‹ Recherches philologiques romanesChapitre 61 sur 69 · XCVII. — Fr. vrai, afr. ver ai ( > angl. very · texte numérisé non relu

XCVII. — Fr. vrai, afr. ver ai ( > angl. very

Etyniologies à rejeter.

(i) Lat. veracem > verais, vrais d'où verai, vrai : Suchier, Grobers Grundr., I, 790.

Ce primitif aurait donné vrais, vraise ; cf. le fr. mauvais (§ LXVIII), niais ; et le pr. verais, verait::^, veraisa. Tout en préférant veracem aux autres étymologies, Kôrting (10062) avoue que l'histoire devrai n'est, en réalité, pas encore éclaircie.

(2) Lat. vulg. *verajus (de verum- ' vrai ' et aj'o ' je dis ') : Herzog, Bausteine :{^. rom. PhiL, 501.

Le bas lat. veragus qu'on cite à l'appui de cette étymologie remonterait bien plus naturellement à *veracus.

(3) Lat. vulg. *veracus (de veracem) : Diez 700. L'existence de mauvais et de niais rend cette étymologie peu vraisemblable ; puis, vrai xé^onà. par le sens à verus, ^{ulot <\\x2iverax.

On lit dans le Dictionnaire général : « Vrai... pour verai, mot qui se rattache au lat. verum..., mais dont la désinence n'est pas expliquée. » Cette désinence s'explique facilement : vrai a son origine dans la locution chssique verum ac, qui sert à marquer que l'adjectif dont elle est suivie est employé dans toute sa force. Exemples : verns ac germanus Metelltis (Cic, 2 Verr., 4, 66, 147) ; qiiiim aliquid verum ac rectum esse dicitur (id., Leg., 3, 15, 34) ; cf. lexvera atque princeps (id., ib., 2, 4, 10). Pour la forme on peut comparer le lat. simulac et vero unum >> it. veritno, roum. verun, vreun. On sait que la conjonction ac, à la différence de et, donne une importance capitale au second des deux adjectifs qu'il joint ensemble. Dans ces conditions, il est naturel que ac se soit fondu avec *ver <C verum pour faire *verac >> verai (bas-lat. veragus) ' ayant tout ce qui est nécessaire à son essence, ayant tout ce qui est nécessaire pour être parfaitement ce que le mot suivant dénote '. L'emploi primitif de verai devant un adjectif qu'il renforce a probablement subsisté jusqu'après la conquête de l'Angleterre par les Normands, car si l'angl. verai, veray, verray se trouve employé de cette façon dès le début, il y a tout lieu de croire que cet usage a été emprunté avec lé mot. Dans les exemples suivants, que je tire du New English Dictionary, le mot verray, verry, very conserve son sens étymologique : a verray propre foie (1384, Chaucer) ; the verry trewe Lucres se (1385, id.) ; 0/ verray right (xiv^-xvi'= siècle), cf. verum ac rectum ; the very pure Moud (1632, J. Hayward). Aujourd'hui, very proper, very true, very pure signifient respectivement ' très juste, très vrai, très pur '. Mais tout en étant devenu adverbe avec le sens de ' très, bien, fort ', very garde comrnè adjectif son sens primitif.

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