‹ Recherches philologiques romanesChapitre 54 sur 69 · LXXVII. — Fr. halle ( > ait. alla · texte numérisé non relu

LXXVII. — Fr. halle ( > ait. alla

Etymologie à rejeter.

Aha. halla 'temple' : Diez 610, Meyer-Lûbke 4006. Mackel (60) et Kôrting (4463) préfèrent poser l'anc. francique *halla ; le Dictionnaire général donne l'asax. halla.

Halla est très rare en ancien haut-allemand ; Skeat y voit avec raison un emprunt. Ce mot reparaît dans la littérature du moyen haut-allemand, mais, toujours peu populaire, il disparaît de nouveau après Luther. Introduit encore une fois par les poètes de la seconde moitié du xviii' siècle, halle parvient enfin, mais bien tard, à se faire acccorder droit de cité dans la langue allemande (v. Kluge et Grimm).

Etymologie proposa.

L'afr. haie n'est qu'une variante de l'afr. aie ' assemblée, foule ', substantif verbal de a/^r <C *avallare (v. § LXXIV) ; cf. les anciens doublets

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aire et hair-t (§ XLIi), ait et hait (§ XL VI), atir et hatir (§ XL VU). Haler était anciennement synonyme de aler (y. § LXXVI). On trouvera dans Du Gange trois exemples de la forme bas-latine ala ' halle (s. V. ala 2), un exemple de la forme bas-latine aula ' assemblée, foule ' (s. V. aula 7), deux exempks de la forme bas-latine aida ' halle * (s. V. aula ^), un exemple de la forme française aule 'halle' (s. v. aida 4). Ce n'est pas tout. La forme primitive fala, falJa, qui répond au fr, affaler (§ LXXIV), se trouve employée dans des documents latins cités par DuCange : in failis seu hallis parisiensibus (1332); juxia falas pari5{iensesy, en marge du texte : aux haies de la merurie de Pflm (1375)-

Ce mot a été appliqué primitivement, sans aucun doute, à l'assemblée des habitants d'une commune pour traiter les affaires publiques, puis aux assemblées religieuses et à la foule de gens qui se réunissaient les jours de marché pour vendre et acheter des denrées, des marchandises. Mais haie a fini par désigner la salle, la -place, le lieu où se tenait l'assemblée, le marché. On n'a qu'à comparer les exemples suivants pour voir combien ce changement de sens est naturel :

A Leun, en la mestre saie.

Al couronner ot moult grant aie.

(Mousk^ Chron., 14039.)

Cist doi eschevin l'ont recordee (ceste covenance) en pleine bah par devant esche vins.

(1256, Flines, Arch. Nord. ; G.)

Cette étymologie rend ainsi compte des sens variés de l'afr. haie : * salle du conseil, salle, marché ' et de ses représentants aha., asax. halla^ ags. heall, anor. hôll : ' templum, palatium, aula, atrium, porticus ' ; ait. alla : ' piazza o luogo dove si trattano le cose del pnbblico * ; cf. Tangi. town-hall * hôtel de ville '.

LXXVIÏL — Fr. hâler.

Etymologies à rejeter.

(i) Holl. haeî, hal *sec ' : Diez 609.

Ce primitif paraît dérivé du verbe français et ne rend pas compte des anciennes formes harler, hasler.

(2) Lat. vulg. *assulare ' rôtir ', de assare : Meyer-Liibke 737.

Ce primitif ne rend pas compte de Vh ni de l'r de l'afr. harler. Kôr-

RECHERCHES ÉTYMOLOGiaUES 187

ting (985) est disposé à approuver *assulare >► hashr et à expliquer Vh par l'analogie du holl. hael.

(3) Lat. vulg. *aridulure * dessécher ', de aridus : Kôrting 4447a. Ce type n'est certainement pas plus satisfaisant que les autres précédents.

Etymologie proposée.

Ce verbe se rencontre pour la première fois au xii^ siècle sous la forme haler :

Autres! le caupa comme un baston halé.

(Fierabras, 4837.)

Cette forme subsiste à travers tout le moyen âge à côté de harier et de hasler. Elle est étymologiquement identique à haler * tirer ' (v. § LXXVT). Si haler a son origine dans le lat. vulg. *avallare, il peut bien être synonyme de l'afr. avaler ' couper, trancher ' ; cf. le nfr. avaler les branches d'un arbre. En effet, baston halé, qui se rattache à l'afr. halot * branche, bûche ', proprement ' branche avalée ', et au baslat. halliis, halus, hasla * siccus ramus ' (v. Du Cange, s. v. halluSy. hali), signifie proprement * bâton coupé '. Tout porte à croire (v. § LXXIX) que l'on a dit en gallo-roman haler un arbre * l'abattre ', haler une branche ' l'avaler ', haler f herbe ' la faucher ' ; cf. l'afr. daillier ' faucher ' (§ LXXXI). Mais comme l'arbre, la branche, l'herbe que l'on coupe se dessèchent et comme on les coupe le plus souvent pour les faire dessécher, rien n'est plus naturel que le passage d'idée entre haler ' couper ' et haler ' dessécher, - flétrir ' ; cf. faner (§ XXXIX). Il importe de remarquer que l'afr. haler, comme le nfr. hâler, s'emploie en parlant non seulement de l'action du soleil^ mais aussi de celle des vents desséchants et du temps froid.

Comparons ensuite les exemples suivants de haler et de dehaler :

Tant ay aie mont et valee.

Que ma char est toute hallee.

(Mir. de S. Jean Cbrys., 406.)

Haies., magres et decreves, • Traveillies, lasses et grèves.

Q. d-e Coudé, Magnif., 267.)

Sour un roncin desavenant, Trotant et maigre et dt^ïU.

(Sirrazia, Rotuan de Hatn, Z47, Michel.)

Estans desja ses soldats dehalle-{ pour le travail et faulte de vivres.

(Mart. du Bellay, Mém., X.)

l88 RECHERCHES ÉTYMOLOGIQUES

Ce conte fut d'un sien voisin qu'il avoit veu sur son cheval, si maigre, si despris, et si deshalé, qu'il s'esbahissoit comment il pouvoit seulement porter sa selle.

(G. Bouchet, Serees, XI.)

S'il est possible que dehaler ' exténuer ' soit composé de haler ' dessécher ', il est également possible que le sens de ' exténuer ' soit dérivé de celui de ' déprécier, corrompre, gâter, abîmer ' (v. § LXXVI) et que haler tire son sens de ' dessécher, flétrir ' en partie de la même source.

Harler ne s'emploie pas seulement dans le sens de ' dessécher ' ; il €st également terme de cuisine en ancien français et signifie ' rôtir ' (v. Godefroy). Dans ce sens, harler est probablement un mot différent. Comme l'ancien français a les verbes ardoir, qui vient de ardere, €t arser, formé sur arsus (afr. ars)^ participe de ardere, il est vraisemblable que le latin vulgaire a formé, dans le domaine français, sur le participe arsus, à l'aide du suffixe -ulare, le verbe *arsulare. Cette forme, qui est exactement analogue au lat. class. ustulare, de ustus, participe de urere, aurait donné régulièrement *asler (v. § LI) ; mais l'r l'aurait emporté parfois sur 1'^ par l'analogie des mots ardoir, arser, arsin, arson, arseur etc. ; cf. le wall. aurler ' hâler '. Employé en parlant de l'action du soleil, haler aurait subi très naturellement l'influence des formes *arler, *asler, et on aurait eu pour résultat harler et hasler.

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