se contente de faire remarquer qu'il est difficile de faire sortir l'afr. mais de mauvais. Nous allons voir, au contraire, que mais corrobore non seulement la loi que je viens de formuler, mais aussi celle qui est formulée au § XXXVIII. Voici ce qui a été, sans aucun doute, la succession des formes : malfais >> mafais > mahais > maais >> mais. Dans les contrées auxquelles appartient la forme réduite, le rapport de *malfais avec malfaire s'est fait sentir un peu plus longtemps qu'ailleurs. Mais Vf ne persiste qu'aux dépens de 1'/ qui se dévocalise d'abord, puis tombe entièrement. La chute de / devant /dans *malfais est due à la même cause que l'amuïssement de n devant/ dans le lat. class. infans. Si les grammairiens latins ne nous disent pas que / ne se fait pas sentir devant /, c'est que / ne se trouve jamais dans cette position en latin classique. Mais je puis corroborer *mafais en citant les anciennes formes italiennes mafatto, mafattore. Le passage de *mafais à *mahais, puis à maais se fait conformément à la loi formulée au § XXXVIII ; cf. l'afr. afaitier >■ ahaitier >» aaitier

1^6 RECHERCHES ÉTYMOLOGiaUES

( § XLV). Ces formes mahais et maais ne sont pas non plus entièrement hypothétiques, car Montesson (Vocab. du Haut-Maine) cite mahâsement, mohais, mohas, etc., puis moais, moas, etc. (a devient o en passant par e féminin), et Godefroy enregistre maais et les trissyllabes maesté et maeses qui représentent maaisté et maaises. Ainsi mais sort de *malfais en suivant une voie phonétique absolument régulière. Ne met-il pas en même temps le sceau à l'étymologie de mauvais ?

Vouloir prouver que *malefacens convient pour le sens, ce serait porter de l'eau à la rivière. On peut remarquer cependant que mauvais ne diffère de son synonyme malfaisant que parce qu'il n'exprime plus nécessairement l'idée d'action qui appartient au participe présent, et que mauvais possède parfois, surtout en ancien français, bien nettement le sens de * malfaisant'. Rappelons l'ancienne expression malvais morceau 'poison', dont on trouvera un exemple dans Godefroy, et ensuite ces vers :

Seignor, ma dame est desheitiee, Si viaut que tuit vos an voisiez, " Que trop parlez et trop noisiez,

Et la noise li est mauvaise.

(Clig., 5479.)

LXIX. — It. trafficare ( >> esp., port, traficar ; fr. trafiquer > angl. iraffic) ; cat., esp. trafagar ; port, trafegar.

Etymologies à rejeter.

(i) Lat. vulg. *transvlcarey formé sur vicem * changement' : Diez

Diez avoue que cette étymologie est douteuse ; Kôrting la trouve invraisemblable au plus haut degré. ■ .

(2) Lat. vulg. *transficare, pour *transfacere : Kôrting 9694.

Ce n'est qu'en désespoir de cause que Kôrting est tenté de penser à cette étymologie ; elle est, en effet, de toute invraisemblance. Le Dictionnaire général tire trafic de l'it. traffico sans rien dire sur l'origine de ce dernier.

Etymologie proposée.

L'it. trafficare, le cat., esp. trafagar et le port, trafegar, trasfegar viennent du lat. vulg. *transvàcare, composé du lat. class. vàcare et accentué d'après le modèle des mots transvôlare, transvôrare, transvàdare

RECHERCHES ÉTYMOLOGIQ.UES 167

du latin littéraire. On sait qu'en latin classique i" ne se faisait pas sentir devant une fricative ; on prononçait, par exemple, et on écrivait souvent travolare. En latin vulgaire, au contraire, l'analogie fait sentir ordinairement partout 1'^ de trans '> iras. Bien qu'on ne l'ait pas encore remarqué, il est tout à fait certain que \'s sourde ne se faisait sentir en latin vulgaire dans le groupe sv qu'aux dépens du v qui s'assourdissait régulièrement en / ; le passage de *irasvàcare à *trasfàcare est parallèle à celui de ires vices etc. à ireis fei:^ etc. (v. § XXI). Dans le français moderne, l'assimilation est ordinairement régressive, c'est-à-dire que c'est la seconde de deux consonnes consécutives qui influencé la première ; on peut néanmoins observer dans la prononciation française d'aujourd'hui un phénomème parallèle au changement de sv en i/dans *trasvacare >> *trasfacare : la loi générale veut que le cheval se prononce le j'val, tandis qu'on dit, au contraire, le ch'val, avec v assourdi, et même parfois dans un débit peu soigné le ch'fal. Dans *trasfacare, s aurait fini par tomber même si l'on avait toujours reconnu trans daijs traSy mais il est plus que probable que le sentiment de la composition s'est perdu avec l'établissement de la forme *trasfacare, qui ne rappelle plus vacare et que, l'analogie cessant d'opérer en sa faveur, Vs tombe plus tôt dans ce mot que dans la plupart des composés avec tras. Un reste précieux de la forme primitive survit cependant dans le port, trasfegar, variante de trafegar. En italien, *trasfacare devient régulièrement *traffacare. Du moment où cette forme s'établit, traf prend inévitablement le caractère d'un radical et -acare, dont le premier a reste toujours atone, celui d'une terminaison. Dans ces conditions il aurait fallu un miracle pour empêcher *traffacare de subir en italien l'analogie des nombreux verbes en -icare (niasticare, bulicare, scorticare, fumicare, nevicare, rosicare et tant d'autres) et de devenir enfin trafficare. On admet que le fr. trafiquer et l'esp., port. traficar sont des emprunts faits à l'italien. En hispano-portugais, où les représentants de -icare {ts^.^ port, amargar, cargar, çtc.) ne peuvent exercer aucune influence analogique, *trafacare devient régulièrement trafagar, trafegar.

Cette étymologie n'est pas moins satisfaisante pour le sens. On part du sens de vacare dans V expression vacare alicui rei * avoir le loisir de s'occuper à qqch'. Les verbes fr. vaquer, it. vacare, esp., port, vacar, empruntés de vacare, indiquent l'étape prochaine ; ils signifient ' s'appliquer, s'adonner, s'occuper à (un travail)', ce qui, soit dit en passant, est à peu près le contraire du sens propre de vacare : ' être sans occupation, avoir du loisir'. Il faut comparer le lat. class. otiari 'avoir du loisir' qui ne passe à. negotiari * trafiquer' qu'à l'aide de la particule

négative. Le passage d'idée entre ' vaquer à ' et ' trafiquer ' trouve son explication dans la phrase latine negotio vacare (cf. clientium negotiis vacare, Tac, Ann., i6, 22) et dans l'histoire du lat. class. negotiari. Il faut se bien garder de croire que le composé *transvacare a marqué le transfert qui a heu entre le vendeur et l'acheteur. Ce verbe est parallèle, non pas aux composés transvendere, transmittere, mais bien au lat. class. transigere * mener à bonne fin, accomplir, exécuter, faire ou traiter (une afiaire, des affaires), etc. ', c'est-à-dire que trans marque dans *transvacare l'idée d'accomplissement, de complètement, d'achèvement ; cf. l'angl. transact 'faire, traiter, être en (affaire ou affaires)'. Cei;te étymologie trouve un appui dans le sens de ' maneggiare, aver cura ' que prend trafficare dans cet exemple : Nientedimeno per cagione di trafficare délia pecunia, perché era dispensatore del Signore, cadde si laidamente, che per pecunia tradi Cristo. (D. Cavalca, Tratto de ' Frutti délia lingua, dans le Dît^. Minerva.) Trafficare n'a aucun rapport immédiat avec le bas lat. devacuare ' mycnàre'.

LXX. — Esp. trasegar, port, trasfegar, cat. trafagar, afr. trager.

Etymologies à rejeter.

(i) Lat. vulg. *transvïcare, formé sur vîcem * changement ' : Diez

Ce primitif ne rend pas compte du cat. trafagar. Diez et tous les

autres étymologistes paraissent avoir négligé l'afr. trager.

(2) Lat. vulg. *transkare (de trans) >» esp. trasegar : Parodi, R. XVII, 73.

Ce primitif ne rend pas compte du port, trasfegar ni du cat. trafagar. Cf. Meyer-Lûbke, 8852.

(3) Lat. vulg. *trans-sècare > esp. trasegar : Kôrting 9694.

Cette étymologie ne convient pas pour le sens et ne rend pas compte des formes avec /.

Etymologie proposée.

L'esp. trasegar, le port, trasfegar et le cat. trafagar viennent des formes lat. vulg. *transvàcare, pour *transvàcûare, et *transvà^arey. composé de vàgare ; ces formes sont accentuées d'après le modèle de tra{ns)vôlare (v. § LXIX). On sait que le lat. class. vacutis ' vide * passe en latin vulgaire à *vacus (cf. *mortus, pour mortuus) ; il est donc

RECHERCHES ÉTYMOLOGIQUES l6^

naturel que vaciiare devienne quelquefois par analogie *vacare et se confonde ainsi avec le lat. class. vacare. Dans la péninsule ibérique, *vacare et vagare donnent tous les deux vagar. C'est ainsi que les formes cat. trafagar, port, trasfegar ' transvaser ' venant de *transvacare, pour *transvacaare, coïncident avec l'esp. trafagar, port, trasfegar ' trafiquer ' qui remontent à *transvacare, composé de vacare ' vaquer '. On trouvera à l'article précédent l'explication de ces formes. En espagnol, on a dû dire anciennement *trashegar, forme qui aboutit à trasegar parce qu'elle n'est pas appuyée d'une forme simple *hegar. L'afr. tragier >» trager représente *transvagare ; transvàgat devient régulièrement trage.

Kôrting cite à l'appui du pnm'itiî *tramsecare les phrases trasegar los mares ' traverser les mers ', trasegar los campos * errer à travers champs ', mais ces expressions s'expliquent encore mieux par *transvagare ' errer à travers '. Ici l'esp. trasegar est synonyme de l'afr. trager ' passer, circuler ' ; Doubs : trager, Genève : traguer ' traverser, aller de côté et d'autre ' ; Centre : trajer ' passer, traverser ' ; Beaune : trager ' marcher vers un but '. Ce qui nous fixe définitivement sur l'origine de l'esp. trasegar ' traverser', c'est le bas-lat. transfegare ' transfretare ': Licitum sit ipsis partibus . . . libère et impnne transfegare, ire, stare, et redire, 'mercari, etc. (1406, Chron. Bergom., dans Du Cange.) Il n'est pas besoin d'ajouter que dans le sens de * transvaser ' trasegar et ses synonymes port, trasfegar, cat. trafagar ont une origine également naturelle dans *transvacare, trans indiquant passage et vacare représentant vacuare * vider '.

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