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Fr. farder ( > pr., esp., port, fardar), fardeau, *fard

( >> it., esp., port, fardo), afr. /<atrci'g ( > esp,, port. farda) ;

3 . Fr. barder, harde, bardes ; hart ( >> pr. âsr/), afr. harcelé.

Etyrmlogies à rejeter.

1. Aha. gi-farwit (participe passé defarwjan 'colorer') >» îr:. fard : Diez 581, Mackel 64, Kôrting 3648.

M. Meyer-Lûbke (3207) trouve cette étymologie « morphologiquement incompréhensible » ; il se demande s'il faut supposer *farwipa ; cf. baunipa.

2. (i) kx2iQtfard 'coche de flèche, paiement légal, solde militaire, étoffe, vêtements, demi-charge du chameau ' >> it., esp. fardo 'ballot ', {v. fardeau, etc. : Diez 134, Meyer-Lûbke 3193.

Cette étymologie ayant été révoquée en doute par Lammens (Remarques sur les mots fr. dérivés de l'arahe, Beyrouth, 1890), Kôrting (3630) hésite à l'approuver.

(ii) Lat. vulg. *fartidus (de fartum ' farci ') ou *farsidus (de far sus * farci') >> esp. fardo, îr. fardeau, etc. : Kôrting 3630.

3. (i) Arabe fard ' vêtements etc. ' >• fr. b(irt, bardes : Diez 61,1. M. Meyer-Lûbke (4041) rejette cette étymologie comme impossible

pour la phonétique et pour le sens; Kôrting (3630) trouve difficile à croire que bardes vienne de fardes^ et tire bart, barde du francique berda 'troupeau'.

(ii) Francique *bard ' chevelure ' >> fr. bart, barde, bardes : Meyer- Lûbke 4041.

Pour appuyer *hard M. Meyer-Lûbke cite le « goth. ba:(ds », mais ce dernier est lui aussi hypothétique. Le Dictionnaire géftéral admet que ^ hardes est le même mot que Vaù. fardes dont il déclare l'origine incertaine.

Etymologie proposée.

Toutes les trois séries de mots citées en tête ont pour base le radical germanique luard qu'on voit dans l'asax. wardôn, ags. weardian, anor. var^a, aha. wariên et qui se retrouve dans le fr. garder, it. guardare, etc. 'préserver'. L'/ de farder etc. et 17; de barder etc. ont leur origine

dans le composé awarder (v. Godefroy, s. v. agarder) qui s'est conservé dans l'angl. award. Le primitif *aiuardare, se conformant comme *awarniskare (v. § LXXXVI) à la loi qui régit le développement du v latin entre deux voyelles identiques (v. § XXXVIII), devient successivement *afarder .et *aharder. La forme farder a ainsi une origine analogue à celle du h. faner (§ XXXIX), tandis que les formes barder y hart, bardes sont parallèles aux anciens mots haner, han, hanon (§ XXXVIII et § XL). Le pr., esp., port, fardar, Vit. far data, l'it., esp., port, farda et le pr. art sont des importations françaises. Il en est de même de l'it., esp., port, fardo, bien que le substantif masculin français fard ne soit pas signalé dans un sens qui le rattache immédiatement à fardeau.

Farder, aussi bien que garder, représente le germ. wardôn ; ces deux verbes partagent le sens propre de ' préserver'. Les dames d'antan étant filles d'Eve, qu'y a-t-il de plus naturel que le passage d'idée entre * préserver (le teint) ' et ' appliquer une composition sur la peau pour embellir (le teint)'? L'ancien substantif {érrnnm. farde réunit les sens de tous les trois groupes de mots qui nous occupent ; il signifie (i) 'fard' ; (2)* fardeau, paquet, bagage ' ; et, au pluriel, (3) 'bardes'; cf. Vzïr.fardage 'fardeau, paquet, bagage, bardes'. Les idées de ' fard' et de ' bardes ' se trouvent curieusement mêlées et étendues dans l'it. farda ' gênerai mente roba sporca da imbrattare, ed anche sornacchio grande, sputo catarroso ', auquel il faut comparer Vit. fardata ' percossa data con un pannaccio intinto in isporcizia, o pure quantità di sporcizia bituminosa che, tirata in qualche luogo, s'appicchi e penetri ove elle è buttata, come farebbe una mandata di fango, o d'altra materia simile buttata in un muro ' et Wïr . fardoilUer ' barbouiller '.

Godefroy traduit mal se farder par ' se charger' dans cet exemple :

Pour son hostel face sa garnison,

De gens d'oneur et prodommes se farde.

(E. Deschamps, Poés., II, 64, A. T.)

Ici la vraie signification de /arier est 'pourvoir'. On ne saurait contester le même sens fondamental aux verbes empruntés : esp. fardar 'équiper, fournir d'habits et de linge', fardarse 's'équiper' ; port. fardar ' habiller la troupe, donner une livrée à ses domestiques '. Pour montrer que l'étymologie que je propose rend compte de ce sens de 'pourvoir', il suffirait de citer l'asax. wardôn ' prendre garde à, avoir soin pour, pourvoir '. Mais on peut remarquer également (v. Kluge, s. V. wahren, warnen et Wart) que le radical ward de farder se rattache intimement d'abord au thème warn de garnir et de l'afr. harneschier, et ensuite au thème war de l'afr. garir ( < germ. warjan ' protéger.

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défendre, etc. '). Kluge donne à war le sens primitif de 'faire attention à, avoir soin pour'. On voit tout de suite pourquoi dans l'ancienne langue \qs \trhts farder , harneschier, garnir et garir ont tous les quatre •les sens de ' pourvoir, fournir, munir, équiper' ; cf. l'afr. gardé 'garni': Une huppelande sanghine fouree de luce'^, gardée de gris. (1450, dans Godefroy.) Il est également manifeste que l'afr. farde a suivi cette marche: 'équipement '>> (i) 'vêtement', (2) 'bagage' surtout par rapport à l'armée > (i) 'paquet', (2) 'charge, poids'. Ici il faut comparer l'afr. garnement ' équipement, armure, vêtement' ( >> angl. garment 'vêtement') ; le pon. fardamento 'habillement de la troupe', farda ' habit d'uniforme ' ; l'esp. fardaje, port, fardagem ' équipement, provision pour le voyage' ; l'esp., port, fardel 'havresac, besace, paquet de hardes et de provisions pour le voyage' ; l'esp., port, fardo' ballot, gros paquet de marchandises, de hardes, etc. ' ; et surtout l'afr. harnais qui réunit les sens de ' équipement', de 'armure', de 'bagage' et de ' charge, poids '.

Arrivons aux formes avec h. Kôrting voit dans le francique herda ' troupeau ' l'origine de hart ' lien d'osier, de bois pliant, pour lier les fagots ' et de harde ' lien pour tenir plusieurs chiens en laisse à la fois ; les chiens ainsi attachés ' ; c'est au contraire du francique *hard ' cheveux' que M. Meyer-Lûbke tire ces mots et les anciens dérivés hardel ' corde, paquet lié avec une corde, partie du vêtement ', harcelé ' lien d'osier ' ; cf. l'afr. hardee ' botte liée par une corde ', hardillon ' petite hart, cordon, botte, fardeau, paquet composé de la réunion de plusieurs choses ' . Le passage d'idée entre ' troupeau ' et ' corde ' est peu vraisemblable ; le primitif *hard ' cheveux ' est très douteux pour la forme et peu acceptable pour le sens. Il importe de remarquer que hart et part sont les seuls substantifs français en -art qui soient du féminin. En présence des anciens substantifs masculins dart, jart, part, sart, art et surtout garty substantif verbal masculin de garder, on ne saurait supposer que hart ait subi l'analogie du substantif féminin part. C'est pourquoi il faut chercher l'origine de hart dans un primitif féminin mais sans a final atone. Ce primitif est sans aucun doute le francique *ward répondant aux substantifs féminins ags. weard, aha. warta, mha. warte, îvart 'garde, défense, protection, etc. '. Harde est au contraire le substantif verbal de harder (v. plus bas) et partant essentiellement le même mot que garde, substantif verbal de garder. Le passage d'idée entre 'qui garde, qui empêche de partir, de se disperser' et 'lien' est parfaitement naturel, comme cela se voit par l'angl. luatch-guard 'chaîne de montre'. Hart, harcelé, hardillon ont pris le sens particulier de 'lien d'osier ' par la raison qu'à l'époque primitive dont il s'agit on se ser-

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vait plus souvent de l'osier que de toute autre chose pour faire les liens. Dans l'ancienne langue, harde a aussi les sens de ' barrière ' et de 'ridelle', et ici encore on reconnaît facilement la signification primitive du substantif ; cf. l'afr. hardelle 'ridelle'. Si les gardes {angl. ivards) d'une serrure sont des pointes de fer destinées à arrêter tout mouvement d'une clef étrangère, le mot ardillon, afr. hardillon, se dit dans un sens analogue de la pointe de métal dans une boucle qui sert à arrêter la courroie. Ce sens expliquerait l'arabe fa/d' coche de flèche' qui, comme l'arabe kalJâ' (v. § LXXXII), paraît emprunté à l'espagnol.

Diez, Kôrting et Meyer-Lùbke négligent le verbe harder ' troquer ' ; le Dictionnaire général le fait venir de hardes et cite Nicot (1606) : Harder est proprement trocqtier hardes à hardes. Cette dérivation, pour laquelle on ne trouverait pas facilement un parallèle, ne s'accorde pas bien avec ce qu'on sait sur l'histoire du mot. Au xvii'^ siècle, harder ne se disait guère que dans le commerce des chevaux, et encore seulement parmi la noblesse de province (v. Godefroy). Furetière nous en donne cet exemple : VouleT^-vous harder vostre cheval contre ceste espée d'argent ? Sully parle dans ses Œconomies royales (ch. ccxx.vii) du maréchal d'Ancre qui avait « hardé la lieiitenance de roy de Picardie et citadelle d'Amiens avec celle de Normandie. » Enfin, Olivier Basselin écrit au XV* siècle :

De bon cueur mes livres hardèrois Pour les escots ou tu serois.

Ce dernier exemple indique clairement que le sens de ' troquer ' est dérivé de celui de 'pourvoir' ; de là il s'ensuit que harder est le même vaox. c^xae farder . Ce n'est pas tout. Si les formes ardière ex. ardillon représentent les anciens mots hardiere et hardillon, il est évident que l'interjection arde:(^ 'regardez', où les auteurs au Dictionnaire général voient une abréviation populaire de l'afr. agarde:(, vient en réalité de harde:^^ ou *ahardei. Par bonheur je puis corroborer tout cela, et mettre en même temps le sceau à l'étymologie des substantifs hart et harde, en citant cet exemple : Pour harder que le poisson dudit estang ne se perdast. (1419, Compte de P. de la Coudre, dans Godefroy.) Ici harder est incontestablement le même mot que garder.

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LXXXVIII. — Fr. hanter ( >> angl. hatmt) ; afr. hantir.

Etymologies à rejeter.

(i) Anor. heimta * redemander ou reprendre chez soi un objet perdu ou absent ' : Diez 6ii, Meyer-Lûbke 4095.

Selon Mackel (115), la phonétique empêche d'accepter cette étymologie qui ne convient pas non plus pour le sens ; Scheler la trouve subtile et forcée et Kôrting (583) partage cette opinion. Le Dictionnaire général cite heimta sans l'approuver e?;pressément.

(2) Lat. habitare ' avoir souvent ' > *habtare >► hanter : Littré. Cette étymologie ne rend pas compte de Vn.

(3) Lat. vulg. *ambitare *^ aller autour ' : Scheler.

Pour appuyer *ambitare, en faveur duquel il sacrifie *hamitare ' habiter ' (de hamus, représentant bas-latin du germ. heim), Scheler fait remarquer (i) que hanter était anciennement synonyme àe converser ; (ii) que ces deux verbes, comme le lat. ambire, reproduisent le sens de l'ail, umgehen {mit jemand umgehen ' fréquenter qqn ' ; mit etwas ■ umgehen * manier, pratiquer qqch ') ; (iii) que haut, hérisson, huppe, hurler se sont pourvus d'une /; aspirée contrairement à leur étymologie ; (iv) que Vh sert à différencier hanter de enter ; (v) que hanter s'écrivait quelquefois anter. Ce n'est pas sans raison que Skeat (s. v. haunt) trouve *ambitare plus vraisemblable que les autres etymologies ; mais la vraie étymologie explique encore mieux pourquoi hanter était synonyme de converser et rend compte en même temps de l'iî;.

(4) Lat. vulg. *amitare (de âmes, amitem ' perche, bâton ') * faire tourner un bâton à la main ' >> ' manier un outil ' : Kôrting 583.

Etymologie proposée.

L'afr. ahanter est le représentant phonétique régulier du lat. vulg. *awantare, dérivé à l'aide du préfixe a <iad du germ. wantôn (aha. wantôn, wandôn ' alternare, mutare '). La forme simple hanter s'explique comme l'afr. harneschier à côté de aharneschier <C *awarniskare (§ LXXXVI), l'afr. haner à côté de ahaner <C *avannare (§ XXXVIII), et l'afr. hurter à côté de ahurter (§ XXIV).

Dans l'ancienne langue, hanter s'emploie transitivement avec le sens de ' visiter souvent ' en parlant des lieux et des personnes, et intransitivement pour dire ' aller d'une manière habituelle ; avoir

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commerce, entretenir des relations ; avoir coutume '. Si l'aha. wantôn, qui est dérivé de wintan, windan ' tourner ' (v. Sciiade), n'est signalé que dans le sens de * alternare ', c'est qu'il n'est pas très usité et qu'il est remplacé la plupart du temps par le fréquentatif wantalôn, wantolôn, wantilôn, wantelôn, mha., nha. wandeln. On est évidemment autorisé à donner à wantôn les sens fondamentaux de wantalôn, qui signifie non seulement ' retourner, changer ' mais encore, intransitivement, ' faire le commerce, marcher doucement, se promener, procéder ' et qui par conséquent rend parfaitement compte des sens de hanter. L'ail, hhren est un pur synonyme de l'aha. wintan {windan) etwentan ( <i*wantjan) et la phrase mit jemand verkehren traduit bien hanter qiidquun. Si hanter était anciennement synonyme de converser, c'est qu'il partage avec ce dernier la signification propre de ' tourner ', Schade emploie pour rendre l'aha. wantalunga les termes Atifenthalt, Umgang, Verkehr qui traduisent également bien les anciens substantifs français hant, hantage, hantise, hantin, hantement, hantance. Si hantance et hantement signifient aussi * habileté acquise par l'usage fréquent de qqch ', c'est précisément cette idée qu'exprime l'ail. Gewandtheit, composé du même radical. Godefroy traduit hantable par ' fréquenté ', mais il est clair que dans les expressions lieu hantable, voie hantable, cet adjectif signifie proprement * praticable, où l'on peut passer ou aller ', c'est-à-dire en allemand wandelbar. Enfin l'afr. se hantir * se jeter sur qqn, l'attaquer ' représente manifestement, pour le sens et pour la forme l'aha. sih wentan ( < *iuantjan) * s'opposer à ' auquel il faut comparer l'aha. ane winden ' attaquer hostilement '.

Le verbe hanter, comme le substantif harnais, a passé dans les langues germaniques où il fait souche sous les formes moy. hoU., ail. hantieren, holl, hanteeren, dan, haandtere, angl. haunt. En moyen hollandais et plus tard en haut-allemand, hantieren se dit d'un marchand qui parcourt le pays avec ses marchandises, emploi qui rappelle wantalôn ' marcher doucement ' ; c'est ainsi qu'il prend en allemand, toujours comme wantalôn, le sens de * faire le commerce '. Sous l'influence de Hand 'main', hantieren, hanteeren, etc. deviennent également synonymes de l'ail, handhaben ' manier ' (v. Grimm).

LXXXIX. — Afr. harer ( > anc. angl. hare) ; harier ( >■ angl, harry) ; harir ; hari ( >> it. arri).

Etymologies à rejeter. -

(i) Aha. harén ' crier ' : Diez 6ii, Kôrting 4486.

M. Meyer-Lûbke (4043) hésite entre harên et une origine onomatopoétique. D'où vient harên ? Schade le rapproche du goth. ha:(jan * louer ' ; mais harên aurait une origine bien plus vraisemblable dans legallo-rom. harer (v. plus bas).

(2) Onomatopée hare : Jeanroy (v. Kôrting 4498).

(3) Aha. haro ' ici, de ce côté ' >► it. arri : Caix, St., 165 ; Kôrting 4498.

Etymologie proposée.

L'afr. harer a son origine dans le lat. vulg. *awarare, mot dérivé du germ. ivarôn (cf. l'aha., asax. warôn) et qui a dû passer par les formes *afarer >> *aharer. L'histoire de ce verbe est analogue à celle de l'afr. harder qui repose sur *aharder << *afarder <C *awardare (§ LXXXVII). De même qu'on trouve dans le français du Nord awarder à côté de l'afr. agarder, de même on trouve awarer à côté de agarer ; et si harder est le même mot que garder (angl. ward), harer est étymologiquement identique à garer (angl. ware).

Pour le sens, harer * exciter un animal après une proie ' trouve dans l'aha. warôn ' faire attention à ' une explication qui ne laisse rien à désirer. Le verbe harer s'emploie surtout dans les expressions harer (un chien) à ou sur (une proie), harer un sanglier, etc. On a passé du sens de ' regarder, prendre garde à, faire attention à ' au sens de ' chasser ' par l'intermédiaire de l'impératif hare ! adressé au chien. On peut comparer l'interjection arde:{! 'regardez!', puis le verbe agarder 'affronter (l'adversaire) ' et surtout l'interjection agar ! qui appelle l'attention sur l'ennemi. L'emploi de harer n'est certainement pas moins naturel que celui de chasser ( <C *captiare * chercher à prendre ') dans cet exemple :

Et commencèrent a harer ou chassier un chien que ilz avoient après et sur les bestes dudit Jacquennin, et aussi sur son chien qui les aidoit a garder.

X1405, dans Godefroy.)

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Cette étymologié trouve un appui dans le composé harlouÇp) ' cri par lequel on excite les chiens à la poursuite du loup '. Mais ce qui me paraît la confirmer définitivement, c'est la synonymie des anciennes interjections hare ! hare ! et gare ! gare ! Exemples :

O hare, mastin, hare, hare.

Apres, après, après, après !

{Actes des apost., II, 181, éd. 1557 ; G.

Voici tout en un coup le limier qui forcené, Et qui, voyant le cerf, se tort et se demene ; Alors un garegare en la forest s'entend.

(Cl. Gauchet, Plaisirs des champs, 157, éd. 1604.)

C'est également de l'interjection ware ! ware ! qu'est dérivé l'ancien substantif wareware * embûche ' (v. Godefroy). On reconnaît facilement la même interjection dans le cri hare! hare! usité autrefois aux foires de Champagne. « Le cri are! are! ou hare! hare! promené sans doute par la voix des sergents sur le champ de foire et dans la cité entière, servait à marquer officiellement le moment où la foire se terminait, et où cessait le bénéfice des privilèges assurés aux marchands et aux consommateurs qui la fréquentaient. » (Bourquelot, Foir. de Champ., I, 88.) Ici harer a précisément le sens de l'aha. warôn * aufmerken, beachten, achten auf ' ; cf. le nfr. gare! * avertissement d'avoir à se garer '. L'aha. warôn signifie aussi ' protéger, mettre à l'abri ' ; ce sens est conservé non seulement dans garer et son substantif verbal gare, mais encore dans l'afr. hare ' meurtrière ', c'est-à-dire ' ouverture étroite pratiquée dans un mur de fortification qui permet de tirer à couvert sur les assiégeants '. Ce substantif hare est probablement le même mot que l'afr. fare ' engin de pèche ' ; cf. l'afr. war ' barrage, engin pour prendre le poisson, parc à poisson ' ; garni ' engin de pêche ' ; harnas ' engin dépêche '. L'ancien substantif ^^r^/ que Godefroy rend par

* bord, extrémité, limite ' est sans doute un diminutif de hare; il a le sens de ' épaulette ' au verset 7 du xxviii^ chapitre d'Exode {Bible, Richel. I ; G.). Si le radical allemand war de warôn se retrouve dans les thèmes ward et warn (v. § LXXXVII), il n'est pas étonnant que l'afr. hare ' bagage, butin ' soit synonyme des anciens substantifs harnois, farde, garnison; que harel, harele * sédition, émeute, tumulte, cris' se rencontrent pour le sens avec harnois ' sédition, tumulte ' et harnoise

* bruit, cri, dispute ' ; et que l'afr. ware traduise l'afr. fardes et le nfr. hardes.

Il faut voir un emprunt dans l'it. arri ' modo d'incitare e sollecitar le bestie da soma, perché cammino ' ; ce mot est exactement équivalent à l'afr. hary, harry, hari, qui représente har-y ' prends garde là,

gare là'; cf. voici, voilà. Il est probable que l'ancien "verbe français harier ' harceler, agacer, tourmenter, presser ', champ, harrier * exciter un chien contre qqn ou qqch ' doit son existence à l'interjeaion hari. Enfin, l'aha. warjan réunit, comme le fr. défendre, les sens de ' mettre (qqn) à l'abri de ce qui le menace ' et de ' enjoindre (à qqn) de ne pas faire (qqch) ' ; le premier sens s'est conservé dans l'afr. garir, nfr. guérir ; le second est représenté par l'afr. harir ' mortifier '.

XC. — Fr. haras, afr. hara^i, farai^ ; fr. harasse, afr. harace.

Etymologies à rejeter.

(i) Arzhefaras ' cheval ' > esp., port, alfara^, fr. haras : Diez 61 1. Faute de formes espagnoles avec h, M. Meyer-Liibke (3189) doute de cette étymologie.

(2) Lat. vulg. *haraceunî (du lat. hara ' petite étable pour oies, poules, porcs ') > fr. haras: Scheler, Kôrting 4485.

Aucune étymologie, à ma connaissance, n'a été proposée pour harasse ' bouclier, cage d'osier, etc. '

Etymologie proposée.

De même que l'afr. harna^^ représente *iuarnaceum, formé sur le radical warn du germ. warnôn (§ LXXXVI), de même l'afr. hara:(^ remonte à *waraceum, formé sur le radical war du germ. warôn. Uh de hara^, comme celle de l'ancien substantif hare et de l'ancien verbe harer (§ LXXXIX), a son origine dans le composé *awarare > *afarer >► *aharer.

Le primitif *waraceum signifie proprement ' qui défend, qui protège, qui met à l'abri ' ; cf. le fr. garage <Z *waraticum. De là on passe facilement à haras ' établissement où l'on entretient des étalons et des juments '; le mot garenne, qui renferme le même radical, présente un développement de sens analogue. Haras signifie par extension ' troupe d'étalons et de juments '. On ne saurait douter de cette étymologie en présence de l'ancien synonyme /ûm:( dont voici un exemple :

Ledit seigneur a un très grant /flra:^ de jutnens et de chevaul^ qu'il fait amener de

sa fourest.

(1452, dans Godefroy.)

Littré cite (s. v. haras) cet autre exemple qu'il tire de Bercheure : Il s'en print a aler et a mener autre part son farat.

Uzir.farai^ a pris par extension le sens de ' grande quantité, monceau, tas, amas ' : l'une des plus belles qui feust au monceau et farat des ditte:^ brebis ; un gros far at:;^ de clefs;unfarati de palenostres (v. Godefroy). Il faut probablement voir le même mot dans l'afr. warat, waras, warats, garas, bas-lat. warachium ' mélange de paille et de roseaux ; bourrée ; fourrage de féveroles, pois et vesces '.

Godefroy cite cet exemple de l'afr. harace ' grand bouclier, espèce de targe ' :

Et une targe plus grant de lui demi pié ou plain paume, que l'on appelle harau, en laquel ait deus pertuis de communal grant en tel endreit que il puisse veoir son adversaire par ciaus pertuis.

(L«V. de J. étihelin, ch. en, Beugnot.)

L'analogie est manifeste entre ce mot harace et l'afr. hare * meurtrière ' (§ LXXXIX) et l'étymologie de harace est confirmée par l'aha. warî qui, lui aussi, a le sens de ' clipeus '. La même idée foncière de ' qui protège, qui garantit ' rend bien compte du fr. harasse <C afr. harace * cage d'osier, pour le transport du verre, de la porcelaine '. Enfin l'afr. harace ' poursuite ', dont on trouvera des exemples dans Godefroy, rattache tous ces substantifs à l'ancien verbe harer ( <C *awarare) ' exciter un animal après une proie, chasser ' (§ LXXXIX). Kôrting (4485) et les auteurs du Dictionnaire général sont disposés à voir dans le verbe harasser un dérivé de harer ; M. Meyer-Lûbke (4043) énonce catégoriquement cette étymologie, qui en effet n'est pas douteuse.

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