‹ Recherches philosophiques sue les premiers objects des connaissances morales: DémonstrationChapitre 28 sur 68 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

n y a peut-être de quoi s'étonner de Timportance qu'on a mise à la question de Tâme des bétes. Il suffisait sans doute à la dignité de Tespèce humaine^ et même à ses besoins, d'étudier les habitudes des animaux, de connaître leurs instincts pour les faire servir à son utilité; et c'était assez pour ce roi de l'univers, de cultiver sa propre raison, sans employer son esprit et son temps à chercher la nature du principe intérieur qui conduit ces êtres qui végètent ef qui ne vivent pas, et en qui il ne peut apercevoir ni pouvoir sur eux-mêmes, ni devoirs envers les autres.

«L'anatomie des animaux^ ou l'anatomie comparée, dit » M. Bartbez, est trè&-importante pour appuyer les observa- 9 tions déjà faites sur les usages du corps humain, et pour en » faire naître de nouvelles.

9 Telle partie dont l'utilité nous échappe dans le corps hu* 9 main, parce qu'elle y est faiblement dessinée et produite 9 comme par hasard , se montre dans les animaux avec des 9 variétés de forme et de grandeur qui sont manifestement 9 relatives aux variétés des besoins et des mouvements de 9 chaque animal; et le dessein fondamental se découvre par 9 cette diversité d'exécution.

9 Baglivi a très-bien dit que, pour assurer plus de comme- 9 dite au jeu des organes du corps humain, le Créateur semble 9 avoir seulement ébauché par des coups de pinceau la suite 9 des mouvements qui s'y exécutent. En effet, dans la méca*

» Bîquedii csrp» humain y le» fifàMtom •m» ■égligfaii, ptm

» jw /m organes sont destinés à être mus par un agent beau- » coup plus libre et plus variable que les agents physiques con- » nus, et parce qu'ils ont été formés par un artiste sûr du suc- » ces et fécond en ressources. »

Il peut donc être avantageux pour la connaissance de l'homme physique d'étudier Tanatomie et la physiologie des animaux; mais la psycolegie des bétes^ sr l'on peut ainsi parler^ ({uclle peut en être Futilité? et quelles lumières sur le principe intérieur qui préside à nos actions peut nous fournir la correspondance apparente de i'ÎBstinet d«» brutes avec leurs mouvements et que nous ne trouvions en nous-mêmes, et avec bien plus d'éclat et de certitude dans la connaissance distincte^ ou plutôt dans le sentiment intime de Tinfluence évidente de notre volonté sur nos actions?

Quoi qu'il en soit^ la question de Yâme des bêtes, après avoir été sur les bancs un objet de pure curiosité propre à exercer les esprits^ et à founir un alûoeni iAépiiisttbW «us dkpulea de Vécole, est devenue ane «rme dangeseuae entée le» maîoedes sophistes, qui n'affectent de comparer rhooune à la brute que pour éloigner de aon esprit toute idée de capports et de fCSr semblance avee la suprême lAtellîgenee. Dès qu'ils ont e« avancé que noke faculté de penser èUài tout eutièce daas notre organisation, coaséquenle à euxrmémea, ils ont euppoié une intelligence, sinon égale^ du moîn» semblable à k BÙke, partout où ils ont aperçu une organiaatton aeniUaUe «a quelque chose à celle de Thomme, et tous les être» animés M^élé classé» dans une série de termes semblables dont le ^er et l'hoHune soat les extrêmes*

La philosophie païenne avait fait une étude parlîculièie d« animaux; mais cette étude dut être négligée, lorsque le clirisr tianieroej terminant la longue eniance de l^ottune, vint Teotntenir de plus hautes pensées, et l'occuper exclusivement de la connaissanee de lui-même et de son auteur. Le goût des études physiques se réveilla à la fin de l'autce sîéde* eu, pour parler plus >uste ^ à ta veille du siècle qui vient de •'écouler, et bientôt embellie par le style de M. du Buflon, heureux écrivain qui a joui, même de sou vivant, du toute sa l^eûre^ l'histoire des animaux, comnenfîani par rtaooarau phyé^ii^f prît rang dansi noa bibliutbéquea à eèté du rbîstoiffe de nHxnaie uMural ou de» aoeiétéa» Lea taleuts du l'Ustosien^ b uuiiwîriératiou j^enona^Ue dont U jouissait, la toctune qui aaivit

JOB A3flSâUZ« SU

nsaoeeès, kpimtavUiarnto^ jecMny ^tri eât été MUi Au» les lettre» (et jf^m ta àtmné hi raisoi») > ptais que tcmt cela^ hi ten» ianee seefèle «le» espritB feis Vofmnatmne , eotitf ibuèreat à doDfMT à ee» CDnnaÎBfiaitee» faciles^ et dans inflveMe sor ki eeodoîé» de la vie et Ycftére poUic ^ le vogue qiï'eUes ont om* iervéey et qii s^esi même accvB«^ eomme Voteerre Faïutefiî des Rapforù du phynqae et du moral de l'homme : a D'après a hi ditectkm que sait depiria trente ans f esprit bamaiD , dit a cet éerivan^ les scieneea physiqpies et naturelles sembleot » mckt généralemeni obtemi le premier pas^ »

Crpendantydu want mémerde H. de Boffia», ses propres eeairères à TAcadémie reprâent dans son style uft peu trop de pompe^ ou mâme de Keaaphase, et un ton génératement pea ppeportionné au sujet (i) : aujourd'hui qu'il n'est question que de la majesté de la nature^ je ne crois pas qu'on trotrre le st]^ de cet écrivain trop élevé^ mais on lai conteste la science, ll^ savant^ riches de plus d'ofaservations , et qui ont clasaé les ittt» dans de nonveaoïi s^tèmes, n'accordent plus à M« ds Bufio» tontes les cosnaissences qoe ses contempomhis Ini al» Iribuètent* II a même été question de refaire so« oarrafe; et chez la première nation de l'univers pe«r les produotions da (énie littéraiee dans le genre morale et qui cepoidant s'a peutêtre pas encore une borne histoire d'elleHinême, oa a proposé ime nouvelle histove des animaux comme renAreprise la plus importante qui pût illustter mie époque fameuse pet les plus yrainds événements*

Jamais^ il faut en convenir, on ne réumt {xnir oe grand ou*** vrage plus de facilités et plus de matériaux. On a découvert des faH^lea entières d'animaux existant dans les parties les {dus fecalées du globe /oa en a^ sur quelques indices^ deviaé d'aulree qui n'existent plas. On a trouvé de» rapports entre les aaimaadt et lee végétaux^ et même l'observation a montré des espèces singulières dans lesquelles l'animal et le végétal semblent se confondre. Des esprits systématiques ont été an daUi de l'observation, et se sont Jetés dana tes espaces sans bameades abslaKlioiis et des hypothèses* Las de s'aerêter sar de» faite de phyi^iqae qui ae s'accordent pas tonjeaiB avec lears B|atdmes de Qiorals» il» 09t trouvé plus facile de géaéralisery Hm des idées^mais desimàge», et défaire aiasi de la métaphjr*aiqaa aur la matière^ o^Moame ils avaienl Caît de la phy^qneaur

fT/ aRm^nW vr jad^saNiNa*

35S DBS ÀHDTAUX.

rinielligence. On ne voit bientôt plus de végétaux ni d'animaux particuliers, mais un végétal unique ^ un animal général, prototype de tous les animaux. On ne s'arrête pas même à cette opinion toute généralisée qu'elle parait être, et Fon enseigne vne foret de végétation et d'cmimalûation universellement répandue, qui tend à faire passer successivement le minéral à rétat de végétal, le végétal à l'état d'animal, et Tanimal le moins parfait à l'état parfait d'animalité, ou à Vhumaniié, terme extrême de la chaîne des êtres, cercle immense qui commence et finit au néant. La parole restait à Thomme, expression sen* sible de son intelligence, moyen de sa sociabilité, premier instrument de son industrie, caractère incommunicable de sa prééminence, et voilà qu'on l'attribue aux animaux, qu'on nie même qu'elle appartienne exclusivement à l'homme; et il est assurément digne de remarque que dans le même temps qu'au sein de nos compagnies littéraires, un savant estimable, un peu trop prévenu peut-être pour ses occupations bienfaisantes, avançait, sur la foi de je ne sais quel voyageur, qu'il existait sur quelque point reculé du globe une peuplade qui ne connaissait pas le langage articulé, un autre savant faisait entendre à ses confrères la langue des rossignols et des corbeaux.

« Ainsi, dit Bossuet, l'homme se fait un jeu de plaider contre » lui-même la cause des bêtes... Et quand on entend dire à 9 Montaigne qu'il y a plus de différence de tel homme à tel > homme que de tel homme à telle bête , on a pitié d'un si bel ]» esprit, soit qu'il dise sérieusement une chose si ridicule, soit « qu'il raille sur une matière qui, d'elle-même, est si sé- ]» rieuse. x>

Mais enfin, que prétend-on conclure de ce rapprochement, et où veut-on en venir? Lorsque l'on considère d'un c6ti l'homme, de l'autre les animaux, qui se partagent 4a possession ou la jouissance de la terre, est-il d'une bonne philosophie de s*arrêter à quelques rapports généraux d'organisation qui, dans le plan simple et vaste de la création, ont dû résulter de l'identité des éléments dont les corps sont formés, des sub* stances qui servent à les nourrir, des agents .qu> entretiennent leur vie? Une raison forte et sévère peul-eëe attacher une grande importance à des ressemblances d'habitudes qui dé* rivent de quelque similitude dans l'organisation et de besoins communs, et ne doit-elle pas plutôt considérer uniquement les grands traits, les caractères majeurs et ineflbçables qui diffé* rendent et distinguent les espèces, malgré tous les rapports

JKES ANIIUUX. 353

d'habitudes, de besoins et d'organisation? Quelle est cette doctrine qui, s'attachant aux seuls caractères physiques com^ muns à tous les êtres animés , écarte toute considération morale du jugement qu*elie porte sur Fhomme essentiellement moral; et dans lequel Tétre physique , qui est tout dans les animaux^ n'est que l'instrument et l'accessoire de l'être intelligent.

Essayons de présenter quelques considérations de ce genre, et voyons s'il n'existe pas entre l'homme et la brute des différences caractéristiques qui ne permettent point de les confondre, pas même de les rapprocher.

Le premier trait qui distingue éminemment l'homme des bêtes est la domination incontestable qu'il exerce sur elles. Dans l'état sauvage, l'homme exerce sur les animaux un empire despotique, et qui n'a d'autre loi que son appétit ^ ni d'autre but que leur destruction. Plus rapproché d'eux par la simplicité de ses besoins et le peu de culture de son intelligence, et réduit aux faibles moyens qu'elle lui suggère pour les soumettre ; il semble se battre avec les animaux à armes égales, et son pouvoir sur ces sujets indociles n'a pas plus d'étendue que sa force physique. Hais le sauvage n'est pas l'homme, il n'est pas même l'homme enfant, il n'est que l'honmie dégénéré. Aussi à mesure que la société se perfectionne, l'empire que l'homme obtient sur les animaux est plus monarchique, les moyens qu'il emploie pour les soumettre et les gouverner sont plus industrieux, le but qu'il se propose est plus raisonnable. Leur force, leur agilité, presque toujours supérieures à la force et à l'agilité de Ihomme, ne peuvent les dérober à sa domination , et son intelligence les atteint là où ses mains ne peuvent les saisir, ni ses yeux à peine les apercevoir. Cette domination universelle, il l'exerce sur lés indivi* dus pour les faire servir à ses besoins, sur les espèces pour les conserver, et jamais autorité ne fut plus générale et moins contestée; mais aussi jamais autorité ne fut plus nécessaire. Si l'homme ne dominait pas les animaux, s'il ne réglait pas sur ses besoins et sur ceux de la société la conservation ou la destruction de leurs espèces, bientôt les animaux chasseraient l'homme de son domaine, et la seule multiplication des espèces les plus innocentes et les plus faibles affamerait ce maître de l'univers au milieu de ses propriétés. Mais bientôt ces mêmes animaux succomberaient à leurs propres besoins, ou deviendraient la proie d'animaux plus forts et plus violents, qui se-

Stt m» ^fiiun.

Bt k \em tour défMtts {Nir (Taiilres, «a «e détvrfrateat antre ««« ; et 4»m le monde physique eomoie daas la «oeMé, réBBlité abaoioe'de dfoHs ne produirait que la dealryetiofi des Ataas. la terre reaterait «ans bjHiîtonta, et le aoi sans oirttuK. ▲inai, si las animattx cooserveiit l'espèce bumaine et aideot i sa Deprcduction^ en lui fournissant des instnimeots pour mi travaux et des matériaux pour ses besoins^ Vhomme à soi teiir conserve 4es animaux^ en favorisant la oonservation des espèces et la fnulliplicatîoB des individus. Plus PagncoHure &it de progrès, plus le iravaM, on mkne la seule présence des animaux est nécessaire ; et l'homme maintient et ménie aiaélîore les raees^ iout en consommant les individus. C'est un prinee habile qui conserve les familles et favorise leur acerobsèment^ en «ntoie temps qu'M dévoue quelques individus à b défense de l'état et à la conservation de la société. Mais qa'oa y prenne garde : si l'empire que Thomme exerce sur les animaux nuisibles est un empire de force purement physique, et tel que celui du prince sur les méchants^ son autorité sur i€S animaux utiles et domestiques est l)eauconp plus morde, je veux dire qu'elle est réglée par la raison, et servie par ta OBoyensque l'inteliigenee loi fournit , et c'est ce qui fait quH l'eveiae presque uniquement par la parole. Les animaux ae ae<dominentles uns tes autres que par la force :toute l'adresse dn chat «t du singe ne peut leur donner aucune supériorité sur les animaux qui peuvent leur rnuire, et ne leur sert q«A les éviter. Hais ce n*est pas avec sa force que l'homme asseiiMe etgouveane les animaux domestiques. Ici notre ofgsr BisatioR, toute parfaite qu'elle eat, ne servirait de rien. Avss nos mains et les •înairuments que news mettons en -usagei nous pourrions em^hatner ou tner te ehevd et le teurean^ mais nous ne pourrions les dompter, les atteler, lenr^ resem le mouvement ou le repos, et les accoutumer à se laisser cooduire, même par un enfant, et non-«eulement les moyens 4e rigueur et de force, employés tout seuls dans féduoafiofi te ces animaux, seraient insuffisants^ maiis *tls les aliéneraient de BOUS pow toujours.

C^est, je le répète, beaueoup {Aus par notre industrie que BOUS ies assujettissons que par la force physique. CeMMi même bous sert bien moins contre tes animaux ^ue eootre BOS«eniblables,*paroe que, eolve 4es mètres égaux en inteliigenee, la force cerporeile peut seule 'décider.

Un .autre 'CametèfiB «qui «élaiattt use diCérenee totale entre

rhmme e(t les jmimMn^ et met ViaSmi entve KiiMlifeiiee 4% Fiio«l J'kMliMtde Tantpe, eH 411e Hiomme iMÉt pm^feciMe, etqve ranîtttl ai^t p&rfait, ou pkitèt fini : I'mi^ capable d*a|^ pneiwife de «ea aèinblabtes tMit >ee qu'il doit savioir; VêntÈre, iBatruH ea naissaot et formé à tout ce qtt'tl doit pratiquer^ et qui li'a rioi à apprendre de son espèce. Les doutes qu'on a vouki étever sur cette kistruetioa nati^ ou înaée de la brute l'oat pu tenir contre l^abservatioa. De TaMif couvé par une laère étraaf^e sortira un oiseau^ qui^ même aans avoir janiais va l'espèce à laquelle il appartient, en aura laus les inetîocts, tons 1^ goMa, ionAes les habitudes. L'homme, il est vrai, peut tiriger rinstînct de ranimai, lui donner quelques babitudas, hn apprendre à imiter queêques-uns 4le ses ntKMivaments, ou wkm à articuler quelques «lots de «i langue; tuais «oe qi|e aans enaeigMm, dans-ee genre, À l'amunal, eet pour nos be- •Nasau «as plaiairs, et jamais pour les siens, et pouwie bien BMiQs son înteUigenee que la n6ti«, puisque, dans l'aiiîmal le mieux dressé, ces actions artificielles se font toujours avee mt rëguifurité automatique , et ao«v«nt à contretemps. C'^st 66 qui fait que les snimaui qui apprennent le ptus de nNHiune, pendeut le plus de Tînstioct natif de leur espèce , et (pK l'instiaet des animaux sauvages est pins sûr et plus îndui» ineaique oefaiî^des animaux domestiques. Et U faut reanar* 911er eucoee que l'animal «'apprend de l^iomrae que oe que Fàanaae se donne la peine de lui enseigner par ta répétitien fréquente des mêmes actes, et que les anmauK^uî vivent 4e pias familièrement avee liiomme, témoins de ses actions, .eompifaoau de jses travaux, instruments de ses plaisirs, n'af^ preonaat rien d'euxr*m6mes , et livrés k leur seul înatinet, «es-* tétaient toute ieur vie awec les seules impuisîoas «que laaatuae leur a doamées : je n'>en «xeepte pas méêae le singe, macbina Mutée posnr eontreCsîre et non pour imiter, et qui, de ioot oa ft^U ca|iif de nous, n'a jamais tiré une seule habitude ulMa pMr lu^mteie, et ^ui puisse proiter à aon espèce.

Alliai, Aouias les getUOiesses que nous uppaenons aux anii' OMMX aar lesquels nous pouvons agir avec filus de faeilké, i «Me des foîats de Mntaet ^lu'uue /«g anisatiop plus seaa* feUrie k la sôém nous donne avec eux, aont-eHes bien «leina idmirslilai que «e que des «spèoes, qui nT^ont lien de eoniisuaamc la nMre, eaéc«lent ^mt le aeul îasIsnct^iafViles eoft leeudelanlHaa. la ne aois dana i^s «danses d« singe at4a

380 SES AiniutJZ.

l'ours^ même dans la docilité de l'éléphant à toat ce que son conducteur exige de lui , que le jeu d'une machine montée pour divers mouvements : dans Tindustrie de Tabeille ou du formicaleoj je vois Taction d'un instinct merveilleux qui étonne même notre intelligence, a A mesure que l'on arrive aux anip maux plus faibles et plus stupides, lit-on dans les notes sur » le poème des Troii règnes de la nature y on leur voit faire, » pour la conservation de leurs espèces, certaines actions plus » savantes, plus pénibles qu'aucune de celles dont les ani- » maux supérieurs sont capables. L'abeille met dans sa cellule » la plus haute géométrie : il n'est point de ruses, point de » plan ingénieux de conduite, de bâtisse, que quelque insecte » ne suive, et ces opérations ne sont point apprises. L'individu » les pratique dès qu'il vient d'éclore, sans avoir vu ses pareils, » et cependant absolument comme eux. Souvent même ces » opérations sont désintéressées : ce n'est point pour lui que p l'insecte travaille, mais pour une postérité qu'il ne verra » jamais. »

L'animal naît donc parfait ou fini, avec des impulsions données, des goûts déterminés, des habitudes formées d'avance; il naît âgé, pour ainsi parler, et instruit, au premier moment qu'il essaie ses forces, de tout ce qu'il fera quand l'âge les aura développées. Si les soins et Tintelligence de l'homme étendent son instinct, perfectionnent ses habitudes natives, ou lui en donnent de nouvelles, ces habitudes acquises sont perdues pour les espèces dans lesquelles aucun progrès, aucun changement n'a été remarqué depuis Artstote. Elles se nourrissent encore aujourd'hui des mêmes aliments, vivent dans le même élément, et souvent exclusivement dans le même climat, poussent les mêmes cris, font leurs nids de la même manièi'e, ont les mêmes habitudes d'attaque ou de défense, et leur instinct n'a pas plus changé que leur forme ou leur couleur ; et remarquez même que, pour les premiers besoins, les besoins qu'on peut appeler animaux , parce qu'ils sont communs à l'homme et à la brute, l'instinct de celle-ci est à tel point déterminé et limité à un seul mode et à un seul objet, que, même pour sa propre conservation, il n'est pas permise la brute d'y rien changer; et tandis que Thomme se nourrirait de feuilles et d'herbes, même d'aliments entièrement inuâtés, s'il n'avait pas autre chose pour soutenir sa vie, le bœuf, la brebis^ le cheval, la plupart des oiseaux se laisseraient mourir

ms ARIMAUX. 357

de faim à cdté d'un morceau de viande, et les animaux féroces et carnivores au milieu d'un tas de foin, parce que l'homme est, même pour ses besoins, conduit par sa raison qui lui fait diercher tous les moyens de soutenir son existence, et jusqu'aux plus opposés à ses habitudes, au lieu que l'animal obéit à l'impulsion d'un instinct aveugle qui ne lui laisse pas la faculté de choisir.

L'homme, au contraire, naît perfectible et par conséquent imparfait. Il est capable de tout apprendre ou de tout inventer; mais il ne saura un jour que ce qu'il aura appris de la raison des autres ou découvert avec sa propre raison ; et telle est, pour former l'homme, l'influence nécessaire de la société, que l'homme, jeté parmi les animaux, se rapprocherait peutêtre de l'animalité (comme on le raconte de cet enfant trouvé parmi les ours de la Lithuanie, qui imitait le grognement de ces animaux), tandis que l'animal, vivant auprès de l'homme, ne contracterait aucune des habitudes.de l'espèce humaine. Si l'homme n'apprend donc de son semblable à parler , et par conséquent à penser, il ne parlera pas, il ne pensera pas (1 ) ; il ne connaîtra pas ce qui lui convient ni ce qui lui est nuisible : dans cet état d'isoU*ment absolu et d'ignorance invincible, s'il était possible de l'y supposer, il ne sera pas homme, il ne sera pas même animal, car l'animal naît avec son instinct,et il n'aura lui, ni instinct, ni intelligence, et il sera hors de toute nature, parce qu'il ne sera pas dans la sienne, et que la société est la nature de l'homme moral, comme la terre et Tair sont la nature de l'homme physique. L'homme , dans cet état ou quelques sophistes se sont plu à le considérer, s'il mange, digtTera; s'il veille trop longtemps, il dormira; comme il tombera, s'il heurte contre une pierre : lois nécessaires des corps animés, et indépendantes de la volonté ou de l'instinct ; mais il sera incapable de toute action, même de tout sentiment qui suppose intelligence, attrait et choix. Il n'aura rien de la société, parce qu'il sera hors de toute société. Je ne sais même , quoi qu'aient dit sur les besoins naturels et les penchants irrésistibles les romanciers et les philosophes, je ne sais si l'homme, dans l'état prétendu naturel et antérieur à toute société , où quelques écrivains l'ont considéré, s'unirait jamais à son semblable de différent sexe que le hasard offrirait à ses yeux. Du moins il est

(i) Le sonrd-maet apprend des autres la parole du geste, et pense par iBagftt.

3S8 TtES AMIÎkVX.

certain que ranimai est plus ardent dans ses amours, à mesure qu'il est plus sauvage, c'est-à-dire, plus dans son état natif, et qu'au contraire l'homme est plus calme dans les siennes, à mesure quMl est moins civilisé; et la nudité absolue où vivent encore quelques peuplades sauvages prouve , mieux que tout ce qu'on pourrait dire, le silence de la nature chez l'homme non civilisé. Les sexes, qui mettent tant d'inégalité entre des êtres semblables , sont l'ouvrage de la nature physique ; mais le sentiment qui les rapproche et les unit, et qui n'est pas, chez Thomme comme cher Tanimal, éveillé par un instinct aveugle, ni borné à une époque déterminée, ce senli- 'menl qui rétablit l'égalité entre les êtres, ou même trop souvent donne l'empire au plus faible, est une création de la société qui est la nature morale de rhonune, c'esl-à-dire, sa nature perfectionnée, accomplie, a On a souvent, dit J.-J. Rous- D seau, attribué au physique ce qu*il faut imputer au moral. )> C'est un des abus les plus fréquents de la philosophie de » notre siècle... La pul)erté et la puissance du sexe sont tou- )> jpurs plus IiAtives chez les peuples instruits et civilisés que » chez les peuples ignorants et barbares. .. Il faut du temps et des » connaissances pour nous rendre capables d'amour... » Aussi, au lieu de tout ce que les mœurs et les lois de la société civile inspirent d'égards, de condescendjince, de respect pour la faiblesse physique et morale de la femme, la femme est esclave partout où l'homme est dans l'état sauvage; elle est instrument de l'homme plutôt que son ministre , et même dans les classes inférieures de nos sociétés, Tépouso, moins compagne que servîinte, est à côté de l'homme sans dignrté, même lorsqu'elle n'est pas sans influence. Les femmes, dans les terres australes, ne sont considérées que comme des bêtes de sonune, et ces peuples ne paraissent avoir dans leur langue aucun mot correspondant à ceux qui expriment dans les nôtres les plus doux témoignages des affections mutuelles, (c En vain^ dit » M. Péron, je m'adressai successivement à plusieurs d'entre i> elles, pour leur faire concevoir ce que je désirais connaître D (s'ils avaient dans leur langue les mots d'embrasser et de D caresser); leur intelligence se trouvait en défaut. Quand, »• pour ne laisser aucun doute àur Tobjet de ma demande, je^ » voulais approcher ma figure de la leur pour les embrasser, » ils avaient tous cet air de surprise qu'une action inconnue mexoUa ennoosy et cpe jfa*aiftoliseivéidéjài.paDiiMil8a>naliirels 9 du canal d'Entrec/isteaux, et quand , en les embrassante

j» fednremCTit , je leur disais ga na na ra na (comment ceto V s'appelle-t-il)? Ni déga (\) (je ne sais pas), était leur réponse i nnaninîc. L'idée de ciiresser paraît leur être étrangère. En ïf Tain je ïeur ftiisais les gestes propres à caractériser cette ac*- » tion, leur surprise annonçait leur ignorance, et leur m dégo D servait encore à me confirmer qu'ils ne la connaissaient pas. D Ain/i, dans ces deux actions si pleines de charmes, et qui » nous paraissent si naturelles, les baisers et les caresses affecw tueuses sembleraient inconnus à ces peuplades féroces et » grossières. Je me garderai cependant bien d'établir, comme » un fait positif, le soupçon que j'énonce ici; mais je dois 9 ajouter encore à cette occasion qne je n'ai jamais tu, soit à , » la terre de IHemcn, soît à la Notweiie-Ifollande , aucun s-m- » vajre en embrasser un autre de son sexe, ou même d'un sexe 9 diÀRirent. »

U^Eiis parce que l'homme est perfectible et se perfectionne, «ses progrès, dif Bossuet, n'ont plus de bornes, et il peut » trouver jusqu'à Tinflni (2). » Il peut tout apprendre, parce qu'if naît snns rien savoir, et même l'homme le plus borné apprend toujous quelque chose. Le chien sauvage est plus fort et plus rusé que le chien domestique; mais du sauvage à l'homme civilisé, quel immense intervalle, et même, comme IP. Pérou l'a observé, pour fa force physique, malgré une organisatinti absolument semblable.

L'homme exerce snr lui-même l'empire le plus étendu, parce qo'îî agit avec volonté. H accouttime son corps à tous les dmrats, à tous les travaux, et à toutïîs les privations comme à totttes les jouissances. Il plie son esprit à toutes les études, le forme à toutes les conrraissances, et se détennine absolument àr tout, parce que, de lui-môme, et par son état natif, il n'est déterminé à rien. Plus son intelligence fait de progrès, plus il: varie ses go^Hts, ses habitirdes et ses ouvrages ; et TinconstaHce raémp, qui eî<t un défaut de caractère, est presque toujours un indice d'esprit. Comme chacun agit avec sa volonté propre et son* imtcHigenoe particulière , deux hommes ne font jamais là. même chose absolument l'un comme l'autre , et le même homme fait rarement une même chose deux fois de suite de. la

(Vf ir est remarquable que, môme aax terres ausltafes, Ta particule ne» §iâà^f9 ni» re^semlAt^ioyf ^ fait- an mm, fiam^ ni, no, ne, qui exprineiK'

(2) Voyez l'uUniirablti TraiUi de la connaissance d^MiêUxLée i composé pour rinslruction du Dauphin, par fiossuet.

360 DES A5mAUX.'

même manière. Cependant rien n'est perda poar l'espèce de tout ce que chaque individu invente ou perfectionne. La société le tient en réserve et comme en dépôt pour les générations suivantes : de là des progrès journaliers dans les arts et dans la connaissance des lois, progrès de Tintelligence qui seraient suivis d'une amélioration générale dans la conduite, si les penchants de l'homme n'étaient plus forts que sa raison, et si d'orgueilleuses doctrines^ qui ne voient que l'homme et jamais la société, n'avaient depuis longtemps cherché dans l'homme et sa raison le frein de ses passions, que l'auteur de l'ordre a placé hors de Thomnie et, dans la raison et la force de la société.

Ainsi, l'homme, venu au monde sans rien savoir, n'apprend que de la société et ne se perfectionne qu'au profit de la société. L'animal au contraire naît tout instruit ; il n a rien à apprendre de son semblable, et les qualités natives ou acquises de l'individu n'ajoutent rien à la perfection de l'espèce ; et^ pour recueillir en deux mots tout ce qui vient d'être dit, a il y a dans D l'instruction, dit Bossuet, quelque chose qui ne dépend que » de la conformation des organes et, de cela , les animaux en D sont capables comme nous^ et il y a ce qui dépend de la » réflexion et de l'art ^ dont nous ne voyons en eux aucune B remarque, d

Hais, enfin, les bêtes sont-elles de simples machines, montées à l'avance pour tous les mouvements qu'elles doivent exécuter, mouvements qui, par une sorte d'harmonie préétablie, coïncident avec leurs besoins, et avec la présence des objets destinés à les satisfaire^ ou bien ont-elles en elles-mêmes une intelligence qui anime leurs organes, reçoit des impressions, forme des volontés et transmet des ordres ?

Ces deux opinions ont eu leurs partisans; mais, en laissantà part les inconséquences, il semble que^dans ces derniers temps, la question de l'âme des bêtes a été décidée par chaque école, d'après l'opinon dominante sur la spiritualité ou la matérialité de l'âme humaine , de telle sorte qu'on a incliné davantage à attribuer les mouvements de l'animal à un priucipe intelligent; à mesure qu'on était moins disposé à le reconnaître dans les actions de l'homme.

Condillac est allé jusqu'à leur attribuer gratuitement la plus haute fonction de l'intelligence, la faculté de se former des idées générales, faculté qu'il refuse même à Dieu, sur cette inconcevable raison, que les idées générales ne prouvent que la limitation de l'esprit.

BKS ANIMAUX. 361

Le savant cardinal Gerdil pense qne Topinion qui fait des bétesde ptires machines est un peu trop philosophique^ et que celle qui leur attribue une intelligence ne Test pas assez. Peutêtre que dans cette question^ comme dans beaucoup d'autres, on ne dispute que faute de s'entendre. Il ne s'agit pas précisément de savoir si les bêtes sont des machines, puisque tout être animé et T homme lui-même est une machine y c'est-à-dire une portion de matière organisée pour une fin quelconque, et que cette définition convient aussi aux machines artificielles qui sont Fourrage de Thomme. La question consiste à savoir si cette mécanique des brutes a en elle^ ou hors d'elle, le principe de son mouvement, et de quelle nature est ce principe. Ceux qui qui regardent l'intelligence humaine comme le produit de la seule organisation n'y trouvent aucune difficulté, et partout où ils aperçoivent une organisation , ils croient à une intelligence, intelligence plus ou moins étendue ; suivant que rorganisation est plus ou moins parfaite; et ils expliquent, dans cette hypothèse , la supériorité de Thomme sur les animaux , plus heureusement que la supériorité des animaux les tins sur les autres ; car les animaux sont tous également bien organisés pour la fin que la nature s'est proposée en les formant. Si les uns sont propres à traîner ou à porter de lourds fardeaux , les antres composent du miel ou filent de la soie ; si ceux-ci se défendent par leur force, ceux-là échappent par leur agilité ou par leurs ruses, et ce n'est jamais que par rapport à nous et au service que nous en retirons, que nous jugeons le cheval plus parfaitement oi^anisé que le serpent, ou le chien mieux que la fourmi. En effet, nous avons déjà remarqué que les petites espèces d'animaux emploient, pour leur conservation, des moyens plus industrieux que les plus grande<i; et cependant, par une inconséquence formelle à leurs propres principes sur l'organisation, comme cause et siège de l'intelligence, les partisans de l'intelligence des animaux regardent les plus grands animaux comme les animaux les plus parfaits.

Les défenseurs rigides de la spiritualité exclusive de l'àme de l'homme préfèrent de faire des animaux de pures machines, dans toute l'étendue de cette expression, montées une fois pour tous les mouvements que nécessitent la conservation des individus et la propagation des espèces, et que nous pouvons ensuite, à quelques égards, en nous servant de leur instinct^ monter nous-mêmes pour nos plaisirs ou nos besoins, et plier

A ctttàVÊs >incn]voinent6 et à eertmnmJialHtiides^ « Conniâ en » aooordant un instrument, dit BeâBttet^ nous ikttmm la4nrrie » à plusieurs fois jusqu'à ce cpi'^eUe vienne à notre potot> ainsi 9 nous tâtons un chien que nous dressons pour ia chasse, jas- » qu'à oe qu'il fasse ce que nous voukms. » Une fois k ioiiiepnîssance du Créaienr adoiise , il ne paraît pas, à ces pbîlosophes , plus contraire à la raison de supposer des machines naturelles, organisées pour une suite de nomemeats tendant à une fin déternrinée, que d'expliquer (la puissance de i'boninie étant donnée) le mécanisme des «lachines artifieielks organisées par rhomme^ pour une suite de luouvements tendant k un résultat quelconque. S'il est vrai, ooimne nous l'avons déjà remarqué, que, dans une montre on unemac^ne hydraa<iique, l'intelligenoe de l'inventeiir ou àe l'ouvrier soit néellenent et toujours prémnte à la mécaMqiie, puisque «eUe mécanique n'est, à le bien prendne, queiaTéaUsatioa ou Teir pression extérienre de sa pensée, Taetion continue de sa volonté ; et quc^i cette machine vient à se déranger, incapable de se rétablir etie-^nèroe, elle ne peut recevoir de nouveau le mouvement que de la même intelligenee iqui le lui a donné la première i'ois (I), qoelle difficulté tpouverait-on à juger par analogie, moyen le plus sûr de jugement, que TinteHigenee suprême du grand ouvrier, aeppliquée aux ffiachines «aoimées ou aux animaux , en a réglé à l'avance tous les raeuv<^flMiBts^ et qu'en leur donnant un corps, il s'^est, pour ainsi dire, réservé d'en faire mouvoir les ressorts , par «uie loi génér^ile éounée de sa providence coosei'vatiiice'? « 'Quand les animaux, dit » encore Bossuet, montrent. dans leurs actions leur. indutlrie, a saint Thomas a raison de les eomparer à des âiorloges,et aux autiYfS machines ingénieuses, où toutefois PmêuêtrieréwUe^ p wm dans l'ouvrage, mais d«m VarHmm. i» Peui-ôtee ^«a cette action eontinue de Dieu sur les animaux » 4|tt'il n'a pas laissés comme l'homme dam la mm» de leur eomeil.^ pcéimltt à nos faibles imaginations des images incompatibles avec k grandeur et Tindépendance absolues de l'Être suprôme, d qu'elles se le figurent comme «a artisan laboriensemeat appliqué à faire aller une mécanique, qui s'arrête lorsque l'omirier suspend son action; mais pour se éaire une idée plus juste 41

XI) Si, comme le disent les philosophes, la conservatioD de funiTers esl ■ae création continuée, on peut dire qu*aoe aiécaitn]ae est uoe pensée, laeilDvaDilaa aootiaiiée.

DJES .INIMÀUX. .363

plus relevée de Vopération de la Toute-Puissanee sur ses imchiaes animées, il n*y a qu'à recourir encore k ropératioa de rhonifne dans les machines artificielles.

Toutes les mécaniques sont mues par un moteur .général et matériel^ qui donne Timpulsion première à tous les mouvements secondaires : c'est l'air, l'eau^ le feu^ un ressort qui se détend, un poids qui descend, Toscillation d'un pendule, ou quelquefois la force des animaux ou des hommes, appliqués, comme simples. puissances mécaniques, au mouvement de la machine.. Ce moteur est Ifàme de la machine, et même, dans quelques-uues, il en porte le nom. C est une âme que l'homcaç, en quelque sorte, a faite aussi à son image, qui donne Texpulsion aux mouvements du (X)rps où elle est placée , qui les règle, et, comme la Ui&tre, sans cojupcendre sa propre action sur le corps i;^i lui est soumis.

Il y a sans doute aussi dans les machines animées ou les brutes un moteur général, un principe universel d'action, au- 4|uel doivent se rapporter tous les nu>avemeats partioaliers, Mi peut-être n'est41 pas iuipossible d'en. déterminer la* natune^, .si nous voulons. observer ce que Tanimal a xle commun &vûc rbomme, et en quoi ils diffèrent l'un de l'autre, et si iUMis>sqpposons ranimai fait en quelque chose. sur le plan de Thomme, au lieu de cruire, avec les jnalérialistes, Thoinmeiait àTim^ge de l'auioial.

L'homme,. Avons-nous dit, considéré dans sa.substanee.iatelligente, est entendement^ imagination, sensibilité. L'imagination, perv^t les images, la sensibilité» les sensations;. mais Tentendament, outre aa destination essentielle de concevxwr les idées générales qui jont 4e moral • de l'iiomme, les idées -â'^sdre, de îustice, de volonté, de liberté, de,pouvoir, deà/èvx>irs ; l'enteidemen t nous sert encore À découvrir les rapports •qu'4Mit entre eux, et avec notre conservation, les corps .qui nous sont <30Bniist sous des. images. et par des seQsation&. Je in'es}>lique : il est bieB eu de substances ^qui puissent-servir A l^bomoie, même sauvage, dans l'état où la nature les Ijii fournit. Avec du bois, le sauvage fait duieu, un ace ou un HMiaae-^tôte ^.îLfaitdefra^ttiUes avec lesaiôtes de:poisson^ et du fil svec le6iierfsdes.animattx. L'aniaoïal même , il ne le dévoie pas vivant, il lui fait subir quelque préparation avant de le manger. Mais c'est surtout dans Tétat de société policée que l'homme élaboré, transforme, combine entre eHes les diverses substances. Plus il est avancé dans la vie sociale^ plus ilmUt

364 DES AMMAIÎX.

d'art et de réflexion dans ses procédés , et de là vient cpie ces procédés eux-inémeSy et leurs méthodes, et leurs résultats, ont pris exclusivement le nom A* arts. Il voit, il touche la soie, la laine, les peaux des animaux, le bois, les pierres, les terres métalliques, etc. ; mais combien d'opérations ingénieuses oa même savantes, ces matières et mille autres ne doivent-elles pas subir pour être converties en étoffes, en draps, en cuirs, en métaux, en meubles, en édifices, même en aliments salutaires ou recherchés I C'est en étudiant les propriétés des diver^'es substances, c'est en observant les rapports que tons ces obj«»ts, matières premières de tous les arts, ont les uns avec les autres, et tous avec l'air, l'eau, le feu, agents premiers de tous les procédés mécaniques ; c'est enfin en découvrant les relations de toute la nature physique avec lui-même, dernier terme auquel tout se rapporte, que l'homme est parvenu à perfectionner les arts qui servent à le loger, à le vêtir, à le nourrir, premiers besoins qui sont la raison des arts nécessaires, et même le prétexte ou l'occasion de toutes les jouissances superflues. Non-seulement l'homme découvre de nouvelles propriétés et de nouveaux rapports dans les différents corps que la nature lui présente isolés les uns des autres ; mais il généralise les images et les sensations qu'il en reçoit, au point d*en faire des idées abstraites qui ne peuvent s'appliquer à aucun objet particulier, et il les exprime par des mots collectifs. Ainsi, de toutes les images des corps qui servent à le loger, à le vêtir, à le nourrir , et de toutes les sensations* qu'il en éprouve* il fait les idées abstraites exprimées avec les mots collectifs de logement y de vêtement, d'aliments y et réunissant même par une opération de son esprit tontes ces idées abstraites, il en fait l'idée plus abstraite encore et plus collective de subsistance, qui comprend, sous un seul mot, tout ce qui est nécessaire aux nécessités corporelles, mais qui, ne pouvant convenir à ancun objet en particulier, n'offre à l'imagination aucune prise, et ne seil qu'à donner à sa raison une merveilleuse facilité pour penser à tout ce qui peut satisfaire ses besoins, et pour en parler (1).

La sensibilité de l'homme lui fait éprouver des sensations de douleur ou de plaisir; mais par son entendement ou sa raisoD,

(1) Un exemple fera mieux comprendre ceUe dernière pensée. Si i n'avions pas dans la langue, ni par conséquent dans Tesprit, les idées cotlectives qu*exprimcnt les mois subsistance ^ aliments, vêtements, on ne penserait que des individualités, et toute administration géoéraie

BIS AKUUUX. 385

Hiomme voit ou plutôt juge son salut dans la douleur et se résigne à souffrir; dans le plaisir, il juge sa perte et renonce à jouir, on même, maîtrisant sa sensibilité et ses sensations, il brave volontairement la douleur la pins aiguë, s'abstient du plaisir le plus légitime, affronte le péril le plus évident, a et

> même il remarque en lui, dit toujours Bossuet, une force » supérieure au corps, par laquelle il peut s'exposer à une

> raine certaine, malgré la douleur et la violence qu'il souffre

> en s'y exposant. »

L'animal aussi voit, touche, odorey sent, reçoit en un mot des images et des sensations : elles le déterminent invinciblement à chercher les objets ou à les fuir ; mais, parce qu'il est privé de la faculté de combiner les rapports des différents objets entre eux on avec lui, il se les assimile directement tels que la nature les lui présente, et sans leur faire subir aucune transformation, quoiqu'il se serve aussi, et même avec avidité, des objets que nous avons nous-mêmes transformés pour son usage ou pour le nôtre. Si quelque nécessité de la nature demande de lui quelque art dans la manière de se servir des différentes substances, comme chez les oiseaux le besoin de préparer un nid pour leurs petits, ou dans le castor, le besoin de se faire une retraite, la constante uniformité de ses opérations, même lorsque des motifs de sûreté y nécessiteraient des changements, ou que des circonstances particulières les rendent inutiles, prouve assez l'impulsion aveugle et mécanique d'une imaginatfon- dénuée de toute intelligence. Ainsi, à l'approche de la saison de ses amours, une femelle d'oiseau, renfermée dans une cage, travaillera, quoique seule, à bâtir son nid, si l'on a soin d'en mettre à sa portée les matériaux. L'animal même n'a pas besoin d'intelligence, puisqu'il vient au monde logé, vêtu, et l'on pourrait dire noun'i, si l'on observe avec quelle profusion, mais en même temps avec quelle simplicité, la nature a pourvu à ses besoins. On doit même remarquer que Tair, Teau, la terre, et tout ce qu'ils produisent, sont à l'usage de Tanimal comme à celui de l'homme, mais que l'homme seul, entre tous les êtres animés, a reçu la puissance de produire le feu (dont les animaux cependant éprouvent presque tous une sensation agréable), le feu, agent puissant et

dliommes et de cboscs serait impossible; et CondiUac dit que les idées abstraites, qu*il conrond avec les idées générales, prouvent la limitatioQ «IcrespritI

13116 4IBB mnrâux.

terrible de créntion ou de destruction, dont le «uprôraefiidm}osteur n'a remis la disposition qu'à rinteiligenee qui peut en régler remploi, secret d'Élat, que le ouMiarqiie des^BioodoB n'a confié qu à son premier ministre.

L'animal aussi reçoit des sensations; maisees seiisalionsil y obéit aveuglément, involontairement, pour fuir ou recbeN cher Tobjet qui les occasionne, sans connaître les niottb qw pourraient lui faire rechercher ce qu'il évite , ou év iler oe qu'il poursuit, à moins qu'une sensation plus forte, piésenle par l'objet qui la cause, ou rappelée parla mémoire (car l'Animal aussi a la réminiscence des images), ne Teinporie sur une sensation plus faible. Ainsi rimage présente ou rappelée do bftton qui l'a chfttié empêche le chien de céder k 1 appétit eioité en lui par la présence des mets qu'il convoite, tici, j'enbe tout à fait dans la pensée de H. de Buffon, qui dit: a Lêsani- » nrnnx ont des sensations et non pas des idées; » etdftos celle de Bossuet : ce II semble que tout le mieiu qu'on puisse 1» faire pour les animaux est de leur «ceoider des sea- » salions. x>

La machine humaine est donc mue par un entendemeat m une raison, qui, outre sa fonction spéciale de oonoevoir tes idées générales ou sociales d'ordre, de justke, de «mérité, de vertu, de pouvoir, de devoirs, et les idées généraliaées ou cAlectives, telles que celles de blancheur, 4'aoidité, de^dsi»' tance, découvre encore les piopriétés et 4e»rapporta des objets physiques, dont son imagination perçoit les iaMges,4et juge le danger ou l'utilité des sensations que sa sensiUiiié lui tmas^ met; et la machine des brutes est mue par un ipstinct, je veux dire, par une imagination et une sensibilité purement passive^ qui lui présentent les objets de ses besoins ou .de ae^affecItoBCi «ans qu'aucune autre lumière vienne Téelaîrer aur les moyes de satisfaire les uns, ou sur les motifs de modéreries anirai^

Et remarquez aussi que, dans ces étals où 1 homme n'a|3i6 encore sa raison ou en a perdu l'usage, dans l'eafanoe ou i's* Uénation d'esprit, il a cependant déjà, ou il conserve encore, l'imagination et la sensibilité. L'enfant et l'homme en démence perçoivent les mèmas images des objets que rhomme fait et raisonnable; ils en éprouvent les mêmes seoaalioas, et font aussi, à leur occasion, des mouvements involontaires, indélibérés, et des actions purement machinales ; et sans prétendre comparer la brute à Thomme, même dans quelque état de faiblesse d'esprit ou de corps qu'il puisse se trouver, il me $\M

4e pffoiiiiierypar€eteKea9pte^4|iieiafAOultéinléfie«9e4lHii^

et de sentir peut exister dans Faninaal Bans la faculté inteUeetneUe^deraiiionnery puisqu'elle existe i^hez Thonmie avant ou après la raiaon; a car rimaginatiâa, 4lit trà^-iiieD Bossuai, M D^est 411e èa seBsatÎMi.oMitinuée. »

L'eAtendeoient^ je le répète^ ou la raisoa, est le^^ranJ msori de la machine huniaioe. L'enfant qui n'a jms encose une KÛson à lui, ou toute sa raison, est mû ou dirigé par Ja raison des. autres. En vain la faculté de sentir C&rait éprouvera l'homme des sensations, en vain ces sensations produisaient des images dans son esprit; avec les seules facultés natives d'ifliaginer et de sentir, avec les seuls organes qu'il a reçus ;à sa DaissaDce, l'houune ne pourrait se conserver ni former de société : il faut que l'entendement, en se développant» vienne l'éelairer sur les rapports que oes sensations et leurs images ont avec ses besoins et ceux des autres, et qu'il lui enseigne à sup^ pléer à la iaU)lesse où à l'insuffisance de ses organes naturels par des moyen&artificiels ou mécaniques, qui sont proprement les oiffanes de son entendejneat. En eilet, son entendeme«it les invente eu les perfectionne, pour approprier les différents objets anx divers usages de la vie et de la société. Ces moyeni^ simples ou coropUqués, sont les instriuttent^ ou les outils (^0 de tous les arts : on les retrouve partout où vivent des créatures rfaumaines , et les bétes en sont totalement 46pom^ues.

Et qu'on ne dise pasque les brutes n'ont pas Toigane. merveilleux de la main avec lequel l'homme eaécute tout ee que sa nisûo invonte ; car tous les hommes ont des mains , et tons ne sont pas également industrieux. Le singe nsémesides mains» et ne s'en sert pasauirement qu'un chat de-ses griffes, à moins que nous ne Ini enseignions à imiter quelques prooédésde notne nidustyie; et ne diraitroo pas que cet animal hideux, précisément parce qu'il a avec nous quelque ressemblance, inutile À tout, comme le sonten général tous les êtres placés sur les confins de deux espèces, stupide comme la brute, et qui ne copte de l'homme que ses grînuices et sa malignité; ne dirait^ on pas qu'il n'existe que pour servir de preuve que l'homoie n'est pas industrieux parce qu'il a des nuûns, mais parce i|u'il

(t) OuUl 0*681 que le not utile^ proaoncé en changeant Vu en au , suifvant l'usage de beaucoup de peuples , et parlicuUèrement des peuples méridionaux. Afnsi, on trouve dans Montaigne, un util pour cmli/, c'esh- ^-Klire, nae «bote mite.

368 DES ANllfAtX.

est inlelligent et quMI emploie ses mains à exécuter toutes les inventions de son intelligence?

La faculté de recevoir de la part des objets extérieurs des sensations et des images est donc, pour me servir de la même comparaison , le grand ressort , le moteur universel de la machine des brutes, pourvues toutes d'organes naturels bien supérieurs aux mêmes organes de l'homme; et comme ces organes suffisent à leur conservation, elles n'ont pas besoin de moyens artificiels, ni par conséquent de la faculté intellectuelle qui les invente.

C'est à ces images et à ces sensations que le Créateur a sans doute attaché toutes les déterminations nécessaires de leur instinct, comme nous faisons nous-mêmes dépendre tout le mouvement d'une horloge de l'oscillation d'un pendule, et de la détente graduelle d'un ressort monté pour plusieurs jours , et sans que nous ayons besoin d'en entretenir le niouvemeot par une action immédiate. C'est une action à distance de la Toute-Puissance, dont nos mécaniques peuvent nous donner quelque idée; et l'auteur du monde naturel a réglé que^ chez les animaux tel mouvement suivrait nécessairement telle image ou telle sensation présente ou rappelée , comme l'homme , ce créateur du monde industriel, a voulu qu'un rayon du soleil, passant à midi par un trou pratiqué à une plaque de tôle^ tomhftt sur l'amorce d'un canon, enflammftt la poudre, et indiquât rheure par son explosion, a Ainsi, dit encore Bossuet, ]> la raison nous persuade que ce que les animaux font de plus » industrieux se fait de la même sorte que les fleurs, les » arbres et les animaux eux-mêmes, c'est-à-dire avec art do » côté de Dieu, et sans art qui réside en eux. »

On veut cependant trouver quelque chose de plus dans les animaux , on leur suppose des facultés intellectuelles ; on leur attribue des raisonnements et des jugements. Cette conclusion ebt précipitée, pour ne rien dire de plus. Les animaux exécutent aveuglément les mouvements que nécessite leur conservation, comme un enfant marche sans connaître les lois de l'équilibre ; les mouvements chez les brutes s'exécutent comme chez l'homme, en vertu des lois générales des corps animés, et conformément à ces lois; et s'ils s'exécutaient d'une manière contraire à ces lois , ils ne pourraient remplir leur destination, et ne produiraient aucun résultat. Mais, parce que nous raisonnons nos actions, nous sommes portés à croire que les animaux raisonnent leurs mouvements^ et nous

DES ANIUAUX. 369

oublions à tout moment qu'à côté de ces mouvements, qui nous paraissent dirigés par une faculté intelligente, il y en a d'autres dans lesquels parait yà découvert toute la béiise de l'animal , si Ton me permet cette expression , que nous avons depuis longtemps réservée pour l'homme, tant est générale et profonde l'opinion de l'instinct tout machinal des bétes et de rintelligence naturelle de l'espèce humaine ! a Sans doute, 9 dit Bossuet, les animaux font tout convenablement; mais » c'est autre chose de connaître la convenance. L'un convient, ]» non-seulement aux animaux , mais encore à tout ce qui est 9 dans l'univers : l'autre est le véritiible effet du raisonnement D et de l'intelligence. » Le cerf, dit-on^ brouille et confond ses voies pour tromper les chiens qui le poursuivent ; il fait môme lever un autre cerf pour leur donner le change. J'avoue que je ne vois dans tous ses mouvements que l'embarras d'un animal craintif qui revient sur ses pas, parce qu'il ne sait où se sauver, et la peur qu'en fuyant il communique à un autre animal de son espèce. Si le cerf raisonnait, même pour le grand motif de sa conservation, il s'éloignerait des lieux habités par l'homme, il ne bramerait pas au temps de ses amours , pour avertir l'homme de sa présence. On prétend qu'un lièvre se sauverait dans une touffe de joncs au milieu d'un étang : il suffirait que le hasard l'y eût conduit une fois pour qu'il y revint; mais les lièvres, s'ils raisonnaient, ne reviendraient pas au gite où l'homme les attend , et ils ne consumeraient pas leurs forces à tourner dans un espace peu étendu. Y a-t-il, dans l'histoire des animaux , rien de comparable à l'industrie du formicaleo pour faire tomber sa proie dans le piège? Il creuse dans un sable mobile, avec un art parfait et selon les règles les plus exactes de la géométrie, un cône renversé qui offre de toutes parts un précipice aux voyageurs imprudents. Caché lui-même dans le fond de son antre, il lance, avec beaucoup de force, des grains de sable sur les insectes qui, tombés dans la fosse, font leurs efforts pour en sortir, et lorsqu'il les a saisis et dévorés , il en rejette les restes loin de sa demeure, de peur, dit on, que la vue de leurs débris n'en éloigne de nouvelles proies. Comment tant de pensées avec si peu de corps? comment tant d'intelligence avec une organisation si imparfaite , puisque cet insecte manque même d'organe cérébral ? Hais il creusera son cône dans la poussière de mon encrier, il le creuserait partout, et là même où il ne peut être pour lui d'aucune utilité, parce qu'il travaille par une

3W 0B8 AKlVAint.

impuhîon hréftécbie^ involontaire^ et qu'il dresse ses em- Mches là même où il n'y a rien à prendre^ comme ma pendule sonne llreure y lors même qii il n'y a personne pour rentendre. En un mot, dans ce que nous avons appris «cm animaux les mieux dressés, je vois notre intelligence; dans ce qu'ils ont reçu de leur nature , je ne vois qu'un instinct aveugle et prédéterminé; et, par exemple, a-t-on pn ou voulu apprendre à un chien à connaître son maître, lorsqu'il entre la nuit dans sa demeure , et qu'encore à uue grande distance, il ne peut ni le voir ni le sentir, et quil est seul dans la maison à l'entendre? Mais quand même il reconnaîtrait le bruit de ses pas, peut-il distinguer la marche de son cheval? et cependant ce gardien fidèle n'aboiera pas, on aboiera d'une manière différente, et exprimera le plaisir, et non la crainte on la colère. Si c'est là de l'intelligence, il en a plus que ITîomme; et l'homme, conduit par sa raison, prouve moins l'intelligence suprême que l'animal guidé par son instinct. Mais on peut opposer à ces opinions sur la faculté de raisonner et de juger , qu'on attribue aux animaux , une réponse générale et péremptoire. On ne peut faire connaître sa pensée que par une expression parlée ou figurée par la parole ou le geste. Les animaux ont-ils aucunes de ces expressions extérieures d'où nous puissions conclure l'expression intérieure os la pensée ? Les anciens appelaient les animaux privés de raison, muta animalia , les animaux muets, et lorsque la crédulité populaire cherchait des présages à de grandes calamités, elle mettait au nombre des plus sinistres que les bêtes avaient parlé, pecudesque locutœ ^ infandum/ Et nous-mêmes, malgré nos systèmes, ne serions -nous pas saisis d'étonnement et presque d'effroi, si nous surprenions un animal, je ne dis pas à parler, mais seulement à faire un geste qui fût l'expression réfléchie d'une pensée, et non lé signe involontaire d'une sensation ou d'un besoin T

Les animaux, il est vrai, ont Texprcssion des passions, c'està-dire , les cris et les mouvements involontaires : ils en ont de différents pour l'amour, pour le désir, pour la colère, pourl» faim; et, par ces signes divers de leurs afiêctions, ils s'entendent entre eux , parce qu'ils ont tous les mômes besoins et les mêmes passions, et que ces besoins et ces passions font partie de leur instinct de conservation, ou conune sentinelles pour les dangers qui peuvent les menacer , ou comme sUmuïknis pour les besoins qu'ils doivent satisfaire ; mais les ani-

DES ahotaux. 37i

maux n'ont aucune expression de pensée, de raisonnement, parce qu'ils n'ont ni la faculté de penser ni celle de raisonner, et même dans la parole que l*homme leur adresse, ils n'entendent que lé son.

Ainsi Thomme a tontes les expressions, parce qu'il a toutes les facultés, et le langage articulé, expression propre de l'enteudement, et le langage du geste ou du dessin, expression propre d'une imagination éclairée par Tcsprit, et le langage des actions libres, expression d'une sensibilité dirigée parla volonté ; l'animal , au contraire, n'a que des cris, expressions de sensations irréfléchies , et des mouvements involontaires, expressions ou plutôt impulsions d'une faculté de percevoir des images s:ins jugement et sans raison.

L'homme a donc une âme : entendement^ lorsqu'elle conçoit les idées intellectuelles; esprit, lorsqu'elle s'applique aux choses d'imagination ; raison , lorsqu'elle déWhère ;jvgement, lorsqu'elle prononce; ro/on/^', lorsqu'elle commande; et l'animal n'a qu'un instinct, c'est-à-dire, une faculté de recevoir des images sans entendement qui puisse en tirer des rapports, et une fiiculté de sentir sans jugement, sans volonté et sans liberté, qui puisse en régler les actes.

El peut-être n'est-il pas impossible de tirer de cette dlffé-* rence entre l'Ame de l'homme et l'instinct de la brute quelques inductions éloignées sur l'immortalité de l'une et la mortalité de Tautre. Les idées d'ordre, de raison, de justice, etc., sont éternelles comme Dieu qui en est le type; et s'il y a quelque analogie entre l'objet perçu et le sujet qui perçoit, on peut regarder l'âme qui conçoit ces idées comme un miroir qui rélléehlrait éternellement un objet qui lui serait éternellement présent. Lame est immortelle , puisqu'elle est la fticulté de' contempler un objet éternel ; et dans cette société intellectuelle, pouvoir, ministre, sujet, tout est ou doit être étemel ou immoi tel; Hais la faculté qu'ont les brutes de recevoir des images* et dfes sensations ayant pour objet ce monde matériel et périssable, on peut croire que cette faculté cesse, lorsqu'il n'y a* plus db raison à son existence, et que l'objet a disparu par la: décomposition des sens destinés à le percevoir. I*6me pour l'homme, l'immortalité de l'âme ne suppose pas précisément^ Rnimortalité de l'imagination. Il y a apparence que cette &»culte doit cesser en lui, lorsque les objets extcrienrs de ses* perceptions ont cessé d'être pour lui. Si, comme le définit

372 DES kJXOlAXJX.

Bossuet , a l'imaginatioD nVst que la sensation continuée , i elle doit finir avec les sens. Elle s'affaiblit même avec eux à mesure que Thomme avance dans la vie; la raison, au contraire, se fortifie, et^ de ces deux puissances qui se partagent le domaine intellectuel. Tune s'accroît de tout ce que Tftge et la réflexion ôtent à l'autre.

L'homme possède donc et possède seul la science des moyens et des rapports,ia première ou plutôt la seule science, et celle qui comprend toutes les autres; car toutes ses connaissances théoriques et pratiques ne sont que des moyens, la religion, le gouvernement, les sciences, les lettres et les arts. C'est par cette science des moyens que l'homme fait servir à la perfection de son Hre physique et moral, individuel et social, la nature tout entière, matérielle et intellectuelle, les animaux et Dieu même, si jose le dire ; et c'est dans la découverte de nouveaux moyens et de nouveaux rapports, ou plutôt dans l'extension et le développement de moyens et de rapports connus que consistent les progrès de son esprit et le perfectionnement de son existence.

C'est donc là le caractère incommunicable qui distingue rhon)me de la brute, le trait le plus marqué de la diiTérence qui existe entre eux, et qui ne permet pas de rapprocher ronimal le plus industrieux de l'homme le plus borné. L'homme nàlt dans l'ignoranre de tout ce qu'il doit savoir, mais avec la capacité d'apprendre de ses semblables tout ce qu'il ignore, de tout connaître et de se connaître lui-même. La brute, au contraire, natt instruite de tout ce qu'elle doit faire, mais incapable d'aller plus loin. La raison de l'homme est incertaine, et les passions ['égarent sur la route, parce qu'elle n'arrive que par degrés, et en écartant ses passions à la connaissance de la vérité. L'instinct de la brute est sûr, même infaillible, et ses passions ne font qu'ajouter à sa sagacité, parce que, n'ayant rien à apprendre, elle doit avoir tout reçu pour la fin qui lui est propre. Ainsi, une horloge ou un baromètre indiquent l'heure ou les variations de l'atmosphère, avec plus d'exactitude que l'astronome le plus exercé. Je le répète, l'animal naît parfait, ou plutôt fini ; l'homme naît perfectible et infini, si j'ose le dire, car, dit Bossuet, ail peut trouver jusqu'à l'infini.» La brute n'a rien à apprendre de son espèce, collection d'êtres animés rapprochés par les mêmes besoins, qui ne connaissent rien, pas même la perfection de leur instinct; l'homme a toat k recevoir de son espèce, société d'êtres intelligents réunis dans

BBS AHIMAUX. 373

4es idées générales^ qui connaissent tout, et même rimperfection de leur intelligence :

« n connaît sa fiiililesse, et voIRi sa puissance (I). »

En sorte qne, ponr la brute^ la perfection relative est dans Tindividu, riniperfectibilité dans l'espèce; pour lliomme, au contraire^ Timperfection est dans l'individu^ la perfectibilité est dans l'espèce ou la société. L'espèce brute recommence toujours et tourne sans cesse dans un cercle qu'elle ne peut franchir; l'espèce humaine ne s'arrête jamais^ parce qu'elle suit une ligne droite ^ dont elle ne peut atteindre le terme. Aussi la brute , qui trouve en elle>méme tout ce qui lui est nécessaire de savoir , est toujours seule ^ même lorsqu'elle vit auprès de ses semblables^ parce qu'elle ne peut rien recevoir de ses communications avec eux; et l'homme^ une fois qu'il a connu Dieu et l'homme^ n'est jamais isolé, parce qu'il a connu la société, et qu^il vit au milieu d'elle par ses pensées, même lorsqu'il en est éloigné de corps.

Quelques partisans d'un principe intelligent dans les animaux n'ont su comment concilier, avec la justice et la bonté .de l'Etre snpréme, Tétat de souffrance auquel la brute, ainsi que fhomme, est exposée, fondés sur cette raison, que, sous un Dieu jnste, nui être ne peut souftir sans l'avoir mérité.

L'animal souffre sans doute ; mais il n'est pas malbeurenx, pas plus qu'il n'est heureux en jouissant, parce que la douleur et le plaisir sont des sensations que tout être organisé et animé peut éprouver, et que le bonheur ou le malheur sont des sentiments dont le seul être intelligent et moral est susceptible. En vain la poésie, qui personnifie tout, et même les êtres insensibles, parce qu'elle vit d'affections, prête à l'animal nos sentiments comme nos pensées et notre langage; en vain nne sensibilité factice, qui se désespère des plus petites douleurs, donne des larmes aux souffi'ances de l'animal : la raison dit que l'être seul est heureux, qui a des idées de souverain bien et une destination naturelle vers le suprême bonheur dont il fiût l'application à tous les objets qui lui offrent quelques traits du bien et dn beau qu'il connaît , et quelque avant-goût du iboDfaeor qu'il espère; que celui-là seoi est mattieureux qoi

(t) M. DettUe, poème de VTmagination.

peut comparer son état présent de souffrance avec le sentiment de sa dignité et la grandeur de ses espérances; que celui-là seul est heureux qui, dans le plaisir, voit ou croit voir en quelque sorte la plénitude de son existence et l'accomplissement de ses hautes destinées ; que celui-là seul est malheureux qui regarde la douleur comme un châtiment, comme une dégradation de son être et une déchéance de la domination qu*il a droit d'exercer sur les êtres sensibles et sur lui-même; et que l'animal qui n'a ni ces idées, ni ces désirs, ni cette destination, ni ces espérances, et qui ne peut faire aucune comparaison de son état présent avec aucun autre état, soit qu'il souffre, soit qu'il jouisse, n'est pas au fond plus heureux ou plus malheureux que la plante que Ton arrose, ou que le bois que Ton met au fou ; et si nous ne devons pas le tourmenter par caprice, ni le détruire sans nécessité, la raison nous permet d'en user comme de tous les objets sensibles, avec modération^ et selon l'exigence de nos besoins.

D'ailleurs à parler exactement, c'est moins la souffrance qui est un mal que la destruction, dont la douleur est l'annonce et le conimencementj c'est moins la jouissance qui est un bien que la vie, dont le plaisir est le plein exercice. Hais la vie elle-même et la mort ne sont un bien ou un mai que pour l'être qui les connaît, les juge, et qui quelquefois, malgré U nature, et plus fort qu'elle, fuit la vie comme un mal, et cherche la mort comme un bien. Mais, pour la brute comme pour le végétal, la vie et la mort ne sont rien, rien que du mouvement et du repos, rien qu'un état que l'une commence, que l'autre finit, et où la mort n'est que la condition nécessaire de la vie.

Ce qui nous induit en erreur sur rintelligence que nous supposons aux animaux, et sur les affections semblables aux nôtres que nous leur attribuons, ce sont les rapports d'organisation et d'habitudes qu'ils ont avec nous: et encore faut-il obsener que ces rapports d'organisation et d'habitudes ont été étrangement exagérés par la légèreté, l'amour du merveilleux, ou l'esprit de parti. Même pour l'animal chez lequel ces rapports sont les plus apparents, et qu'on appelle pour cette raison r homme des bois,le premier de nos naturalistes, M. Cuvier,réduit à sa juste valeur cette prétendue ressemblance. aOn a,dit- » il dans ses notes sur le poème des Trois règnes, ridiculement » exagéré la ressemblance de V orang-outang avec nous; et » quoiqu'un écrivain moderne soit allé jusqu'à dire que

DES ANnCAUX. 375

3 V homme esi un orang-outang dégénéré , la vérité est que le célèbre

• orang-ûutang de Bornéo, le singe qui s'approche le plus de

> l'homme, n'atteint que trois ou quatre pieds de haut, est in-

> capable de marcher debout sans Taide d'un bftton, se traîne

> à quatre pieds plutôt qu'il n'y marche, et ne jouit de quelque » agilité que lorsqu'il grimpe aux arbres. Sa physionomie rap- » pelle un peu celle d'un nègre, quand on le voit de face; » mais de profil, la saillie de son museau décèle bien vite une

• brute; la longueur démesurée de ses bras lui donne un air

> hideux d'araignée, et quoique ses mouvements aient quelque » chose de moins brusque que ceux des autres singes, que son » naturel soit plus doux, plus aimant, plus docile, il ne parait » pas qu'il soit de beaucoup supérieur au chien pour son intel- 9 ligence ; mais sa conformation donnera toujours à ses actions 9 et à ses gestes une ressemblance avec les nôtres, faite pour » frapper le vulgabe. »

Je reviens aux rapports d'organisation que les animaux ont avec nous; et si, comme le dit lui-môme l'auteur des Rapporté du physique et du moral ^ a il est difficile, même à l'homme le » plus réservé, de ne jamais recourir aux causes finales pour 9 l'explication des phénomènes physiques, » j'ose dire qu'il est indispensable d'avoir recours à ces cames finales pour expliquer le phénomène des rapports physiques des animaux avec l'homme.

En effet, si l'animal eût dû n'être entre les mains de l'homme qu'un instrument ou moyen purement passif, comme le bois, la pierre, les métaux, il n'eût eu avec 1 homme d'autres rapports que les rapports matériels que ces substances inanimées ont avec le corps humain, des rapports de distance, d'étendue, de pesanteur, d'adhérence ou de divisibilité de parties; rapports que tous les corps ont entre eux, et qui rendent ceux qui servent à nos besoins propres à être mis en œuvre pour notre industrie. Hais les animaux devaient être pour l'homme des instruments animés, des moyens actifs, et non pas seulement des matériaux. Ils devaient être des aides pour ses travaux, des compagnons de ses plaisirs ou des ennemis pour son courage. D leur fallait donc avec nous des rapports d'une autre espèce. D était nécessaire que l'animal nous vit poumons reconnaître, nous connût pour nous retrouver, nous entendit pour nous obéir, qu'il s'attachftt à nous pour rester auprès de nous; et ces mêmes facultés qui accoutument à Thomme les animaux utiles, il les fallait pour l'éviter aux animaux malfaisants, qui se mul-

376 Mf AHiHACX.

tipltent partout où Fhomme n'est pas, et lepamaseiU paitout où il n'est phi&, mais qui lui cèdent Tempire de la tene^ et s'éloignent de sa deraeiire, là où sa mcHitre ce dominateinr de Tunivers. Les anîmaui savvages semblent mène avoir été la première occasion de la civUisatioD poiiiique de l'espèce kiv* maine^ et le premier objet de l'exercice de son inteliigeace. Les tigres encbatnés par Bacchus^ les monstres domptés par Hercule, les lions apprivoisés par Orphée , déposent de cette vérité, que rhonune^ au prenuer Age de la société, a eoi|»loyé à combattre les animaux ou à les soumettre, une indnstne qui, bientôt appliquée à d'autres objets» a été le primùpede ses progrès, et trc^ souvent le ministre de ses passions. U finUaii donc aux animaux une organisation humaine, si j'ose le dire, pour pouvoir servir Thomme ou servir à l'homme; une facalié d'imaginer, pour que nous pussions leur transmettre dei images ; une faculté de sentir pour que nous pussions leur donner des habitudes; et, destinés à se reproduire pour durer sur la terre autant que l'homme, il leur fallait des affectioas domestiques, ou quelque chose qui y ressemble, pour se cher^ cher et s'unir entre eux, et prendre de leur progéniture le soio que nous ne pouvons en prendre nous-mêmes, c est à-<lîre qu'il fallait aux brutes tout ce qu'elles ont, et rien de plus : car ViûteiUgence, la cx)nnaissance, et par conséquent la raison qu'on leur attribue gratuitement, seraient aussi importunes à l'homoBe qu'inutiles à l'animal, incommodes à notre supériorité^ superflues pour sa dépendance. Ils seraient bien moins souoûs^ s'ils étaient intelligents , et peut-être trop semblables à l'bonune, ils raisonneraient lorsqu'il ne faudrait qu'obéir. Mais, quoique ranimai, par son organisation, ses sensations, sa mémoire, ses habitudes , ses affections , ses besoins , ressemble en quelque chose à l'homme, peut-on raisonnablement supposer qu'il agisse par le même principe? Je vois le berger qui ramène et rassemble son troupeau dispersé dans un champ voi»n ; son chien le ramène aussi , et même beaucoup mieux que le berger : ûseraitron dh*e que, dans une action semblable, le berger et son chien sont déterminés par le même motif? Les religieux du mont Saint-Bernard vont à la i*echerclie des malbeuraia égarés dans la neige; leurs chiens y vont aussi, et même las découvrent beaucoup plus sûrement : faut-il supposer à ces animaux une intention semblable à celle de l'homme? On dira peut-être que ce sont là des actions morales, et qa& ceux qui supposent dans les animaux des facultés intellectueltes ne laur

sttribiwDi awaae monUté. due mlelH(i;ene» aiafi memilM ferait «ne mtettigeiice aiins ciHina»snioc des meMs qm la déterminent à «n parti phnôt qu'à on autre, par «oaséquent une îmeHigence sans rattoii , ^ ane inteUigeiice sans raison n^est qv'tm iiMitinct ; et toute cette dispute ne serait qu'une diqnite de mots, qui oéderait à une définition eucte de ce qu'on en« tend par iostînet et par knelfigeace. Mais on veut que les bêtes pensent, imagineAt, raisonment, jugent, sinon autant ^(oa iliomiiie , an moins cemme l'iiofnme ; et alors tes bétes sont, ainsi quet^honHne, capaMesde perfectionner leur intelligence^ d'étendre te cercle de leurs comiittssanees et la sphère de lean laisDfiMiiients. a La nature des animaux pourra s'életer à a tout, dît Bossoet, dès qu'elle pourra sortir de la ligne qu'ils a popoMretit. » Si les pies pouvaient, comme on l'a dit, compter jusqu'à trois , et même jiasqu'à neuf^ il n'y auravt pas de ruiasM pour que les piea ne pussent, av«ec le temps, embrasser lu sjatème «gatier du monde physique ; et cependant six aulle génératioas d'animaux, qui se sont succédé depuis AnsMe, n'ont rien ajoirté à la perfection des espèces : ée quelle dpuque datera leur perfecliëiUlét Ala ▼érité, on avoue que, peur prommcer sur cette grande question, on attend encore d'avoêr réuni im plus grand nombre des faHs de llrisloim des animaux, comme si , depuis que le monde existe, fl n'y a pas «u autant de faits à observer que d'animaux , autant d'observateurs que d'hommes, arttmt de lieux propres à ces eaipérienoes que de chaumières.

Et s'il Mlait, aniec Oondiltac, attribuer aux brutes la faculté de eoncevoir das idées générâtes, cette plus baaie fonction de l'intelligence, comme elles ont celle de peroevoir des images, au, avec d'autres pbilosDphas, leur prêter des seoliinents, parée qu'elles épranveaft «des sensalioaB ; s'il Miait leur sup^ poser une intelUgenoe qui s'exprime «« peut s'egi|)vîmer par 4Be hmguequî leur est propre, «t qui peut saisir des rapport^ mhûm de nombie, enn» uk lAjets, on ne voit pas ce qui en^ pécherait de leur attribuer toutes les facultés qui résiâteat de l'iaAell^coce et de la méamire, coaobînées avec l'ianaginatioa, la seasAilîté et les besoins ; je vewx dire, la Téfleaion^ la oon^flsisaaace, le jugaaMni, et surtout quelque comiaissaneada leur état, otqatAfae faculté d'en faire la oœnparaisan avec le ■dtre ^ car ai te tamtes ooaaia'aaaK qnekfue chose, jantends d'une «manissanoe «dlnlelligenoe et de ^flexion, •e^esl 4nas âoule les tous qui aontteplua pi*s d:'aUfla, et qni laaiulé^

378 DES ▲5UIAUX.

ressent davantage elles-mêmes et nous. Elles devraient donc avoir la conscience de ce que nous leur faisons souffrir, et le désir de s'y soustraire. L'empire que nous exerçons sur elles ne devrait leur paraître qu'une odieuse tyrannie ; et loin que les animaux vinssent d'eux-mêmes retrouver l'étable qui les enferme, et caresser la main qui les opprime. Us se serviraient de leur force, de leur agilité, même de leur nombre dans les espèces les plus faibles, pour échapper à notre domination, et retourner dans les forêts jouir des douceurs de la vie indépendante, ou, s'ils ne pouvaient se dérober à notre joug, l'excès du malheur les conduirait à se délivrer eux-mêmes de leur malheureuse existence ; et cependant cet acte de désespoir, si fréquent chez l'homme, est sans exemple chez l'animal, qui meurt et ne se détruit pas lui-même ; nouvelle preuve qu'il n'y a rien en lui qui connaisse même son état, et qui puisse commander au corps de s'y soustraire. En un mot, les animaux ne peuvent avoir une faculté de raisonner que pour notre utilité ou pour la leur. Si elle leur a été donnée pour nous servir, ils ne sont que nos esclaves , et la prééminence de l'homme est incontestable; si elle leur a été donnée pour les éclairer euxmêmes, quel usage font-ils de cette lumière intérieure? A quoi leur sert-elle pour leur bonheur et l'amélioration de leur condition ? Pourquoi profaner ces beaux noms de raison et d'intelligence , en les appliquant à un ordre de perceptions toutes matérielles, pour lesquelles l'instinct des besoins et des appétits peut suffire ; et parce que nous ne pouvons pas expliquer Yinstinct, est-il absolument nécessaire de recourir à la raison, dont le plus noble exercice est de maîtriser les besoins et de modérer les appétits?

Au nombre des caractères qui distinguent l'honmie de la brute , il en est un bien déplorable assurément , que Ton n'a peulrêtre pas remarqué , et qui, cependant , devrait se retrouver dans l'animal, s'il avait, comme nous, l'intelligence, la connaissance, la faculté de raisonner, comme il a, ainsi que nous, des passions et des besoins. Je ne crois pas qu'on ait observé chez les animaux la folie, dans le sens que nous attachons à cette expression ; car l'oiseau du Nouveau-Monde qu'on appelle le fou, habile à saisir sa proie, ne se distingue des autres que par une plus grande sécurité et moins de crainte de l'homme. Le vertigo des chevaux, la rage des chiens, l'épilepsie des bêtes à laine, dont le siège parait être dans le cerveau, sont des maladies qui entraînent toujours la mort de l'animal, et

BBS A!(ItfA1TX. 379

dans lesquelles les fonctions animales et les déterminations instinctives sont troublées et anéanties.Maiscet état dePhomme^ dans lequel , sans maladie apparente, sans lésion au moins sensible des organes^ pas même toujours de Torgane cérébral, sans désordre dans les fonctions animales, avec la même force vitale, et souvent avec une plus grande énergie de forces musculaires, rhomme parait absent de iui-méme, perd tout empire sur ses déterminations, tout sentiment de ses affections, même les plus naturelles^ tout souvenir de ses habitudes, même les plus constantes, tout soin de sa propre vie et quelquefois tout respect pour la vie des autres, ne reconnaît plus ni les temps, ni les lieux, ni les personnes, n*a plus que des idées incohérentes et se fait des images fantastiques, et cependant peut, ' dans cet état, vivre en santé, et parvenir à un âge avancé; cet état, dis-je, ou un état équivalent , ne se présente jamais chez ranimai qui a nos maladies, nos besoins, nos passions, si Ton veut ; mais qui, n'ayant pas de raison, ne peut avoir le triste privilège de la perdre.

Je finirai par une observation importante. Une hypothèse de physique doit s'accorder avec l'expérience et le calcul ; mais un système de morale doit être avoué par la raison, et se trouver en harmonie avec la partie morale de notre être, nos pensées, nos affections et nos sentiments. Il doit être humain, si Ton peut le dire dans ce sens, pour pouvoirconvenir à l'homme; et si la science pouvait mécx>nnaltre cette vérité, et opposer des faits équivoques et des raisonnements hasanjés à cette lumière intérieure, à cette conscience générale du vrai et du bon, qui prévaut sur le raisonnement, et souvent nous guide plus sûrement que la raison, le goût des sciences ne serait que Tavarice de Tesprit, et le savant, pauvre de raison, de sentiments et de principes au milieu de ces trésors d'érudition de faits et d'observations, ressemblerait au malheureux qui meurt de faim sur des monceaux d'or.

Cette vérité incontestable s'applique, dans toute son étendue, au système sur l'intelligence des brutes, et l'homme en éprouve un sentiment involontaire de dégoût ou plutôt d'horreur, qui l'avertit même, avant toute autre réflexion, que ce système, inventé par son imagination, ne peut pas être à l'usage de sa raison.

L'utilité que nous retirons du service des animaux, le plaisir que leur instinct nous procure, la familiarité dans laquelle ils vivent près de nous, et partagent notre demeure et notre pain;

3Bè M0 A»1MMaL

ces souvenirs poétiques do notre eofiasice,. et de œsfreaièK» leçons 4|iie nous avons Keguesde re%e«n|^ des aniaiaos^ jrn^ posé dans d'ingénienx apologues à l'inatrttctioo des heianies; ce penctiant naturel à llîoaiine à tout animer de se propee vie, àpefBonmfier tout ce qui lui est peieoonel, pencheiit q/tà est la source des nuMivements les plus passionnés de réioquesee et de la poésie ; que sais-je ? Torgueil qui se pialt à rélever teut tout ce qui est sous sa dépendance : tous ces sentimeiita, en un mot, naturels ou ftiotices, disposent nc^e intt^aaiion, bism plus que des ressemblances d'organisation et d'Iiabitiides, à se faire illusion sur le principe qui anime les hrates; et sans les. croire intelligentes et susceptibles de nos affections; aenii inème nous en occuper^ nous les gouvernons par notre intellîgwice, nous les traitons avec bonté, nous leur parlons eonune si nous en étions entendus, nous les aimons comme si nous en étions aimés, et cette fiction, qui est sans danger pour notre dignité, n'est pas sans quelque avantage pour nos intérêts, puisqu^en nous attachant aux animaux, elle les rend pour nous plus hr miliers et plus dociles. Mais si une science fausse etromaaesipie vient faire un système positif et raisonné de ce qui n'est en nous qu'une surprise des sens, ou une bonté irréfléchie du caractère ; si elle veut réduire en démonstration rigouretiseles Métamorphose» d'Ovide et les Faàles de La Fmtame^ eHe ne force de réiéchir sur ces instruments que je me contentais d'employer tels ({u'ils sont, d'interroger ma raison et la raison de la société sur ee qu'ils peuvent être, et sur la plane qu'ils doivent occuper dans le système générai, et alors, je l'nvoue, je ne sais quelle répugnance naturelle avertit ma raison, même avant toute considération , de repousser uneopiaiw qui, à la place de l'ordre qui règne dans l'univers, ne présente qu'une borrible confu»on. Toutes ces faeuUé$ imteiukmlle» qui ranfrplissent mes étables, peuplent mes basses-cours, rôdent dans mes greniers; toutes ces intelligences que j'attache à on char, que j'attèle à une charrue, à qui je mets le bât sur le dos et le nein à la bouche, ne me pacaissent plus qu'une insoieaAe et ridi' Gule parodie de l'homnae, et une coupeble dérieîon de ses plus nobles prérogatives. Le service des animaux peed pour mai tous ses channes, et je perds moinaiiênie avee e«s nnsécMriti. Je voyais en eux un instinct merveilleux , qui suffisait à lea» besoins et aux miens : je n'y vois ptus qu'une inteUifenoe dé> gradée, qui ne peut les éclairer que aur leur miaire, sans lev donner les moyens d'en sortir. Us étaient peur I^obbêbm dss

infiirameBtft utiles, ils ne sont plus que de dangereux oom* Hiensaux. Ce chien si fidèle, qui repose à mes côtés pendant moA sonuneii ; ce cheval docile, qui me conduit d'un pied si sûr à travers les torrents et les précipices, s'ils pensent, s'ih réflédktssent, s'ils raisonnent, ne feront-iîs jamais usage de leur raison que pour obéir? et si les pensées de Thomme io* cooau, de mon semblable, que je rencontre seul dans lesUeux écartés, m'uispirent quelquefois de justes craintes, n'éprou* verai-je jamais an sentiment d'eSroi, en oie trouvant faible et désarmé an milieu de ce troupeau d'esclaves, qui ont leurs peasées, conmie j'ai les miennes, et des moyens d'attaque si supérteors à mes moyens de défense T

Résumons. La faculté intérieure qui conduit les brutes, et doiMie l'impulsion à leurs mouvements, est bornée dans chaque espèce par son organisation particnlière : donc cette faculté est un instinct, et n'est pas une intelligence, une raison, puisque le propre de l'inteiygence et de la rasson est d'être servie et UM bornée, même par ses organes, et de ne pas connaître de terme à ses recherches et à ses progrès.

La faculté intérieure qui anime Ifhomme, commande et dirige ses actions, n'est pas bornée par son oigaaisation, puisque rhomme invente tous les jours de nouveaux moyens d'éteadve la farce de ses organes, ou de suppléer à leur faiblesse, et de faire^ en un mot, avec des organes artificiels, tout ce que ses orgaaes naturels lui refusent. Ainsi, il vogue sur les eaux, il s'élève dans les airs, il parcourt la terre, il mesure les cieiix, eemne il connaît le passé, juge le présent, prévoit l'avenir, «t aotmiet tout ce qui est, et même ce qtd n'est pas encore, à Faeiâon de sa pensée ou de son industrie : donc cette faculté est une intelligence. S'il est néceasaire, pour leur conservation eC ladestiuatioQ qu'ilsont reçue, que les animaux tirent quelques iuduelions des ioiages qui les frappent, qu'ils contractent quelques habitudes par la répétition fréquente des mêmes actea^ ces induciîoiis, ou plutôt ces amaéctâiions, qui ne sortent pas des limites de leur instinct, et qui en font partie, ne sont poinl une raison ; des habitudes ae saut point des raisounemaHs, et ail'oQ veut appeler cet instinct avec ses inductions et ses habitudes une raÎ60A,>on ne fait que changer l'acception des mots; at une raâsuu bornée aux seiiia objets matériels, et circonscrite dans uo cercle d'inductiaos simfles et d'habitodes invola»* taires, afeat pas ce que les hommes ont, dans tooa les tenapa.

382 JXEB ▲KIMAUX.

entenda jm le mot raison : alors on ne dispute que sur des Diots^ et si l'on veut être de bonne foi^ on conviendra que l'instinct des brutes n'est pas du tout l'intelligence de l'homme, et n'a ni le même usage ni la même destination. Osons le dire : au fond, on ne met pas plus d'intérêt à Tintelligence des brutes qu'à celle de l'homme ; mais on veut faire douter l'homme de sa propre raison, et de tout ce qu'elle lui prescrit et lui inspire ; on veut, en prodiguant ainsi l'intelligence, Ater toute valeur à une faculté qui est commune à tous les êtres, et que l'homme, incertain entre tant d'intelligences, ne croie plus à aucune intelligence, et no se reconnaisse plus à lui-même qu'un instinct. On veut surtout, en attribuant l'intelligence aux bêtes, jeter les partisans de l'immortalité de l'ftme humaine dans l'incertitude de savoir si l'ftme de l'homme est mortelle comme celle des bêtes, ou si Tftme des bêtes est immortelle comme celle de l'homme.

Il y a donc l'infini entre l'homme et la brute, sous le rapport de l'intelligence. Les animaux ont une faculté de recevoir des images et point d'intelligence des idées, des sensations et point de sentiments, des habitudes et point de réflexions : ils font des mouvements nécessités par un instinct ou une impulsion, et non des actions commandées par une volonté. Il n'y a donc ni bonheur ni malheur pour ces espèces sans pouvoir, sans devoirs, sans dignité, sans propriété, sans liberté; massei orgor nisées pour se reproduire, vivre et mourir au service de l'homme, et dont il peut user comme de toutes les choses soumises à son empire et permises à ses besoins. Sans doute, son intérêt, et plus encore l'intérêt de la société, lui prescrivent d'en user avec modération, et sa raison même lui défend de se livrer, envers les animaux, à des mouvements de violence, de férocité ou de caprice, qu'il pourrait porter dans ses rapports avec les hommes ; mais les sentiments de respect et d'affection, il ne les doit qu'à l'être semblable à lui, et il ne peut, sans puérilité, ou même sans profanation, les étendre jusque sur des êtres dépourvus de raison et de sentiment, et qui ne sauraient ni les apprécier, ni les lui rendre.

J'ose dire que ces considérations morales sont bien autrement décisives pour prouver l'intelligence de l'espèce humaine, et la spiritualité de son principe pensant exclusivement à toutes les autres espèces d'êtres animés ou inanimés, que ces observations prétendues physiologiques, qui, plaçant la pensée

dans les organes, concluent ridentité du principe de quelques ressemblances imparfaites dans les instruments» n'élèvent ranimai que pour dégrader Thomme, ne nous donnent des rivaux que pour nous donner des maîtres, et par un exécrable blasphème, faire du roi de toute la nature un orang-outang dégénéré.

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