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LXXXV. — Fr. ravauder

Etymologies à rejeter.

(i) Lat. vulg. *readvalidare 'renforcer': Diez €66.

Cette étymologie ne rend pas bien compte de tous les sens.

(2) Moy. hoU. rabauden ' scurrum agere ' (de rabauw ' ribaud ') >» ravauder 'parler comme un fripon' : Baist, Z. V, 560.

(3) « Ravauder, au sens de ' dire des choses futiles, hâbler ', ne pourrait-il être dérivé de Vaud ' vaudois, hérétique ' et signifier ainsi proprement 'blasphémer' ? » (Kôrting 7696.)

Etymologie proposée.

Le fr. ravauder est étymologiquement le même mot que rôder, afr. rauder <; *ravalitare, fréquentatif de ravaler (v. § LXXXIV). Le v persiste parce que ravauder est resté sans doute longtemps, synonyme de ravaler et de valer. Ce verbe, qui n'entre dans le domaine littéraire que vers le commencement du xvi'^' siècle, a dû être, avec rôder, pendant bien des siècles un terme d'argot.

Je tire du Dictionnaire général ces définitions :

Rôder, v. intr., 'tourner ses pas de côté et d'autre', spécialement ' aller épiant, guettant, de côté et d'autre '.

Ravauder, v. intr., ' reprendre, tourner et retourner (une idée) ' : Qu'il ne s'amuse point à ravauder et répliquer à Rome (Sév., 416) ; ' tourner et retourner les choses ' : Nous ravaudions l'autre jour dans les paperasses de feu M™" la Trémouille (Sév., 748).

L'identité essentielle de ces sens de rôder et de ravauder est manifeste on peut comparer le pic. raveuder 'chercher' qui rappelle le dernier exemple de ravauder et le sens spécial de rôder : ' aller épiant de côté et d'autre'. Le sens fondamental est 'aller de côté et d'autre' ; cf. le genev. ravauder ' marchander, mésoffrir '. L'ancien substantif ravaudis 'tapage, remue-ménage ' ne se rattache pas moins bien à l'afr. raudir :

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Je cours, je trotes, je raulJis,

Je faictz gambades et grans saultz.

{Moralité de Marthebeau, p. 7, Ler. de Lincy.)

Il faut parler moins catégoriquement de l'évolution des sens transitifs de ravauder : (i) 'rapiécer (de vieilles hardes, des bas)'; rabâcher (qqch)'; (2) 'réprimander' ou 'malmener'. Tous ces sens peuvent être dérivés des sens transitifs de rôder : (i) 'tourner (qqch) de cà et de là ' ; (2) ' parcourir (un lieu) de côté et d'autre ' . Mais le sens de 'rapiécer' fait penser à ravaler d^ins l'expression ravaler un mur 'enlever l'enduit de la maçonnerie pour recrépir ; gratter, badigeonner la surface ' ; si l'on ajoute à ces idées le sens fréquentatif du suffixe -itare on arrive à un sens exactement analogue au premier sens de ravauder, d'où on passerait très facilement au second. On a hésité sur la définition de ce second sens dont voici l'exemple cité par Godefroy :

Elle sçavoit bien parler à ces désobeissans et déréglés, et les ravaudait terriblement.

(Brant., Dames illustres, Cath. de Médicis.)

Godefroy traduit : ' reprendre de paroles ', définition à laquelle Bonriard et Salmon substituent ' malmener ' ; le sens fondamental paraît être ' réprimander '. Si ravauder peut signifier aujourd'hui ' dire des impertinences ' (définition de Scheler), ce sens n'est certainement pas primitif. Mais ravauder 'réprimander' ou 'malmener' semble proche de l'afr. valler que Godefroy, suivant Kervyn de Lettenhove,: traduit vaguement par ' attaquer ' dans cet exemple :

S'il sevent leurs deffautes, moult tost les vont valler.

(Gillon le Muisit, Poés., I, 363, 2, Kerv.)

Il est clair que si valler est ici un congénère de ravaler y les verbes ravauder &t î;a//^r peuvent avoir pour idée commune 'amener à un degré moindre ', c'est-à-dire ravaler. Ce sens nous permettrait d'expliquer le substantif ravaut ' bourde, moquerie ' par le sens propre de ' ce qui rabat (les prétentions de qqn) ' et cette interprétation paraît confirmée par l'exemple suivant :

Amis, dist Corbarans, donnet m'as ung ravaut

Qui m'as dit chy endroit, non pas bas, mais enhault.

Que cil TaflFur mengeoient ung Sarrasin tout quaut.

(Cher, au cygne, j^jo.)

204 RECHERCHES ÉTYMOLOGIOUES

LXXXVI. — Fr. harnais, afr. harneis ( >> it. arnese ; pr., esp. arnes ; • port, arne^ ; angl. harness) ; afr. harnas.

Etymologies à rejeter.

(i) Dérivé du bret. (haern) harn ' fer ' à l'aide du suffixe français -ois <; lat. -iscus : Kôrting 4443 .

Diez (26) avait rejeté cette dérivation en alléguant qu'il n'est pas dans la nature des langues de faire des dérivés de radicaux étrangers qu'elles ne se sont pas assimilés; il fait venir harnais du cymr. haiarnae:^^ 'ferraille' par l'intermédiaire de l'angl. harness. Aujourd'hui on admet que l'angl. harness est une importation française. L'étymologie de Kôrting est surtout inadmissible parce qu'il faudrait partir de l'anc. bret. hoiarn qui ne convient pas pour la forme ; le bret. harne^^ est d'origine romane (v. Skeat). Pour ceux qui ne veulent absolument pas croire à cette origine celtique, il ne reste, dit Kôrting, guère autre chose qu'à supposer le primitif *arnensis qui renfermerait le radical du lat. arma. Même cet épouvantail ne doit pas nous faire opter pour une origine bretonne.

(2) Anor. *herrnest ' provision pour le voyage ', composé de herr 'armée' et nest ' provision ' : Baist, Z. XXXII, 38.

M. Meyer-Lûbke (4 11 9) approuve *herrnest tout en admettant que le dérivé harnaschier fait difficulté. Une difficulté bien plus grande est celle que présente le passage de *herrnest à harneis.

Etymologie proposée.

Le fr. harnais, afr. harneis, vient du germ. *warnisk, dérivé du radical luarn qui se retrouve dans l'aha. warnôn, luarnén et encore warnjan d'où le fr. garnir. Pour la forme on peut comparer le fr. marais <, afr. mareis ■< germ. *marisk. L'ancien synonyme harnas est formé, bien entendu, sur le même radical, à l'aide du suffixe latin -aceus >■ -a^ >» -as qui se retrouve dans les mois bourras, plâtras, etc. ; comme le roman s'est assimilé le radical warn, ce dérivé n'est pas en contradiction avec le principe qui a empêché Diez de tirer harnas du radical cymrique haiarn (v. plus haut). Uh de harneis, harnas, doit son origine au composé *awarniskare qui, se conformant à la loi qui régit le sort du V latin (bilabial) placé entre deux voyelles identiques (v. § LXXIV), devient aharneschier . C'est l'analogie des formes harneis,

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harnas, harneschier qui a empêché aharneschier de devenir arneschier. Les deux verbes aharneschier et harneschier sont très usités en ancien français ; la forme {a)harnaschiér >» nfr. harnacher, qui est moins ancienne et relativement rare, doit son existence manifestement à l'analogie de harnas. Il est naturel que le substantif harnescheure ait subi plus tôt l'influence de harnas et soit devenu assez souvent harnascheure dès le XII'' ou xiii^ siècle.

Dans l'ancienne langue cqs mots ont surtout les sens suivants : harnas, harnois ' arme, armure, engin, outil, bagage, équipement ^ ; harneschier * équiper, armer ' ; aharneschier ' équiper, munir, fournir, enharnacher, parer, orner, préparer '. On ne saurait même imaginer à ces mots une origine plus satisfaisante que celle présentée par le radical de l'aha. warnôn ' munir, fournir, garantir, protéger ' ; cf. l'aha. warnunga 'préparation, équipement, défense, protection'. On admet universellement que le fr. garnir et l'it. guarnire, guernire viennent de l'aha. warnjan, wernjan 'munir, fournir, etc.'. Or en ancien français le substantif garnetneni signifie ' armure, équipement, vêtement, défense, protection, etc. ' et le verbe garnir a tous les sens de aharneschier. Garni est le terme propre pour traduire hernissé dans cet exemple : Une ceinture hermssé(e) d'ivoire (v. Godefroy). L'it. guarnaccia ' veste lunga che si portava di sopra ' ( >• afr. garnache 'espèce de long sarreau qui se mettait par-dessus le surcot ') est la forme féminine de harnas 'armure'. L'it. arnese garde encore aujourd'hui sa signification primitive : « Nome generico di tutte masserizie, abiti, fornimenti, guernimenti. » (/)/:(. Minerva.) Mais il est superflu d'appuyer une étymologie dont la seule mention aurait suffi, après l'établissement de la loi dont elle dépend, pour la faire agréer de tous les romanistes.

On ne conteste pas l'origine française des mots il. arnese, pr., esp. arnes, port, arne:^, angl. harness, bret. harne:(, mha. harnas, harnasch, harnesch, harnisch, nha. Harnisch, holl. harnas, dan. harnisk, suéd. harnesk. Harnais est ainsi un des mots assez nombreux qui témoignent de cette universalité de la langue française dont Brunetière a si bien démêlé le secret mais dont l'origine remonte bien plus haut qu'il ne le pense. Plus d'un mot dont je donne l'étymologie tend à prouver que les écrivains français dont Brunetière nous parle n'ont fait que continuer et perfectionner une œuvre qu'ont commencée les Galloromans longtemps avant la période des premiers monuments littéraires.

LXXXVII. — I . Vr. farder ( >> ii. fardata), fard, afr. farde {';> it. farda) ;

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