‹ Recherches philologiques romanesChapitre 62 sur 69 · XCVIII. — Vr. jusque, pr. jusqua · texte numérisé non relu

XCVIII. — Vr. jusque, pr. jusqua

Etymohgie à rejeter.

Lat. vulg. *de-usque : Diez 622, Kôrting 2931, Dictionnaire général.

Si l'on n'a jamais révoqué en doute cette étymologie ', c'est qu'on n'a pas observé combien il est peu naturel que de, mot subsistant à part, en français et en provençal, sous les formes de et d\ perde son individualité de bonne heure quand il sert de préfixe à un autre mot qui, lui aussi, continue à jouir d'une existence individuelle. Kôrting (2760) qualifie de surprenante la persistance de d dans le composé de-unde > it. donde, pr. don, fr. dont, esp. donde. Cette opinion est si loin d'être fondée qu'on serait en droit de s'étonner si de eût passé à /, gi dans ce composé, car unde jouissant toujours d'une existence propre dans Ht. onde, le pr. on,»Va.(v. ont et l'aesp. and, le sentiment de la composition n'a pas pu se perdre facilement dans ces langues. Pourquoi Kôrting ne trouve-t-il pas surprenant que de-ah-ante devienne it. davanti, pr. davan, fr. devant ? Il en est partout de même : quand de sert de préfixe à un mot qui existe également sans ce préfixe le d reste toujours intact. Aux formes de-unde et de-ab-ante on peut ajouter deaurare >» fr. dorer, pr. daurar, it. dorare, cat., esp. dorar, port, dourar ; dealbare >> fr. dauber ; dealbus^ roum. dalb ; *deundulare >> it. dondolare ; de-ubi >» it. dove. Diez cite à l'appui de l'étymologie *de-usque l'afr. jus <; deorsum, mais pas plus que urnum dans diurmwi, orsum ne jouit d'une existence individuelle ; par conséquent, de n'a plus la valeur d'une préposition dans deorsum. Il est, bien au contraire, impossible que de se soit obscurci de bonne heure dans *de-usque, car non seulement usque existe à part en latin, mais il subsiste dans l'afr. usque et dans l'apr. usquo. Enfin, ce qui met le sceau à tout cela, c'est le fait que *de-usque a donné régulièrement l'afr. dusque et, avec ad >- a, le pr. duesca.

Etymologie proposée.

Le fr. jusque vient de la locution synonyme èô ûsque, très usitée en latin classique ; et le pr. jusqua est identique au fr. jusqu'à. Les deux

I. M. Meyer-Lùbke vient de se prononcer sur cette étymologie. D'après lui (9095), de-usque conviendrait pour la forme mais non pas pour le sens. Je soutiens le contraire. D'où M. Meyer-Lùbke fait-il venir l'afr. dusque qui partage le sens de jusque ?

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composants de jusque ont dû rester longtemps distincts : èô a suivi, sans doute, pendant plusieurs siècles, la même marche que ègô >► éô >> afr. jeUy joe, jeOf joUy pr. ieu^ eu. Mais dans le domaine français et provençal, comme partout ailleurs, le représentant de eo, probablement à cause de son identité de forme avec le représentant de ego, a cessé d'exister comme un mot individuel. Il se fond avec usqtie et perd ainsi son accent tonique ; puis, sa voyelle, se trouvant en contact avec la voyelle tonique longtemps avant le commencement de la période littéraire, disparaît régulièrement sans laisser de traces ; cf. siéhahitus > *sohabto > *soaut >> *saut > sot (v. §LXVII). Il n'est pas besoin de faire valoir cette étymologie. Remarquons cependant que le logoud. osca qu'on tire également de eo usque (v. Meyer Lûbke 2877) représente, en réalité, eo usque ad et répond par là au pr. jusqua.

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