‹ Recherches philologiques romanesChapitre 52 sur 69 · LXXV. — Pr. anar · texte numérisé non relu

LXXV. — Pr. anar

Etymologies à rejeter.

Voir aller (§ LXXIV). Dans le passage suivant de sa Grammaire des langues romanes (II, § 226, trad. fr.), M. Meyer-Lûbke approuve l'étymologie de M. Schuchardt (R. XVII, 417) qui voit l'origine de anar d2.ns ambulare : « A ces formes, l'Obwald préfère màr de amnar ... auquel répondent le sulzb., nonsb. nàr, le vincent. rustique nar, le prov. anàr, le macéd. imnàr avec un système flexionnel complet, l'istr. amnà. A la base de toutes ces formes se trouve *aminare, qui doit provenir, par dissimilation ou échange de suffixe, de ambulare ... Au fond, la forme rhéto-roumaine pourrait aussi s'être développée de minare ; mais cette étymologie ne convient pas au prov. anar. » M. Meyer-Liibke est revenu depuis sur cette opinion ; son dictionnaire étymologique (409) tire le pr. anar de *ambitare.

Etymologie proposée.

Le pr. anar et toutes les autres formes qui lui répondent viennent siïis aucun doute du lat. ante minare ; cf. le pr. angarda <C ante *warda'',''ànvan <C ante vànnus ; donsel <C dominicellus . Ce n'est que la forme à désinence accentuée qui persiste dans le pr., cat. annar, anar. Cette étymologie est parfaitement régulière au point de vue phonétique. On comprend facilement que anteminare, surtout dans son emploi intransitif, ait cessé de subir l'analogie de minare et qu'il ait passé ainsi par les formes *antmenare >> *antnnare >» annar. L'origine de ce verbe ressemble ainsi beaucoup à celle de l'it. andare, esp., port, andar < {se) ante dare (v. § LXXIV).

Pour le sens, on n'a qu'à comparer le fr. pousser ' aller, s'avancer ' dans les expressions pousser jusqu'à un lieu, un navire qui pousse au large. Il ne faut pas oublier que aller et andare ont été à l'origine des verbes transitifs.

RECHERCHES ETYMOLOGIQUES ibl

LXXVI. — Fr. haler ( > it, aîare ; esp. halar, alar ; port, alar ;

angl. haie, hauï).

Etymologies à rejeter.

(i) Anor. hala ' haler ' > fr. haler ' tirer ' : Diez i8i, Mackel 46, Meyer-Lûbke 3997, Kôrting446o.

' L'ancien norois n'a pas possédé hala, car l'isl. hala, le suéd. hala et le dan. haie ont été empruntés plus récemment au bas-allemand (v. New English Dictionary et Skeat).

(2) Ane. francique halôn, aha. halôn, holôn * aller chercher ' >> fr. haler ' tirer ' : New English Dictionary et Skeat.

Ce sont des mots empruntés du gallo-roman.

(3) Le fr. haler ' lancer (un chien) sur une proie ' passe pour être une onomatopée : M. Meyer-Lûbke (3996) en voit l'origine dans l'interjection hala, hait ; M. Jeanroy paraît préférer haie ou hare (v. Kôrting 4498) ; le Dictionnaire général donne hare.

Hala et hait sont tirés de haler (v. plus bas) ; hare est l'impératif de l'afr. harer (v. § LXXXIX).

Eiymologie proposée.

Le fr. haler s'est dégagé des composés *ahaler ( <C *avallare, v. § LXXIV) et dehaler (v. plus bas). Il a ainsi une origine analogue à celle des anciens verbes français hurter (§ XXIV), hurer (§ XXV), haner (§ XXXVIII), haitier (§ XLVI) ; cf. humer (§ XXVI). Cela suffit pour mettre cette étymologie phonétiquement à l'abri de toute critique.

L'ancien verbe dehaler ' accabler de coups, harasser, exténuer ', que négligent Diez, Kôrting et M. Meyer-Lûbke, est d'une importance <:apitale, car il se rattache manifestement à dévaler. Remarquons cet exemple :

Lors veissiez en maintes guises Descendre cops aux dévalées De grandz godendaz et d'espees L'un sur l'autre aviseement.

(Guiart, Roy. lign., 14530 ; G.)

Le même auteur parle plus loin (v. 20696) de « grani avaloisons d'espees, de lances ». Ces exemples corroborent le passage d'idée entre dévaler * faire descendre ' et dehaler ' accabler de coups ' :

l82 RECHERCHES ÉTYMOLOGIQUES

Mes li asnes si chargies fu, Que il ne pot avant aler Pour batre ne pour dehaler.

(Ren. contrefait, Tarbe, Poèt. de Champ., 94 ; G.)

Si l'afr. avaler signifie ' déprécier, rabaisser ', sens qui se retrouve dans l'afr. aie ' corrompu ' % et si Fit, 'awallare veut dire ^ opprimer, oppresser ' (v. Baretti), il est très naturel que dehaler ait pris le sens de ' harasser, exténuer ' : un roncin maigre et dehallé ; soldats dehalle:<^ pour le travail et faulte de vivres; son cheval si maigre, si despris, et si deshalé{y. Godefroy) ; c£. le fr. abîmé et l'angl. knocked up. On pourra se dire que dehaler est ici composé de hâler * dessécher ' ; je ne le nie pas et on verra au § LXXVIII que cela n'infirme aucunement l'étymologie que je propose. En attendant, on peut considérer cet exemple :

Chantez comment François furent gallez, Chollez, foulez, roulez, escliarbouillez, AffistoUez, pourbondiz, pestelkz, Halle^, touillez et battuz de tous lez. (Molinet, Chans. sur la journée de Guinegate, Ler, de Lincy, Cb. hist.fr., I, 391.)

Ce haller, que Godefroy renonce à traduire, mais qui est synonyme de touiller et de battre, est. évidemment le mot qui fait partie de dehaler ' accabler de coups, harasser, exténuer '. On le reconnaît facilement dans l'angl. haul, hall ' harceler, harasser, malmener ' : They went up and down . . . preaching . . . tho' daily beaten, whipped, bruised, halled and imprisoned therefore. (1678, R. Barclay, Apol. Quakers, XIV, v. 506 ; N. E. D,) Ajoutons que l'aha. dawalôn, tawalôn ' se mourir ' est sans doute emprunté de l'afr. *davakr (v. § LXXX), wall. daveler ' joncher ', daller ' importuner ' ; cf. l'afr. desaler ' trépasser ', desavaler ' être précipité ' ou ' mourir' ; aha. avalôn, afalôn <C afr. avaler (v. § LXXIV). Le fr. haler a passé de bonne heure en anglais sous la forme de haie (aussi haile, halte, hall, halle, haul, etc.) et ce mot a des sens primitifs qui servent à éubiir l'étymologie de /7âj/i?r. J'en signale les plus importants en les appuyant d'exemples tirés du New English Dictionary. Haie signifie * avaler d'un trait ' :

He Tialed of fe cuppe.

(xiT° s., E. E. Allit. P., B. 1520.)

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