XCI. — Fr. effarer, afr. esfarer ( > pr. esferar
Etymologies à rejeter,
(i) Lat. vulg. *efferare (formé, d'après le ht. effer are, sur férus ' szuvage ' > ' timide ') : Diez 567, Kôrting 3206.
Inadmissible pour la forme, et, comme férus ne paraît pas avoir pris le sens de ' timide ', probablement aussi pour le sens.
(2) Lat. vulg. *exfrîdare (du germ. fri/us ' paix ') >► afr. esfreer, et, sous l'influence de farouche, afr. esfarer : Dictionnaire général (s. v. effarer), Meyer-Lûbke 3008.
Cette étymologie n'est pas plus vraisemblable que celle de Diez.
Etymologie proposée.
L'afr. esfarer est un composé du verbe *farer auquel se rattachent
2l6 RECHERCHES ÉTYMOLOGIQUES
les anciens substantifs /rt;r ' engin de pêche ' (v. § LXXXIX) et farax ' liaras ' (§ XC). Si l'afr. harer représente *aharer, *farer remonte à *afarer dans la série *aharer < *afarer < *awarare (§ LXXXIX) ; c'est-à-dire que *farer 'est à harer ce quQ faner (§ XXXIX) est à l'afr. haner (§ XXXVIII). Comme *farer et garer tirent tous les deux leur origine du germ. luaron, l'afr. esfarer est un doublet de' l'afr. esgarer >• nfr. égarer. Le pr, esferar est un mot d'emprunt.
Le fr. effarer signifie proprement ' mettre hors d'abri ou hors de vue '. L'afr. esgarir réunit les sens de ' égarer ' et de ' effarer ' ; on lit dans Palsgrave : Je me esgarys — / get me a syde, as one dothe ihat dare not be sene; et luy de se esgaryr — As one dothe that is in great feare. On trouve dans le Dictionnaire général : « effarer : frapper d'un trouble qui produit une sorte dJ égarement », définition qui complète la preuve de cette étymologie en faisant bien ressortir le rapport entre effarer et égarer.
XCII. — Fr. vernir, vernis, afr. verni:^ ( >> it. vernire, vernice ; pr. t/^rnit:(^; Qsp. berni:(^, barni^; port, verni:^; angl. varnish, veneer).
EtymoJogies à rejeter.
(i) Lat. vulg. *vitrinire ' vitrer ' : Diez 339.
Kôrting (10255) repousse ce primitif irrégulier. Le Dictionnaire général tire vernir de vernis dont il déclare l'origine inconnue.
(2) Bas-lat. veronix ' sandaraque ' qui se rattacherait au nom de ville Berenike: Fôrster, Z. XXXII, 338 ; A. Thomas, i?. XXXVII, 432; Meyer-Ltibke 9236.
(3) Lat. vulg. *hibernicium ' d'hiver ' >> fr. vernis : Kôrting 4562.
Etymologie proposée.
Le fr. vernir vient du germ. luernjan <C *warnjan (cf. l'asax. wernjan);. aussi est-il un doublet du verbe garnir ; cf. l'it. vernire et guernire, l'angl. varnish et garnish. Le substantif vernis, afr. verni^, suppose *wernlcium et on trouve dans le latin du moyen âge la forme vernicium (v. Du Cange); ce mot intéressant a passé non seulement dans les langues sœurs et en anglais, mais aussi en allemand (Firnis), en cymrique (bernais) et, par l'intermédiaire de l'it. vernice, en grec (^spvîxr,).
Garnir signifie proprement ' entourer, couvrir "de quelque chose qui "rotège ', ce qui est aussi le sens fondamental de vernir. Ces deux
verbes renferment le même radical que harnacher (§ LXXXVI) tX. farder (§ LXXXVII). Vâir.fardement a le sens de ' vernissage ' ; l'esp. barnii réunit les sens de ' vernis ' et de ' fard ' et un poète ancien nous parle de certaines femmes, aussi dépourvues de bon sens que de bon goût.
Qui se vernicent, qui se paignent, Qui sefarteillent et qui s'oignent.
(G. de Coinci, de l'Emper. qui garda sa chastee, Richel. 2 5 m ; G.)
On n'a pas encore bien expliqué ce que signifie le vernis de l'écu dont
nous parle si souvent l'ancienne poésie. Godefroy y avait vu
d'abord une ' partie de l'écu ', mais il est revenu sur cette définition
et y a substitué (tome X, 848) le sens actuel. Il n'est pourtant pas
vraisemblable que vernis ait ce sens dans ces exemples :
Et fiert Aliaume en l'escu de chantel, Fust etz'^r«/;^li trancha et la pel.
(/?. de Cambrai, 4648.)
Des targes rompent ais et cuir et vernis.
. (Enf. Ogler, 1780.)
Ici le mot vernis paraît synonyme de l'ancien congénère garnison :
Laquelle ^arMî50« de la dicte ceinture fut faicte de clos d'argent moitié rons^ moitié quarrez.
(1552, dans Godefroy.)
Il est certain que vernisser <C afr, vérnicier est étymologiquement le
même mot que l'afr. hernisser <C hernicier :
Grans cox se donnent es escuz verniciéi.
(R. de Cambrai, 4228.)
Une ceinture hernisse(é) d'ivoire.
(Inv. de P. Gavestoii, Laborde, Emaux.)
Le mot vernis aurait donc désigné la garniture de l'écu et surtout les plaques de métal, bois, etc. dont l'écu était garni. L'angl. veneer ' plaquer ' est, sans aucun doute, une altération du fr. vernir ; devant une consonne, r ne se prononce en anglais que dialectalement, puis les anciennes variantes /âJww^^r et fineer rappellent l'angl. varnish et l'ail. Firnis, et on écrivait souvent en ancien français vrenir. Il est facile de montrer que Skeat se trompe en voyant dans veneer et dans son synonyme allemand furnieren des altérations du fr. fournir. Remarquons tout d'abord que l'ail, furnieren signifie (i) ' fournir ' et (2) ' plaquer ' et que dans le premier sens il est certainement emprunté du ïr. fournir. Autrefois, même dans des mots appartenant à l'ancien fonds héréditaire de la langue, l'allemand confondait constamment les syllabes initiales atones /^r^ for, fir,fur, ver. On trouve, par exemple, furnichtert
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pour vernichten et le préfixe haut-allemand ver est représenté régulièrement en moyen-allemand (mitteldeutsch) par voi'. Pour Jirnis < vernis etjirmssen <i vernisser on rencontre souvent les formes fùrnis, filrnies, fûrntssen, fôrnissen (v. Grimm). Dans ces conditions il est manifeste que l'allemand a assimilé fûrnieren <C vernir ' plaquer ' à furnieren <C fournir. La forme anglaise veneer vient confirmer cette explication, car l'altération de fournir ou de furnieren en veneer serait étonnante et sans exemple. Enfin, dans le dictionnaire allemand-latin de Weber (1770), on lit : v-fournirter schrank, scrinium vermiculatum » et vermiculatum est évidemment une graphie fautive pour verniculatum.
Citons ensuite à l'appui de cette étymologie l'afr. verné ' garni, orné ' et le bas-lat. vernare ' munire, instruere ' (v. Du Cange) ; puis l'afr. verni que Godefroy renonce à traduire dans cet exemple, daté de 1493 : Un agnus Dei pendant au col, ou il y a a ung des cote:^ ung verni. On lit encore dans Godefroy : verne ' gouvernail fait avec le verne, •engin fait avec le même bois ' ; vernot ' filet ou instrument pour la pêche ' ; cf. le bas-lat. vernale ' instrumentum piscatorium, retis species ' (Du Cange). Ces mots sont certainement congénères des anciennes formes françaises harnois, harnas, harnoil, garni, qui signifient tous * engin, filet, instrument pour la pêche '.
J'ai- gardé le meilleur morceau pour la fin : comme les germanistes admettent que les mots allemands wahren et warnen renferment un même radical, la synonymie du nha. Wehr <C aha. warî ' digue, barrage ' et de l'afr. verni^ ' chaussée, digue, barrage, écluse ' établit avec certitude l'étymologie que je propose.
XCIIL — Afr. emharnir.
Etymologie à rejeter.
Il ne paraît pas y en avoir, tous les étymologistes ayant, à ce qu'il semble, négligé ce mot intéressant dont Godefroy cite de nombreux exemples.
Etymologie proposée,
L'afr. embarnir vient de *iniuarnire, composé de in et le germ. warnjan ; c'est-à-dire que embarnir est un doublet de l'afr. engarnir. La forme embarnir est régulière, car le groupe nw en devenant mb se conforme à la loi qui régit le sort du groupe latin nv (v. § LUI).
Les verbes engarnir et garnir signifient surtout * munir, pourvoir, fortifier ' ; de là il n'y a qu'un pas aux sens de embarnir : ' remplir, rendre courageux, fortifier ; devenir fort, croître, grossir, prendre de l'embonpoint MI y a tout au plus une nuance entre garnir et embarnir 4ans cet exemple :
La vraie achate s'est tenue Qu'ele conforte la veue, Soif estànche et home garnist Et li croist force, et Vembarnîst.
{Lapidaire, 505, Pannier.)
L'ivrogne s'embarnissait de vin comme une salle se garnit de spectateurs ; cf. le morv. garni ' rempli outre mesure '. On passe facilement des sens transitifs de ' fortifier ' et de * remplir ' aux sens intftnsitifs de * devenir fort ' et de * grossir '. Le verbe garnir, lui aussi, s'employait autrefois intransitivement.
XCIV. — Fr. barrer ( > it. barrare, esp. barrar), afr. {em)barer ; fr. barre ( >• it., pr., cat., esp., port, barra ; angl. bar).
Etymologies à rejeter.
(i) Celt. bar*^ extrémité, branche' : Diez 45.
(2) Lat. varus * courbé, oblique ' : Parodi, R. XXVII, 207 ; Kôrting
M. Meyer-Lûbke (963) et le Dictionnaire général relèguent barre parmi les mots d'origine inconnue.
Etymologie proposa.
L'afr. emharer est le représentant phonétique régulier du lat. vulg. *inwarare, composé de in et le gérm. warôn ; cf. l'afr. embarnir <i *inwarnire (§ XCIII). La variante embarrer est due à l'influence des formes du conditionnel et du futur : embarreie, embarrai, etc., pour embarereie, embarerai, etc. Il n'est pas du tout étonnant que Vr ne se redouble pas de même dans les verbes harer et garer, qui, eux aussi, représentent warôn (v.- LXXXIX), car harereie, garereie, à la difiérence de embarereie, se conforment au système d'accentuation que préfèrent le latin vulgaire et le gallo-roman : accent secondaire — faible — tonique — faible. En effet, c'est pour s'accommoder à ce système que embarereie se réduit à embarreie. Tous les nombreux membres de cette
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lamille de mots importants ont leur origine dans Tafr. embarer, embarrer. Le substantif verbal barre a passé dans toutes les autres langues romanes à l'exception du roumain. Cette extension géographique n'aura rien d'étonnant pour ceux qui se sont fait une juste idée du rôle de langue universelle que joue non seulement le français du moyen âge, mais déjà le gallo-roman de la période soi-disant préhistorique. Cf. harnais (§ LXXXVI).
De même que *emheschkr et *emberser se sont réduits à beschier et à berser avant l'époque ' des documents écrits (v. § LUI et § LIV), de même, et pas plus tard, embarer a cédé la place à barer. On est ici en présence d'exemples de cette belle économie de la langue populaire qui se débarrasse toujours des syllabes oiseuses. Les Gallo-romans ont dû sentir incdnsciemment l'inutilité de garder le préfixe em qui ne servait à distinguer embarer d'aucun autre mot ; ils ont évité de réduire embarnir à barnir parce que ce dernier se serait confondu avec les dérivés de baron : barnaqe, barné, barnel, barnement, etc. L'afr. embarrer est, en réalité, une nouvelle formation qui a pour base le substantif barre. C'est pourquoi il faut consulter surtout barer, barrer, pour établir l'étymologie que nous étudions. Dans l'ancienne langue, barer signifie surtout (i) * fortifier ';(2) ' attacher, clouer' ; (3) ' proposer des raisons contre qqn ou qqch ' ; (4) * mettre opposition sur'. Tous ces sens s'expliquent parfaitement par les mots asax., aha. warôn ' protéger, défendre, garder ' ; aha. warjan, asax. werjan ' protéger, défendre, résister, opposer, empêcher '. Le substantif warî de l'ancien haut-allemand signifie, entre autres choses, ' depulsio, clipeus, propugnaculum, barrière, barrage, digue ' ; c'est-à-dire que luarî, substantif verbal de warjan, a tous les sens de l'afr. bare, substantif verbal de barer, embarer. Comme le thème germanique ward contient le radical de warôn (v. § LXXXVII), cette étymologie trouve un appui dans l'afr. e?îgarder ' garder, préserver, prévenir, empêcher, mettre obstacle à '. C'est le substantif verbal, masculin bar ' barrière, bourg ' qui survit dans les noms de lieu comme Bar-le-Duc, Bar-sur-Aube, Bar-sur-Seine. Il est intéressant de remarquer que ce mot bar a le même sens primitif que le lat. oppidum (v. § IV). Ici encore je peux appuyer l'étymologie *inwarare en rappelant l'afr. war ' barrage, parc à poisson '. — Que faut-il penser du verbe embarrasser? Le Dictionnaire général \q tire de l'it. imbara:(^are ou de l'esp. embaraiar; Diez, Scheler, Kôrting et M. Meyer- Lûbke le font venir de *barras, mot non constaté dans les textes français, et répondant au pr. barras ' barre, bâche '. En présence des anciens substantifs français hara:!^ et fara^ (v. § XC), qui sont étymologiquement identiques à *bara\ > *barras, il faut croire que ce dernier a
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existé en gallo-roman. Le dérivé embarrasser est analogue au verbe harasser (v. § LXXXIX).
Diez et Kôrting rattachent à cette famille l'esp. barrica ' barrique ' et l'it. barile, esp., port, barril, fr. baril ' petit tonneau ' ; le Dictionnaire général révoque en doute cette étymologie sans dire pourquoi. Elle est juste, mais l'explication qu'on en donne est fausse : le sens primitif n'est point ' chose faite de barres (douves) '. On sait que les harilliers, qui étaient au-dessus des simples tonneliers, ne faisaient que des barils cerclés de fer qvQ les riches seuls commandaient (v. Godefroy, s. v. barillier). Cette distinction a certainement son origine dans le sens primitif de ^anV, c'est-à-dire * garni ' ou * cerclé de fer '. Les mots baril tl barrica sont analogues aux anciens substantifs français garillon ' gaine ', hardillon ' botte, fardeau ', hardel ' paquet lié avec une corde ', auxquels il faut comparer l'afr. bari ' barrière, rempart de ville '. On admet que le cymr. baril et le gaél. baraill sont des importations romanes ; il faut y ajouter le cymr. bar ' extrémité ' d'où Diez a voulu tirer barrer : l'afr. haret (§ LXXXIX), qui est un doublet de baret ' barre ', signifie 'bord, extrémité, limite ' et ce sens dérive très facilement de celui de ' barrière '. Les mots que M. Meyer-Lûbke (964) fait venir du celt. *barros ont tous leur origine dans l'afr. embarer ; le frioul. barats ' broussailles, ronce ' est le même mot que le gallo-rom. *bara:(^ àowx. j'ai parlé plus haut. Diez fait remarquer que les mots bar, barre du moyen haut-allemand ont les mêmes sens que les mots romans de cette famille ; ce sont encore des emprunts faits au roman. Il faut en dire autant des mots nha. Sparren, aha. sparro ' barre ' (cf. l'aha. para ' barre ' ) ; nha. sperren, aha. sperran ' barrer ', qui répondent aux anciennes formes françaises esbare, esbarer auxquelles sont empruntés également les mots italiens sbarro, sbarra, sbarrare.
XCV. — Fr. bigarrer ( >> cat. bigarrar, esp. abigarrar) ; afr. garrer, garre, gare ( >> angl. garish). ■
Elymologies à rejeter.
(i) Lat. vulg. *biquadrare (de bis et quadrum ' carré ' ) ' échiqueter ' : Diez 523, Kôrting 1392.
(2) Dérivé de piga ' pie ' du français du Sud, sous l'influence de higar, bigal * taon ' : Schuchardt, Z. XI, 500 ; Meyer-Lûbke, 9214. Le Dictionnaire général repousse ces deux étymologies.
222 RECHERCHES ÉTYMOLOGiaUES
Etymologie proposée.
Les verbes français garer et barrer, afr. barer, ont tous les deux leur source dans le germ. warôn (v. § XCIV). La forme bigarrer est composée avec M (pour bes <C bis), préfixe d'origine savante, et garer. Le redoublement de IV intervocalique dans bigarrer vient confirmer ce que j'ai dit sur l'origine derr dans le mot barrer (v. § XCIV).
M. Meyer-Lûbke (963) rattache avec raison le berrich. barré * rayé' et le fr. bariolé ' bigarré ' à la famille de barre. A ces mots il faut ajouter l'esp. barajar* barioler ', et l'afr. barré ' nom qu'on donnait aux Carmes à leur arrivée en France, sous le règne de saint Louis, en 1259, à cause de la bigarrure de leurs habits noirs, jaunes et blancs '. Ainsi le verbe bigarrer signifie-t-il proprement ' barrer, rayer en deux couleurs ' . On employait autrefois dans le sens de bigarrer le verbe simple garrer, d'où l'adjectif verbal garre, gare, que le patois de la Guerche-de-Bretagne conserve dans l'expression vache gare et que l'on reconnaît facilement dans le dérivé anglais garish ' éclatant, voyant, extravagant ' ; cf. le fr. saugrenu (§ LXV). Pour rendre compte de garish, Skeat ne trouve rien de plus vraisemblable que le norv, gagra ' incliner la tête en arrière '. Il cherche à appuyer cette etymologie en citant l'ancienne variante gaurish et le verbe gauren, employé par Chaucer pour dire ' regarder fixement ', et en faisant remarquer que le changement de ag en au est régulier. Mais gauren, qui s'écrit également garen, est sans doute le même mot que le fr. garer. Ce dernier, qui renferme le même radical que regarder, possédait autrefois le sens de ' faire attention à, regarder ' (v. § LXXXIX). Cf. Fafr. agarer ' regarder '.
XCVI. — Fr. ainsi ; afr. issi, aissi, ainsi, ensi ; issin, aissin, ainsin, ensin (> it. sino, insino ;port. assim) ; pr. acsi, aissi, eissi; cat. assi ; esp. asi : roum. asa : it. cosï.
asi ; roum. a^a ; it. cosï.
Etymologies à rejeter.
Nota. — Aucun étymologiste ne rattache l'it, sino, insino aux autres mots cités en tête, ni n'explique Yn finale des anciennes formes françaises.
(i)Lat. ^ue sic >» fr. ainsi, esp. asi, it. cosï, etc. : Diez iio, Kôrting3i4.
Inadmissible pour la forme.
(2) Lat, vulg. in sic > fr. ainsi : Littré.
Cette etymologie n'explique que l'afr. issi et ensi. •
RECHERCHES éTYMOLOGiaUES 22^
(3) Lat. signum >■ it. sino : Diez 400.
Diez avoue que cette étymologie est irrégulière pour la forme.
(4) Lat. finem >» it. /no d'où sino : Bugge, R. III, i6i.
Le changement de/ en j est inadmissible. Caix {St., 197) suppose que signum a donné sino sous l'influence de/wc.
(5) Lat. sinon >► it. sino : Kôrting 4933.
Cette étymologie ne convient guère pour le sens et pas du tout pour la forme.
Etymologie proposée.
Diez et Littré pensent à la locution synon^-me ac sic du latin classique, mais ils ne poussent pas assez loin l'étude de cette étymologie. Elle explique d'une manière qui ne laisse rien à désirer les formes afr. aissi ( <C ai si) ; pr. acsi, aissi, eissi ; romagn. acsè ; cat. assi ; esp. asi ; aport. assi. Le roum. asa suppose ac sic ac, locution qui rappelle l'angl. and sa also ' et ainsi aussi ' et le lat. chss. simul ac. L'it. cosi ne représente ni ^ue sic (Diez), ni *œquiim sic (Kôrting) ; Littré propose, avec raison, cum sic ' avec ainsi ' ; il aurait pu appuyer cette étymologie en citant le lat. cumprime ' surtout ' et l'ail, somit ' ainsi ', proprement ' ainsi avec'. Le sicil. accussï vient de ac cum sic.
Les anciennes formes françaises issi etensi ont leur origine dans *insic et in sic, composé du type du lat. insimul et auquel on peut comparer l'afr. par si que. La forme issi est parallèle à l'afr. isle <C insulam, comme ensi l'est z ensemble < insimul. Enfin, ainsi, (\\i'\\ est impossible de tirer de xque sic, ni de insic, est le représentant phonétique régulier de ac in sic ^aien si'^ai-en-si >- ainsi; cf. le- sicil. accussï. Dans ai-en-si, Ve, devenu protonique longtemps avant le commencement de la période littéraire, se fond régulièrement avec la syllabe secondaire précédente qui se termine par une voyelle ; cf. vivacitatem > *viaistet >> afr. visté (§ IX) ; catenam > chadeine >» chaeine >> chaîne.
Les formes issin, aissin, ainsin, ensin sont composées avec la particule fin << lat. fine et fini ' jusque '. Conformément à la loi exposée au § XXXVIII, in-sifin passe à *ensihin, puis à ensin. Ce composé, qui rappelle non seulement le lat. sicunde, sicubi, sicut, mais la locution hac fini que Aulu-Gelle (1, 3, 30) emploie dans le sens de hactenus, persiste dans le bourg, ainsin et dans le pic. ensin ' tout comme, semblableà'; le patois troyen a ainsinche ' autant que '. On peut comparer à in-si-fin l'angl. inasmuch as ' d'autant que ', l'ail, insofern, insoweit ' en tant que * et l'ail, sohin * ainsi, par conséquent ', proprement ' ainsi de ce côté-là'. La particule fin garde son sens étymologique dans les anciennes locu-
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lions fin a 'jusqu'à ', fin a tant que ' jusqu'à ce que ' ; mais ce sens s'est déjà obscurci dans l'afr. tout fin ' tout à fait'; cf. tout fin fol, tout fin nu, tout fin vrai, venir tout fin droit, faire qqch tout fin maintenant (v. Godefroy). L'/de in n'étant pas encore nasalisé dans la période prélittéraire, ainsin, ensin différaient trop peu des formes ainsi, ensi pour continuer à s'en distinguer par le sens, et, en effet, même dans le plus ancien français, il n'y a aucune différence apparente d'acception entre ■ainsin, ensin et les formes en -/. Du rcstQ, ainsin a suivi la même marche que tout fin. Si l'on peut supprimer ^w dans les expressions tout fin nu, venir tout fin droit, sans changer le sens de ces phrases, comment ainsin aurait-il pu ne pas être synonyme de ainsi ?
Mais ensin a passé en Italie, et cela dès la période du latin vulgaire, à l'étape *en sihine ou *en sine ' ainsi jusque '. Dans ce nouveau domaine, notre locution, qui prend régulièrement la forme in sine, n'échappe à l'influence des adverbes ensi, ainsi, fin que pour subir celle des expressions^»^, in fine ' jusque '. Si le sens de la locution empruntée ne diffère de celui de in fine que par une nuance, on ne peut s'étonner de la voir, dès le début de la période littéraire, fonctionner, sous les formes sino, insino, comme un simple synonyme de fino et de infino. Cette étymologie de sino trouve un grand appui dans le fait, déjà admis (v. Meyer-Lûbke 348), que l'ait, alsi est une importation gallo-romane. Ajoutons que les formes portugaises assim et sim, à côté de assi et de si, remontent elles aussi probablement au gallo-rom. *sine < sic fine. Cf. le port, fim ' fin '.