‹ Recherches philosophiques sue les premiers objects des connaissances morales: DémonstrationChapitre 15 sur 68 · DB L*SUIW8I01I MM IDÉES · texte numérisé non relu

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élevées^ sont éminemment les plus poétiques. Au contraire, rien de plus sec, de plus triste, que les ouvrages des autres; car le matérialisme est comme ces eaux froides, qui pétrifient tout ce qu'on y jette : il ne peut y avoir de sentiments dans les écrits des matérialistes, parce qu'il n^ a rien dans la matière qo'on puisse aimer. Ces comparaisons perpétuelles des idées aux images, et de l'esprit à la matière, qui vivifient le style et le rendent figuré ^ ne sauraient y trouver place, parce qu'il manque un des deux termes de la comparaison. Ce sont des paysages oii Ton aperçoit des arbres, des rochers, des eaux, et pas un être vivant: la philosophie aussi est devenue uniquement descrtptwe; on n'y voit plus que la matière, et l'esprit, à la lecture de ces productions inanimées, éprouve le sentiment pénible qu'inspire à un voyageur la vue d'un pays abandonné de ses habitants.

Je ne crains pas d'avancer, contre une opinion plus répandue que réfléchie , que la facilité de revêtir même un système de métaphysique et de morale des plus brillantes couleurs de la poésie et de l'éloquence est, aux yeux d'une raison exercée, tme preuve, non que le système entier soit vrai, mais qu'il renferme de grandes vérités; et les systèmes de Descartes, de Ihiebranche, de Leibnitz, sur Topération divine dans la commulication de l'esprit et du corps, fussent-ils renversés, leurs lébris, tels que les imposantes ruines des temples de Hemphis Hi de Palmyre, attesteraient encore le génie de leurs inventeurs )t la hauteur de leurs conceptions.

Les principes que nous avons exposés sur la nécessité de 'expression , pour la manifestation même intérieure de l'idée^ «ovent conduire à des corollaires Importants. Nous nous bornerons à en présenter deux.

1^ Si l'expression est nécessane, non-seulement à la prodwy m, de l'idée ou à sa révélation extérieure, mais encore à sa tmcepHon dans notre propre esprit; c'est-ànlire , si l'idée ne «ut être présente à notre esprit, ni présentée à l'esprit des utres que par la parole orale ou écrite , le langage est néim* fnre, ou tel que la société n'a pu, dans aucun temps, exister ans le langage, pas plus que l'homme n'a pu exister hors de i société. L'homme n'a donc pas inventé le langage ; car si homme aVait pu inventer quelque chose de nécessaire à la soiété, il eût pu aussi ne pas l'inventer, et l'existence de la so* îété aurait dépendu du hasard des inventions humaines. D'ailsurs, rinTent&on du langage serait la plus profonde , la plus

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étendae , la plus féconde de toutes les idées; elle suppose m infinité d'idées accessoires^ et si Tidée ne peut nous être coi nue que par son expression, conunent les hommes auraient-i pu connaître leurs propres idées et lesconununiquer aux autre antérieurement à toute expression^ et avoir ainsi une idée clai et distincte de l'expression ^ avant d'avoir l'expression de le idée? Aussi J.-J. Rousseau , après s'être étendu sur les diffici tés insurmontables que présente l'opinion du langage inven par l'homme^ finit par avouer que a la parole lui parait av< B été fort nécessaire pour inventer la parole. i> La nécessité la révélation primitive du langage a été défendue dans VEnt clopédie par le savant et vertueux Beauzée. Charles Bonnet Hugh Blair entrent dans le même sentiment; d'autres pi modernes s'en rapprochent, et cette vérité n'a pu même él obscurcie par des hypothèses dont l'imagination a fait tous frais. Elle est^ j'ose le dire^ la dernière des vérités morales ( reste à démontrer^ et elle le sera sans doute aujourd'hui , q nous en sommes venus à la dernière erreur^ à Terreur des d niers temps, la négation de toute intelligence. Je dis la demi! erreur; car nier la matière^ comme Ta fait un Anglais, sei une maladie plutôt qu'une erreur.

La nécessité de la révélation, ou plutôt du don de la par fait au premier homme, peut être démontrée par des consii rations morales et physiques ou physiologiques, c'est-à-di par des faits, seul genre de preuve qu'aujourd'hui on veu admettre, même dans les choses de philosophie rationnelle, de cette vérité de fait découlera, comme une conséquei rigoureuse, la nécessité d'un être intelligent supérieui l'homme. Je ne sais pas même si l'on ne cherche pas d'avai à échapper à cette conclusion, en alléguant bien gratuitem que rbomme a pu jadis être plus parfait qu'il ne Test aujo d'hui. A la vérité, en hasardant cette opinion, on court risque de se rapprocher d'une croyance du christianisme un état antérieur de l'homme, ou de contrarier le systè philosophique de sa perfictibUité indéfinie. On favorise mé l'opinion que l'on veut renverser ; car des êtres plus parf que l'homme ne seraient pas des hommes. Mais les fauj doctrines vont toujours au plus pressé, et des sophistes s' quiètent fort peu de combattre leurs propres opinions ou mé (le favoriser des opinions ennemies, pourvu que de l'assert gratuite que l'homme peut avoir été doué primitivement d ganes plus parfaits et par conséquent d'une faculté d'inv

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tion plu8 active^ ils puissent, au besoin , conclure que, quoiqu'il n'ait pu, avec l'organisation et les facultés que nous lui coonaissons, inventer Tart de parler, il est possible que, dans un autre temps, et un état plus parfait d'organisation, il se soit élevé, par les seules forces de son esprit, jusqu'à cette merveilleuse découverte, et qu'il ait créé l'expression de ses propres pensées, dont il ne peut aujourd'hui avoir aucune eonnaissance que par l'expression.

2* Le second corollaire qu'on peut déduire des principes que nous venons d'exposer est d'une importance décisive pour la solution des questions les plus difBciles de la science morale. On me permettra de le présenter sous les formes rigoureuses du raisonnement.

Toute image, par cela seul qu^elle peut être figurée par le dessin , est la représentation d'un objet matériel existant et connu ; car tout objet matériel ou composé qui n'existerait pas, et ne serait pas connu, ne pourrait pas être figuré. Le monstre même le plus bizarre qu'une imagination en délire puisse se représenter n'est et ne peut être qu'un assemblage idéal et fi<^ de parties qu'on suppose exister simultanément dans le même corps, et qui existent réellement et séparément dans plusieiûs corps.

Toute idée, par cela seul qu'elle peut être exprimée par la parole, est la représentation d'un objet intellectuel qui ett et qui est connu; car ce qui ne serait pas, et ne serait pas connu, ne pourrait pas être nommé.

Ce sont des faits, et l'on peut défier tous les philosophes ensemble de figurer un objet matériel qui n'existe pas, ou de nommer un objet intellectuel qui n'est pas.

II est vrai qu'on dit le néant, rien, nihil, etc.; mais alors on ne nomme pas, on nie; car nommer, c'est aflSrmer.

S\ l'imagination pouvait se figurer ce qui n'existe pas , le monde des corps ne serait qu'une représentation fantastique. Si l'entendement pouvait nommer ce qui n'est pas, le monde moral, la société ne serait qu'une illusion, ou plutôt il n'y aurait ni vérité, ni erreur, ni corps, ni esprit, ni société, ni homme : il n'y aurait rien.

Or, nous nonmions Dieu, être suprême, cause première , ordre, justice, vérité : tous les peuples, chacun dans leur langage, ont, comme nous le verrons, nommé et entendu cette expression, compris cette idée, raisonné et agi d'après cette

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pensée. Donc Dieu est^ et^ comme a dit très-bien Fontonell tme vérité est connue lorsqu'elle est nomméeé

Ainsi ridée est toujom*s vraie^ et il n'y a d'^reur que dai le jugement ou le rapport que nous supposons entre nos idée L'expression est toujours vraie^ et il n'y a d'erreur que dans proposition qui est renonciation d'un jugement.

Mais quand je dis Dieu, l'homme, je ne porte pas un jug ment, je n'énonce pas une proposition, je ne fais que nomme c'est-à-dire I affirmer l'existence : comme quand je nomme lumière, j'affirme la clarté, et l'idée de clarté n'est pas pli contenue dans le nom de lumière que l'idée d'existence dai l'idée de Dieu ou de l'homme.

Cette vérité que les choses dont nos idées sont la représent tion ne nous sont connues que par le nom qu'elles porten c'est-à-dire^ le mot qui les exprime^ parait à découvert dai mille endroits des Livres saints, et même dans les pratiques ( la religion chrétienne. Partout on trouve le nom, nomen, n à la place de l'être ; le nom pris pour l'ôtre, et tout ce qu'( peut dire de Tétre ou attribuer à l'être, attribué à son noi Ainsi^ que l'écrivain sacré parle de Dieu» de l'homme ou d peuples, c'est toujours le nom qui est invoqué et glorifié, pr fané et blasphémé, perdu et effacé. C'est au nom que l'on jur au nom que l'on bénit, au nom que l'on parle, au nom que r< est envoyé, le nom que l'on cherche, par le nom que W

appelle Le nom renferme toutes les vertus et tous les mj

tères; il a son caractère et son nombre. La religion fait ta avec le nom et au nom de son divin auteur, et le sigoe mon du chri^ianisme est au nom des personnes divines (i).

Nous allons passer à la discussion du système de phyûolog qui, de l'organisation fait l'àme, et nous y trouvons des preuv encore plus directes de la distinction de l'àme et du corp et de la supériorité de Tesprit sur la matière.

(1) Voyez dans la Concordance des livres lalots en combleB de m oières le nom est employé pour le siyet lui-ffl^me.

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