‹ Recherches philosophiques sue les premiers objects des connaissances morales: DémonstrationChapitre 21 sur 68 · SS LA CAUSE PREMIÈRE. S · texte numérisé non relu

SS LA CAUSE PREMIÈRE. S

que canse )eiir ait donné l'existence , donné le mouvement qui l'entretient y donné les lois en vertu desquelles elles reçoivent le mouvement, et si , contre toutes les notions de la raison universelle, manifestées par les locutions à la fois les plus familières et les plus générales , on peut admettre tant d'effets sans cause, des mouvements sans moteur, des lois enfin sans législateur.

Il est vrai que les matérialistes se défendent d'admettre des effets sans cause, des mouvements sans moteur, des lois sans législateur, en avançant que la matière en général , ou la nature, par son énergie, a produit, uni et ordonné la matière et même l'intelligence ; mais ils déguisent en vain leur matière en général, et les qualités occultes qu'ils lui attribuent gratuitement sous les noms vagues , et détournés de leur véritable sens, de matière et d'énergie: énergie ne signifie qu'une plus grande intensité dans le mouvement reçu; la matière en général n'existe pas hors de Tagn^gatlon des corps particuliers, et matière est un mot collectif qui exprime cette agrégation, comme cent est un mot collectif qui exprime l'addition, l'une à l'autre, d'un certain nombre d'unités; et leur sophisme, dépouillé de ces grands mots et réduit à la plus simple expression, aboutit à cette proposition contradictoire, que la cause et Yeffet sont un même être considéré sous deux rapports différents, puisque, dans leur système, la matière a produit, mu et disposé la matière. Mais, loin que les mots cause et effet y partout usités et partout entendus, présentent l'idée d'un même et seul être, ils expriment au contraire , même par leur opposition, deux êtres tout à fait distincts l'un de l'autre , et entre lesquels se trouve la relation d'actif et de passif, qui constitue la distinction la plus marquée qui puisse exister entre deux êtres; et il y a bien peu de philosophie à penser que, dans aucune langue et chez aucun peuple, il puisse y avoir deux mots opposés pour exprimer un même objet.

D'ailleurs, à prendre cette vérité dans sa racine , les mots cause, moteur, législateur, portent par eux-mêmes dans les esprits l'idée d'un être intelligent, libre, actif, qui agit avec connaissance et volonté; et ce sens a été reçu, et même a passé en loi dans la société, puisque l'hoaune n'est responsable que des faits dont il est cause, et non de ceux dont il n'a été que l'occasion. Matière présente, au contraire, l'idée d'inertie, de passivité d'action reçue; il y a donc contradiction dans le MQg comme dans les termes, à supposer que la matière puisse

DE LA CAUSE l'UEMIETiK.

éitQ cause y c'est-à-dire que ee qui est inerte puiâse être actif, que ce qui reçoit Taction puisse la faire ; et le terme d'énergit qu'où emploie^ parce qu'on n'ose pas se servir de celui d'intelligience, ne signifie absolument rien autre chose que Tembarrai dii Ton est de sauver cette contradiction.

Ainsi les matérialistes veulent que la matière ait produit, ail mu , ait ordonné la matière et même Tintelligence, et ils d( peuvent absolument rien alléguer dans les relations connue des êtres d'où ils puissent inférer la possibilité de cette pra duction, et Tactiou directe de la matière sur l'intelligence. Le^ spirituaiistes soutiennent, au contraire, qu'un principe intelli gent a pu seul produire l'intelligence , et même ces forme sensibles que nous appelons la matière, et ils ont poureu] une raison d'analogie prise de l'action de la volonté sur le organes matériels , pour y produire des mouvements qui son ime véritable création instantanée et intérieure, et qui , appU qués aux corps extérieurs^ produisent toutes les merveilles à l'industrie humaine, qui sont aussi des créations, et quiei portent même le nom. La raison ne voit aucune coatradictioi à admettre qu'une intelligence infinie ait pu, par sa seule va lonté, produire les formes premières des corpsi puisqu'une intelligence bornée peut aussi , par sa seule volonté, produin et varier leurs formes secondes, soit dans soa propre corps, oi elle excite des mouvements physiques par la seule opératio] intellectuelle ; soit, ce qui est plus étonnant et mèoie incom préhensible, dans un grand nombre de corps étrangers ai sien, et dont elle peut, même absente, déterminer la volonté et commander l'actkm; et il crée aussi l'bcxnme qui dit à soi semblable : a Veux, d et il veut ; a Fais, i> et il fiût.

Que signifie donc cette assertion mille fois répétée, et ré pétée sous toutes les formes, que nous ne connaissons pas h eause première, et qu'elle esipour totfmtrs cUrabée à noire m vestigatim? Il y a encore là un sophisme à démêler; car^ comme l'enfer de la fable, les porte» de l'athéisme ne son gardées que par des fantômes.

Revenons à la distinction fondamentale de notre être penaanl en faculté d'idéer ou de concevoir des idées, ou en faculti d'imaginer ou de nous former des imagea. Par celle-ci nom Mnoaissona les obfet» particuliers et matériels^ par ceUe«4à lei objets généraux intelteotuels*

i^imagineuxiarbre^ imBmaimm; }'idie on je conqmaVoidTBi lamiaoïii la justice •tc^e&c0auiie^parlaaiflHige% jecannaâ

tout ce qu'il m^est possible de connaître des objets uuitériek et figurables, je connais, par les idées, tout ce qu'il m'est possible de connaître des objets intellectuels. Mais c'est une vérité iin« portante de l'analyse de l'esprit humain, et qui, ce me semble^ n'a pas encore été aperçue, ou du moins suflisamment développée; que ces deux facultés d'idéer ou concevoir et d'tmagi*' ner sont distinctes l'une de l'autre à tel point, que nous ne saurions imaginer ce que nous concevons ni concevoir ce que nous imaginons, ou, en d'autres termes, que nous ne pourrions nous former des images de nos idées, ni des idées de nos image». Je vois, je touche , je sème une graine; elle se développe en s'assimilant les sucs qui lui sont propres; je vois qu'elle a crû, poussé des branches, et qu'elle s*est chargée de feuilles, de fleurs et de fruits. J'ai Fimage distincte d'un arbre» de ses difierentes parties, de son développement successif, et même des agents extérieurs, ou des moyens extérieurs de son accroissement, choses toutes matérielles et qui font sensation et image; mais je n'en peux savoir davantage, je n'ai point de ces objets des notions autres que les images qui me les représentent, et je m'expose à dire des absurdités, si je veux raisomier-sur l'essence de cet arbre, et aller au delà de ce que mes sens m'en rapportent ou peuvent m'en rapporter.

J'ai l'idée distincte d'ordre, déraison, de jmiice, de pouvoir, di devoir, de volonté, etc., puisque les mots qui expriment ces idées sont d'un usage habituel dans le commerce des esprits; mais je ne peux ni les voir, ni les toucher, ni les sentir. Mes sem ne m'en rapportent aucune sensation, mon imagination n'en perçoit aucune figure, et, si elle veut les figurer, elle est obligée d'emprunter des images à la nature matérielle, de persofmifier ces idées, c'est-à-dire, de les faire hommes et persommes, et de peindre, par exemple, la justice sous la figure d'une femme qui tient un glaive et des balances, la Divinité sous la figure d'un vieillard, etc. Ma volonté ordonne à mon bras de se mouvoir, j'ai l'idée de cette volonté, j'ai l'image de ce mouvement ; mais puis-je me former l'idée de ce mouve* ment ou l'îaiage de cette volonté l Non, assurément, et je ne peux pas plus imaginer ma vcrionté que concevoir comment le mouvement de mon bras en est la suite, et tous les efforts de mea esprit n'aboutiront jamais à me donner de ma vokmté UBs idée autre que l'idée simple et distincte exprimée par h», moi wdosUé, ni à me représenter le mouvement de mon bras d*aiie aotre maaièKe que celle que mes sens nie fapportent*-

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