DE L^HOMME OU DE LA CAUSE SECONDE
Comme il n'y t qa'une cda^ première de l'nnrrerB^ et ^ue cette eaiMe est Dieu, il n'y a sar la terre, à propfremeiit parler, qu'une seconde cause, qui est Thomme, parce que eatae, s«i^ Tant la force de cette expression, désignant un être qui agit par Im-mérne, avec volonté de produire, et connaissance des moyens qu'il emploie pour produire, et des effets qu'il pro^ doit, ne peut s'enttfndre que d'un être intelligent, en qui seul est la To^onté et la connaissance, et de là vient que l'homme n'est cottpaMe que du mal dont il est la cause, et qu'il n'est pas pnni pour eeltii dont il n'eat que Voec&non, et qu'il a faîl sans connafssanee et sans volonté.
Tons les agenta matériels, raéme les plus puissants, l'air, le feu , la lumière, la terre, qne Ton appelle assez souvent des causes secondes, ne sont i^éellemeiK que des moyens oo des înstmmenta, c'esl-Mire, des sobstaocea dépo«*vues de oooh naissance et de volonté, qui servent, en vertu des lois gêné-» raies du Créateur, h la conservatioD de l'oniv^s, ou que l'i»» dustrie de l'homme emploie aussi à reproduire et à conserver des êtres particuliers, moyens qxà sont par eux-mêmes indifférents à l'effet qulls produises, et qui, abandonnés à leur propre activité, ou faussement dirigés, pourraient détruire atl Ken de conserveTr
L'homme, en effet, diepoae, en créatuite intelligente, et comme premier ministre de la cause première, de tous les agents qu'elle a créés pour la conservation de son ouvrage, et
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fait aux circonstances particulières Tapplication des loisgéDé< raies. Ainsi, il se sert, pour ses divers besoins, des influences de Tair, il maîtrise Taction du feu, dirige la fécondité naturelle de la teiTe; il produit la lumière, reproduit les plantes, multiplie les animaux; la mer, les vents, le soleil, les astres, tous ces grands corps, ces moyens puissants, qui semblent hors de son domaine, et qui sont indépendants de sa volonté, il s^en si^rt aussi, comme de tous les autres agents physiques, pour mesurer le temps, parcourir le globe, échauffer son corps, hâter la fécondité du sol, et faire mouvoir les machines qu'il a inventées pour ses besoins, et appliquées à ces divers usages. Il calcule leur action, m jd^re ou accroît leur activité, dispose de leur puissance, en sorte qu'il est, je le répète, cause seconde dans l'univeis, comme l'Être suprême en est la cause première, et qu'il est en quelque sorte le créateur du monde secondaire et industriel, comme Dieu est le Créateur du monde primitif et naturel.
Aussi la cause seconde de Tunivers n'a pas moins que la cause première exercé l'imagination féconde des philosophes. Après avoir fait sortir la cause première de l'énergie de la matière éternelle, ils ont fait naître la cause seconde du mouvement spontané de ses parties. S'ils n'avaient pas vu l'homme naître et mourir, ils auraient fait l'espèce humaine étemelle; mais en attribuant l'éternité à la matière considérée en général, ils n'ont pu la donner à aucune de ses modifications.
Le matérialisme a rêvé de deux manières principales l'origine de l'espèce humaine : tantôt il a avancé qu'il n'était pas impossible que l'homme eût commencé sous la forme humaine par le mouvement spontané des molécules organiques; tantêt il a insinué que cette forme, qui distingue son espèce entre toutes les autres, n'était que la dernière des nombreuses métamorphoses qu'il a subies en passant par tous les degrés de l'existence animale, depuis l'état d'animalcule microscopique jusqu'à l'état humain, qui est le complément et la perfectimi de l'animalité.
Je me hftte de citer, de peur que l'on ne m'accuse de forger des chimères pour les combattre, et, rassuré par cette précaution, j'entrerai avec moins de répugnance dans une discussion dont le ridicule ne peut retomber que sur ceux qui l'ont provoquée» Puisse le lecteur, pour son instruction, ne pas éprouver l'inexprimable dégoût qui s'empare d'un écrivain raisonnable , lorsqu'il est forcé de traîner la philosophie et le boa
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sens sur des idées aussi abjectes et des opinions aussi monstrueuses que celles que nous sommes forcé de lui présenter!
Diderot avait imaginé un animal prototype de tous les animaux; d'autres, du même temps, avaient avancé que 1 homme était sorti d'un œuf pondu par la terre^ ou était venu d'un poisson, ou même d'une plante. Nous allons retrouver dans des écrits récents, ces mêmes systèmes habillés à la moderne, et revêtus d'un vernis scientifique, c'est-à-dire qu'à des images on a substitué des abstractions que l'on prend pour des idées générales, et qu'on a trouvé par là le secret de rendre ces opinions moins plaisantes, sans les rendre plus raisonnables.
c Tous les animaux, toutes les plantes, lit-on dans quelques » ouvrages récents, ne sont que des modifications d'un ani- » mal, d'un végétal originaire ; le règne animal n'est en quelque B sorte qu'un animal unique, mais varié et composé d'une B multitude d'individus tous dépendants de la même origine. •• » Les êtres les plus imparfaits aspirent à une nature plus par- » faite. C'est pourquoi les espèces remontent sans cesse à la 3 chaîne des corps organisés par une sorte de gravitation vi- » taie... Les animaux tendent tous à l'homme, les végétaux » aspirent tous à l'animalité, les minéraux cherchent à se rap- » procherdu végétal... Si l'on considère que la terre couverte 10 d'eau a été exposée aux rayons du soleil pendant une mulm titude de siècles, les substances les plus échauffées par ses B rayons, et favorisées par l'humidité de la terre, se sont peu 3 à peu figurées à l'aide de cette vie interne de la matière, et ]» elles ont donné naissance à une sorte d'écume ou de limon » gélatineux qui a reçu graduellement une plus grande activité » par la chaleur du soleil. Sans doute, on vit paraître des » ébauches informes, des êtres imparfaits, que la main de la M nature perfectionna lentement en les imprégnant d'une plus » grande quantité de vie : d'ailleurs la terre, dans sa jeunesse, ]» devait avoir plus de force et de vigueur végétatives que dans le B temps actuel, que nous la voyons épuisée de productions... » Notre monde est une sorte de grand polypier dont les êtres » vivants sont les animalcules. Nous sommes des espèces de 3 parasites, de cirons; de même que nous voyons une foule 3 de pucerons, de lichens, de mousses et d'autres races qui 3 vivent aux dépens des arbres, nous sommes formés de 3 l'écume et de la crasse de la terre. »
Il faut, avant d'aller plus loin, faire observer quelques contradictions entre le passage qu'on vient de lire et d'autres idées
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du même oa?rage ou de qaelqiies autres^ et quelques oontndictions eneone entre les râisoimemeiits et les faits qoe noQl avons sous les yeux.
Si la cfaaàeur du soleil a développé primitivement les germes terrestres jnsqn'à en faire des hommes et des ammanx, oetia même cause toujours subsistante^ et qui agît inégalement sur les diverses parties da globe^ doit y développer inégalemest les êtres animés^ et les imprégner d'une quantité de force vitale plus ou moins grande, selon qu'elle s'exerce avec pins oo moins d'intensité. L'ouvrage que j'ai cité recoonatt l'existenes toujours subsistante de cette influence, en plus ou en moinSy puisqu'il dit que les extrêmes du froid et du dutttd ne sont pas favorables à l'accroissement des êtres animés; et toutefois il affirme que les animaux, et même les hommes, sont plus forts et plus développés là où cette influence des rayons solaires est certainement la plus faible.
Les hommes du Nord, dit41, sont toujours plus grands et phis gros que ceux du Midi, les plus grands animaux marins, les oiseaux les plus forts, les baleines, les aigles, les condors, etc., se trouvent dans les mers du Groenland, ou sur les sommets des montagnes les plus élevées, et où l'air est le plus froid; mais cependant il est certain qu'il se trouve un peuple de Ban», les Lapons, à l'extrémité la plus «eptentaîoinle de l'Europe, et une peuplade de géants, ou du moins d'hommes de la plus hante stature et de la pAus forte corpulence, les Patagons, à l'extrémité la pins méridionale de l'Araériqne. Ces deux extrêmes de l'ancien et dn nouveau continent sont4is également chauds ou également froids? Pourquoi leslMunnies s'y sont-ib développés d'une manière si inégale? Si les extrâ« tties da froid et du chaud sont également contraires à l'acerois* sèment des êtres aotmés, il devrait se trouver des nains sous la zone torride, comme il y en a près du pMe; ou, si les {dus gros animaux se trouvent dans les climats les plus froids, oa verrait des géants dans la Laponie, par la même raison qu'il y des baleines dans les mers du Grocariand, et qu*il y a en des mammouths sur les côtes inhabitées de la mer Gkieiale : car, dans ce système, tous ks animaux, Fbomme compris, ne sont que des individus de la même espèce originaire, et des modfrcations du mkot anùnal primitif; «4 cependant les nègres africains ne diffèrent pas, pouria force et ta stature, des Euro* péens, et même en Europe, ks NapoliteiBS sont d'une plus
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haute stature^ que les Suédois ou les Russes. Hais contniQons nos citations.
L'auteur des Bapportt du pht/sique et du motai de t homme donne aux mêmes opinions une enluminure plus philoso. phiqne ; mais le long circuit qu'il fait faire à ses lecteurs les ramène au même résultat. On voit dans les assertions d'un La« métrîe, par exemple, l'étourderiô d'un homme qui n'a rien à perdi*e, et qui, pour ainsi dire, jette tes extravagances à la tète de ses lecteurs, sans se mettre en peine de ce qu'ils en penseront; mais on sent, dans les Rapports du physique, les craintes d'un homme d'esprit qui, conduit à des opinions monstrueuses de physique par un système erroné de morale, les traverse avec précaution et comme un défilé dangereux, avoue son ignorance pour faire croire à ses lumières, doute pour mieux affirmer, fait un grand étalage de science pour éblouir le lecteur et échappera son attention, à peu près comme un habile général qui, porr tromper l'ennemi, allume des feux dans son camp et se sauve dans l'obscurité.
11 commence par reconnaître (§ II de la Vie animale) que c les circonstances qui déterminent l'organisation de la matière » sont couvertes pour nous d'épaisses ténèbres que vraisem-* » blablement il nous est interdit de pénétrer, i» I jCS efforts que Ton peut faire pour dissiper les ténèbres qui couvrent l'organisation primitive de la matière , fussent-ils suivis de quelque succès, seraient même sans résultat utile et positif, puisque l'auteur avoue, comme nous le verrons, que les êtres organisés ne se forment plus maintenant sous nos yeux que par des moyens qui n'ont aucun rapport avec cette organisation directe (c'est-àdire spontanée) de la matière, et jusque-là, il ne parait pas trop raisonnable de chercher ce que vraisemblablement on ne trouvera pas, et ce qu'il serait même assez inutile de savoir, si l'on parvenaH à le découvrir. Mais, dans toute cette physique, on poursuit autre chose que des vérités physiques; c'est à l'idée morale de la cause première qu'on en veut, et les recherches prétendues savantes sur les circonstances qui ont déterminé l'or-' ganisation de la matière, ne sont qu'un voile qui cache l'opinion de l'éternité de la matière et de la spontanéité de ses mouvements. Aussi, malgré les épaisses ténèbres qui les couvrent, et, quoiqu'il nous soit vraisemblablement interdit de les péné* trer^ l'auteur: avance que « nous sommes dès aujourdTinî srf- » fisamment fondés à regarder comme chimérique cette dîs- » tinction que Bnflfbn s'est efforcé d'étaUhr de ht matière morte
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» et de la matière vivante, ou des corpuscules inorganiques
a et des corpuscules organisés Car^ dit-il plus loin, l'ex-
B périence nous apprend qu'il n'est aucune sut^tance végétale a qui, placée dans des circonstances favorables, ne donne nais- 9 sance à des animalcules particuliers, dans lesquels la simple » humidité suflSt pour la transformer, et presque toujours à > rinstant. Ici nous voyons avec évidence la nature qu'on a appelle morte, liée par une chaîne non interrompue avec la a nature vivante; nous voyons les éléments organiques se a combiner pour produire différents corps organisés, et des a produits de la végétation sortent la vie et le sentiment avec a leurs principaux attributs. Ainsi donc, a moins qu'on ne supa pose que la vie est répandue partout, et seulement d^uisée a par les circonstances extérieures des corps ou de leurs éléa ments, ce qui serait également contraire à Thypothèse, il a faut nécessairement avouer que, moyennant certaines coadia tions, la matière inanimée est capable de s'organiser, de
a vivre, de sentir; car les physiciens semblent être en ce mo-
a ment à la veille de déterminer au moins une partie des chana gements qu'éprouve la nature, en passant de l'état organique a à celui d*organisation végétale, et de la vie incomplète d'un a arbre ou d'une plante à celle des animaux les plus parfaits... a Demanderait-on si l'homme et les grands animaux, que nous a ne voyons plus anjourd hiti se reproduire que par voie de a génération, ont pu, dans l'origine, être formés de la même a manière que les plantes organisées, et des ébauches gros* a sières d'animalcules? Nous l'ignorons absolument, et nous a l'ignorerons toujours.... Il est certain que les individus de a la race humaine, et les autres animaux les plus parfaits, et a même les plantes d'un ordre supérieur, ne se forment plus a maintenant sous nos yeux que par des moyens gui n'ont aucun a rapport avec cette organisation directe de la matière inerte; a mais il ne s'ensuit point qu'ils ne puissent en être produits a par d'autres voies, et qu'ils n'aient pu l'être originairement a d'une manière analogue à celle qui maintient encore aujoura d'hui toutes ces espèces d'animalcules ignorés, a Enfin l'auteur après avoir en quelque sorte donné à deviner sa dernière pensée, en la cachant dans plusieurs pages de conjectures scientifiques sur le changement successif des espèces primitives, sur les nombreuses modifications, peut-être même sur les transformations importantes qne l'homme a pu subir; sur les altérations essentielles survenues dans l'organisation première de
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rhomme^ même depuis un court intervalle ; $ur V ancienneté de rhoinme et la nouveauté de la dernière grande révolution du globe; sur les bouleversements qu'il a éprouvés^ circonstances d'où sont nées^ dit-il, vraisemblablement des races toutes nouvelles^ mieux appropriées à Tordre nouveau des choses... Après toutes ces conjectures, dis-je, et toutes ces vraisemr NanceSy Fauteur, qui a tenu l'esprit du lecteur assez longtemps en suspens, forcé enfin de lâcher son secret, conclut avec embarras que, a si Ton part de ces données, les unes certaines, 1» les autres infiniment probables, il ne parait plus $i rigoureux 1 sèment impossible de rapprocher la première production des 9 grands animaux de celle des animalcules microscopiques. » Certes, l'auteur, qui parlait en l'an IV de la république, aurait pu exprimer hautement et clairement toute sa pensée, et l'on ne peut attribuer qu'à un sentiment de pudeur et de défiance de ses propres systèmes la forme négative et timide qu'il a donnée à l'étrange assertion qui termine le long passage qu'on vient de lire.
Avant d'entrer dans une discussion plus approfondie, qu'il nous soit permis de rapprocher de ces tristes systèmes sur l'origine de l'homme les croyances immémoriales des peuples les plus voisins des événements et les plus éclairés en philosophie morale qui furent jamais, les juifs et les chrétiens; ces croyances, appuyées sur les monuments écrits les plus respectables, et dont on retrouve, à chaque pas, les traces dans les traditions les plus anciennes même des nations idolâtres. Ces croyances nous apprennent que l'intelligence suprême a voulu que l'homme fût, et l'homme a été, et a été formé à l'image et à la ressemblance de son Créateur, et capable de le connaître et de l'aimer. Au commencement, nous disent-elles. Dieu créa l'homme; il le créa mâle et femelle; il le bénit, il lui ordonna de croître et de se multiplier. Et effectivement nous voyons l'homme aussi ancien que la terre qu*il cultive ; nousle^voyons constamment reproduit par l'union des sexes; nous voyons les effets de cette grande bénédiction donnée à la race humaine dans la croissance de chaque individu qui passe de l'état d'enfant à l'âge d'homme, et dans la multiplication de l'espèce qui passe de la société domestique à la société publique, sans que jamais aucun fait, venu à la connaissance des honunes, ait laissé soupçonner môme la possibilité d*un mode dittërent d'existence et de reproduction. Aucune autre opération de la nature ne nous montre même avec plus d'évidence le rapport
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ées moyens aux fins et rintention bienfiifeante d*une caose conservatrice. L'organisation physique de l'homme nous éclaire sur sa destination sociale^ et dans ie berceau de l'enfant qui vient de naître nous voyons le berceau de la société.
Les deux sexes rapprochés par la pensée et la parole, avant de l'être par les afTectionSy s'unissent : l'homme a commencé; la nature ne l'a pas jeté sur la terre comme un animal microscopique que sa petitesse expose à toutes les choses de destruction^ et même avant qu'il fût, elle avait préparé un abri à n faiblesse. Longtemps elle le tient renfermé dans le sein qui Ta conçu^ afin de donner le temps aux organes de s*attendre les uns les autres, et de se former chacun à leur tour pour se développer tous ensemble : admirable disposition qui mesure le temps de la gestation sur la force et le volume des organes, eomme la durée de la vie est mesurée sur le temps de raccroissement. Le fétus, dans ce premier état, incapable encore de vivre par lui-^mème, puisque les moyens de la vie ne sont pas tous ou tout à fait formés , vit de la vie d'un autre, ou plutM d'une autre vie, de la vie de celle qui doit lui donner le jour. Il respire l'air que respire sa mère, se nourrit de ses aliments; le sang de sa mère circule dans ses veines, il participe à ses mouvements, et trop souvent ressent le contre-coup de ses passions; il vit en elle, comme il vit en lui : union mystérieuse, qui n'est pour l'animal que le commencement de la vie, et qui est pour l'homme le principe de toute société, et le germe de tontes les affections et de tons les rapports.
En eftet, lorsque cet être, encore invisible à tous les yeux, est parvenu au terme fixé à sa naissance , et lorsque les or> ganes sont tous formés ( car on peut remarquer que les enfants nés avant terme ont presque tous quelque organe imparfait), h mère et l'enfant se séparent l'un de l'autre; le lien qui les unissait, même physiquement, se rompt, un lien moral le remplace, ^t de là vient que, partout où ce lien moral est affaibli, il n'y a plus même d'affections naturelles, et l'infanticide, quelquefois permis par les lois ou toléré par les mœurs, attend l'enfant sur le seuil même de la vie. Mais quand la nature abandonne l'enfant à lui-même après l'avoir produit, son autre nature et désormais la seule, la société, Taccueille pour loi eonserver la vie, et plus encore pour former sa raison. La femme n'est phis seulement la femelle de son espèce, elle esl h mère d'un homme. L'homme n'était que mari , tl est père. Vu nouvel ordre de choses, l'ordre moral, commence pour le
ou DE LA GAfJSB BHGONDE. 313
peta de l'espèce hamaine, et pour eeluMà seul eommenoe avee la parole^ et avec la parole toute la société, pouvoir et protection du père, concours et minùtère de la mère , dépendaace el sujétion de renfânt, auquel se rapportent, comme à leur centre^ tous les exemples comme tous les travaux de l'un, toutes les leçons comme tous les soins de l'autre. Tout se fait pourU pius fmMty et rien par lui. La société tout entière gtt dans cette étroite enceinte, où je ne vois qu'un enfant qui souffre, une femme qui Le nourrit, un homme qui le protège, peut-être quelques animaux, symbole de la vie agricole, cet élément dt toute société, qui le réchauffent de leur haleine. Ne fût-ce que dans une étable, tout est là, et dans le plus vaste empire, dans le monde entier, vous n'apercevrez ni d'autres personnes, ni d'autres rapports, ni une autre société.
Tous les faits relatifs à la reproduction de l'homme sont si ooThstants, si universels, si inaltérables, que, même dès la plus haute antiquité, et aux époques de l'histoire qui se rapprochent le plus de l'origine de l'espèce humaine, la nature n'a pu déroger aux lois ordinaires de la génération des hommes sans prcMluire une épouvante générale, et qu'un enfantement mon* aCrueux, ou seulement déréglé, même dans les animaux, a été regardé comme un signe assuré de la colère céleste : preuve plus philosophique qu'on ne pense d'une opinion imménK>riale, qui a sa raison dans un ordre de choses subsistant sans altéra^ tion depuis l'origine des êtres. Tous les faits de la production physique de l'homme et de sa destination sociale se lient an fcit primitif de la création de l'homme par une cause intelUgente, à laquellle seule il appartenait de coordonner , dans un si vaste ensemble et dans un ordre si parfait , la nature et la aociélé , le physique et le moral , de prendre de si haut des diosee elles-mêmes si hautes, et de commencer les devoiro les plus généraux par les affections les plus intimes.
Mais quand nos livres sacrés nous disent qUe Dieu créa ikomme à son image et à sa ressemblance, ils renferment, sous la simplicité de cette expression, tout ce qu'il nous est penniis de savoir du grand acte de la ciéation. Là sont les bornes de Botre coonaiseanoe, et lorsque la raison est asses forte pour ne pas les dépasser, elle se dit à elle-même que l'espèce humaine ue peut pas plus avoir d'idées de son origine, que l'homn^ ne peut eu avoir de aa conception dans le sein de sa mère. Mais l'imaginalion , pour qui l'idée intellectuelle de cause est insaidjpnble, ou qui ne la saisi! que par le&fn^ytnret les effets, d^
3M DX l'hosoib
mande comment et par quels moyens Dieu a créé Hiommei et^ ne trouvant pas où se prendre dans les paroles des livres saints, elle croit ne pas les concevoir , et elle nie l'ouvrier, parce qu'elle ne voit que l'ouvrage, et qu'elle n'a pas vu les instruments dont il s'est servi, et le mode de son opération.
Au contraire, dans la naissance spontanée de l'homme par rénergie de la matière, soit sous sa forme propre, soit sous celle de tout autre animal ( car dans les passages que j'ai cités, on ne voit pas clairement quelle est sur ce point l'opinion des auteurs, ni même s'ils ont une opinion) , l'imagination trouve la pâture qu'elle demande. Elle se figure un limon qui bouillonne aux rayons d'un soleil ardent, des corpuscules qui s'agitent, se rapprochent, s'agglomèrent, se développent, prennent la forme d'un embryon qui commence à poindre sur cette vase échauffée comme des vers sur des matières corrompues. Ceux qui pensent que l'homme a été primitivement un animal d'une autre espèce se figurent, sans doute, un têtard qui crott, qui s'étend, qui devient insecte ou reptile. Ils voient des anneaux qui se déroulent, des antennes qui s'allongent, se transforment peu à peu en bras et en jambes. L'imaginatkm se figure aisément tout cela, et l'on peut assurer que nos adversaires n'y voient pas autre chose, et qu'ils ne font que revêtir de grands mots de fort petites images. Mais la rais(m sévère vient à son tour, et lorsqu'elle veut appliquer des notions distinctes à ces représentations fantastiques, elle n'y trouve plus que les rêves incohérents d'un cerveau malade. L'écume de la terre, échauifée aux rayons du soleil, a produit l'homme^ je le veux ; mais ce chef-d'œuvre de la matière est-il sorti da premier jet de ses fourneaux? Non, nous dit le nouveau Dictionnaire d'histoire naturelle, a Sans doute on vit paraître des 9 ébauches informes, des êtres imparfaits, que la main de la » nature perfectionna lentement en les imprégnant d'une plus 2> grande quantité de vie. » — o Ici , dit Lamétrie, l'œsophage s manquait; là, l'estomac, le ventre ou les intestins : car qu'on 9 ne croie pas que les premiers hommes soient venus au monde 9 grands comme père et mère, et fort en état de procréer leurs » semblables I o La nature ou la matière a donc longtemps essayé, tâtonné, ébauché avant de produire l'honune. Mais la raison ne peut s'accommoder de cette supposition, à laquelle l'imagination se prête avec tant de complaisance. La nature a pu ébaucher les Alpes^ et elle ne peut conunencer un coips
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organisé sans le finir^ parce que les Aipes^ comme tout corps inorganique , ne se sont accrues que fiST jtuctaposùùm de nouvelles parties ajoutées aux premières par Teifet d'une cause externe^ comme seraient les courants de la mer ou les atterri»sements d'un fleuve, et que toutes ces parties, rapprochées et non réunies, n'ont entre elles aucun rapport nécessaire, puisque les Alpes ne seraient pas moins les Alpes, quand elles auraient quelques mille toises de moins en hauteur ou en circuit. Mais un corps organisé et animé , dans lequel la vie résulte du jeu simultané et du rapport mutuel des organes, qui, une fois formés, s'accroissent par intus-susception; c'est-àdire, par une action intérieure qui développe les organes et en étend le volume sans en augmenter le nombre, un tel être périt tout entier ou plutôt ne saurait vivre, s'il n'est qu'ébauché. L'ébauche née aujourd'hui ne pourrait vivre jusqu'à demain pour attendre le complément nécessaire de ses organes, et l'ouvrage serait toujours à recommencer.
Ainsi, à moins de supposer que l'homme, soit sous sa forme jHropre , soit sous la forme d'un animal, ait crû en une seule nuit, comme un champignon, la raison ne peut admettre qu'une ébauche d'homme ou d'animal, un estomac sans oesophage , des poumons sans intestins, des nerfs sans muscles , un cerveau sans ventre ou sans veines, aient pu, en attendant leur complément nécessaire, résister au double principe de décomposition qui résultait de l'humidité d'une terre abreuvée d'eau, ou de la chaleur d'un soleil brûlant : car il faut remarquer que , même dans les exemples que la nature nous fournit de cette incubation solaire pour des poissons ou des reptiles, l'embryon , renfermé sous une enveloppe solide ou gélatineuse , qui fait l'office de sein maternel , nage comme le foetus humain dans un fluide qui intercepte l'humidité de la terre, ou amortit les feux du soleil.
En vain les partisans de ces étranges systèmes ont recours à l'hypothèse d'une plus grande quantité de vie, dont l'énergie de la matière imprègne successivement les ébauches, pour les amener toutes à l'état parfait de vitalité ; la raison n'admet pas la vie comme quelque chose de distinct de l'être qui vit, et l'imagination elle-même ne saurait se la i*eprésenter comme une liqueur que la nature tient en réserve, et qu'elle verse à •dose plus forte ou plus faible, selon les b^ins et la capacité de l'animal qui la reçoit.
La vie, je le répète , n'est point séparée de Tètre qui vit.
Si
3M Bx LfHoifia
poisque la ne n'est que la duiée de l'être par le jeu de ses erganee : la vie est le tempe de Fètre aoimé, et le temps n'est que la sucoeasion des êtres, et il ne s^aît plus, si les êtres cessaient d'exister. L'animal n'a pas des organes mieux fermés, parce qu'il a reçu de la nature une plus grande quantité de vie; mais sa vie a plus de durée, et il Kexerce avec plus de Sscilité à mesure qu'il est mieux organisé. La vie est absoioe; sa force et sa durée sont relatives. Un être ne vit pas plus qu'un autre ; mais il vit mieua et plus longtemps, s'il est plus fortement organisé , parce que la force est l'exeicice de la vie, comme la durée en est la mesure. Un être vit ou ne vit pas, il n'y a pas de milieu : la vie ne se pèse pas comme un solide, elle ne se numère pas comme une quantité ; eUe se prolonge comme un espace : le chou que je coupe d'un coup de serpe n'a pas plus de vie qu'un chêne que je n'abats qu'à coups répétés de hache ; c'est moi qui ai moins de force, puisqu'un agent qui aurait^ relativement au chêne, la force que j'ai relativement au chou, par exemple, qu'un ouragan ou la foudre, déracinerait l'arbre en aussi peu de temps que j'en mets à ameher la plante. Un coup de gaule qui tue un serpent ne saur rait tuer un bœuf; mais le bœuf ne vivrait pas avec la petite quantité d'air qui suffit à un reptile.
Mais enfin cet homme ébauché que la nature n'achèvera peutrêtre qu'après des siècles, il est né , il faut qu'il vive, et qu'il reçoive de dehors une nourriture qu'il ne peut pas luimême se procurer : « car, dit très-bien Lamétrie, ne croyez s pas que les premiers hommes soient venus au monde grands a comme père et mère.... Ne croyez pas surtout que le piemier » né ait trouvé un ruisseau de latt tout prêt pomr sa subsis- » tance. Les autres animaux, émus de conm^assion à l'espèce a de Vembarrai où il se trouvait , ont bien voulu prendre som » de l'allaiter : il faut cependant que la terre ait seni d'utérus B à l'homme, qu'elle ait ouvert son sein aux geraaes humains^ a déjà préparés, pour que ce superbe animal ait pu éclore. » Eh bien, tout cela est évident pour une imagination vive; elle se figure sans peine, que dia-je? elle voù un crocodile, énui de compassion , qui sost du fleuve pour réehaufier ce ■ouveauHné, et le défendre. de la den* dc^ outoes aniwiawi; eHe voit une tigresse sensihèe <pii aeconri à ses gémisBemenis pour lui offrir sa naamelle.. L'imagination se rappelle au besoin la louve de Rémus et de Romulus , et «Ue pourrait faire, sur ce sujet touchant, un tableaaou une romance ; mais la raison.
ou DE lâ. cm SECONDE. 2fl7
pour qui rhistoiie^ même l'histoire Foraaine, n'est pas toujours «ne autorité^ regarde le sort de l'espèce humaine comme bien Ittsardé, si le soîa d'élever Tenfance de l'^homoie est confié à la tendre soUîeitade des animaui ; et puis comment y arait-il de fBaads animaux^ lorsqu'il n'y avait pas eaeore d'hommes? Pourquoi la nature , cette ouvrière si sage, a-i-elle commencé |Mr les êtres ks moins parfaits ? Vous voulez qu'il n'y "eût pas aocore d'hommes : je nie qu'il y eût des aninaansc; et'^pnl moyen aiirez-vous de combattre mon opinion ou d'établir la vôtre ? Hais enfin^ depuis qu'il existe des hommes sur la terre, ne peut-on alléguer un fait , un seul fait d'où l'on puisse inftrer cette naissance spontanée de l'lM>mme , ou quelque tradition qui en atteste le souvenir ! 5}'y a-t-il plas d'humidité dans la tem? Le soleil a-t-il perdu toute sa chaleur 1 et cette cb»leur, asHea forte dans quelques climats pour changer la coakar de l'espèce humaine , ne l'est-elle plus assez pour le faire éctore? Ces germes humains, dont la terre était origisEaire^ men Vutérta, se sont-ils entièrement dissipés, tandis que les germes de toutes les plantes qui servent à la subsistance de TbonMiie s'y sont conservés? ou. enfin si la terre n'a plus assez d'humidité, ni le soleil assez de chaleur pour achever l'homme, n'en, ont-ils plus assez pour l'ébaucher? et lorsque la chaleur àa soleil fait éelerc les œufs d'autruche et de crocodile, ne peot-eUe prodaure sur les bords du Nil et sous la zone torride quelque embryon^ et comme une ébauche informe de PhooMne? A cela les auteurs du nouveau Dictionnaire répondent que « la terre dans sa jeunesse devait avoir plus de force et de M vigueur végétatives qu'aujourd'hui , que n^us la voyons a épuisée de |»rodactioas. » Vous vous trompez, leur di* l'aiiteuf dest Ik^pmftêy « la jeunesse de la terre est étemeHe, el sa a fécondité inépuisable. » Laméttie prononcera entre em : « La terra , dii-Û gravement, ne pond plus d'hommes , parce a qu'une vieille poule ne pend plus d'oeufo, et [qu'une a viaiik femme ne fait plus d'enfants, o L'observation est péremptoire,^ il est seidement fâcheux , pour la solidité de es raisonaenaent , que Lamétrie bW pas remarqué que si les vieffies poules ne pondent plus d'œuîîs, et les vieilles feomiea ne font phas. d'enfants, la nature, a«j|ourd'hui comme autr»iaîs, fait naitare de jeunes femmes ci die jeunes poules. En vé^ rilé, ces systèmes, à force d*étre philosophiques, ne seraient que boufifons, si le sujet était moins sérieux et les résultats oaoina déplorables.
3S8 BB l'homme
* Et que les physiciens, dont je veux parler, ne s'offensent pas que je rapproche leurs opinions de celles d'un écrivain universellement décrié : elles sont les mêmes au fond, et tout ce qui les distingue est que Lamétrie, en voulant particulariser son système ou le leur, je veux dire, en faire une application réelle et positive à des êtres existants, et alléguer des exemples pour le faire mieux comprendre , n'a pu dire que des choses ridicules, au lieu que nos savants, mieux avisés, n*ont garde de quitter les généralités où ils se renferment comme dans un nuage, et qu'ils se tiennent toujours dans le vague de la théorie, et au plus loin des applications; moyen infaillible d'imposer aux simples, et de donner une apparence de profondeur à ce qui n'est pas même superficiel. Ainsi, que Lamétrie dise crftment que la terre ne pond plus (fœufs, ou que des auteurs plus récents disent que la vigueur végétale de la terre et $a force d'animalité sont épuisées ; que Lamétrie nous avertisse de ne pas croire que les hommes soient venus d'abord grands comme père et mère, ou que l'auteur des Rapports y usant de longues circonlocutions, insinue « qu'il ne paraît plus si rigouj» reusement impossible de rapprocher la première production 9 des grands animaux de celle des animalcules microsco- » piques ; d que Lamétrie nous dise « qu'il faut que la terre ait » servi A'utérus à l'homme, » ou que l'auteur des Rapports^ dans un langage plus scientifique et plus poli , avance que, » moyennant certaines conditions , la matière inanimée est » capable de s'organiser, de vivre et de sentir, et qu'il n'est n aucunes substances végétales qui, placées dans des circon- » stances favorables , ne donnent naissance à des animalcules a dans lesquels la simple humidité sufiit pour les transformer 9 à l'instant; d ou enfin, que l'ouvrage plus récent de la Philosophie zoologique pose en principe que a tous les corps » organisés de notre globe sont de véritables productions de » la nature qu'elle a successivement exécutées à la suite de » beaucoup de temps, » ce sont absolument, de part et d'autre, les mêmes pensées sous une expression différente, ptfticola* risée chez Lamétrie, généralisée chez les autres; c'est-à-dire, dans la langue de l'arithmétique, 6 et 4 font 10, ou le traduire «n expressions algébriques, et substituant des valeurs générales à des signes particuliers, dire, dans la langue de l'analyse, o H- * = ^•
Il est vrai que les faiseurs de systèmes, pour justifier la possibilité de ces générations spontanées dîans les temps anciens.
ou DX Là CAUSE SECONDE*' 329
et rendre raison de ce qu^on ne voit plus aujourd'hui rien de semblable^ se perdent dans une antiquité indéfinie^ où ils ne risquent de rencontrer ni Thistoire^ ni même la tradition ; ils demandent un temps suffisant et des circonstances favorables ; ils supposent des changements successifs, de nombreuses modifications, peut-être des transformations importantes que les êtres ont subies, des bouleversements du globe, d'où sont sorties vrai-semblablement des races toutes nouvelles y mieux appropriées à Vordre nouveau des choses, et autres conjectures du même genre qu'ils appellent des données dont les unes sont certaines, et les autres infiniment probables. Rien de mieux, si la raison , dans ces prétendues vraisemblances, n'apercevait une contradiction manifeste. En eifet, si Thomme est né primitivement du l'écume ou de la crasse de la terre abreuvée par les eaux , et fécondée par la chaleur du soleil, ou si, d'abord plante, insecte ou poisson , il est parvenu à la forme humaine par une longue suite de transformations, il y avait donc primitivement, et antérieurement à toute production de l'homme, une terre, de r eau, du feu, de la lumière, de Tair, des animaux, des plantes; il y avait donc tous les éléments, même toutes les substances , Thomme excepté , qui existent encore sous nos yeux, et dans ces éléments et ces substances les mêmes qualités que nous y apercevons, puisque la jeunesse de la terre est étemelle, et sa fécondité inépuisable.
Mais si la natiu*e d'alors était la nature d'aujourd'hui, si elle offrait les mêmes agents de production et de conservation, et dans ces agents les mêmes qualités de sec et d'humide, les mêmes propriétés de dissolution, d'absorption, d'évaporation, de combinaison, de fermentation, car il faut tout cela dans le système que je discute ; s'il y avait, même antérieurement à l'homme, des animaux et des plantes, sur quel fondement probable peut-on penser que l'espèce humaine qui seule habite l'univers, que les autres espèces ne font que peupler, fût seule absente de son domaine? Ceux qui pensent, avec raison, que Funivers physique et tout ce qu'il contient est fait pour l'honune, loin d'admettre que les agents purement physiques aient pu, après des myriades de siècles, ébaucher l'homme, et enfin le produire par des combinaisons et des fermentations de leurs principes, trouveront, au contraire, dans l'existence de la nature matérielle, une raison suffisante, si elle n'est pas une jHreuve démonstrative, de l'existence simultanée de l'homme. Us verront le propriétaire aussitôt que son habitation, et le
330 » L'iioam
maître ai]fi»H6t que le domaîoe. Us ne voudront pas croire-qnll pût exister tant de jneneilles lorsqu'il n'y avait encore aucune intelligence qui p&t les admirer^ tant de bienfaks lorsqu'il n'y avait aucune ailection qui pût en jouir^ tant de propriétés, lorsqu'il n'y avait aucune industrie qui pût les mettre en œuvre. Il /est vrai que cette preuve HKHralCj et qui n'en est que phis philosophique, ne sera pas admise par les partisans du système opposé^ qui poussent la modestie jusqu'à ravaler l'espèce b»maîne au^niveau, ou, peu s'en faut^ «û-dessoas des autres espèces : conséquents à leur principe, qui fait dériver t^mtes les qualités morales/ et même l'inteiligeuce^ de la force, du volume, de la position des organes, et confond, à leur soiwce, le physique et le mcnral, ils mesurent tous les êtres an pied et à la toise, et s'étoMient, s'offensent peut-^re, que la nature étant si vaste, et l'homme si petit, nous voulions subordooner à voi point l'immense étendue de la terre et des cieux. Faibles philosophes ! ils sont vains de leur esprit, et ils nient l'exiS" tence propre et la noble nature de l'intelligence ; ils prêchent l'abjection à l'espèce, et réservent l'orgueil pour l'individu! Et ils ne savent pas que « tous les corps, coimne dit Pascal, le n firmament, les étoiles et tous les royaumes ne valent pas le » moindre des esprits; car l'esprit connaît tout cela^ et le corps » rien, o
Je le répète, l'imagination, qui se fait à elle-même un monde faatastique qu'elle peuple et qu'elle anime à son gré, peut se représenter des productions foituites par le mouvemeat spon-^ tané de la matière organique ou inorganique; mais la raison^ qui ne connaît et ne peut concevoir que des réalités, ne sauraii; admettre que le moindre atonae se meuve sans impulsion, pas plus que le rocher que j'aperçois de mes fenêtres, limite inuué^ moriaie des héritages, qui attendrait, l'éternité tout entière, que la main de l'honmie ou un tremblement de terre viot Tzt" racher de ses fondements*
Mais il y a une réflexion générale à opposer à teus ces sy^ tèmes. Leurs auteurs se jettent dans «ne antiquité indéfinie; ilsfentle temps pour faire leurs êtpes,et supposent, anténeui»voexA à 4ous les élares matériels, un temps qui n'est que la me* sure de leur énrée. «Mais, leurditM. Haiiy, dansson rnaÉé o deminirêlogie, c'e&t un fait dent plusieurs géotegues trèa- » célèbres s^aooordent aujourd'bai à reconnahre l'esistenca, » que nos .eantinents sont d'une date peu aacieame, et l'on a s reeoun «ans fondement, pour expiicpier leur formaAioB, à
ou BE LA CÂUSB SBGOKBE. SU
» des causes qui auraient agi pendant une série de siècles oa- > pable d'effrayor riina^nation (1). »
Certes, c'est une étrange présomption ou une înooncevable foreur de détruire, que de raisonner sur une hypothèse que contredisent les croyances morales des peuples les plus éclairés, et qui est combattue par le sentiment des physiciens les plus habiles; et il semble qu'il faudrait au moins l'accord parfaitement umanime de tous les savants en physique, pour attaquer, avec quelque ^>parenoe de raison, les opinions universelles de morale.
Les défenseurs de ce système, pour rendre probable la nais« sance spontanée de l'homme par l'énergie de la matière, suj^ posent, comme démontrée, la production spontanée des animalcules aperçus au microscope, et alors, dit Tauteur des Rap/)ort8^ « il ne paraît plus si rigoureusement impossible de 9 rapprocher la première production des grands animaux de » celle des animalcules microscopiques. D'un autre côté, selon » le même auteur, il est certain que les individus de la race » humaine, les autres animaux les plus parfaits, même les » plantes d'un ordre su,périeur, ne se forment phis maintenant » sous nos yeux que par des moyens qui n'ont aucun rapport » avec cette organisation, directe de la nature inerte, a Mais, pourrait-on lui dire : « Tous sii^posez que les animalcules » naissent spontanément de la matière, c'est-à-dire çi^au » moyen de circonâtances favorables , ainsi que vous le dites • adroitement, la farine devient ver, le vinaigre anguilles,
> même le corps humain insectes dans quelques maladies, .et
> vous en concluez que les grands animaux, même les plantes » d*un ordre supérieur, ont pu, dans l'état primitif des choses, i naître de la même manière, et vous posez en principe un » fait incertain, pour n'en rien dire de plus, et vous en tirez » une conséquence hasardée. Et moi, je ne suppose pas, mais » j'affirme que l'homme, les grands animaux, les plantes d'un » ordre sl^>érieur, naissent les uns des autres par voie de gé-
> nésation et de germination, et j'en conclus que les animal-
> cules naissent de même, c'est-à-dire, les uns des autres^ a qœl que soit le mode de reproduction, et j'ai pour prino^
(1) Le plus célèbre de nos aaturallsti^s , M. Curfer, a nth cette tbèsa àoif de dispute. Toyez, dans le niacotirs pr^mmakt ^e son grand otn nage aor les anioMin foaailta, Ita prouves que «e aavant donne da la aonvaaiilé de nos continents, et de la révolution récente du nlobe.
33S DE L'HOmiB
» un fait incontestable ^ et pour conséquence une analogie » irrésistible. Vous ne trouvez pas rigoureusement impossible » de rapprocher la première production de l'homme et des p grands animaux de celle des animalcules microscopiques, et » je trouve souverainement raisonnable de rapprocher la pre- 9 mière production des animalcules microscopiques de la pro- D duction actuelle de Thomme et des grands animaux. Qu'im- » porte que votre microscope n^ait pas pu saisir ou la différence » des sexes ou leur union^ et la production même des embryons? I» les bornes de votre instrument sont-elles les bornes de la » nature? N'eût-on pas été fondé, avant l'invention des mi- » croscopes, à regarder comme fabuleuse l'existence d'animaux » mille fois plus petits qu'un ciron, et pouvons-nous aflSrmer D que des yeux plus perçants que les nôtres, ou armés d'ins- » truments plus parfaits, n'apercevraient pas un monde d'à- » nimaux plus petits encore? Si le germe d'un grand art)re » n'est qu'un infiniment petit comparé à l'arbre lui-même, le n germe ou l'œuf d'un animalcule sera un infiniment plus pe- » tit qui se dérobera à toutes les observations, et la divisibilité 1» de la matière à Tintini ne reçoit-elle pas ici sa plus juste, sa » plus rigoureuse application? Si je n'aperçois, par aucoit n moyen, l'œuf d'où sort le plus petit insecte qu'on puisse D imaginer, ma raison conçoit que cet œuf ayant deux bouts D et quatre côtés, il peut y avoir encore des œufs beaucoup » plus petits ; et peut-être cette idée de divisibilité indéfinie 9 de la matière, où nos sens trouvent sitôt des bornes, et où 1» notre raison ne saurait en assigner, n'a-t-elle d'autre objet D que de nous faire comprendre la possibilité de la reproduc- » tion des êtres les plus petits par les mêmes voies que celles » qui assurent sous nos yeux la reproduction des plus grandes » espèces. »
En un mot, tous les animaux, même dans les plus petites espèces, naissent sous nos yeux les uns des autres, quoique de manières différentes. Dans certaines espèces, les sexes sont distingués; dans d'autres espèces, ils sont réunis dans le même individu, quelquefois ils ne sont pas même aperçus, et l'animal se multiplie ou parait se multiplier, comme certaines plantes, par bouture. Mais enfin, tous les animaux ovipares ou vivipares naissent les uns des autres, et Tanalogie, cette raison universelle de jugement, a qui montre à l'intelligence ce que » le corps ne peut sentir, d disent eux-mêmes les auteurs du ffouveau Dictionnaire, rûson plus puissante encore lorsqu'il