DE LA CAUSE PREMIÈRE
eux en parlai^t de lui : f>ieu existe, il existe au moins d'une existence possible; et ici revient la preuve de Descartes: a Dîpu est possible, donc il est (i).» En un mot. Dieu est nommé, donc il cx)nnu; car l'inconnu ne peut être nommé.
Dieu est connu, donc il existe; car ce qui n'existe p^s ne peut être connu,
La question est réduite à des termes si simples, qu'jl n'y a pas môme de placp pour un sophisme, et qu'il n'est pas poçsible de n'y pas apercevoir une erreur ou une vérité.
Donnons cependant à cette proposition, que Dieu est connu de l'homme, tous les développement^ dont elle est susceptible.
L'homme, avons-nous dit (2), considéré comme être pensant, est tout à la fois, et inséparablement, entendement, Imaginî^tion, sensibilité ; car c'est l'âme, quel que soit en nous ce principe de nos déterminations, et l'âme toute seule, qui connaît, qui imagine, qui sent. L'hpmmejie peut donc connaître que par ses idées, ses images, ses sentiments, et il ne peut manifester ses connaissances qn^ par le discours qui est l'expression nécessaire des idées, par des figures qui sont l'expression propre des images, par des actionç qui sont l'expression infaillible des sentiments. Or, les hommes ont-ils parlé de la Divinité ? les hommes se sont-ils fait des images ou des figures de la Divinité ? les hommes ont-ils fait des actions qui émanent nécessairement d'un sentiment de la Divinité? 11 faut nier ces trois faits, ou convenir que les hommes ont eu la connaissance
(1) Si je dis : Une ville de dix millions drames est possible, j^nonee âne proposidonî vraie, puisqu'il existe des villes de plnsieufs mille imea, et même quand il n'en existerait pas, on conçoit qu'il ne s>git, pour e^ bâtir une de cette grandeur, que d'ajouter des maisons à des n^aisoos, et d'y appeler des habitants; mais si Pajoiite : donc elle e«^ je lire une conclusion fausse, puisque la ville dont il s'agit n'a pas besoin d^êtrc actuellement pour être possible, et que oes deux choses, rexisienct actuelle et la possibilité, sont, pour une vilje, entièrement indépendante! l'une de l'autre. Mais si je dis : Dieu est |)05«t(>ie, il fau^ que j'ajoute aussitôt : donc il est, puisque s'il n'était pas actuellement, il ne serait pas possible qu'il fût jamais, vu qu'aucun autre être, aucune autre cause, ni en lui, ni hors de lui, ne pourrait le faire passer de Texistence pM*r sible 1 l'existence actuelle ; et si Dieu n'est pas actuellement, il ^t impossible qu'il soit, et jamais on ne pourrait penser ni dire : Dieu e«f possible. H faut donc soutenir l'impossibilité de l'existence divine pour nier Vactualité de cette existence; mais comment nier rim|>ossibilité de Fobjet dont la représentation, je veux dire l'idée manifestée par son expression, est de tontes les idées la plus générale à 1^ fois et )a plu^ laqiilière.
(2) Vojez cbap. in.
DE LÀ CAXJSz nmoÈRi.
de la Divinité, puisqu'ils ont manifesté cette connaissance par tous les moyens qui ont été donnés à la pâture humaine pour exprimer sa faculté de connaître, et même par les seuls moyens qui lui aient été donnés» et que par conséquent la cause première de l'univers n*a pas été pour toujours dérobée à leur investigation.
i* Et pour commencer par les images, puisque rimagination est la faculté de Tesprit qui parait se développer la première dans rhomme, et même dans la société, Tidolâtrie était-elle autre chose que figures et représentations matérielles de la Divinité, et un culte tout pour l'imagination, tout d'images el souvent même les plus indignes de leur objet? Le judaïsme lui-même n'était-il pas une religion toute de figures, quoique d'une autre sorte ? car la Divinité, qui, pour condescendre I la faiblesse d'un peuple enfant et charnel, lui avait prescrit un culte figuratif, n'avait pas voulu qu'il pût la figurer elle-même, de peur que l'exemple Aes nations voisines, et la pente prodigieuse que ce peuple avait à se faire des dieux visibles, des dieux qui marchassent devant lui, ne le jetassent dans HdolÂtrie. Dieu lui avait interdit les images de la Divinité pour le rendre plus attentif aux^idées qu'il voulait lui en donner ; el dans le culte pompeux et symbolique qu'il lui avait prescrit^ on peut dire que Dieu avait tout permis à son imagmation, bon Dieu lui-même.
Mais lorsque la raison de l'homme, formée par le christianisme, n'a plus eu à craindre les illusions de J'imagi nation ou les erreurs des sens, les chrétiens, rendus au libre exercice de toutes les facultés de Tesprit, ont pu figurer la Divinité souf des représentations innocentes qui occupent les sens sans danger pour l'esprit et pour le cœur, ou même qui offrent un point d'appui à la pensée et plus de prise au sentiment. Ainsi, les chrétiens ont partout figuré celui qui s'appelle lui-même V Ancien des jours, sous la forme d'un vieillard, emblème vivant de la durée, de l'autorité, de la sagesse, qui sont les attributs de la Divinité ; et le christianisme lui-même, qui adore Dieu en esprit et en vérité, qu'est-il autre chose dans ses mystères les plus augustes, que la réalisation ou l'expression extérieure et sensible de l'idée intellectuelle de la Divinité et de ses attributs? Ne nous enseignc-t-il pas que la plus haute sagesse non -seulement s'est fait entendre, mais encore s'est fait voir, et qu'elle a paru, pour le salut des hommes, sous la figure de l'homme, seule créature faite à l'image de la Divinité ? La
DB LA GAUSB PBBMIÈIX. S53
religion chrétienne ne renouvelle-t-elle pas tous les jours^ au milieu des peuples les plus éclairés qui furent jamais^ la mémoire de ce grand événement, en le montrant à la foi de ses * | sectateurs sous des figures ou apparences sensibles, et ne leur ) permet-elle pas d*en figurer le dernier acte dans leurs maisons, dans leurs temples et jusque sur les places publiques, sous cette représentation mystérieuse, où tout est leçons pour l'esprit et sentiments pour le cœms parce que les sens n'y voient qu'obéissance, amour et sacrifice?
2« Les hommes ont-ils parlé de la Divinité? Toutes les langues, même celles des peuples barbares ne nous offrent-elles pas l'expression de l'idée de Dieu sous quelques-uns de ses attributs? toutes les sociétés, même les plus imparfaites, n'ontelles pas fait de cette idée la matière de leurs supplications ? ne l'ont-elles pas associée à leurs traités les plus solennels, comme aux actions les plus ordinaires de la vie? La poésie, appelée le langage des dieux, parce que ses premiers chants furent consacrés à leur culte , n'avait-elle pas été partout la plus ancienne production du génie littéraire, et nousmêmes, comme tous les peuples civilisés, n*avons-nous pas fait de l'idée de la Divinité, de nos rapports avec elle et des devoirs qu'ils nous imposent, le sujet d'une partie importante de notre littérature oratoire ou poétique ? Nous mêlons même, sans y songer, le nom auguste de la Divinité à nos entretiens les plus familiers, trop souvent même, entraînés par l'habitude, à nos propos les plus frivoles. Mon Dieu/ est l'accent involontaire de la joie, de la douleur, de la surprise, de l'admiration, de la frayeur, et ce premier mouvement de toutes DOS affections atteste que nous regardons naturellement la t)ivinité comme la dispensatrice de tous les biens, notre consolation dans nos peines, et notre protection contre les dangers. Hais celui-là même qui nie son existence ou blasphème sa sagesse ne pourrait y penser, même pour la méconnaître, s'il n'en avait pas Tidée, comme il ne pourrait en parler, même pour la combattre, s'il n'en avait pas l'expression.
3* Enfin les hommes ont-ils fait des actions qui prouvent le sentiment de la Divinité? Ici je dois revenir sur cette proposition, que l'action est l'expression propre du sentiment. En effet, si j'entends un homme m'entretenir de son amour pour son semblable ou de sa haine pour son ennemi, je conclurai de ses paroles qu'il a dans l'esprit des pensées ou des intentions d'amour ou de haine, et je ne pourrai sans témérité, aller
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plus loin; mais si je vois cet homme se livrer à des action^ de bienfaisance envers Tun ou de haine contre l'autre, donner ses biens ou même sî^ vie pour son ami, dépouillor son ennemi ou même lui ôterla vie, je devra» conclure de ses actions, ft avec une entière certitude, qu'il a dans le cœur les sentiment d'amour ou de haine dqnt ses discours ont inanifesté Tidée, C'est aussi la conclusion que tirent les lois humaines^ qui ne jugent que par les intentions et ne connaissent que dej actions.
Je ne parle pas ici des n^onviments des arts érigés en l'honneur de la Divinité, et qui sont aussi des actions^ depuis l'autel dressé avec les pierres du désert par un peqple voyageur jusqu'au^ temples magnifiques élevés par des peuples fixés e^ établis, à Jérus:ilem comme à Delphes, dans Rome jdoUtn comme dans Rome chrétienne, Mais qu'étaient ces expiationî célèbres dans l'antiquité païenne? que sont encore ces tour ments inouïs auxquels se dévouent quelques sectes daqs dei pays idolâtres? qu'ont été partout ces consécrations religieuse! au service des autels? que sont chez les chrétiens ces instilu tions pieuses dont les membres vouent à la Divinité, pour k soulagement des misères humaines^ leur vie et leur mort? qu( sont enfin les austérités des anachorètes, les fatigues des missioimaires, le courage des martyrs, que des actions pénibles, ou même héroïques, inspirées par Un sentiment d'amopr ou de crainte de la Divinité? Mais, en laissant à part les actions personnelles qui exprinfient le sentiment de la Divinité, considérons ce sentiment dans les actions publiques ou sociales. Un homme^ en ^tfet, dominé par des motifs de crainte ou d'espoir purement humains, par entêtement ou par vanité, peut, à toute force, agir autrement qu'il ne sent, ou parler autrement qu'il ne peuse ; mais la société, qui n'a rien à craindre ou ^ espérer de i homme, ne peut déguiser ses sentimeuts, et chez elle les actions publiques sont Texpression certaine d'un sentiment général, comme le laugage universel est l'expresoion infaillible des idées communes ; et, par exemple, elle avait une foi bien vive et bien sincère, cette société chrétienne qui, pendant trois siècles, ne fut occupée qu'à combattre pour reconquévii les lieux qui avaient été le berceau de sa religion.
Or, nous retrouvons, dans toutes les sociétés publiques, la grande action, l'actjon véritablement publique et émineuimeni sociale, Yac^ion par excellence, et qui;, pour cette raisoq, dan^ toutes les litiu*gies, mêmes païennes, est appelée actio. Cette
m LA CAUSE PREMliRE.
action, (jni est Texpression la moins équivoque d'un sentiment d'amour ou de crainte de la Divinité, nous la retrouvons danç le sacrifice solennel de l'homme, offert à la Divinité, sous une forme ou sous une autre, par toutes les sociétés, et dans les deux grandes divisions, je dirai presque les deux hémisphères du monde moral, et qui comprennent toutes les religion^ même possibles, la religion d'wnDieu, et la religion de plusieurs dieux. Sans doute elles avaient quelque sentiment de la Divinité, ces nations abruties qui entouraient des autels souillés du sang hqmain, et faisaient brûler des enfants dans les bras d'airain d'une horrible idole ; sans doute ils ont quelque sentiment de la Divinité, ces peuples idolâtres qui offrent enpor^ sous nos yeux cet affreux sacrifice, au Japon, à la Chine, aux Indes, et jusqu'à Othaïti (1). Ce sentiment, sans (Joute, était présent à la société judaïque, lorsqu'elle offrait le sang de 1 animal pour racheter celui de l'homme (2) ; il est encore, il est surtout présept à la société chrétienne, lorsque*, pour offrir à la Divinité une victime pure et digne de ses regards, elle renouvelle sans cesse là grande action de la société religieuse, l'action publique du sacrifice sous des apparences innocentes, et qu'elle sacrifie en même temps, sur le mém^ autel, le rapport des sens et les répugnances de l'esprit.
Toutes les sociétés ont donc eu l'idée de la Divinité, se sont fait des images de la Divinité, ont eu des sentiments d'amou? ou de crainte de la Divinité, puisqu'elles ont toutes manifesté ridée de la Divinité par le langage universel, l'image de la Divinité par des représentations extérieures, le sentiment de la Divinité par des actions publiques. Nulln ([ens tamfera, dit Cicéron, cujus mentem non imbuerit deorum opinio. Et combien cette connaissance universelle de la Divinité, rendue publique et extérieure dans toutes les nations par ces expressions générales de leurs idées, de leurs images, de leurs sentiments, ne l'emporte-t-elle pas en autorité sur l'opinion contraire de quelques individus! Qu'on y prenne garde, les idées, les images, les sentiments d'un homme ne passent pour vrais, et ne sont approuvés des autres honnîmes qu'autant qu'ils sont conformes aux idéçs, aux images, aux sentiments de tous
iM Les Chinois, qui noient leurs enfants, les offrent h Yespri^ du fieuv€. Les lettre soRt déistes ou athées, et \e peuple idolâtre.
{% Les. m^iaétaas offrent encore, à certaines épocfues, le laeviiee <le ranima^ ^h ib^^ le «mU ^élisn^ est moius une rçii^on qv^'m gri^r sier déisme.
DB LA CàUSB PBXlflÈW.
OU du plus grand âombre. Un homme qui a des idées et des sentiments différents de ceux du reste des hommes^ ou qui se fait des images des objets autres que celles qu'ils en ont, passe, avec raison, pour avoir un esprit bizarre, une imagination déréglée, un caractère insociabie, souvent même pour un maniaque et un fou. Le génie lui-môme n'a point de pensées différentes de celles du commun des esprits. Il ne fait que leur révéler leurs propres pensées, que, faute d'attention ils n'avaient pas aperçues, et la domination qu'il établit sur les esprits n'est que le consentement universel, l'approbation générale qu'ils donnent à ses révélations, approbation qui est l'effet et la preuve delà conformité de leurs pensées aux siennes. Aussi le plus bel éloge qu'on puisse faire et que l'on fasse communément d'une pensée juste et profonde, rendue dans le style qui luiconvient, est dédire : a Celaestvrai, et il me semble que j'ai D toujours eu la même idée, et que je ne l'aurais pu exprimer » autrement. » Ainsi, lorsqu'il se trouve des écrivains qui nient Dieu, l'ftme, la religion, la distinction du juste et de l'injuste, c'est-à-dire, tout ce que les hommes, considérés dans leur généralité la plus absolue, ont cru et croient encore, on est en droit de les regarder comme des esprits faux, c'est-àdire, des cerveaux faibles, quels que soient d'ailleurs leurs talents pour d'autres objets, leurs connaissances en toute autre matière, leurs succès dans d'autres genres, comme on traite d'esprit aliéné celui qui a la manie de se croire roi ou pape, quoiqu'il pense et agisse ainsi que le commun des hommes sur tous les autres objets de spéculation et de pratique. Ainsi il y avait, et plus qu'on ne pense, de la faiblesse d'esprit dans la licence des opinions de quelques écrivains célèbres par leurs talents oratoires ou poétiques, comme il y avait de la faiblesse de caractère dans la prodigieuse irritabilité de leur amourpropre, ou l'orgueil sauvage et bizarre de leur conduite. Je vais plus loin, et je ne crains pas de dire qu'il n'y a pas en morale de connaissances plus certaines que les connaissances géné- , raies. En effet, on ne peut affirmer d'aucun homme en particulier qu'il n'a pas l'esprit faux sur quelques points, puisque tous les hommes ont leurs faiblesses et leurs infu^mités; mais, lorsqu'on remarque dans toutes les sociétés, et le nombre presque total de ceux qui les composent, une idée, je ne dis pas égale , mais semblable sur un objet, une disposition semblable à figurer cet objet, des actions semblables qui ne peuvent être inspirées que par un sentiment semblable de cet
SB LA QÀJ3SE FRXMliEl.
objet, on peut, on doit même affirmer que cet objet est vrai et réel| parce que le genre humain tout entier^ ou seulement le plus grand nombre des hommes, ne peuvent être taxés de faiblesse d'esprit, d'égarement de cœur, de dérèglement d'imagination sur les mêmes points, moins encore sur des points qui tiennent de si près à la conservation et à la stabilité des sociétés. Omni in re, dit encore Cicéron sur cette matière, conmsio omnitm gentium lex naturœ putanda est; et quoique les diverses sociétés soient plus ou moins avancées dans les les sciences, les lettres et les arts, même dans les connaissances morales et religieuses, elles ont toutes nécessairement un fonds M)mmun d'idées morales, d'imaginations, de sentiments miformes; uniformité dans les fondements de la vie humaine ya sociale, sans laquelle les hommes ne pourraient commuûquer ensemble ni s'entendre entre eux, et qui est Tunique noyen de leur conservation et des progrès qu'ils font vers a civilisation.
C'est ce fonds commun d'idées et de sentiments uniformes or quelques vérités générales, qui est proprement le bon sens, i si l'opinion est la reine du monde, le bon sens est le roi de a société, et, comme dit Bossuet, le maître des affaires; et nalbeur aux peuples qui détrônent le bon sens pour faire égner à sa place le bel esprit ! On doit même remarquer que 'est précisément sur cette opinion générale de la rectitude l'esprit et de cœur du plus grand nombre des hommes , que ont fondés les actes les plus importants de la société, la onction de faire des lois et de les appliquer , puisque la prenière condition de toute assemblée délibérante, et la seule inlispensablement nécessaire pour la possibilité de ses opéraions , est que le sentiment du plus grand nombre fasse loi et ugement. Ce n'est que dans les choses tout au plus utiles à la ociété et jamais nécessaires, les arts et les sciences physiques, ue les connaissances les plus étendues se trouvent dans le ombre le plus petit, ou du moins sont présumées s'y trouver ; t il est assurément extraordinaire que les mêmes philosophes ui attribuent à chaque peuple la souveraineté , et placent la uprême raison politique dans ses volontés, traitent en morale i genre humain tout entier comme un enfant, et taxent de réjugés ses croyances les plus générales. Mais il faut distinuer avec soin les croyances universelles qui sont nécessairelent des vérités et une loi de la nature même ou de son uteur, lex naturœ g des opinions locales et particulières k
DS hk OAVSS PRfiMlÉRl.
quelque pêtiple qui peutent être des eiteors et une îmreiltkm humaine.
Ainsi je trâruve partout l'idée de la Di?inîté^ des images de la Difinité^ le sentiment de la Divinité^ et je crol^^ snr cela seul^ à la réalité de Fobjet général de cette îdée> de cette image ^ de ce sentiment. Mais j'aperçois , datis les diverses sociétés^ des applications différentes de cette idée gênénile de kl Divinité^ de celle disflosition générale à figurer la Divinité^ de cette action générale qni émane du sentiment de la Divinité^ et loin de conclure de cette diversité d'opinions locales que Dieu n'existe pas^ parce qu'il n'est pas partout égalemtnt adoréy je conclus, ad contraire > qu'il existe , parce qu'il est partout sembiablêment ce^nHj Ainsi y dé l'innombrable variété des formes judiciaires usitées dans les divers pays, je conclus qu'il y a partout des idées de justice distributive , et de la diversité des méthodes curatives, qu il y à partout un art de gué^r. Alors j'examine seulement quelles sont les applications lesph» eonsé^ qnentes de Tidée de la Ditinité ; quelles sont les images de la Divinité les plus naturelles et les plus raisonnables; quel est enfin le culte extérietir de la Divinité te plus pur et le plus innocent, et même en laissant ^ pîTK cet examen, que tous les bomrnïcs ne sont pas en état de frtire, je trouve dans la croyance et tes pratiques des nattons civilisées ^ pour les applications do dogme général de l'existence de la Divinité, c'est-à-dire pour )» religion 9 les motifs de crédibilité que j'ai trouvés dans la croyance universelle du genre humain pour te dogme lui-même^ parce que les sociétés n'auraient pu se civiliser, c'est-à^<fed parvenir à la perfectioTi' des lois ( bten différente de celle des arts qni constituent la politesse) soxis Finfhience d'une erreur générate sur te pnncipe fondamental de toute croyamee re^ gjieuse.
Ainsi tes premiers axiomes de la géométrie soirt des vérité certaines connues de tons les esprits y même tes phis bornés; mais tes applications dé ces principes fondamentaux, ou les propositions tes phis abstruses des mathématique» tratnscendantes, sont tocrt aussi certaines, quoiqu'elles ne sotent connues que d'un petit nombre de savants, et même elles seraient égatement certaines, qumid elle» ne aéraient connues de personne.
Maie qo^on y prenne garde : ce n'est pas parce que te genre humain croit à f existence def la Dihrinité, qfie IKen existe; c'est parée epie Meu exialéy que te genre bamain oreit à sott eti-
DB Là OAUBB IKOÊSÈÈXi
stence. Ce n'est pas parce que les Sociétés les plus éclairées et es pins fortes professent la religion chrétienne, que cette relîfion est la seule vraie, c'est-à-dire la seule raisonnable et la eule conforme à la nature de Thomme et à celle de la société; Dais c'est parée qu'elle est la seole vraie et la seule conforme I \n nature de fhonime sockily que les sociétés où elle est pro^ essée sont les plus fortes et les plus éclairées, et qu'elle y à té méfnne T unique cause de leurs progrès et de leUr stabilité, t la véfitaMe source de leurs lumières; et Dieu n'existerait M moins^ la religion chrétienne ne serait pas moins la seule tWprni digne de lui, quand Dieu^ s'il était possible, ne serait onrm de personne, ou que le christianisme n'aurait pas un Miateur.
Ains^, pour rerfuîr an sujet qui nous occupe, les peuples hrers peuvent avorr des préjugés faux, an des préventions ; le enre humarti iùtti entier ne peut avoir que des préjugés vrais. ft ()réjtigé génénil est la croyance d'une vétité générale y à m près cofnme un proverbe est Fexpression d'une maxime ^érale de condcdte. Dans les préjugés comme dans les proches , la férité de spéculation ou de pratique est rendue fai?!ièfe on populaire pour l'usage habituel, et marquée ainsi, ï quelque sorte, au coin du genre htimainy elle fait, dans le wnfïierce des esprits, l'offke de monnaie courante y que Tort çoft powr sa valeur sur la fol de l'autorité publique, et dowl ïactm ne pourrait vérifier k tout moment le poicte et le iHfë, m troubler tontes les transactionf et arrêter tons ïe§ rbangés.
Le genre humain , je le répète, ne peut «voir que des prégés frais ; et s'il y atait jsmnris eu en moraley c'est-à-diro lUs la science de la société y une idée afasolonient générale, ri edrt été fausse, on même qui eèt pa n'être pas vraie^ jamais I hommes n^amnient eu le pouvoir de s'entendre, ni la se*- Hé de se former* Ce qui rend encore plus décisive, en fitveiif idogvne de fexislenee de la Divinité, la différence ée te oyance générale an» opinions individuelles y est qu*niy rnivae, quel qu'il soit , n'a pas besoin de croire à h DivfivitéP «r existery pas même pour être, du moins eiîtérieureiliienlv ste et bon, parce qf**'»! se trouve, indépendamment de s« totftéy et par le seul fait de sa survenance av mihettf de \^ eiéfé y dans tm ordre de choses étaUi, à h naissance ménie »eorps aoeîalv sur let crvynoa et le aentarent ée la Drvimtéy tiyaiice éost te» k» qui to fàcMg&attf le» naMUnaqiÉ le eotf--
MO
m Là CAUn FEBMii&B.
tiennent, les coutumes qui l'entraînent^ ont reçu leur force et leur direction. Il peut même, sans danger pour la société, penser en lui-même que Dieu n'existe pas, et pourvu qu*ilne soit pas appelé au gouvernement des autres, ou à leur instruction, ses sentiments particuliers n'auront aucune influence sensible sur Tordre public. Un homme qui nie le mouvement de la terre n'empêche pas pour cela qu'elle ne tourne et ne rentratne lui-même dans son mouvement, et tant qu'il n'est pas chargé d'enseigner la physique, ses opinions ne sont d'aucune conséquence; mais la croyance de la Divinité, et le culte qui en est la suite, sont nécessaires, rigoureusement nécessaires à la société. La société n'a pu naître ni subsister qu'avec It croyance de la Divinité; et si J.-J. Rousseau a dit : et Jamais 0 Etat ne fut fondé, que la religion ne lui servit de base, » on peut ajouter, comme une conséquence nécessaire, qu'un Etat dont la religion n'est plus la base ne saurait subsister.
Non, sans Tidée générale et primitive du pouvoir de TËtre suprême sur tous les hommes, sans les sentiments de dépendance que cette idée a inspirée à tous, jamais la pensée incompréhensible du pouvoir humain, le sentiment plus incompréhensible encore d'obéissance, ces deux choses qui s'accordent si bien dans la société , et si peu dans le cœur de l'homme, n'auraient pu venir à Tesprit des hommes pour leur faire supporter la société. Cette création morale, qui a tiré l'ordre public du chaos de toutes les vérités privées et de toutes les passions individuelles, serait, sans la pensée et le sentiment de la Divinité , plus inconcevable que la création physique. Si, dans celle-ci, les éléments, mêlés et confondus, opposaûent à la puissance créatrice une force d'inertie, dans la création de la société, des passions actives et fougeuses opposaient à la puissance législative leur force de résistance; et cependant, par un prodige plus étonnant pour une raison éclairée que tous les phénomènes du monde physique, c'est en vertu de ce sentiment général de la nécessité de l'ordre, dont Dieu, ordre luimême par essence, est l'auteur et le modérateur, qu'un homme, ministre du pouvoir divin , et dans ses vues de bonté sur les peuples, et dans ses vues de justice, commande seul à des milliers d'hommes; qu1l exige des uns le sacrifice de leur vie, des autres celui de leurs biens, de tous celui de leu^ indépendance native, et qu'il est obéit Aussi les monuments historiques les plus anciens, d'accord avec le raisonnement, nous montrent partout les premiers législateurs des peujpieSy accré-
Dfi LA CAUSE PRSMiiAB.
ditaot auprès d'eux leur mission par Tintervention de la Divinité, et invoquant son autorité pour faire chérir ou pardonner la leur. Sans doute , ces grandes vérités sont plus sensibles à mesure que Pon remonte aux premiers jours des soàéiéSy ou plutôt de la société ; car, à proprement parler, il n'y en a jamais qu'une^ et tous les peuples venus, ainsi que tous les hommes^ les uns des autres, et toujours au sein de la société, ont retenu, dans leurs transformations successives, la tradition des notions primitives qu'ils avaient reçues, et des premiers sentiments dont ils avaient été imbus. Mais aujourd'hui, que la société est si loin de son origine, si une nation depuis longtemps façonnée au joug de la religion et des lois, et vieillie dans rhabitude de l'ordre, venait tout à coup à oublier tout ce qall avait fallu d'enseignements et d'exemples pour la ployer à une règle sévère, et ce qu'elle devait à son institution reli/^'euse de bonté morale, de perfection littéraire, de dignité même politique, comme sa discipline était admirable, le désordre serait prodi^eux ; plus elle aurait rompu de freins et repoussé de lumières, plus elle déchaînerait de passions, et accumulerait d'erreurs et d'ignorance; et il faudrait des Doiracles pour lui rendre la raison dont elle aurait indignement ibusé, et le bonheur qu'elle aurait si follement compromis (i).
Ainsi, et je le dis dans le sens le plus rigoureux , une peuplade d'iroquois , qui nomment le grand esprit, est pour la raison une autorité bien plus grave que vingt académies de l)eaux esprits qui en nieraient l'existence. Une académie, agré- E^tion fortuite d'individus, n'a pour parler et pour écrire, nul ^in de croire à la Divinité. Les membres de cette société, x)nfondus, au sortir de leurs séances, avec les autres citoyens, trouvent établis dans la société, antérieurement à toutes les icadémies, toutes les idées, tous les sentiments, toutes les nstitutions qui protègent leurs personnes, leurs propriétés, néme leur incrédulité, et quand ils se rendraient à eux-mêmes e témoignage qu'ils sont justes et bons sans le secours d'aulne croyance religieuse, il pourrait se faire qu'en se croyant «tenus dans leurs désirs, ils ne fussent réellement que contelus dans leurs passions. Mais la seule existence d'un peuple, néme sauvage, en corps de famille ou de nation ; mais l'ordre lui y règne au milieu de cette société imparfaite, tout impar-
ti) Ces dcroières lignes étalent écrites U y a plus de cinq ans.
9Qi DE LÀ CAUSE PIVE^IEHE.
fait qu'il est lui-même ; mais cette autorité reooonue du père, de l'époux, du chef de la peuplade, et robéissauce paiâble à ces divers degrés de pouvoir; mais ces défenses du vol , de l'adultère, de l'homicide, qu'on retrouve chez ces enfants avides, féroces, intempérants, attestent rexist43noe du suprême Législateur et la promulgation de la loi primitive, et cette preuve, étouffée dans nos sociétés sous la multiplicité des édits , des décrets, des ordonnances , des lois de détail , des règlements de police , applications locales de la loi générale faites par l'homme, et dont nous connaissons tous la date et les auteurs, se m(»nirc dans tout son éclat chez ces peuples simples qui ont vécu jusqu'à nous sur ces seules lois primitives, et sans aucune autre législation; et elle y est , si j'ose le dire, comme ces caractères qui distinguent les racez pure$ dans quelques espèces d'animaux, et qui disparaissent à la longue par leur mélange. Quand un poëte a dit :
Primas in orbe Deos fecit ttmor, ard%ta ocbIo Fulmitia cum cadereni^
et qu'il a attribué l'invention de la croyance de la Divinité à la frayeur que les phénomènes de la nature inspiraient aux hommes, ceux qui ont pris à la lettre cette métaphore poétique, et l'ont répétée comme une proposition philosophique, ont dit une sottise. Sans doute les peuples effrayés par quelque grande cenvuision de la nature ou de la société, ont cherché partout à apaiser la cause intelligente, à la puissance et à la volonté de laquelle ils attribuaient, avec raison, les calamités dont ils étaient frappés ; et encore aujourd'hui, si la croyMioe de la Divinité s'effaçait de l'esprit d'un peuple, il suffirait peutêljpe d'ua tremblement de terre, ou d'une révolution politique, pour la lui rendre. Certes , il est bien naturel que l'homme^ êtie essentielleHient. actif, et qui doit agir avant de mufftnr, lorsqu'il est au terme de son action, cherche ailleurs le remède à ses souffrances; et le bon sens du peuple, qui est la seule philosophie, lui a dit partout que, là ou finit Tactioii de l'bomme, commence l'action de la cause supérieuM à rbomme* Le peuple voit mieux que les savants, à combien peu de ^ose tient quelquefois sa coaservation , à quelques années de maladie épidénâique, ou à quelques miimtes de tremblemmat de terre, sans parler des autres fléaux qui compromettent annuellement sa subsistance, ou du OKHns son bonheur; et lorsque
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toute interventioa de sa part est absolument inutile, lui cornmander de souffrir dans une inaction totale^ lui défendre de^ chercher au-dessus de lui des moyens de salut qu'il ne trouver plus en lui-même, ni dans aucune force humaine, c'est la placer dans une situation tout à fait contraire à la nature de ilioinme , et qui par conséquent répugne à sa raison. La reli* gion n'a garde d'abandonner les peuples à ce vide dangereux d'idées et de sentiments^ qu'ils rempliraient bientôt par le^ superstitions les plus absurdes, et peut-être les plus cruellea. Elle leur rappelle alors, elle doit leur rappeler Vauteur de toute consolation; elle leur permet de lui exposer leurs besoins^ et les invite à le fléchir par leurs prières; et tous les raisonnements de l'athéisme n'arrêteraient pas ce premier mouvement de la nature humaine y cet élan involontaire de ses affections. Uais que les grands bouleversements du monde moral ou physique ou l'épouvante qu'ils inspirent, aient fait la Divinité^ dans ce sens que, sans la frayeur qu'il éprouvait, l'homme qui, le i^remier, recouiiit à la Divinité, n'aurait eu dans l'es* prit ni idéo ni sentiment quelconque d'aucune volonté supérieure à sa volonté, d'aucune action plus forte que son action, autant vaudrait dire que la peur de la fièvre a fait le quinquina; et les peuples, même dans la plus extrême consternation, aulaient-ils pu avoir l'idée ou le sentiment de la Divinité, si, antérieurement à la cause de leur frayeur , l'expression n'en eût été dans leur langue , et par conséquent la pensée dans leur esprit? D'ailleurs, est^e l'idée que la frayeur a fait naître Ml son expression? Si l'idée est venue avant l'expression, eomsient st-tron pu connaître une idée qui n'était encore levèiue d'aucun mot qui pût l'exprimer? Si l'expression est venue avant l'idée, comment a-t-on pu entendre un mot qui a'exprimait encore aucune idée ? ou bien l'idée de la Divinité tst'-eUe sortie du cerveau des hommes épouvantés toute revé^ ^ de son expression, comme Minerve tout armée, du cerveau ie Jupiter? Un sentiment, quel qu'il soit, peut réveiller un^ dée; mais il n'en fait aucune, et notre esprit, borné à repré* •eotec les objets réels ou possibles, n^a pas la faculté de crées te qui ne peut exister. C'est là l'erreur des Guebreg modemesj [ni diflBDi que le culte de la Divinité n'a jamais été que le rulte du aoleîi, et que par cx)nséquent le soleil a été la seule livinité da Vuniven. Mais par cehi seul que les hommes aur aient cm la soleil une divinité, ils auraient eu une idée de la
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