DE LA GAUSB SECONDE
s'agit des ouvrages de la nature, dont la devise est, selon M. Haûy, a économie et simplicité dans les moyens; richesse et variété dans les effets; o l'analogie plus sûre, sinon que Tobservation, au moins que l'observateur^ autorise la raison à rejeter du plan de la nature toutes ces naissances spontanées par les seules forces de la matière. Il est même digne de remarque que le célèbre physicien que je viens de citer a fait au règne minéral l'application la plus heureuse de son principe sur Yéconamie et h simplicité des moyens qu'emploie la nature^ puisqu'il a démontré que> dans la cristallisation des substances^ elle donnait constamment dans chaque espèce aux cristaux les plus petits, et qu'on peut appeler aussi microscopiques, la même forme qu'aux plus grands, et les composait tous, dans chaque genre, d'éléments solides semblables, qui en sont comme le germe, et qui constituent pour ces corps une forme semblable de génération. Dans le règne végétal, les espèces les plus petites sont similaires avec les plus grandes. Un arbuste, une fleur a ses racines, sa tige, ses feuilles, ses fruits ou ses graines, comme le chêne ou le noyer. Elle naît, croit et se conserve par les mêmes moyens : pourquoi la matière se serait-elle écartée, dans le seul règne animal, de son économie et de sa simplicité ordinaires; et tandis qu'elle fait naître les uns des autres, et venir d'un germe déposé dans le corps d'un animal et fécondé par un agent quelconque tous les animaux que nous pouvons apercevoir, pourquoi se serait-elle, sans nécessité, réservé la formation directe d'un ordre d'animaux qui se dérobent à nos yeux, et aurait-elle ainsi compliqué sa marche sans accroître ses résultats? ' En vain Tauteur des Rapports nous promet une suite des Mies expériences sur la génération spontanée des animaux, flésavouée jusqu'à nos jours par une saine physique ; ces expériences, qu'il est toujours utile d'annoncer (sauf à ne plus parler du résultat, s'il n'est pas satisfaisant) , sont toujours et nécessairement incomplètes, parce qu'il n'est au pouvoir d'aucune industrie humaine de soustraire la matière en infusion ou en dissolution à l'influence de l'air, véhicule de beaucoup de germes, de manière à être assuré qu'elle n'en contienne aucun^ précédemment à l'expérience, que l'action de l'air ou de tout autre agent puisse développer après qu'elle est faite. Et, par exemple, il est probable que les vers de farine existent en œuf dans le grain de blé, où leur extrême petitesse les conserve entiers sous la pression de la meule, et qu'elle peut encore lea
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conserver dans la farine, malgré la fermentation de la pâte <hi même la caisson du pain. On a même one preuve ou me présomption de rindestructibftiié des germes dans ee qui arrive aux graines céréales on légumineuses, qui y quoique vongées par les insectes au point de ne plus offrir que l'enveloppe, ne laissent pas de lever une fois qu'elles sont semées ; et l'on peut croire que les germes ou les œufs, encore plus petits^ des animaux macroscopiques, peuvent échapper à des casses de destruction encore plus puissantes.
Il n'est pas inutile d'observer que, malgré le grand râle qo'on fait jouer anx animalcules wfttMtres pour pouvoir en oonclure la production semblat>le des plus grands animaux à i*origine des choses, les atrrmatcules qu'on avait cru apercevoir là où iis devraient naturellement se trouver pour produire l'homme, et sur lesqnels on avait élevé tant de systèmes^ ont perdu tout crédit dans la physiologie moderne ; et certes, quelque importance qu'attachent nos savants à ce monde microscopiqae, il est difKcile de penser que la nature qu'ils font si bonne et si sage, ait réservé ses vérités les plus hautes pour le microscope, et qu'elle ne montre à nos yeux que des illusions.
Quoi qu'il en soit, si les hommes et les grands animaux, venus primitivement, comme les animalcules microscopiques, de la matière en fermentation, ne se produisent aujourdlmi que par wie de génération, comment s'est opéré ce prodigieux changement ? Si la génération n'est pas entrée dans le plan primitif de la nature, comment est-elle devenue, dans son plan secondaire, le moyen imique et constant de perpétuer les espèces? Ces germes animaux, dont la terre était Vuiérmy et que fécondait la chaleur du soleil ^ comment se trouvent-ils aujourd'hui dans le corps des animaux, et sont-Hs fécondés par des moyens qui n'ont aucim rapport avec les moyens primitifs? Quand la matière avait au commencement des moyens ëirectê de produire lliomme et les grands aoknaux , pourquoi a-t-elle surchargé cette opération «i simple des laliorîeux mystères de la différence des sexes, de leur imion, de ta féconda* tîon, de la génération, de l'enfantement, de FincttbatMMit Les sexes sont-ils aussi dans les plantes, comme dans les anîoiacx, mie arrière^onsée de la nature, «t ^^omme UM «onûmleda son grand ouvrage ? On trouve à die grandes profondeurs 4es iépoufUes d'animMix monsArueux, tinrestres ou oiarins, dont l'espèce a disparu. Pourquoi leun germes ne se teouveutnis plus êéwi'uiérui de la terre, éMt ktjemMseeit étemethéL
ou DE UL CAVSK BBGO^P£. 38S
la fécondité inépuisabte? Et ne serait-oe pas plutèt^ne la vepro* duction de l'espèce ayant toujours élé coi^ée aux ÂdWidua, l'espèoe a Êni, parce que les individus ont péri par quelque cause qui «ous est inconnue Y A moins qu'on ne suppose, avec le nouveau Dictionnaire d'Histoire naturelle y que ces grands anlmaui^ ayant accarai^i la tendance qui les entraîne tons vers le dernier degré et le plus parfait de Tanimalité par une sorte de grotoUation vitale ^ ^nt devenus Tespèoe humaine des contrées qu'ils haiHtaient.
Mais, si, la génération n'était pas dans le ppeoiier plan de la natcHre, la paternité, la filiation, n'y étaient pas davantage. La société, qui n'est que le développement de Tune et de l'antre, n'y était pas non pins : la société même domestique est done purement factice et adventive , et i.*J. Rousseau a eu rttson de dire que la société n'est pas dans la nature... 11 fut donc on temps où l'homme était aussi étranger à l'homme qu'un arbee, dans une forêt, à l'arbore qui s'élève auprès de lui. U n'y avait entre eux ni rapports ni affections. Conone les hommes de Deucalion et de P^frrha, nés de la terre, ils en avaient l'insensibilité ; la philosophie, ramenée aux extravagances de la fable, put dire comme elle : Inde homines nati, durum genus.
Ce qu'il y a de plus étrange dans ces systèmes, c'est l'expi»»* sion abstraite et le jargon métaphysique dont on les revêt, pour couvrir le ridicuVe des idées par le faste des mots. Je pourrais renvoyer le lecteur à un passage déjà cité au commencement de ce chapiÉire ; je préière le répéter ici.
9 Tous les animaux , tontes les plantes ne sont que des mo» 9 difications d'un animal , d'un végétal ordinaire. Le règne » animal n'est en quelque sorte 4|a'im animal unique , nHut B varié et composé d'une multitude d'individus tons dépendanto » de la même origine. - Les êtres les plus imparfaits aspipem » à une nature plus parfaite. — C'est pourquoi les espèces le* a montent sans cesse à la chaîne des êtres par une sorte da a gravitation vitale. — Les animaux tendent tous à l'hoonne, 9 lea végétanx aspirent tous à l'animalité, les minéraux cIm^ a cbent à se rapprocher du végétal. Notre monde est une sorte
> de grand polypier dont les êtres vivants sont des anineloides,
> et noQs sommes des espèces 4le parasites, de cinons, de a mèaie que nevs voyons iroe feole de puoevons, de lichens, de » Biousses et d'autres races qui vivent aux dépens des aiteea. a
Ce 4fak parait avoir mis ces naturalistes sur ht voie d'une idée aaasî extraordinaire que celle d'im gvand animal, prototype de
336 Bx l'homme
tous les animaux, d'un grand végétal, prototype de tous les végétaux, est qu'ils ont observé des organes ou plutôt des facultés semblables pour l'assimilation des substances, la digestion, la sécrétion, la circulation, même la reproduction, dans les grands animaux et dans les plus petits, ainsi que dans les végétaux. Mais il suffit d'une réflexion tout à fait naturelle pour expliquer ce phénomène et faire disparaître les conséquences qu'on en a voulu tirer. C'est que tous les animaux, grands et petits^ et même tous les végétaux, formés des mêmes éléments, vivant sur le même sol, plongés dans les mêmes milieux, respirant le même air, animés par le même calorique, éclairés de la même lumière» soumis aux mêmes influences de la part des mêmes agents, logés, en un mot, dans la même habitation, et assis, pour ainsi dire, à la même table, ont dû nécessairement être pourvus d'organes semblables , pour exécuter des fonctions semblables sur un sujet semblable , pour respirer, voir, manger, digérer, se mouvoir, etc. On ne peut pas plus conclure de ces ressemblances générales dans l'animalité et la vitalité, la confusion originaire des espèces, qu'on ne peut conclure, dans chaque espèce, des caractères généraux qui sont connus à tous les individus, la confusion absolue de ces mêmes individus. Chaque espèce d*animaux pourra tout au plus être considérée comme un individu de l'animalité générale, comme chaque animal est un individu d'une espèce particulière. Cette distinction originaire et indestructible des espèces, des races, des individus, parait être la volonté la plus constante de la nature, puisque, si elle souffre que quelques espèces différentes entre elles, mais rapprochées par des caractères essentiels, comme celles du cheval et de Tâne, s'unissent passagèrement, elle leur permet de produire un individu, et leur défend de former une nouvelle espèce. Cette distinction des espèces et leur fixité est, pour ainsi dire, un monument de la nature et le fait le plus authentique de son histoire; les espèces décrites par les plus anciens naturalistes se trouvent sous nos yeux avec leurs mêmes caractères, a Depuis longtemps, litroa » dans le Rapport sur les collections d'histoire naturelle rap- » portées d'Egypte, on désiraitsavoir si les espèces changeaient » de forme par la suite du temps... Jamais on ne fut oueux à » portée de décider pour grand nombre d'espèces remarquables » et pour plusieurs milliers d'autres. U semble que lasupersti- » tion des anciens Égyptiens eût été inspirée par la nature, dans » la vue de laisser un monument de son histoire... On ne peut
ou SE LA CAUSE SEGONBB. 337
> mattriser les élans de son imagination, lorsqu'on voit encore M conservé, avec ses moindres os et ses moindres poils^ et paiv 9 faîtement reconnaissable^ tel animal qui avait, il y a deux ou 0 trois mille ans, dans Thèbes ou dans Memphis, des prêtres et
> des autels. » La distinction des espèces et le fondement de l'étude des choses naturelles, et le seul fil qui puisse nous gui* der dans ce labyrinthe ; et c'est à la recherche des caractères qui séparent les espèces ou les rapprochent, et qui servent à distinguer les races et à classer les individus, que les savants consacrent leurs veilles. Ainsi, on distingue les animaux en bipèdes ei quadrupèdes , en fissipèdes ou solipèdes, en herbivores, granivores ou carnivores, selon qu'on fait attention au nombre ou à la forme de leurs pieds, ou à la qualité des substances dont ils se nourrissent.
Non-seulement on suppose un animal originaire, prototype de tous les animaux, un végétal originaire, prototype de tous les végétaux: mais, à le bien prendre, on ne fait de tous les êtres, animaux, végétaux, minéraux, qu'un être, un grand tout, puisque toutes les espèces étant déterminées les unes vers les autres par une a sorte de gravitatian vitale, les minéraux » cherchent à se rapprocher du végétal , les végétaux aspirent » tous à Fanimalité, et les animaux tendent tous à l'homme, » dernier degré et le plus parfait de l'animalité. » Tout doit donc finir par être homme, ou cet effort, ce vceu, cette tendance de la nature serait sans effet, et son énergie sans puissance ; ce qu'on ne peut supposer, et qui est même incompatible avec l'idée de la nature infiniment active, éternellement jeune, et inépuisablement féconde. Cette conclusion est rigoureusement nécessaire, car cette tendance doit être finie dans sa durée, puisqu'elle s'exerce sur un sujet fini dans son étendue, je veux dire sur notre globe, dont les dimensions sont connues et la solidité calculée. Il doit donc arriver un temps où Thomme sera seul, et où il n'y aura ni d'autre animal, ni même de végétal et de minerai sur la terre ; qu'il n'y aura pas même de terre^ puisque la terre elle-même tend aussi bien à se convertir en minéral que le minéral à devenir végétal, le végétal à devenir animal, tout animal à devenir homme.
Mais enfin, cette force d'animalisation, qui pousse de proche en proche toutes les espèces végétales vers l'animalité, et tous les animaux vers l'homme, fini dans son action sur notre globe, puisque notre globe est fini dans son étendue, est infini dans son intensité, puisqua dans ce même système la nature esl
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éieriiftlle. El eonuiient cette force iofinie, qui agK aaas cesse Miiour de DOus,n'a-i-eUe encore été aperçue que de do6 jours, et par quelques savaais? Comment aucun fait constant et palpable ne Ta-t-il pas dévoilée? par quelle fatalité somme»-nous encore réduits aux. conjectures sur des faits aussi anciens que le monde , ^ossi multipliés que les individus de toutes les espèces minérales, végétales, animales, et comment voyons-nous, depuis Aristote et SalonM>n, les mêmes espèces d'animaux et de plantes se reproduire constamment avec les mêmes canettes qui les distinguent? Cette tendance n'agit sur chaque espèce, pour la faire passer à un degré supérieur, qu'en agissant dans tous les individus de cette espèce , puique l'espèce n'est qu'une abstraction qui désigne une coU^tion d'individus distingués tous, par certains caractères, d'une autre colkctioa d'individus formant une autre espèce. Eh bien , a-Von janais pu surprendre un seul individu d'une espèce végétale à son passage définitif à l'espèce animale, ou quelque animal brute à sa transformation en individu de l'espèce humaine t A-t-oa jamais entendu parler de quelque végétal ou de quelque animal qui, au bout du temps fixé à sa durée , n'ait pas fiai avec les mêmes C4u»ctères qu'il avait reçus à sa naissance ; de quelque animal dans lequel un développement de ses parties , s'il était plus petit que l'homme, ou un rétrécissement, s'il était plus grand, ait annoncé une disposition prochaine à revêtir U forme bomaine, et si, depuis six mille ans,qui sont quelque chose dans la durée d'un globe de quelques mille lieues de circonférence, on n'a pas aperçu la moindre transmutation de ce genre; si l'on ne trouve aucune trace d'ua fait aussi merveilleux dans les antiques traditions des peuples; si , même dans leurs livres de morale les plus anciens, on ne remarque asieuAe allusion s une opinion qui devait avoir une ai grande influence sur la ' morale, ({uand est-ce donc que cette tendance naturelle a sen effet, et que le spectacle coounence ?
Mais s'il y a dans la matière une force d'animalisation qui tend à faire passer tous les végétaux à l'espèce aainoale, et à confondre à la fin tous les animaux en une seule eq)èce, il y a bien certainement aussi une force de végétation et de générar lion qui tend à conserver à chaque espèce végétale et aûnale lesv caxactères qjui kii sont propres. La tendance à l'wimalité est ai^rente au microscope, je le veux; mais la fiorce de végétâttiou et de génération, nous la voyons tous de nos yeux : et comment et pourquoi, dans la matière, deux forces^ je bo dis
ou SE U. &ft.¥SB aSCONDE. 339
pas iségateiy mms «p|)Oflées>.et qui s'élei^iienil riiii« de Tautre à une distance infinie?
Tou» les pmicipea que sous avon» combattus sur les généniion&ftpontaiiées par l'énergie de la naiupc^ hie les ébauches d^homnK^ etd'afticnaux, développés par succession de temp% jusqu'à leur oi^anisation actuelle ; siw la confusion originaire des espèces^ et leur distinction subséquente et adventive ; sur rinteiljgence^ pvoduit final de l'organisation physique; sur les changements sans fin que^ dans une longue succession de siècles^ le monde et tous les êtres qu'il renferme ont dû subir, et qui ont soeeessivement amené des altérations aux formes primitives, et la composition de formes nouvelles; tous ces principes, dis-je, sont rappelés et présentés comme des axiomes dans vn ouvrage récent^ intitulé : Philosophie zoologique (deux mots bLurrement accouplés et étonnés de se trouver ensemble).
« !<" Tous les corps organisés de notre globe sont de véritables 9 prodfticUons de la nature, qu'elle a successivement exécutées p à la suite de beaucoup de temps ^
B 2^ hàXks sa marche, la nature a commencé et recommence » encore tous les jours, par former les animaux les plus
> simples^ et elle ne forme directemefit que ceux-là, c'est-à-
> dise les prémices ébauches de l'organisation qu'on a dési- » goées par Texpressioa de générations spontanées.
» 3° Les premières ébauches de l'animal et du végétal étant » formées dans les lieux et dans les circonstances convenables, » les facultés d'une vie commentante et d'un mouvement orp ganique ét£d)li ont nécessairement développé peu à pea les » orgaaes, et, avec le tempe, elles les ont déversifiés, ainsi que » les parties.
p A"* Là faculté d'accroissement dans chaque portion du corps » orgaoRsé étant inhérente aux premiers effets de la vie, elle a » donné lieu aux différents modes de multiplication et de ré- » génération des individus, et par là les progrès acquis dans la » composition de l'organisation^ dans la forme et la diversité » d«s partis, ont élé conservés.
9 ^** A l'aide d'un temps suffisant , des circonstances §ui ont » été nécessairement favorables, et des changements que tous a les points de la surface du globe ont successivement subis » dans leur état, en un mot, du pouvoir qu'ont les nouvelles a situifttions et les nouvelles tiabitudes pour modifier les p oqpmes des corps doues de la vie, tous ceux qui existent
340 SE L'Homa
» maintenant ont été insensiblement formés teb que nous les D les voyons.
B 6* Enfin^ d'après un ordre semblable de choses^ les corps » vivants ayant éprouvé chacun des changements plus 9 ou moins grands dans Tétat de leur organisation et de » leurs parties , ce qu'on nomme espèce parmi eux a été » insensiblement et successivement ainsi formé, et n'a qu'une » consistance relative, et ne peut être aussi ancien que la na-' ture. D
Il n'est pas une seule de ces propositions gratuites dont la réfutation ne fournit la matière d'un volume, quoique, à vrai dire, il fût difficile de raisonner et impossible de conclure avec un écrivain qui, supposant sans cesse, pour l'exécution de ses hypothèses, beaucoup de temps , tin temps suffisant, des lieux favorables, des circonstances convenables, et imaginant au besoin, dans tout ce qui existe, des changements et des bouleversements, finirait, s'il était pressé, par demander l'éternité tout entière, et un autre univers que celui qui nous est connu, et qu'il ferait tout exprès pour ses systèmes.
Heureusement la raison peut sortir à moins de frais du labyrinthe où l'erreur voudrait l'engager; elle a des motifs de jugement plus sûrs et même plus expéditifs, et elle peut, comme je l'ai ai observé ailleurs, réduire une hypothèse tout entière, quelque compliquée qu'elle paraisse, à un point précis, à un principe unique, dont il est facile d'apercevoir l'erreur ou la vérité.
La question entre les matérialistes et leurs adversaires sur Torigine des êtres animés, réduite donc aux termes les plus simples, consiste à savoir si l'on peut admettre dans la matière des mouvements spontanés, ou si l'on ne doit y reconnaître que des mouvements communiqués.
Cette question de physique est tout à fait semblable à la question morale du langage inventé par l'homme, et par conséquent spontané dans l'espèce humaine ou communiqué par un être supérieur à Thomme : l'une et l'autre question partagent la philosophie en deux systèmes, l'un de ceux qui disent que tout, au physique comme au moral, s'est fait soi-même par sa propre énergie^ sans raison et sans cause; l'autre de ceux qui croient que tout a été fait, et que la cause des êtres en est en même temps la raison.
La question du mouvement spontané, ou du mouvement communiqué, appartient à la fois à la physique et à la phiio»
ou SE LA. CAUSE SEGONBE. 341
Sophie^ et elle peut être traitée à la fois par Tobservation des faits et par le raisonnement. Je ne parle pas d'autorités^ pour ne pas exposer les noms de Bacon, de Descartes, de Leibnitz, de Newton^ d'Euler, de Pascal^ de Halebranche, d'Arnaud, de Nicole^ à être mis en parallèle avec ceux d'Ëpicure et de Lucrèce.
Or, avons-nous aucune expérience d'un mouvement irpot»tanéfLà nature entière nous fournit-elle^ quelques observations dont nous puissions conclure la spontanéité du mouve* ment, et sans cause assignable? Si même nous voyons dans les corps quelques mouvements dont la cause ne soit pas connue, ne recourons-nous pas, pour l'expliquer, à des causes hypothétiques, comme pour les tremblements de terre et l'éruption des volcans, les effets de l'électricité ou du magnétisme, que nous attribuons à la raréfaction des vapeurs, à la combinaison des gaz, à l'inflammation des pyrites, à la présence d'un fluide ! Dira-t-on que le mouvement n'est spontané que dans les molécules de la matière, et non dans les corps ? Mais une molécule de matière est une portion de matière comme tout autre corps; elle est moins qu'un autre corps, mais elle n'est pas un néant de corps, et en sa qualité de corps, elle reçoit le mouvement, et le transmet en raison de sa vitesse et de sa densité.
Une pieiTe de plusieurs quintaux, que lance un volcan, est un infiniment petit, relativement à la masse entière du volcan, quoiqu'elle soit un corps relativement à nous; et cependant, si nous voyions cette pierre se mouvoir d'elle-même, et sans que nous puissions assigner un moteur à son mouvement, nous le regarderions comme un prodige et une dérogation aux lois constantes de la nature. Le plus grand corps n'est, après tout, comme le plus petit, qu'un composé de molécules; et comment peut-on supposer le corps entier en repos, lorsque toutes ses parties intégrantes sont ea mouvement? Et quand on supposerait que les molécules qui sont au centre du corps ont perdu leur mouvement par la pression qu'elles soufirent, à quelle cause attribuer le repos des molécules qjui sont à la surface, et comment ont-elles changé leur mouvement propre et spontané pour la force d'adhérence qui les retient à la superficie du corps? Si le mouvement des molécules qui composent les corps est spontané, il n'y a aucune raison à Tétat de repos où nous voyons les corps eux-mêmes, aucune raison à leur consistance, car la force d'adhésion est incompatible avec
3i4 DE l'homxb
tonte de détails. Si je nomme Tordre, la raison, la justice, la vérité, le pouvoir, les devoirs, je trouve dans tous les esprits prévenus de ces idées générales; je m'entends moi-même, et je suis entendu des autres. Tous les hommes s'entendent entre eux sur les principes, même lorsqu'ils différeraient les uns des autres sur quelques applications; et la société tout entière n'est pas autre chose que le consentement universel à ces idées générales : voilà la métaphysique. Les hommes ont obsecvé la terre, le ciel, les minéraux, les végétaux, les animaux, etc. ; ils ont connu les lois du mouvement, les propriétés des diverses substances, l'usage auquel ils pouvaient les employer, etc. : voilà la physique et ses différentes branches. Mais quand je parle de la force à'animalisaiion, de la tendance a ranimaliié, de la gravitation vitale, d'animal prototype et végétal originaire, et autres hypothèses du même genre, je ne pose pas des faits que l'on puisse observer; je n'énonce pas des idées générales sur lesquelles on puisse s'accorder, niais des abstractions sur lesquelles on peut disputer sans fin : je ne présente rien de palpable à l'expérience, rien de vrai à la raison; je ne fais ni physique ni métaphysique; je ne disque des mots, mais des mots dangereux, parce qu'ils n'expriment aucune idée ; des mots qui décréditent la science qui les emploie, et qui faussent l'esprit qui les reçoit : je ne fais, en un mot, que détourner la physique de son véritable objet, et jeter des doutes sur la morale.
11 faut le dire, ces prétendus amis de la nature jouissent moins de ses bienfaits qu'ils n'étudient ses faiblesses, et ils l'espionnent plutôt qu'ils ne l'observent : ils ne cherchent à prendre la nature sur le fait, comme ils le disent souvent, que pour la trouver en flagrant délit, et la surprendre, s'il était possible, dans quelque écart bien monstrueux, dans quelque grand scandale, d'où ils puissent conclure le hasard de ses opérations et le désordre de ses plans. Gomme les enfants du patriarche, loin de couvrir avec respect la nudité de leur père, s'ils le surprenaient livré au sommeil , ils dévoileraient sa honte à tous les yeux, et triompheraient de l'avoir déshonoré : triste disposition qui 6te toute utilité au talent et toute dignité à la science, et qui flétrit l'étude la plus agréable et les jouissances les plus pures !
Heureusement c'est dans un autre esprit, et avec d'autres connaissances, que les vrais amants de la nature et les maîtres de la science, les Newton, les Leibnitz^ les Haller, les Stbai,
ou BB LA. CAUSE SECONDE. 345
les Ch. Bonnet, ont étudié ses lois, et observé les faits qu'elle nous (Mrésente. Parvenus aux bornes qui séparent le monde physique du monde rationn^l^ ils portaient un regard également assuré sur l'un et sur l'antre. Si^ par la force de leur intelligence^ ils découvraient les lois générales de la nature, ils croyaient, par les lumières de leur raison, au Législateur suprême, auteur et conservateur de la nature, comme à une loi plus générale encore de Tordre universel : ces axiomes d'éternelle vérité, il n'y a pas d'effet sans cause, ni de cause sans tnielUgence, nul corps ne peut se mouvoir lui-même (i) , étaient à leurs yeux plus certains que les lois mêmes du mouvement, les calculs de la géométrie, ou les faits de la physiologie; et jamais ils ne pensèrent que, pour établir un système de physique, il fût nécessaire de saper les fondements de la morale, et que, pour expliquer Phomme, il fallût renverser la société.
Yoilà donc les systèmes abjects que l'on essaie depuis longtemps de mettre à la place de ces croyances généreuses qui ont subjugué les meilleurs esprits, et formé la raison des peuples les plus éclairés. Fille unique sur la terre de T intelligence suprême, l'espèce humaine voyait avec orgueil cette aïeule auguste à la tête de sa noble généalogie, l'homme en retraçait, quoiqu'à une distance infinie, rintelligence dans sa raison, la puissance dans ses œuvres, la bonté dans ses affections , l'immensité même dans ses désirs, et jusque dans ses yeux, et sur son front, on retrouvait quelque empreinte de sa céleste origine. Soumis à de grands devoirs, parce qu'il était appelé à de hautes destinées, il avait reçu, et les lois qui lui enseignent ses devoirs, et ce sentiment infini de bonheur et de perfection qui l'avertit de ses destinées, et des écrits divins, Testament du père commun, contenaient à la fois les preuves de sa descendance, les titres de sa dignité, et les règles de sa conduite. Usufruitier de l'univers, héritier substitué de génération en génération à ce noble patrimoine, il y régnait comme le premier né de la création, et rendait hommage à la supériorité de son esprit. Qu'y avait-il dans ces croyances d'indigne de la raison humâne, ou de funeste à la société ? Quels motifs plus puissants l'homme pouvait-il désirer à ses vertus? quel firein plus eficace pour ses passions? quel fondement plus stable à ses lois ? quelle règle plus sûre et plus droite pour ses moeurs? Qui jamais eût pu croire que l'honune aspirerait àde»*
(1) Yoyex dans la Logique de Port^Royal^ ch. vi.
€êiidre 4e ee hmi ra/hg, qu'il êmplafcnH ses ItPmièM&ft^tiM ss propre graiidear, eè q«ey te (yèlre appelé le fite 4tt Trè»fiaul, iV diniH réellement^ et sMis fignre, à la pooififtove ^ «foui m'avez engendré ; et aax fer» : Von» éle» med hèfes (f ) ? *» Vii ?il limon s'est Mm^iSé^ m Mfiimileate s'en es» dégàffé fur kl fermentation ; il est devenu plante^ poiesofty ensMu, ^Mdi»' pède^ bomme enfin : voHà Vkomnie, nmete parte»» à fomt de ramper, qui longtemps m méGonnii son okgrm, et «e«la faire oublier sa bassesse. Si voua mer dmnandez ooiMaeni t Fi»' teUigence a pu animer sea organes. w« ae» pattes scmt éetettaea des mains> sont front s'est élevée son^ nez s'est déalingtté âë m touche^ l'angle facial est devemi plus dotos^ et il a pw^Asé^ il a invenié Dieu, les lois, Ic^ arta^ la sociéeé; il a éladvé kt naitoi^y il s'est étudié lui-même, et à force de s'étudier, il s'etst ignorée Egaré dans de vaines hypothèses, il n'a pas compria sa ptùptê grandeur, et en s'assimilent au3& bétes les ph» stWfjMea^ M est devenu tout semblable h elles; Nomo, dit le Psalnrista, cTÊin in honore esset, non mtelUxit; emnparatm i»i jtmêertiig imipienih' bu9, et ginaiis faetvê est illit.
En effets si l'on dépowllaft ees tristi» système» de tooC dé que Tart emploie pour les embaHir ou les déguiser^ de Félé« ganee du style^ du mérite facile de qttekfue étuMton , de ceê grands mots (}ue les uni prennent peur de grandes pekséei, ef de ces raisonnementaqtie les anti'es prannent potir êm raisons; ai ces étranges opinions, réduites k leurs termëa les pM ilmplesy étaient préseméea sans eette raille parure, ei fottéei de se montrer dans toute leae nudHé^ <t eu Bêp$ài tdnjoor^ a étonné, dit le savatit P. Berthief^ da la cotn/Rmee bantaind » atee laquelle oH les «ranee^ et de la basseï facilité aitt» la^ a quelle on les reçoit^ a
Disons^e donc : l'hmmtie a eonnfièiioé, p«iiaqii« l'bonima finit. U a eotnmencé sous la forme pliyskq|iie qoi le dialhgwl des amnlauiy et avoa rintelltgence qui Ven sépatie^ il a com^ BUeneé rnâle et femelle ^ pouf se( perpétuer jpar TmiOA iêi aexesy ptiisqu'amno moureitidnt spoiftaiié de la idatière^ auto* aànty odmiiJe ofi le supposa , aatis autt^ modétateur que ldi« inémd, se pourrait arvètor II» espècas h cette masura fxréalM et eotistante d^organisation pafftiettlièra qui les distingua M Mes des antfes^ qui d^îngae éttiiiieimiieffit entra toute» M «utres reapèca hwminéy al qui attache omntaMHiatitlâ Mpf0»
(1) lob, cb. xvu.
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dBGtten àm mpècÊ9 et lew perpiUiîté à l'ofdre imt? eilkint de la distinction des sexes, de la généraliosy de la téeùûét^ tàm, tic. L'iKume a prodait son stmblabkr, pMr former amc kii une aociéké, et aae prmiière tomiUe » |ni pewptar roahren, pnitqai'siie seole tamïïie poonatt le peapler eacoreL Teut aaacHRe daas fou «tre motal , daas son être physique, ei dans les EM«l*és, les fendions et les npporis detoasdeoi, aa^ease denalt plan, puissance cTana Fexéeulioa; Eifet intelligent toi-méiney il esft nott égal mais »emUaèie à la cause inlellîgenle qui Fa prodait et fait à son image , el cette eroyaace ÎBMBénonale est, pour l'espèce bnasaine, ta plus oni^-erselle 4ca traditionay ea, peur mieax dire, le plus constant des sontenm ; les livres saints^ Bf'ett disent pa» damntage, et lorsque afontent qae Uen fiomia le corps de rhomane du limon de ta terre ^ et Famana d'iaa soaifte de vie , ila ne noue apprennent rieoaursa natnre qnenons ne connaissions guère, inènie par reipérience, ptnsqoe noos voyons rhomme vivre^ sentir et penser, et son cerpa, soumis à b décoanposMion, se résoudite CD élénBenÉs terrestres, i|u» retocament k la terre d'oi» ils Mt été tirés. Quand Tanteur des RetpporU dit, pour appuyer sen hypothèse, qpe a des idées phia jnatea q«e nona ne peneoas » anr ia naissance spontanée de rboaoane da sein de la tetre, » étaient peutrètie présentes ans antenra des gtnèê» qne Tan- » tîqae Asie noua a transmises, lofsqoib éonanient ta terre a powr mère coomMine à toutes, les aaturca animées, ^ai » a'agilent et viveni éana son sein, » il abuse seiemmaiit da léck de la fienèse héfaraifae, qm dît que Dieu Inrma le corps de rhomne de la teare, et non qne b tcvre le flarnia, ei d'srilkars, San» reeoufir nax idées die cet aaitear, tt est mrai, dans nn acna, que la terre est la nnère eemnMme de tant ce qaâa m, pms^ne tonle ne végétale o« aannale eal entretanae par l'aotiendai faâe, du fan, de l'eau, répanina tmt 1» terre ou daoak'atinoaphèpa terrestre, et par lea snes anvrnessra tirés de la terre, que les divers êtres organisés f^ammilmi soas^nae forme ou sous une autre. Il le répète en finissant ce chapitre, on ne peut admettre, même en physique, la naissance spontanée de l'homme sous sa forme propre ou sous toute autre, sans admettre en métaphysique des mouvements sans moteur, des effets sans cause , un ordre sans législateur. Or, la raison répugne à cette supposition , et le langage même, son plus fidèle interprète, y résiste, puisqu'il distingue le mouvement du moteur, l'effet de la cause, en les nommant tous d'une exprès-
S48 DE L'Homa ou mt la cause sbooudb.
non ptopre à chacun d'eux, et qui indique toute seule à Tesprit le rapport de Tun à Tautre.
Si, comme le dit la Logique de Port-Royal^ on doit prendre pour le fondement de toute évidence Taxiome suivant : a Tout B ce que Ton voit clairement être contenu dans une idée claire » et distincte en peut être affirmé avec vérité , d on peut, on doit même ajouter que Tidée ne nous étant connue que par son expression^ atout ce que l'on voit clairement être contenu » sous des expressions claires, distinctes et universellement » entendues, peut être affirmé avec vérité de Fidée qu'elles » expriment, d Or*^ les expressions de cause et d'effet, de mouvement et de moteur, sont aussi claires, aussi distinctes , aussi universellement entendues que celles de tout et de partie, et nous n'avons pas d^autre raison pour affirmer que le tout n'est pas \a partie, et qu'il est plus grand que la partie, que celle par laquelle nous affirmons que la cause n'est pas Veffet, et qu'elle est plus puissante que Yeffet. Nous voyons, il est vrai, par des expériences particulières sur quelques corps et le rapport de nos sens, que le tout n'est pas Isl partie; mais sans la raison et les expressions qui revêtent les idées de rapports entre les objets même matériels, nous ne pourrions pas les comparer entre eux, exprimer cette comparaison, raisonner sur leur rapport et en faire une maxime générale.
La physique, science des sens et de l'imagination , ne croit qu'aux existences sensibles, et veut qu'on lui fasse voir et toucher la cause. La métaphysique, science de l'entendement, et qui prend ses notions distinctes dans un ordre plus élevé de vérités, et dans les principes mêmes de toutes choses, a de la cause une certitude supérieure à celle de sa simple existence, puisqu'elle a la certitude de sa nécessité; et de là vient que la physique d'un siècle n'est pas toujours celle du siècle suivant, et que les vérités générales, enseignées à un peuple il y a six mille ans, sont les mêmes que celles qu'on nous enseigne aiyourd'hui.