‹ Recherches philosophiques sue les premiers objects des connaissances morales: DémonstrationChapitre 29 sur 68 · CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES · texte numérisé non relu

CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES

On ne réfléchit pas assez à la position défavorable dans laquelle certaines opinions placent leurs défenseurs.

Les écrivains qui soutiennent l'existence de la cause première, la spiritualité de TAme humaine, ces croyances générales dont toutes les religions ont fait leurs dogmes, et sur lesquelles tous les gouvernements ont fondé leurs lois, ne combattent pas pour des opinions qui leur soient personnelles, mais pour la doctrine de tous les temps et de tous les lieux, et le sentiment unanime des nations, instruites par cette raison universelle qui a parlé une fois pour tous les peuples. Certes, il peut marcher avec confiance celui qui se sent appuyé d'une pareille autorité; et quand il resterait au-dessous d'une si grande cause, ou même qu'il mêlerait à la défense de ces hautes vérités les erreurs particulières de son esprit, il serait digne d'estime pour ses intentions, s'il n'était pas recommandable par ses talents ; soldat imprudent, qui n'aurait écouté que son courage/ et se serait jeté sans armes au fort de la mêlée.

Mais celui qui vient faire secte dans cette unanimité générale de croyance, et opposer des opinions particulières au sentiment de l'univers; celui qui, s'annonçant pour le libérateur promis aux nations, ose accuser le genre humain tout entier d'une imbécile crédulité, et venir après tant de siècles de durée, de recherches et de progrès, révéler à Thomme, à la société, au monde, qu*ils se sont trompés sur tout, et sur la cause première de l'univers, et sur le pouvoir de la société, et sur les devoirs de l'homme, comment peut-il justifier à ses propres yeux et à ceux des autres cette inconcevable présomption, et ne pas trembler à la vue de TefiFrayante responsabilité

G0Zfia)ÉBl.TI01Vd GÉKÉKALEeU 385

àlaqndle il se sfiuniet? Pent-tl, quel qu'il soit» trottTer, dam les Batteries les flka outrées de ses Hwh, «a dans restime Ift pliisexftgéiée de lui-même, uo motif suffisiuit de se croire hâ seul plus éclsipé que toutes les sociétés eoseonble, ou Baème que tous les hommes célèbres qvà, de siècle en siècle, oat CDinhattu les opinions qu'il défesd, ou défendu ceHes<fu'il atr taquet et, em portant, aussi loin qu'il puisse atter, le délire de l'orgueil, se croit^il appelé à réfcNnner le mande, et penae*t<ril que le (;««re bumain attendit sa venue pour se fiicer sur œ qu'il doit croire et ee qu'il doit pratiquer, et établir enin sur une base invariable les lois et les mœurs? Et qu'où ne pense pas que j'exagère les préteutions de nos nouveaux réfonnar teurs. « Le cseitr huEuain, dit l'aitteur des Rapj^rUj est us 9 champ vaste, inépuisable dans sa féccMichté, mais que de » féatê$es eidiures semblent avoir rendu stérile , ou plutôt ce » champ est en quelque sorte totU neuf. On ignore enem^e quelle B foule de fruits heureux c»i le verrait bientôt produire, si B l'on revenait tout de bon à la rsÀson, c'est-à-dire à la nature. » En interroceant avec réflexion et docilMé cet ovaok^ le seul jt véridique, et réformant, d'après ses leçtms fidèles, les iustiima tiouê politiques et morales, an verrait bientét éciore uvinmsuei a univers, a

« Jie suis efirayé, disait FonteneUe à près de quatre-vingts » a»s, de l'horrible certitude que je trouve à préseot partout, a Et que diraK aujourd'hui ce philosophe avec ses opinions li- Bsides, et oiénie les philosophes ses contemporains, avec des opinions plus décidées, s'ils étaient témoins des progrès que nous avons faits dans cette présomptueuse certitude; s'ils voyaient tout ce qui de leur temps paraissait encore douteux, devenu évident; ce qu'on rejetait alors comme absurde, dovenu probable, et tout ce qu'on ne disait qu'à roceiUe, proclamé aujourd'hui sur les toits ?

Il est vrai que nos sages, honteux d'être seuls,, appellent à leur secours l'autorité de quelques anciens sur la fermationde l'univers par l'énergie de la matière, ou la rencontre des cor-. pusGules; mais le plus connu de ces phUosephes, donA ta pbjpsiquu est une absui'dité, et la morale au moins un proUèuie^ est peut-être plua décrié dans l'imtiquité païenne qu'il ne l'est parmi nous; et certes lorsqu'on ne trouve que des rêveries daas Platon, queCicéroa n'appelle jamaisque le diviu Platon; lorsqu'on ne nonune pas môme oa premier des philosophes somme des onAeuzs romains»; iL ; a aussi taopée partialité à

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vouloir nous imposer l'autorité d'Epicure, de Démocrite, de Lucrèce, de Pythagore. Un homme d'un bon esprit aimerait mieux marcher seul qu'ainsi accompagné; et j'ose dire qu'en soumettant au calcul des probabilités celles qui résultent, pour une opinion ou pour l'autre, du nombre et de la valeur des autorités anciennes ou modernes alléguées dans l'ouvrage des Rapports du physique et du moral de l'hotnme, on ne hasarderait pas le plus léger intérêt personnel à cette même chance, sur laquelle on ne craint pas d'exposer la morale publique, et le sort des vérités les plus universellement respectées. Et cependant, si, dans la défense de ces opinions suspectes, pour ne rien dire plus, on avait pris des conjectures pour des faits, des inductions pour des preuves, peut-être les vœux secrets du cœur pour la conviction de l'esprit, et les complots d'une coterie pour l'opinion générale, si l'on ne s'était pas assez défié de la faiblesse, tant de fois éprouvée, des jugements humains, et des séductions de sa propre imagination : osons-le dire enfin, si l'on s'était trompé, et que l'on eût trompé les autres, et employé ainsi à égarer les hommes un temps et des talents qui ne nous ont été donnés que pour les éclairer et les servir, comment échapper aux reproches des hommes et à ses propres remords? et quels que fussent les talents et même les vertus personnelles de celui qui aurait donné à la société un si grand scandale, ne pourrait-on pas dire de lui avec l'éternelle Vérité, qu il vaudrait mieux pour cet homme n*étrepa$ né?

Et je ne parle ici que de ceux qui ne voient dans le matérialisme qu'une théorie philosophique ; mais que dire des malheureux qui en font une ressource, et qui embrassent Fathéisme pour étouffer des remords, comme ces breuvages assoupissants que l'on prend pour calmer des douleurs ?

Aujourd'hui que l'on ne voit partout que la matière, et que la connaissance de ses propriétés est devenue la grande et même l'unique science de l'homme, ceux qui croient aux nouvelles découvertes en morale ne manquent pas d'alléguefi en faveur de leurs opinions, les nouvelles découvertes en physique, et citent avec complaisance les erreurs de physique accréditées par une longue croyance , ou môme par l'opinion de peuples entiers, que l'autorité d'un seul homme est pa^ venue à déraciner.

J'admets pour un moment la comparaison ; mais je ferai observer que l'athéisme et le matérialisme ne sont pas des erreurs de morale , mais l'absence et la négation même de la

GONSDÉmiLTUNIS ffitaÉRAJUB. 387

morale, et qtt*3s ne pourraient être comparés qu'à ce spiritualÎBme insensé, dont l'Angleterre a fourni un exemple, qui nie Fexistence même des corps, et par conséquent toute la phy- «que. Les hommes, considérés en corps de nation ou de société, n'ont pas plus nié l'existence de Dieu et la spiritualité de Tâme, qui sont le fondement de toute morale, ou plutôt le monde moral lui-même , que l'existence des corps ou le monde physique, mais ils ont souvent fait, selon les temps et les lieux, en morale comme en physique, de fausses applications de ces vérités fondamentales ou de ces faits généraux. Les principes de la morale et ceux de la physique sont d'une vérité reconnue et univei*selle ; les erreurs sont locales et particulières. Sans doute, un homme plus attentif que les autres, et doué d'un esprit plus pénétrant et plus étendu, a pu relever quelques erreurs de morale ou de physique, c'està-dire, faire , à l'aide de la réflexion et de l'expérience, des applications plus justes des principes généraux; mais un homme n'a pas pu découvrir les principes de l'une ou de l'autre science , ou les faits généraux eux-mêmes sur lesquels elles sont fondées, pas plus qu'il ne peut les détruire et supprimer, si j'ose le dire, une moitié de l'univers, en niant le monde moral ou le monde physique ; celui-ci, hors duquel le genre humain ne peut naître; celui-là, sans lequel il ne saurait se conserver.

Encore est-il juste d'observer que les hommes sont naturellement disposés à accueillir les découvertes de physique, et à renoncer aux habitudes que des erreurs, ou seulement des opinions contraires, avaient introduites, parce qu'une connais sance plus exacte des propriétés de la matière , et des nouveaux usages auxquels on peut les employer, ajoute aux égarements ou aux commodités de la vie. Mais les vérités .morales, qui exigent le renoncement aux plus chères habitudes, et quelquefois le sacrifice des jouissances les plus légitimes, trouvent tous les coeurs fermés et toutes les passions en armes , et il faut, pour les faire adopter aux peuples, une autre autorité que celle du talent et même de la force. Il serait possible que l'Académie des sciences fit un jour une croyance usuelle et populaire des vérités astronomiques, qui ne sont encore certaines que pour les savants, et qu'elle persuadât aux peuples que le soleil est immobile, et que la terre tourne autour de lui ; mais jamais ni Platon , ni Cicéron , ni toute la puissance des empereurs romains n'aurait toute seule fait

prévrioir la sévérité de la morale ehrétieime sur la Kcenee du paganisnie.

Ainsi ^ quand, pour justifier Tathéisme et le mstériaKam6, eommedes découvertes de quekpie philosophe, on préteod que lIiomcDe a pu relever des erreurs dans la morale ancieBDe des peuples, comme il en a aperçu dans leur physîqae^ee raisonnement pourrait tout au plus servir à celui qui ne quelque dogme particulier de telle ou telle religion, en respectant les bases de toutes les religions, e'esi-à-dîve , à celai qui conteste la justesse de quelque application perticHlièredes Térités générales; niais il ne saurait servir à Thomnie qui aie les vérités généndes elles-mêmes, la religion, la morale, puisqu'il ne veut reconnaître Texistence d'aucun fait moral distinct des faits physiques, et qu'il fait l'inteUif^nce divine de la nature matérielle et l'intelligence bumakie de l'orgaais»tion corporelle.

C'est parce que l'athée se déclare en révdte owierte coatiie le genre humain, et qu'il sspe la société par ses fondements^ en voulant détniire les croyances que la société partout a regardées comme nécessaires à son bonheur et même à son existence, que J.-J. Rousseau met l'athéisme h&rs la lai de b tolérance s^nérale qu'il accorde à toutes les opinions, et eo punit la profession publique par l'exil ou même par la mort.

Je reviens à la comparaison que j'ai établie entre les vérités fondamentales de l'ordre moral et les vérités premières on les faits généraux de Tordre physique, pour répondre à Tobjeetion qu'on ne manquera pas de faire , que l'insensé qui nierait ks phénomènes ou faits généraux de la physique serait aussitôt averti de son erreur par une eiq[)éiJence personnelle, et qu'il n'aurait qu'à marcher pour croire au mouvement, oaà se heurter contre une pierre pour être assuré de l'existenee des corps et de leur solidité. Rien de plus eertaîn. Mais si l'homme , être pai^ulier et local, qui n'a qu'un jour à vivre^ est averti, dans sa courte durée, par une expérience personnette, des erreurs dans lesquelles il peut tomber sur les canes et les BMvyens de sa conservation pfaysiqiK, la société, être général et moral , qm ne nà jms seiUememt de pam, mais àt morale et de lois; la société, destinée à une longue existeoee, est ansâ , tôt ou tard^ infaiHifatoment avertie, par une expéittsnce générale, des erreurs de moDite qui se sont répandoes €t qui ont gagné les goiKvememeBts; elle en est afesliepv ds zéiiohitiims, ou même parsa destouetion totnls.

G09SIDÉRATI0NS 6É2ÏÉEALE8. 389

C'est là ce qui trompe les faiseurs de nouvelle morale , qui, Be vivant jamais assez pour être témoins des funestes effets de leurs doctrines y et ne voyant toute la société que dans leur propre existence, se persuadent volontiers que rien n'est troublé dans la société , tant que rien n'est dérangé dans leurs jouissances personnelles.

Combien quelques philosophes du dernier siècle auraient gémi sur leurs prétendues découvertes en morale, s'ils avaient pu assister, comme nous, au renversement de la société, tt rar tout ce qu'Us ont fait, comme le dit Condorcet du plus célèbre écrivain de cette époque mémorable ! Ils ont semé le désordre , pour laisser à la génération qui devait les suivre le malheur à recueillir , et tels que ces pères coupables qui se livrent à de dmgereux plaisirs, sans prévoir qu'ils lèguent à leurs enfants de cruelles infirmités , ils ont joui un moment d'une célébrité que nous devions expier par de longues infortunes.

Je le dis avec une entière conviction y après l'expérience de notre révolution , les chefs même les plus fameux du parti philosophique du dernier sièle auraient depuis longtemps posé les armes et licencié leurs soldats. Nous en avons la preuve dans des aveux éclatants et de célèbres repentirs; et, à vrai dire, les cours qui se font encore aujourd'hui sur la religion et la morale ressemblent un peu à ces désordres que commettent, après une longue guerre, des bandes indisciplinées qui n'appartiennent à aucun parti, et sont désavouées par toutes les puissances.

Mais , à ne considérer les vérités fondamentales de la mo» raie , qui sont encore attaquées de temps en temps , je veux dire l'existence de la cause première et la spiritualité de l'âme, que dans leur application à l'homme social, et dans les conséquences que le christianisme en a déduites pour le bonheur de l'homme et la stabilité de la société, on peut se convaincre de la supériorité des motifs de la morale chrétienne sur ceux que \v& doctrines opposées veulent mettre à leur place.

La religion nous apprend que nous avons tous été créés par la même cataey perfectionnés par le même moyen, appelés à la néme fin, tous faits à l'image et à la ressemblance de l'être souverainement parfait, tous doués do la faculté de connaître et d'aimer. Elle nous donne à tous le même Dieu pour père, la même société pour mère, tous les hommes pour frères, le Blême bonheur pour notre commun héritage, et elle prend

an mtmUÈAkTKM GÉNÉftAtES.

prévatoir la sévérité de la morale ebrétienflf I paganisme. i^ 1

Ainsi ^ quand, pour justifier Tatbéisii \€ % eomme des découvertes de quelque ^'^ fit que rhomnie a pu relier des erreurr \%\% r des peuples , coninie H en a aper i%^W raisonnement pourrait tout au , 1 ^ 1 f S quelque dogme particulier de f / S^Wî à pectant les bases de toutes hj f %^ \ ii qui conteste la justesse àeq^i^î g^¥ y^ Térités générales; mais il r ^7 ^ | f ^ *•

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regardées co: - ï^^ *» société. ^^

existence, o ^y«2 dans l'homme tout entier qu'y^

tolérance -^ 1» »»»« générale de la matière, une com.

punit la ' '^ d'élénjenta terrestres que la fenoentatioa Je re* ^* qu'une autie fermentation dissout» taie tnam fonda* . ^0^ pour des fonctions tout animales, cette 6sgtli faits y,>^^ ^® molécules organiques sera à mes yeux (h tio ^e prixl Je serai plus disposé à inspecter l'eaifaanL V ^ encore inconsistant, opération ébauchée de la natme >>'e8e n'achèvera peut-être jamais) Je pourrais honorer Is Qesse , amas d'humeurs dégénérées, de solidea déoena^ ^ de fluides épaissis, maeUne usée , et dont le frêle asse» llPge croule de toutea partal Ce composé cUmique, que nom appelons kommê, qui doit bientét s'évaporer m gaa et as ri»^ ^udve ea fibrine ou en gélatine, je pourrai regarder oemma un devoir d'en prolonger la durée, on eomme un ciîma dlm hftte^ de quelques instanla l'inévitable dissotution; al tonme tout oe que voua m'apprenea decetanimal^ oiganiaé danason espèce oeaune tea antres dans la leur, ne pont me donne» dn lui une autre idée que ceUo qne j'ai d'un singe on d'un obîau ni m'insiNrer pour lui d'autre» sentioMUts^ il faut toul à «mol el saneprépanution oommn sanamotif, que jb pasan am laaplMs nobles, av albctionftteptuataDdim», eè^Mn

e le joi^[ des dcvoîit, q«aiid wis m'tMi ^^^ senliment de respectl Mm si noi» m Njû«e« 0rg€tHÙée$^ il ne peut y evoir ^ ^tti exîsteot entre des portkmsdbl mee^ de figure» de vdiioiey de N^enients possibles, el aepeuK

^^^^ %.^ Nécessaire ou de sociale; et

\ ^.^i^^VV^ "^ ^sojourdliui qu néoio

^- %. «,% %• ^ N^es, que Von appeUe

'"^ ^%St'^ >, si ron veut, UM

''V 4i^ 4u'H en eiiste ménae

%i/^^Jjr * ••yste fidèle de l'ouvrage des

*<^/\^ ^e : « Il n'est pas question daas

^'^ ri on appelle Taoïour, parée que

lignent presque toutes les pièces de

.. tous les romans, n'entrt poini dems le phm

et est une création de société ooniplîquéeu

^ure que la raison t^éjmre, et qm la êoeiété m ftr-

ti^ P amour detnent phu réel et motus famia$tifm, et par

aequet pluê heureux et moins théâtral. »

< Et si vous croyes ces conséqueiices exagérées, oonsuHes

les registres de nos cours criminelles, ou plutôt rappeks des

toave&irs toujours récents, et dites-nous si jamais Thomme a

porté pltts loin le mépris de son semblable, si jamais il a'eiA

plus froidement joué de sa vie et de sa mort. Et cependaai^

tandis que ces coupables doctrines armaient les cent bras de

la mort poitf punir des délits conte un ordre de qnehpMS

jours, ou plutôt un désordre inuiginé par rboomie, ces ménaea

doctrines^ aussi cruelles dans leur indulgence que dans lems

ligueurs, aboiîasaieat la peine de mort pour les crimes commis

cosfctre l'ordre éternel de la société, établi par l'auteur de toute

j«stîee, mteie dans quelques lieux, pour le crime d'homicida^

al toujours par le même principe, et bien plus par mépris de

la victime que par compaasion pour l'assassin.

a Hé 1 qu'est après tout le meurtre lui-méne aux yeux d'us aaaiérialiste conséquent, qu'une pierre qui heurte nueaulna pierre et la déplace, qu'un arbuste qu'un cbéns éloufieaoai aoa ombre, ou tout au pins une organisation faible que détrail une organisation plus vigoureuse, qu'elle détruit souvent in» et dans ua accès de fièvre quil faut traiter par et non punir par des aupplioes? Ces opinionsna

301 GOmiDiEATIORS ûiwiSLÀSJU,

glissent insensiblement, même dans les traités sur les lois, peut-être dans les lois elles-mêmes, et le criminel aujourd'hui inspire plus de sensibilité que le crime n'excite d'horreur. L'inranticide , qui devient plus fréquent à mesure que les dogmes du christianisme s'effacent de l'esprit, et sa morale du cœur; l'infanticide a été trop souvent traité avec une indulgence voisine de l'impunité; et nous voyons le viol, le viol même de Tenfance, le plus grand des crimes contre l'homme et contre la société domestique, puisqu'il est à la fois la profanation de l'innocence et l'extrême oppression de l'extrême faiblesse, puni seulement de quelques années de fers, comme le larcin d'une propriété mobilière. »

Hais enfin, quelle garantie la doctrine des nouveaux moralistes donne-t-elle à la société contre les passions de l'homme^ et lorsqu*on ne reconnaît plus de pouvoir suprême sur tous les hommes, quelle peut être encore la raison de leurs devoirs les uns envers les autres et la règle de leurs rappors entre eux t Ecoutons ces docteurs.

« Les philosophes, dit toujours le même auteur, fondent le » principe de la morale sur le besoin constant du bonheur corn- » mun à tous les individus. Ils ont fait voir que, dans le cours » de la vie, les règles de conduite pour être heureux sont ab- D solument les mêmes que pour être vertueux. » J'entends..., Cette bienveillance universelle, cette charité pour tous les hommes que prescrit la morale, même la plus faible, ou plutêt qui est la morale même appliquée aux relations des hommes entre eux , cette disposition constante à s'entr'aider mutuellement, à se faire les uns aux autres le sacrifice de ses goûts, de ses penchants, souvent de ses intérêts, quelquefois de son bonheur et même de sa vie, les hommes en trouveront le motif dans la poursuite commune des choses dans lesquelles ils placent leur bonheur commun, et dont ils font des besoins constants, dans des concuiTences d'ambition et de fortune . dans des rivalités d*amour ou de talent I Ces objets que tous convoitent, et que le petit nombre, quelquefois un seul, peut obtenir, seronî le lien de toutes les affections, parce qu'ils sont le but de tous les efforts; et ces masses organisées pour les jouissances, et sensibles jusqu'à la violence, chemineront paisiblement, sans se heurter , sans chercher à se devancer mutuellement, dans le sentier étroit des honneurs et des plaisirs?

Mais il faut auparavant réformer les idées communes manifestées par une expression générale, qui, dans toutes les

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langues, fait de concurrent, de rival, de compétiteur, le synonyme d'ennemi. Il faut réformer la nature, qui, en nous inspirant un désir égal de bonheur, nous a réparti si inégalement les moyens d'y parvenir, et qui n'a su donner que l'envie pour dédommagement à la médiocrité. Il faut réformer la société, qui n'a établi des lois et des peines, qui n'a armé la justice, ordonné la force, organisé, en un mot., toute la machine des gouvernements que pour prévenir et réprimer les désordres que ce désir constant et universel, ou plutôt celte fureur de bonheur produit dans la société, et afin que ceux qui, faute de moyens ou de circonstances favorables, ne peuvent, pour ainsi dire, qu'approcher les lèvres de celte onde fugitive, puissent voir sans trop de jalousie leurs concurrents plus heureux s'y désaltérer pleinement.

Aussi les moralistes païens, persuadés que ce désir commun de bonheur, c'est-à-dire, de jouissances, comme Tentendent ces moralistes , loin d'être le principe de la morale, en est le plus dangereux ennemi , ne recommandent à l'homme, pour son bonheur, que de ne rien désirer :

Nil admrrari prùpe res eêt tina, Numici^ Solaque^ quœ pos$U facere et servare beatwn,

UORAT.

Ils ne cherchent pas à diriger les désirs, mais à les étouffer; impuissants à modérer l'homme ils ne savent que l'éteindre, et il n'est question dans leurs préceptes, que d'égalité d'&me , animus œçuus (1).

« Les mêmes philosophes ont fait voir que dans le cours de » la vie, les règles de conduite pour être heureux sont absolu- » ment les mêmes que pour être vertueux. » Et à ce propos, on ne manque pas de citer le mot de Franklin, si adroit dans la bouche d'un homme heureux : a Si les fripons connaissaient » les avantages attachés à l'habitude de la vertu, ils seraient » honnêtes gens par friponnerie. »

« Les règles de conduite pour être heureux sont absolument > les mêmes que pour être vertueux, » et sans doute, par une conséquence nécessaire, a les règles de conduite pour être ver»

(i) On peut remarquer que cette froide apathie, qu^Us prenaient pour la vertu, se peint dans les traits des pliiiosophes anciens que la sculpture nous a conservés.

8M •mnÉEATiont «AitAnAizi.

w tiwm sont sbntafiicul Im mêmes ^pBG pour êtfc neiimnt. i Le bonheur et la vertn sont alors absolument une même chose, •I qn^ obtient par les mêmes moyens ; mais a-t-on bien léflécbî anx résultats pratiquesd'une pareiHe maiLÎme de condnHe éi ne ifoH-on pas que, si les uns placent le bonheur dans h wrtu, les tutres, et ce sera certainement le plus grand nombre, placeront la vertu dans le bonheur ? Et qu'on ne pense pas que les hommes ne trouvent de bonheur que dans les passions, en apparence si douces, à qui une poésie roluptueuse a donné exclusirement le nom de bonheur : Tambîtion, la cupidité, la venf eance, la haine même, sont des passions aussi riolentes et bien plus o[nnîàtres. Elles sont tout aussi naturelles, ou, si l'on teut, aussi physiques; elles font aussi , dans leurs fureurs, comme Tamour dans ses transports , bouMIomier le sang et palpiter le ccmir; elles sont aussi le bonheur, raffreux bonheur de celui qui les satisfait. Dites^nous, ce bonheur sera-4-il aussi la vertu t et si , entraîné par vos principes, vov» êtes poussé Jusqu'à cette conséquence, à quel horrible désordre ne livres* vous pas la société, et quel désert assez sauvage pourra dérober lliomme au Aon Aeur de ses semblables? Et n'avons-nous pas vu une application réelle et à jamais mémorable de cette doctrine, dans le témoignage qvie se rendaient à eux-mêmes tant d'hommes fameux dans notre révolution par leurs excès, qui s'étaient identifié l'épithète de vertueux, comme l'adjectif inséparafaèe de leur »om, et qui, dans le délire de leur dvîsme, se croyaient de bonne foi peut-être phis vertueux, à flMSim qu'ils étaient plus furieux ?

Sans doute, la religion peut dire que a les règles de tXMidiMla a pour être heureux sont absolMAeRt les mêmes que pour être a vertueux, i» parce qu'elle fait de la vertu le doioureux exercice de la vie présente , et du bonheur la con^on de la via futare. Le bonheur immense qu'elle promet à la veKn , et les peines sans fin donf elle menace le vice, peuvent, mtaie dès cette vie, faire le bonheur des bons par i'espéranoe, ou troubler par la crainte le plaisir des méchants. Seule, la religion a connu l'homme, l'homme qui jooe avec tant d'tmpmdence Vavenir contre le présent, et le bonheur contre le plaisir, et dont ta raison , pour triompher d'un instant de paisioo, n^ pas toujours assez des craintes ou des espérances de toute une éternité. La société civile peut dire aussi dans un sens que «les a règles pour être heureux sont les mêmes que pour être a tueux. a Elle peut le dire au scélérat qu'une (

lAUfiSillATIOM OftfÉBâSli. tlK

tiéhe ft conduit mt un écbfrfaud^ et qal expire flétri par lee Idb ^ déshonoPé aux yeux dea homtneâ^ Mm lorsqu'on rejette les dogmes de la religion^ et qu'on peut échapper à la vengeanoo •de la société, quel peut dire le sens de œtle maxime? Et d'ailleurs^ combien de crimes que la société se eonnatt pas âsset pour les punir ! combien même qu'elle ne peut cotmattfél combien de fautes qu'elle ne punit pas, même lorsqu'elle lés 4S0nnatt! et suffit-il, après tout, pour être fertueux, de n'avoir pas mérité le dernier supplice T

Sans doute, la tendresse pour ses proches, la fidélité à ses mis, la régularité à remplir des devoirs honorables et bien payés, la bienfaisance envers la veuve et Torphelrn, les GHuvres éclatantes et quelquefois fastueuses d*humanîté , toutes œs ▼erlue faciles de tempérament et de circonstances peuvent ètffs «onfondues avec le bonheur, puisque, loin qu'elles exigent de nos penchants aucun sacri6ce> il nous en coûterait de nous j f efuser, et qn'eHes reçoÎTent fH^esque toujours leur récompense dans ce monde, aujourd'hui surtout qu'on a sein de les laîi« enregistrer dans les gazettes. Mais les vertus obscures et pénibles, qui n'ont pour témohi que la conscience, et que Dieu pour juge, ces vertus héroïques que les hommes ignorent, et Irop souvent calomnient, et qui exigent le renoncement h nos goûts ou à nos répugnances, à la vie même, et quelquefois à la mort, sent on devoir, un triste et fier honneur , si l'on veuf, eomme dH Gomeiile, et ne sont pas un bonheur; et.c'est cofi^ fondre toutes les idées et tons les sentiments , c'est ê^er à là ▼erlu son plus bel accompagnement, eijene sais quoi it achevé, AtBoesuet, que le malheur ajoute à la vertu, que d'app«^Ie^ heureux le soldat qui exph*e ignoré sur le champ de bataille^ lohi de sa patrie et de ses proches, le magistrat ou le miifistfè des autels qui consument lentement leur vie dans des fonctions ingrates et pénibles; et oserait-^m soutenir que la SœfUr de civa^ fMé, qui renonce à tous les avantages de la jeunesse et de là fortune poar s'ensevelir dans des lieux Infects, et vouée tottté tÊL vie au soulagement des inUrmités les plus dégoOrtantes, et pom* des hommes qu'elle ne eonnaK même pas, est plus heui^ reuse qu'une épouse honorée, entourée de toutes les dooceim dé Populence, au sein d'âne famille ekérie et d'une société agréable r

Cest, au oontmhpe, FaKiance de la vertu et du malheur qui forme le beau idéal dans l'ordre ntoral, et les pecriples éclairéi ont tofts, dans leurs représentations Aamatiques, montré les

996 coirsiDÉiuiTioifs ^Niaius.

plus grandes vertus aux prises avec de grandes infortunes ridée vraie et naturelle, dont toutes les religions ont fait un dogine, et particulièrement la religion chrétienne, qui n'est tout entière que le beau idéal de la morale mise en action , et qui , après avoir composé la vie, comme un drame, du long combat de la vertu contre le vice , a placé au dénoûment le triomphe de la vertu.

Ceux qui prétendent que les règles pour être vertueux sont absolument les mêmes que pour être heureux, pressés d'expliquer leur doctrine, et d'en faire l'application à l'état vrai de Thomme et de la société, croient échapper aux raisonnements de leurs adversaires, en soutenant que la vertu trouve toujours en elle-même sa récompense, et le crime son châtiment, et que le méchant est malheureux par ses remords, comme l'homme juste est heureux de la beauté idéale de la vertu. Ce sont de fausses idées, sans application possible à la société, et dont l'effet inévitable , partout où elles se répandent . est de ruiner tontes les maximes sur lesquelles reposent l'ordre public et la sûreté personnelle. Sans doute, la vertu a ses joies saintes^ et même au sein des souffrances : c'est la mère qui enfante avec douleur, et qui, même en expirant, sourit à celui qui lui cause la mort ; mais la vertu n'est pas le bonheur. Si elle était essentiellement heureuse dans ce monde , elle ne serait pas vertu, parce qu'elle ne serait pas un combat, et, comme la gloire, elle n'a de prix qu'autant qu'elle est chèrement achetée. Hélas! et, imparfaite comme elle est, la vertu elle* même n'est pour nous, si j'ose le dire, qu'un tourment de plus. L'homme, même le plus vertueux, ne peut se considérer sans pitié, et il n'appartient qu'à l'être souverainement parfait d'être heureux de la contemplation de lui-même. Non, la vertu n'est pas le bonheur, elle n'en est que le gage et l'espérance; et quand rétemelle vérité nous dit, en pailant de la première de toutes les vertus, la persécution soufferte pour la justice^ hevr reux ceux qui souffrent, elle ajoute aussitôt, parce qu'ils seroni consolés; et ainsi elle place hors de Thomme le prix de ses sa» crifices, comme elle y prend le motif de ses vertus et la rè^e de ses devoirs.

On veut que le coupable soit toujours puni par ses remords. Mais il faudrait d'abord trouver des remords au fond de ces Ames où l'on n'aperçoit presque jamais que des regrets ; et si les remords sont produits par la considération de la beauté de la vertu et de la difformité du vice, où trouver le germe des

GONSIDÉRÀTIOKS GÉIfÉRAIEfl. 397

remords dans des hommes dont l'absence de toute éducation et la grossièreté des habitudes ont abruti Tesprit, ou dans ceux dont de fausses doctrines et une vie entière de désordres ont corrompu le cœur ? S'il faut en appeler à l'expérience, aperçoiton dans le monde de fréquents exemples de ces réparations éclatantes qui sont le fruit des remords, et les scélérats condamnés au dernier supplice ne périssent-ils pas presque tous avec une insensibilité stupidc, qui rend le spectacle de leur châtiment plus dangereux peut-être pour les mœurs publiques que ne le serait même la certitude de leur impunité? «Notre 9 philosophie, dit J.-J. Rousseau, en délivrant ses prédicateurs 9 et ses disciples de la crainte d'une autre vie, a détruit pour 9 jamais tout retour au repentir. Ne voyez-vous pas que depuis 9 longtemps on n'entend plus parler de restitutions, de répa- » rations, de réconciliations au lit de la mort; que tous les • mourants sans repentir , sans remords, emportent, sans 9 effroi dans leur conscience, le bien d'autnâ, le mensonge et la 9 fraude, dont ils se chargèrent pendant leur vie? » Et après tout^ avec quelque emphase que la philosophie déclame sur la beauté idéale de la vertu, sur les peines intérieures qui suivent le crime, quelle garantie offrent à la société, pour prévenir des actions matériellement criminelles, ou pour encourager aux actes réels et extérieurs de vertu, des récompenses ou des châtiments métaphysiques, dont l'intéressé lui seul est juge, et dont personne n'est témoin ?

Mais vous qui, doués de cet heureux naturel qui vous fait voir le bonheur comme la récompense nécessaire de la vertu, et le malheur comme la suite infaillible des actions vicieuses, avez-vous réfléchi aux conséquences de cette opinion, ou plutôt de cette illusion, après des événements qui ont produit des revers si accablants ou des prospérités si inespérées? ils étaient donc bien coupables^ ceux qui ont été si malheureux l Ils étaient donc bien vertueux, ceux qui ont éprouvé de si heureux destins! Voulez-vous accuser toutes les infortunes ou prenez-vous à tâche de justifier toutes les prospérités? Je ne sais même si , au sortir d'une époque où l'on a vu les derniers malheurs être le partage des plus grandes vertus, et des fortunes si prospères qui ont été le prix des plus grands forfaits; je ne sais si cette doctrine, qui place la récompense de la vertu dans la vertu même, et la peine suffisante du crime dans les remords, ne ressemble pas un peu trop à une dérision. On dirait qu'on accorde généreusement aux malheureux les honneurs de b

3B6 009811IÉ1ULT10NS GÉRÉftAUS*

vertu, pour se dispenser de les plaindre, tandis qn*on se féngne couragensement hira remords qui suivent le crime, en s'en réservant le profit. On garde pour soi la morale d'CpicnTe; on impose aux autres le stoïcisme de Zétion. Quand on esthenreu cm est vertueux : c'est peut-être ce qu'on se dit à soi-même: mais quand on est vertueux , on est assez heureux : c'est ee qu'on applique volontiers aux autres , et l'on y gagne d'ètie aussi tranquille sur le bonheur de son prochain que sur si propre vertu.

Archimède demandait un point d'appui hors de la tem, pour la soulever ; nos nouveaux moralistes, plus confiants dans leurs théories, s'appuient sur nos passions pour agir siff nos passions elles-mêmes, et cherchent dans l'homme le motï des vertus de Thomme, comme ils y trouvent le prix de s« sacrifices et la peine de ses crimes. La raison, nous disent-ils, suffit toute seule pour nous conduire à la vertu; l'intérêt sccd suffit pour nous détourner du vice et nous éclairer sur notre bonheur. Mais quels sont ces guides qui, loin de devancer nos pas, ne viennent jamais qu'après nous et arrivent toujom^ trop tardî La raison, sans doute, parle avant que le désir ne floit satisfait; mais elle n'est écoutée que lorsque la passion est refroidie. Nous connaissons toujours assez l'intértt que BOUS avons à pratiquer la vertu, mais nous ne le sentons jamais que lorsque la vertu est pratiquée et la faute évitée. L'homme, avant que la passion ait fait entendre sa voix impérieuse, connaît les motifs qui doivent diriger sa conduite : il les représenterait tous à un ami qu'il verrait engagé dans la terrible lutte de la passion contre le devoir. Pourquoi ces motifs disparaissent-ils de son esprit au moment d'en faire usage! pourquoi ne voit-il plus alors qu'à travers un nuage, ou même De voit-îl plus du tout ce qui lui avait paru auparavant, et qm lui paraîtra aussitôt après, si clair et si évident? Mais quand la passion est satisfaite, le nuage se dissipe , l'évidence repaniH, la raison parie h son esfirit avec plus de force, et il ne conçoit pas qu'il ait pu la méconnaître : lumière désespérante, qm n'éclaire que des chutes; ami infidèle qui disparaît au raomeDft eu danger, on même, trop souvent séduit par les passions, dierche à justifier ces mêmes penchants qu'il n'a pas su r^ primer. Les hommes connaissent tous leur intérêt, je le veux; mais legrand intérêt, le seul intérêt, pour un homme passionna est de se satisfiiire : tout autre plus éloigné s'évanouit devant eelui-là, et il faut, pour le rappeler à son esprit, la dure rf

COR ftlfiiÉkATIOWS GÉRÉRAIES. 9M

tardive leçon de Texpérienoe. En un moi, et ce mot résout la question^ la raison de rhomme n^est que \n passion domptée: donc la raison toute seule ne snflit pas pour dompter la passion. Lintérêt de Thomme est la vertu pratiquée : donc la considération de notre intérêt ne suffit pas pour faire pratiquer la Tertu. Aussi la religion , qui connaît Thomme et le fond qu'il peut faire sur sa raison , ne donne pas de conseils , elle intime des ordres; et^ au Heu de balancer doctement les motifs et les raisons qui doivent nous détourner de céder à nos penchants, elle nous donne, pour toute maxime de conduite, le précepte simple et positif de fuir les occasions du crime, assurée qu'elle est qu'avec notre raison et ses raisonnements, notre intérêt et ses motifs, la philosophie et ses sentences, souvent même, malgré des secours plus jouissants, nous y succomberons infailliblement.

Et ces autres opinions qui rapprochent Iliomme de la brute, et ne les distinguent entre eux que par des degrés plus ou moins parfaits d'organisation , croit-on qu'elles puissent être avancées sans conséquence et soutenues sans danger? Ces opinions tiennent à trop de points qui intéressent puissamment lea hommes, pour ne pas prendre, à la longue, une grande influence sur la conduite de la vie et même sur l'état de la société. N'estce pas par une suite inaperçue de pareilles doctrines que quelques nations ont fait leurs dieux des brutes, que des sectes entières de philosophes se sont abstenues d'employer les animaux aux usages nécessaires de la vie, que certains peuples ont encore pour quelques animaux un respect superstitieux^ et leur prodiguent des soins qu'ils refusent à l'homme, et que nous-mêmes enfin, depuis un siècle, observateurs si attentifs, historiens si éloquents de leurs habitudes, de leurs mœurs, de leurs passions , de leur tn^e//f(/tfnce; historiens, non-seulement de l'espèce, mais même des individus (et déjà nous avons la Biographie des chiens célèbres) [\ ), sommes devenus des maîtres si sensibles, ou plutôt des complaisants si ridicules d'animaux tout à fait inutiles.

Mais lorsqu'on compare la brute à l'homme, on n'est pas loin d'assimiler l'homme à la brute. Si la raison murmure de cette dernière conséquence, les passons s'en accommodent, et elle est naturelle à nos penchants, parce qu'elle laisse le champ libre à nos jouissances. De là ces systèmes physiques de morale^ qui

(f) Cet ouvrage a été annoncé dans tons lesjoiinurax.

100 CONSPÉEÀTIONS GÉHÉEAUS*

ne voient l'Ame de Thomme que dans l'organisation de son corps, ses vertus que dans ses plaisirs, ses devoii's que dans ses besoins ; dans ses jouissances , même les plus criminelles, que l'exercice naturel de ses sens. De là la prééminence établie des connaissances physiques, que l'on appelle exclusivement naturelles, sur les sciences morales, l'incroyable fureur des plaisirs privés et publics, et cette littérature de volupté quit commencé par Tart d'aimer, ou plutôt de jouir, et qui finit par l'art de manger et VAknanach des gourmands ; de là enfin, cette politique plus attentive à la propagation de l'espèce qu'au pe^ fectionnement moral de l'individu , et qui ne voit dans les hommes que des machines qu'on multiplie à mesure des besoins de la consommation.

11 faut le dire , le gouvernement veut établir un système général d'instruction publique , fondé sur les préceptes de la religion chrétienne, et sur la morale qu'elle enseigne et qu'elle seule peut sanctionner ; mais à côté de ces moyens d'inbtniction s'est élevé depuis longtemps un système combiné de destivction, dont renseignement est fondé sur les maximes d'une philosophie qui fait Dieu de la matière, la religion de l'histoire naturelle, et la morale de la physiologie.

Cette autre université, si Ton peut l'appeler ainsi, a ses doctrines et ses écoles, ses maîtres et ses disciples, et elle attend les jeunes gens au sortir de leurs premières études, pour leur inspirer aussi les principes de sa morale , et leur donner ses règles de conduite. Et qu'on n'accuse pas les écrivains qui cherchent à prémunir la société contre le danger des fausses doctrines de s'acharner sur des opinions décréditées, et de tt oubler la cendre des morts. Quand ces doctrines ne seraient pas jou^ nellement reproduites , les écrivains qui les premiers les ont répandues ne vivent-ils pas au milieu de nous par leurs ouiTages? Un écrit qui circule n'est-il pas un écrivain qui dogmatise? et pour chaque génération qui commence, un livre qu'on réimprime ne doit-il pas être considéré comme un auteur qui parait? Quel peut être cependant l'effet de cet enseignement contradictoire, que d'élever deux sociétés dans le même Etat, de former deux peuples dans la même nation, d'affaiblir même les meilleurs esprits par un doute universel, et de rendre toutes les nations incertaines, et problématiques tous les devoirs? Et qu'on ne s'imagine pas regagner en progrès dans les sciences physiques ce qu'on perd en certitude et en fixité dans les connaissances morales, La religion chrétienne avait puissamment

GONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES. 401

secondé rayancement des sciences de faits et d'observations^ en terminant toutes les disputes sur l'origine et la fin de l'homme, sur sa nature et sur ses devoirs, sur le principe même de Tunivers et de la société; ces disputes qui ont si péniblement occupé, si ridiculement divisé les philosophes païens, et qui, les égarant dans de vains systèmes, les avaient détournés de l'étude et de l'observation de la nature. Recommençons ces interminables querelles, remettons en question ce que la religion avait décidé; employons toutes nos lumières naturelles et toutes nos connaissances acquises à chercher si la nature est cause ou si elle n*est qu'un effet, si le principe qui pense en nous est ou n'est pas distinct de la matière et de notre organisation, si les devoirs qui nous lient aux autres hommes sont des lois morales ou des rapports physiques, si Thomme lui-même est quelque chose de plus, ou n'est pas autre chose qu'un animal un peu mieux organisé que les autres ; si la société enfin est un contrai volontaire ou un état nécessaire : faisons de la métaphysique sur la matière, et de la physique sur Tintelligence , et nous retombons dans un pyrrhonisme insensé, qui est à l'esprit ce qu'un état continué d'équiUbre serait au corps, lui ôte toute assiette et toute solidité, et ressemble à la science comme la recherche du grand ceuvre ressemble à l'opulence.

£t ce ne sont pas ici des fantômes que l'esprit se forge pour le plaisir de les combattre. N'avons-nous pas vu, et pour notre perte, remettre en honneur les Grecs et leurs législateurs les plus absurdes, et leurs institutions politiques les plus extravagantes? et dans rou\Tage des Rapports, les sophistes anciens les plus décriés en morale, les plus obscurs en philosophie , ceux mêmes dont les opinions sont le moins connues. Démoente, Pythagore , dont on n'a recueilli que des traditions qui appartiennent à la fable autant qu'à l'histoire, ne sont-ils pas proposés à l'admiration d'un peuple qui possède les plus beaux traités de morale, et qui a produit, dans la science de l'honune, les écrivains les plus profonds et les plus éloquents? Est-ce donc dans ces éternels systèmes de physique et de morale, détruits aussitôt qu'enfantés, dans ces vaines hypothèses, sur lesquelles deux savants à peine peuvent s'accorder, que l'homme trouvera la lumière qui doit éclairer sa volonté , et la société la législation générale qui doit être le fondement des lois positives et la règle des mœurs? Où en seraient l'homme et la société, s*ii leur fallait attendre que les philosophes fussent enfin convenus d'un système uniforme de morale, qui, inventé par

40t wnaaÉaLknom

VhoaoM, n'turait sur les «prits if antie avlorilé que cdte<|iie l'bonmie peut donner à ses découTertes, eft qui, toujoais meommencé par les bons esprits, serait toujours «reiiglémeiit adopté par les faibles?

C'est cette oppression morale des esprits faibles par les plu forts que le chHstianisme est venu terminer, en aoomettaot également les forts et les faibles, le Grec et le Barbare, à l'aoiorité de son enseignement.

Cependant la religion chrétienne n'a pas rérélé a« monde de nouTelles yérités. L'existence de la cause prenûère, la spiritaaitté de l'homme, ces Tentés qu'on peut regarder conme les pôles du monde moral et le fondement de tonte disc'q>lioe de lois et de mœurs, étaient connues dans tout l'univers; et cet antique patrimoine du genre humain, recueilli par les iuib et dissipé par les païens, n'a pas été ignoré des philosophes. Mais les Juifs avaient placé cette croyance entre eux et les antres peui^es comme un mur de séparation ; les païens en avaient fait un vain spectacle, les philosophes un secret; et la religioa chrétienne, moins exclusive que le culte mosaïque, plus grave que le paganisme, et surtout plus populaire ou plus social que k philosophie, voulait faire de sa doctrine le lien cooiranA de tous les hommes, la constitution même de la société, et la propriété publique de tous les peuples*

Elle n'a eu , pour ce grand objet, qu'à développer, jusque dans ses dernières conséquences, le principe, fondement de tout ordre social, l'existence de Dieu et la spiritualité de , l'homme , et de faire à l'ordre humain et particulier de la société une explication pratique et positive des vérités moraks de l'onire universel des êtres ; car le ehrtstianisme est la nttore intellectuelle appliquée à nos devcùrs, cooune l'agricnllure et les autres arts sont la nature matérielle qipUquée à BOB besoins.

Ainsi de l'idée inteUectnette, générale et théorique de la eanse première , la religion chrétienne a déduii la réalùé da son existence et de sa préeenee à la société ; de la spintaslité de l'homme , elle a déduit plus exfNnessément, et cmnme «ne conséquence naturelle, sa survivance immorteHe : elle a, d fon peut ainsi parler, placé Dieu dans le présent, et Ybavane dans Tavenir; et le monde a eu un légisfadeur, la sodélé «a pouvoir, et le genre humain un juge.

La lot de Ydmowt des honmea, autre oimséqaeoce da eei » ventés, généralisée pour de {

QQvnivÉRAnoiift ttbrtMuuu 4tt3

dm de hautes leçons^ Goaaaerée par les plus grands exemple^ a introduit dans tout l'état social des rapports nouveaux, et hientûi des lois et des mœurs, jusqu'alors inconnues ; la constî^ tntion naturelle de la aoetété a été fondée ; Tétat même polip tique de l'homme a été fixé, et sa civilisation , je veux dire sa lierfection morale » source de toutes les autres, née du chri»» lianisme , a dû s'étendre avec le christianisme, et na peut désormais périr qu'avec lui.

Nous finirons par une réflexion»

Oo peut soupçonner dans les esprits , plutôt qu'apercevoir ëaae des écrits philosophiques, une idée vague, comme toutes ks idées fausses, mais qui pourrait, à la longue, prendre plua d'influence qu'on ne pense sur les destinées de l'Eiu'ope.

Les destructeurs du christianisme les moins emportés lui font l'honneur de penser ou de dire qu'il a été utile à la so* eiété dans son enfance, pour réunir en un même corps les barbares qui, après avoir détruit l'empire romain, auraient fini par se détruire eux-mêmes , si une loi d'autorité et de charité n'était venue amollir ces cœurs féroces, et les disposer à l'obéissance aux institutions civiles > en les soumettant au jottf de rautoiité religieuse. Mais en même temps on laissa ealeadre qu'il faut aujourd'hui à la société adulte une autre philosophie, une philosophie plus libérale (c'est le mot d'ordre)» qui convienne aux progrès de la raison et des connaissances^ à riadépendance des esprits, à l'élégance ou à la mollesse dea asoears, etqmaoil en harmonie avec le développement* dea aeieaees, des lettres et des arts; et comme les esprits superflu ciels prennent volontiers des rapprochements pour des comparaisons, on veut, ce semble , établir quelque rapport entra ks destinées de la société païenne ei celles de la société ahrélieBue, On remarque peut^tre que le paganisme, avec ses rites pompeux, ses augures et ses auspices, l'appareil politique de ses temples, de ses collèges de prêtres, de ses nom^ hiaux sacrifices» fit d'un ramas de brigands la première société du oiaDde pai»i, société qui dégénéra à mesure que le liea leligiaiix s'affiiibUt, et qui périt enfin lorsque le malheur dea tanpa, lea dèsoidres du gouvernement» les progrès du luxe et d'une pbUoaepbie voluptueuse, qui est aussi ua luxe, l'ia^ fiatnro même d'une autre religion » eurent affaibli le respect d'hahliude pour la religion ancienne, et fait déserter ses aUf tek» Ainsi l'an pense» sana le dure, ^êa la durétienté doit (usa pbaaà ua autm «jittmadaaftBiét^ etjpav coaséquratda do^

4M CI0NSIDÉRATIOR8 GÉNÉRALES.

trine^ aujourd'hui que le christianisme, depuis longtemps déchiré par des guerres intestines, parait affaibli dans toute TEurope; et l'on ne manque pas d'appuyer cette conjecture de doléances hypocrites sur la vicissitude des choses humaines, comme si la religion était une institution humaine , et sur la fatalité des révolutions, raisonnement tout à fait conséquent à la philosophie de ceux qui, n'admettant ni intelligence ni sagesse dans le gouvernement de l'univers , ne peuvent reconnaître rien de réglé ni de stable dans la société.

Mais cette philosophie libérale dont on nous menace est-elle une découverte de notre temps ? N*est-ce pas la philosophie d'Ëpicure, rajeuni par un mauvais vernis de physique et de physiologie modernes ? Cette doctrine n'était-elle pas , même à Tépoque de la naissance du christianisme, plus répandue dans Tempire romain qu'elle ne Test encore parmi nous, et ne fut-elle pas, selon Montesquieu , la première cause de sa chute? philosophie si licencieuse, que la licence du paganisme ne put la supporter, et qu'elle corrompit jusqu'à la corruption même. Ce fut précisément la morale épicurienne que le christianisme vint attaquer, autant que les absurdités de la théologie païenne, et son divin fondateur parle plus souvent de la sévérité des maximes de sa religion que de la mystérieuse sublimité de ses dogmes. C'est cependant cette même philosophie que l'on voudrait relever sur les ruines du chrisr tianisme. Mais comment pourrait-elle convenir à une société née 11 y a tant de siècles , et depuis constamment élevée dans la sainte austérité de la morale chrétienne , et , les liens de cette forte discipline une fois relâchés, retenir les hoounes sur la pente rapide des tolérances ?

Dans tout ce qui est soumis à des lois ou à des règles , le progrès vers la perfection consiste à passer de la licence à la sévérité ; la dégénération, au contraire, à revenir de la sévérité à la licence. Ainsi, pour l'art militaire, la perfection est dans la sévérité de la discipline ; pour la justice, dans l'équité sév^ des jugements; pour les lettres et les arts, dans la sévère observation des règles du goût; pour l'homme même, élément et image de la société, dans la gravité et la sévérité des mœurs, et pour l'homme parvenu à la maturité, la licence est un opprobre , et la frivolité un ridicule. Sera-ce donc seulement pour la société que la perfection des lois sera leur mollesse, et les progrès de la morale son affaiblissement! Et qu'on y prenne garde^ la licence des doctrines s'introduit^ ou platM

GOIVSIDÉEATIONS GÉNÉBALE8. 405

se glisse dans la société^ à Tinsu de rhomme, et par nn secret relâchement dans les actions, et bientôt dans les principes. Mais la sévérité , même Taustérîté , quand elles se montrent dans quelques institutions, sont accueillies avec enthousiasme, quelquefois avec fanatisme , et les nouvelles doctrines, même celle de Mahomet, se sont propagées, plutôt en outrant la rigidité des conseils qu'en affaiblissant la sévérité des préceptes; preuve évidente que la sévérité d'une règle, quelle qu'elle soit^ est à la fois un besoin de notre nature, et un premier mouvement de notre raison.

Aujourd'hui tous les gouvernements veulent être forts , et ils seront obligés d'être sévères ; résultat nécessaire de l'agrandissement des États, de l'accroissement de la population; effet inévitable des progrès du commerce , des lettres et des arts, surtout d'une certaine philosophie; en un mot, de tout ce qui met plus de jouissances et de luxe dans la vie, plus de désirs dans les cœurs, plus d'agitation et d'inquiétude dans les esprits, et qui fait que les hommes se contiennent eux-mêmes avec plus de peine, et sont plus difficilement contenus. La force du pouvoir est aussi la suite nécessaire des discordes civiles; elle en est même le remède, et Montesquieu remarque, avec raison, que a les troubles, en France, ont toujours af- » fermi le pouvoir. »

Mais si les gouvernements veulent et même doivent être forts, les chefs des nations voudraient être modérés; et sans la religion qui s'interpose entre les rois et les peuples, comme ces matières onctueuses qui rendent plus doux et plus libre le jeu des machines compliquées, et empêchent les frottements trop rudes, la force du gouvernement pourrait n'être pas sans danger pour les peuples, ni la modération des chefs sans dan> ger pour eux-mêmes. Ainsi, quand l'autorité politique est forte, l'autorité religieuse ne peut être faible, et ce serait assurément une bien triste compensation à offirir aux peuples, pour la rigueur du gouvernement, que l'affaiblissement de la religion ; car une société est également en souffrance, et lorsque le gouvernement est plus fort que la religion, et lorsqu'il est plus faible, parce qu'alors il n'y a pas assez de morale pour faire supporter la police, ou il n'y a pas assez de police pour appuyer la morale.

Jamais , on peut le dire , les gouvernements n'ont eu plus besoin de s'aider de toute la force de la religion, parce que, à aucune autre époque du monde, il n*y a eu dans la société

406 GÛNSIDÉEATIOHS OÉNÉBALXS.

publique y ni autant de lumières vagues ou fausses, ni autant d'hommes à gouverner, et^ si Ton ,peut parler de la sorte, ni autant d'esprits, ni autant de corps. Jamais les sociétés asdennes les plus ^peuplées, pas môme |>eut-ôtre l'empire rojnain, n'ont eu, je crois, autant d'hommes dans l'État que nés igrandes monarchies d'Europe, parce que les esclaves, partie « nombreuse de la population totale, gouvernés despotiqueaient par leurs maîtres, appartenaient uniquement à la famille, «ne faisaient point, comme sujets, une i)ersonne de la société publique, et que même, à cause de la constitution plus forte de la famille, les femmes et les enfants étaient moins de l'État qu'ils ne le sont aujourd'hui, et que ne le sont même les domestiques, dont le service a remplacé celui des esclaves. Le christianisme , qui a appelé tous les honunes à la liberté des enfants de Dieu, a rendu à l'homme, même le |ilus faible d'Age, de sexe ou de condition, sa dignité prejonière et naturelle; il a rendu à la nature humaine ses justes droits, et, sans affaiblir la subordination légitime des persannes de la famille envers le pouvoir domestique^ il a fait ^passer dans TÉtat la fanûlle elle-même avec toutes sesperstmnes; et, conformément à l'ordre, en conservant au pou- -Voir domestique toute sa dignité ^ même à c6té du pouvoir public , il a soumis la société particulière de la famille à la «ociété générale de l'État.

Mais 4a religion chrétienne , en affiramchissant les corps par l'abolition de l'esclavage et de tout ce qu'il entraînait d'avilisjant et de cruel, ot par la4>rot6ction accordée à toutes les fai- I>l0sse6 de l'humanité, a aussi affranchi les esîprits de l'erreur ési de rignorance par les connaissances morales qu'Ole a réjpandues ^partout, et jusque dans les dernières classes de la société. £Ue seule a évangélisé les pauvres, en leur annonçant l^ bonne nouvelle de leur affranchissement dvU^t religieux (et c'est la ()remière preuve que son divin fondateur donne de sa miaaicm), et elle a initié l'enfant aux plus hautes vérités de la jaoffale et de Ja philosophie* Le christianisme a non-seulement (•ffinAohi les ^uples du joug de l'esclavage, il a, si l'on peut iù dire, délivré las gouvernements eux-mêmes du Joug de leur fMpie despotisme, « souvent, comme le remarque Montes* a quieu, plus pesant aux gouvernements qu'aux peuples # oiêmes. 9 En «aème temps qu'il a défendu au sujet d'ètie l^sctave^ il a affranchi les souverains de la triste nécessité d'étrt Am Ayrtusd^ '^i 1m aoîs, jnsgu'alora instruments de servitude.

comme ks ^pp^Ue Taeîte» ont pu èlre et oot été en eSélâtt moyens puissants et même les seuls moyens de liberté. . Aififtiy ai d'un côté la religion dhrétiemie a muMpUé^ ^pour les gouvernements, les soins de l'administration, en irépandailt plus de lumières et en faisant membres de l'État tous ceulL qui ne Tétaient que de la famille; de Tantre, elle a rendu {dos facile et,plusdouoe l'action des gouvOTaernents, en inapimoi auK hommes des principes d' obéissance envers ceux qui lés gouvernent, et surtout des sentiments d'amour et de fidélité inconnus aux peuples anciens. Le pouvoir est devenu unepùh termté, le ministère un êervice, Tétat de st^et une dépendande filiale; et les sujets ont été des enfants mineurs.^ servis dans la maison par tcMit le monde, et auxquels tout se rapporte^ et la vigilance des «parents^ et les soins des domestiques. Ge ebaagement dans -l'état des nations s'est même étendu asft lelaiions de paioL et de bon «voisinage entre les peuples, éL jusqu'à Tétat de guerre; et ce droit public moderne est,. sui*vant -Montesquieu, « unbtenfiiit de la religion cbrétieime <qiie » la nature humaine ne saurait assez reconni^re. -d

Ainsi, gouvernants et gouvernés, nous devons tout au totam stianisme, tout ce qui [produit la sécurité des uns et la jusie liberlédes autres* Nous>lui devons surtout cette confiances^ cipeoque, cette indulgence mutuelle qw fait que ies gouver^ nements peuvent, sans danger .pour 'leur existence, pardonner aux peuples les feutes de i'ignoninoe et de la légèreté; les peuples, sans danger pour leur liberté, pardonner aux gouv^t^nemenle les erreurs .inévitabèeset involontaires de Tadminis*trution; et il 4i été désormais aussi fadle de genvenaer par ùl seligion que difficile ou tméme impossible de gouveroer saïui eUe. ie le répète, nous devons tout à la religion, force, vevU]^ laifion, «lumières; et lorsque nous lui préférons unetphiloac^Ue qui y par la licence de ses opinions et la moUcsse 4e ses BMiximeB,«en poussant les bomoies à la révolte, ne peut que forcer les ijeuvernemeats an deapotisma, nous sommes dei insensés et des ingrats, et nous abandonnons une épouseiqulu lait ncttre fortune, .pour suivre «une courtisane qui «nous inllie. Et.n^efO0s«nous pas vu la tyrannie la .plus monstniense et te plus huuéeuae servitude reparaître» après ténl de sièele% dm lu^Muplede Tiku«pe le (plus tort» le{|^s«érluiiiéeiuième.'liÉ ptaiB litm» à Tinataut que la eeligien ohréliettie m été tenoie de Tétat ^ttUioide<eotti «eeiélé»^ou«4U'eUe>a!y a été «oniEEiÉe

106 OÛHBlDÉltÂnOHS OtNÉBALBS.

qu'a?ec les précautions de la haine et sous la im>tecti<m da mépris?

Uu'on ne nous parle plus des vicissitudes des choses humaines et de la nécessité des révolutions, pour faire oublier rinutilité de celles que Ton veut faire, ou les crimes de celles que Ton a faites. Il n'y a de vicissitudes et de révolutions que dans le matériel de la société, comme il n'y a de changement de figures et de fwmes que dans la matière. Le moral de It société ne doit pas plus changer que le moral de l'homme. Le christianisme, religion de l'inteUigence et des réalitéi, religion de Tftge viril, est le dernier état de la société, comme le jndalsme, religion de Fenfance, religion d'images et de figures, en a été le premier. Si nul autre n&m que celui de son dim fondateur n'ajété donné aux hommes que pour être sauvés, nulle autre doctrine que la sienne n'a été donnée à la société pour être bonne et forte; et si le christianisme pouvait périr, la société aurait vécu. Elle finirait, comme nous avons failli finir nous-mêmes, par l'excès de la licence et par l'excès de la tyrannie ; et si le progrès de la licence dans un temps, delà tyrannie dans l'autre, n*eût été miraculeusement arrêté, il n'est pas douteux que notre France , cette fille aînée de la civilisation chrétienne, n'eût été réduite en moins d'un demi-siècle i la condition la plus sauvage, la plus nudheureuae et la plus abjecte de l'existence humaine.

Sans doute la génération qui aurait vu les premières douleurs de cette agonie du corps social n'assisterait pas à ses dei^ nières convulsions. Les siècles sont les joun des nations; mais l'intervalle serait rempli par hi lutte sanglante des ambitions, et le choc continuel de la force contre la force : état terriUe qui a été celui de Tempire romain jusqu'à ses derniers moments« et qui aurait pu devenir le nôtre; état où tout est malheur pour la société, la force du gouvernement comme sa faiblesse, parce que le gouvernement, même le mieux intentionné, ne peut être fort sans être violent, ni faible sans être opprimé.

Des prodiges d'union , de courage et de magnanimité, on peut dire aussi de démence et d'o^[ueil, ont sauvé la France et l'Europe; mais le principe du mal est toujoun subsistant. Ce ne sont point les accidents physiques ni même les désastres politiques qui détruisent une société; et la conquête ellemême, en confondant les vaincus et les vainqueurs, peut la

CONSDÉRATIOin fit^ÉRAUf . iW

régénérer. Des causes morales peuvent seules dissoudre une société civilisée^ parce qu'elles seules ont pu la former. On sait assez ce que peuvent être Tathéisme et le matérialisme avec la culture de l'esprit, la décence des moeurs^ les aisances de la vie; mais que seraient-ils avec l'ignorance, la misère et la grossièreté? Jusqu'à présent, ils n'ont servi qu'aux passions douces et faibles des gens du monde; m^ùs s'ils venaient jamais à arm^ les passions cupides et féroces du mercenaire, si le secret de ces funestes doctrines, longtemps renfermées dans les académies et les cités opulentes, se divulguait dans les campagnes, et qu'il n'y eût plus de Dieu ni de vie future, même pour les chaumières, tout équilibre serait rompu entre la force physique de la multitude et la force morale du pouvoir et de ses ministres. Le monde verrait des désordres qu'il n'a pas vus dans les temps les plus désastreux et chez les peuples les plus barbares, des désordres dont les extravagantes horreurs de i 793 peuvent nous donner quelque idée. Les hommes tomberaient dans une indépendance sauvage, qui n'a jamais été que celle des animaux dans les forêts. La propriété de sa vie , de ses biens, des objets les plus légitimes des affections humaines, ne serait plus qu'une possession précaire et disputée. Des voisins seraient des ennemis, et les familles, revenues à l'état de guerre privée dont elles ont eu tant de peine à sortir, entourées de périls et dénuées de protection, redemanderaient à la société, désormais impuissante à les protéger, les armes qu'elles avaient, pour leur conunune défense, confiées à l'autorité publique.

Ainsi, lorsqu'un vaisseau a fait naufrage sur une c6te abandonnée, et que tout espoir de retour est perdu, les hommes de l'équipage, dégagés des devoirs de l'autorité et des liens de la subordination, et rendus par le malheur à Tindépendance et au soin de leur défense personnelle, emportent chacun , de leur navire brisé, tout ce qui peut servir à prolonger et à défeoflre leur misérable existence.

DÉMONSTRATIOfN

PBtLOSQraQOI

DtJ PRINCIPE CONSTITUTIF

DE LA SOCIËTÊ.

AUX FRI^GES €flE£TIKIiS.

C'est à tous les Rois, puisque tous les Rois sont frères> q^er j'ose faire hommage d'un écrit qui peut^ sous leur puissante protection, préparer le retour de la politique aux voies qu'elle, a depuis trop longtemps abandonnées.

La société chrétienne condamnée, ainsi que Thomme, k passer par Tenfance et la jeunesse pour arriver à Tàge mûrji a vu ses premières années s'écouler dans ce travail intérieur de développement , naturel à tout corps organisé qui tend à^ sa perfection.

Au quinzième siècle la société sortit de renfancc. 'Les passions s'éveillèrent, toujours plus avancées que la raison ;. elles firent irruption dans les esprits ,. et rejetèrent , comme tropsévères, les doctrines qui avaient présidé, à l'éducatioa dUr premier ftge.

Elles voulurent faire une autre ]»Ugicaa(ji una suive poUtiqna, :iine autre société....

Dans cette confusion universelle. Dieu ne fut pas plus respecté que les rois, et la royauté, partout où s'en était conservée rimage, fut sommée de recevoir, des mains de ses sujets, l'investiture du pouvoir qu'elle ne tenait que de Dieu.

41t AUX fvacMs cmtnzss.

Ces doctrines se sont répandues dans la chrétienté, et en ont troublé successivement toutes les parties.

La France, Talnée de toutes les sociétés, et qui avait étendu sur toute l'Europe la domination de sa langue, de ses arts, de sa littérature, de ses exemples, la France, après avoir longtemps contenu la fureur du torrent, a cédé à sa violence; et il n'est pas besoin de rappeler aux rois de l'Europe, qui tous en ont été atteints, les événements qui ont signalé cette sanglante période de notre histoire.

Dans son désespoir, l'Europe s'est levée, elle a couru aux armes; mais, en arrêtant les effets, elle a laissé subsister les causes; et si elle a repoussé les armées, elle a peut-être accrédité les doctrines.... Le volcan brûle et gronde encore, même après que Texploision a cessé.

Les erreurs, qui veulent s'affermir malgré la nature qui les condamne à une éternelle mobilité, entretiennent donc dans la société, par ces efforts impuissants^ un état d'agitation et de trouble qui menace tout ce qui n'est pas encore renversé, et recommence sans cesse le fragile édifice élevé par l'ignorance et l'orgueil.

Hais peut-être l'excès du désordre éclairera les esprits; peut-être l'ftge mûr^ revenu des illusions de la jeunesse, redemandera la lumière, qui peut seule lui faire retrouver h vérité

C'est, s'il est permis encore d'espérer, pour hâter cet heureux moment, que j'ose mettre, sous les yeux des Princes chrétiens, un exposé simple et fidèle du système étemel de la société.

Depuis longtemps voué à sa défense, je termine par cet écrit ma longue carrière. C'est pour le bonheur de vos peuples. Rois chrétiens, c'est pour le vôtre et celui de vos illustres maisons, que je l'ai entrepris.

Daignez en agréer l'hommage,

Le YiooiiTB DE DONALD»

Avant d'exposer mes principes de philosophie appliquée à la société, j'ai dû considérer l'état actuel de la philosophie en France.

On peut ramener à trois écoles différentes les systèmes philosophiques qui partagent aujourd'hui les esprits.

C'est ce qu'a fait M. Ph. Damiron (1) dans son Essai sur PBistoire de la Philosophie en France au xix« siècle, essai dont cette introduction n'est que l'analyse.

Il pourrait y avoir plus d>.xactilude, et peut-être d'impartialité, dans les jugements que H. Damiron porte sur quelquesnns des écrits qu'il examine : il est si difficile d'être entièrement juste envers ceux dont on ne partage pas les sentiments! mais, tel qu'il est, V Essai suffit au dessein que nous nou& sommes proposé. S'il n'expose pas avec assez de fidélité ou de connaissance les systèmes particuliers qu'il combat^ il indique avec assez de précision les différentes écoles auxquelles ils appartiennent ; or, ce sont les écoles de philosophie^ et non les philosophes, que nous considérons dans cet écrit.

H. Damiron commence par l'école sensualiste, expression adoucie^ équivalente de maténaliste.

Ce système serait assez fidèlement traduit par cette définition de l'homme tirée de Saint-Lambert : a L'homme est une masse 3 organisée et sensible , qui reçoit l'esprit de tout ce qui l'en- 3 vironne et de ses besoins. »

Dans ce système, les organes matériels sont tout l'homme, et même l'homme intelligent ; la pensée est une digestion ou une sécrétion comme tout autre; elle est, dit Condillac,la iensation transformée.

(I) Alors agrégé, depuis nommé professeur de philosophie au ooQéf» loyal de Cbarlemagae.

« Ici, dît W. Damiron, les applications naissent d'cnes-mêmcs. » Elles sont toutes en harmonie avec l'idée générale dont elles » émanent. S'agit-il y en effet , de savoir ce que c'est que le » bien 9 ce que c'est que le malt la réponse est aisée. Le bien 0 est tout ce qui tend à conserver l'homme, c'est-à-dire l'orga- 0 nisme ; le mal est tout ce qui tend à le détruire ou à le dété- » riorer. Rien au-dessus du bonheur physique, rien de pis que » les souffrances du corps : le bien suprême est la santé. Aussi » le vice et la vertu ne peuvent être que l'habitude volontaire 0 des actes conformes ou contraires à la loi de la conservation » (toujours des corps ou de l'organisme). Tel est le fonds dn » catéchisme de Volney : c'est là toute sa théorie. On regrette » seulement d'y trouver des lacunes , l'une relative aux arts, D l'autre à la religion. Sans doute, il ne juge pas ces deux. » formes de l'activité humaine assez positivement utiles à la D conservation de l'individu pour en tenir compte ou en recom- » mander l'usage. C'est un tort et une erreur; car, d'abord, il » y a dans la culture des arts un charme honnête, etc., etc. » Quant aux sentiments religieux, Volney fait plus que le né- D gliger, il le repousse et le proscrit; il ne veut ni de la foi ni » de l'espérance, etc. »

Comment Volney aurait-il pu parler de religion, lorsqu'il ne reconnaît point d'âme distincte des organes, et qu'en aurait-il pu dire? Nous remarquerons seulement que, de la part de H. Damiron, l'expression de lacune est bien faible en parlant de l'absence de la religion dans un système de philosophie,

M. Damiron rejette ce système désolant, dont Locke, parmi les modernes, a jeté les fondements, lorsqu'il élève la question dé savoir si la matière peut recevoir la faculté de penser; que Condillac avec sa sensation transformée a continué et rendu populaire; et qui, à quelques différences près, est, selon H. Damiron , le système de HM. Cabanis (revenu depuis à des idées plus saines) , jD^s^u^^ rf^ Tracy, Volney, Garât, Gall, Azaïs, Broussais (ce dernier omis dans la première édition de Y Essai, et nommé dans la secondé) , tous philosophes sensualistes ou matérialistes ^ et même M. La Romiguière , que H. Damiron classe parmi eux, parce qfie, dît-il, aie principe » qu'il professa d'abord, qu'il modifia ensuite, savoir, que » toute idée a sa source dans là sensation, offre assez de traces B de ce système pour pouvoir sans inconvénient en prendre te 9 non» et le drapeau. »

Nous ne nous arrêterons pas plus longten^ sur cstle doe«* :

IRTRODUCTION. 419*

trine abjecte, réftitée dànn nos Recherches philùsophiqtœê, etc., et* M*. Damiron l*a remarqué : elle animalîse l'homme , enii'ofn>Bnt à ses désirs et à son activité que dès jouissances maté-' rièlles; elle laisse la vertu souffhinte sans récompense, le crime^ heureux sans châtiment, la conscience sans remords, l'homme sans avenir et sans consolation ; et, comme elle ne voit d'autre* bonhein" que la vigueur corporelle , et nie tout autre devoir que celui de la conserver, elle semble imaginée tout exprèftpour le» méchants, que Hobbes appelle des enfants rohustes.

La seconde écolfe, dans l'ordre suivi par Mv Damiron, est- Pécole théologique, spiritualiste ou catholique (car il lui donne ces trois noms), et que nous appellerons Técole de philosophiereligieuse, représentée par MM. de Maistre, de La Mfennaîs, de Bonald et d'Eckstein.

Ceux-là croient l'homme une intelligence servie par des or" ganes, intelligence distincte, par conséquent, de l'organisme, éclairée sur son origine, sa nature, ses devoirs et sa fin, non, comme le dit l'auteur de VFssai, par une inspiration que les catholiques laissent aux protestants, mais par une révélation divine, positive, extérieure, transmise jusqu'à nous par un enseignement traditionnel ou historique; doctrine qui ne prend pas son point d'appui dans l'homme ^ dans sa sensation, comme l'école sensualiste, ou dans sa conscience, comme l'école éclectique ; mais en dehors de l'homme ou en Dieu.

La troisième école dô philosophie est Técole éclectique, qui s'appelle aussi, on ne sait pourquoi, spiritualiste, rationnelle, car elle n'est proprement ni l'utie ni l'autre, école éclectique, c'est-à-dire qui cherche pour choisir, renouvelée dès Grecs, grands chercheurs de philosophie : Grcm, dit saint Paul> mpientiam çuierunt ; et dont MM. ^erar^/, Virer/, Keratry, Mhssias, Bonstesten, Ancillon, Droz, de Gérando, Maine de Biran, Royer-Collard, Cousin, Jouffroy, et M, Damiron lui-même, sont les disciples ou les apôtres.

Puisque le caractère de cette école est de choisir, et par conséquent de chercher, il semblerait naturel d'attendre, pour la définir, de savoir si elle a fini de chercher, et' ce qu'elle a enfih ' tfow'é et choisi. Nous ne le savons pas, et, s'il faut en croire 11. Damiron, elle ne le sait pas elle-méhie, et il' est difficile qu'elle puisse jamais le savoir, tant il y a de différences et même de contradictions dans les recherches faites à la fbis par tant de philosophes, et d'incertitude dans leurs choix. « La -

416 INTRODUGTIOIC.

» philosopbie de réclectisme, dit l'auteur de VEssai, plus di- » verse et plus confuse, a plus de peine à se rallier à un nom et » à un drapeau. » Ce ne sont cependant pas les noms qui lui manquent, puisqu'elle en a, dans VEssai de M. Damiron, plus à elle seule que les deux autres écoles ensemble ; ni les drapeaux, puisqu'elle en a autant que de philosophes. Hais c'est tout à fait la faute de Téclectisme lui-même; c'est à une école qui sait ou croit savoir, et non à une école qui cherche et cher* chera toujours, qu'un homme supérieur peut attacher son nom et son drapeau. Ainsi, continue H. Damiron, a Téclec- » tisme n'est pas le même dans tous les temps; il dépend des » opinions au milieu desquelles il intervient; aujourd'hui il se » trouve entre le sensualisme et la théologie; il consiste, par 9 conséquent, dans un spiritualisme rationnel. Bien des diffé- 9 rences séparent sans doute les écrivains assez nombreux que 9 nous rangeons dans cette classe. Outre le génie, qui n'est » pas le même, il y a encore des questions qui sont loin d'être 9 identiques, mais ce qui leur est commun à tous est de ne » prendre leur doctrine ni dans le système de la sensation, ni 9 dans celui de la tradition (de la révélation), mais dans un > système moyen, qui, plus large que le premier et plus posi- » tif que le second, s'attache bien moins à repousser qu'à mo- » difier l'un et l'autre, moins à les nier tous les deux qu'à les » compléter, les éclaircir, et à leur emprunter avec critique ce 9 qu'ils peuvent avoir de vrai, d

Ainsi réclectisme n'est pas proprement une doctrine, mais il est en quelque sorte deux doctrines; il n'est pas un système suivi dans toutes ses parties, a il dépend des opinions au milieu » desquelles il intervient ; aujourd'hui il se trouve entre le sen- » sualisme et le spiritualisme, demain il peut se trouver peut- 9 être entre l'illuminisme de Saint-Martin et celui de Swedem- 9 borg. Bien des différences séparent les nombreux écrivaim » que nous rangeons dans cette classe ; mais ce qui leur est » commun à tous, est de ne prendre leurs doctrines dans au- » cun des deux autres systèmes, mais dans un système nu^fen 9 plus large que l'un, plus positif que l'autre, et qui s'attache » moins à les nier qu'à les compléter. »

Cette explication du système éclectique n'est pas très-philosophique, au moins dans l'expression. Que signifie en effet rendre plus large le système matérialiste, et plus positif le système théologique ou religieux, et les compléter tous deux? Le système matérialiste est aussi large qu'il peut l'être; il est sur-

nfTRODUGTION. 411

tout simple et complet; il n'admet qu'une substance^ la matière^ et il en fait tout et même rintelligence ; il en fait son Dieu et son homme. Rien certainement de plus simple et de plus complet. Lui ajouterez-vous^ pour le rendre plus large, une âme distincte des organes? ce ne sera plus le matérialisme, mais le système opposé^ qui admet les deux substances. Ne lui ajouterez-vous qu'un peu d'&me et retrancherez-vous quelque chose à son organisme? il n'en sera ni plus large ni plus complet^ et^ d'odieux qu'il est^ il deviendra ridicule.

D'un autre côté le système religieux du catholique est aussi positif qu'il est possible qu'il le soit^ fondé sur une révélation écrite, transmise jusqu'à nous d'âge en âge par la tradition, base universelle de la législation de tous les peuples, conservée fidèlement par le plus ancien peuple qui subsiste encore sous nos yeux, reçue par les nations les plus éclairées et les plus fortes, comme le fondement de leurs croyances, et défendue par les plus beaux génies. Qu'ajouterez-vous à ce système pour le rendre plus positif et plus complet? Le ferez-vous pencher vers le sensualisme? Mais, dans ce système, l'homme est une intelligence servie par des organes, et, dans ces organes, serviteurs ou ministres de l'intelligence, est toute la matière que le système spiritualiste peut admettre.

Et puis , dans quelle proportion, quelle dose, si je peux ainsi parler, prendrez-vous de l'un pour ajouter à l'autre? Ils sont, chacun dans leur genre, deux systèmes absolus, et il ne peut y en avoir d'autres; deux systèmes complets, positifs: l'un dans l'affirmation de la seule substance corporelle, l'autre dans l'affirmation des deux substances, corporelle et spirituelle, qui composent l'être humain; deux systèmes diamétralement contradictoires, et, pour en composer un ^lers système, un système moyen qui ne soit ni l' un ni l'autre et qui soit tous les deux, vous chercherez en vain, vous vous condamnerez, comme les Danaîdes, à remplir un tonneau sans fond, vous chercherez toujours, et vous ne choisirez jamais de manière à faire un corps de doctrine, un et lié dans toutes ses parties et universellement reçu : et prenez garde que, tant que vous cherchez, vous n'êtes que des sceptiques; dès qu'une fois vous aurez choisi, vous n'êtes plus éclectiques.

Et c'est ici que se montre la grande erreur de l'éclectisme. La pensée a été donnée à l'homme comme instrument, moyen, produit de son activité intellectuelle, de même que ses organes loi ont été donnés comme instrument etmoyen de son activité

corporelle. L'bouime doit nouri ir ses ocganes^ .pour les faire vivre et croître; il doit les exercer, pour les fortifier et les rendre propres au service qu'il eu attend : mais il .prend toujours au dehors de lui-même, et ce qui accroît leur substance et ce qui exerce leurs forces. L'homme doit également nourrir son esprit par l'étude, l'exercer et le fortifier par le travail, mais c'est aussi toujours hors de lui-même qu'il doit chercher les matériaux de ses études et les ol^ets de ses travaux : et, pour cela, la religion, la morale, la jurisprudence, la politique, l'histoire, les sciences, les arts, la nature, l'univers tout entier, sont à sa disposition : Tradidit mundum disputatiani êorttm. Les éclectiques, au contraire, ne prennent qu'en eux-mêmes Vol\jet et le sujet de leurs pensées, et ne pensent, si je peux parler ainsi, que leur propre pensée. Leur science pbiloso-

Îhique est la science du moi, mot qui revient si souvent dans mrs écrits; ils n'étudient que leur conscience, qui ne veut dire^ en langage philosophique^ que la science de soi, sui scientia. Ce sont donc des ouvriers sans ouvrage, qui ne travaillent que sur leurs outils ; labeur ingrat, plaisir stérile, qui ne saurait produire, et dessèche l'esprit sans le féconder; vaine contemplation de soi-même, qui ressemble à cette occupation des solitaires du Mont'Athos, qui, les journées entières, les yeux fixés sur leur nombril, prenaient.pour la lumière incréée leséblouissements de vue que leur causait cette position. J'avais, en adoucissant l'expression, caractérisé d'une manière vraie et énergique cette dangereuse habitude de l'esprit. H» Bamiron a 4rouvé ce rapprochement ridicules ce n'était pas là son défaut.

Aussi l'éclectisme, qui prend dans la consoience son premier principe, comme le matérialiste le ^prend dans la sensation, se produit dans ses écrits .par une expression v^gue, obscurq, aride, abstraite, sans couleur et sans vie ; et Je doute que j>ersonne, hors leurs auteurs ou leurs tsaducteurs, ait;pu lire jus* qu'au bout, sans une extrême fatigue, lesnonibreux ouvrages sortis de l'école éclectique, ou écossaise. En voici des exeiQples pris au hasard : a Plus que jamais fidèle Â. la méthode ,p^duh

> logique, dit un célèbre jprofesseur de cette école, an lieu do » sortir de Tobservation, je m'y enfonçai davantage,; et c'est 9 jMur d'observation que, dans fintimUi de la e(mscienee,*éLk 9 un degré où Kant n'avait pas. pénétré sous làrêlatùnié etJa

> subjectivité des principes nécessaires, j'atteignis-et je démôlai

> 4e tait instantané» mais céel» de l'^perc^tion ^poatanéede h

INTAÛSUGTIÛK. 419

^ vérité^ epÊTceptioQ quî^ ne se réfléchissant .pas immédiate- 9 ment elle-même, passe inaperçue dans le$ profondeurs de la .3 conscience^ mais y est la base véritable de ce qui, plus tard, » sous une forme logique, et entre les mains de la réflexion, » devient une conception nécessaire. Toute sul^jectivité et toute 9 ré flexivité expirent dans la spontanéité de Taperception; mais » la lumière prnnitive est si pure, qu'elle est insensible. C'ast p la lumière réfléchie qui nous frappe, mais souvent en offusp quant de son éclat infidèle la pureté de la lumière primitive. » La raison devient bien subjective par son rapport au moi vo- > lontaire et libre^ siège et type de toute subjectivité; mais, en » elle-même^ elle est impersonnelle^ et n'appartient pas plus » à tel moi qu'à tel autre moi dans l'humanité. Elle n'ap- 9 partîent .pas même à l'humanité et ses lois ne relèvent que

* d'elle-même. »

J'avoue avec une entière sincérité que, quoique assez accoutumé à des études sérieuses, je ne comprends pas un mot de ce long .passage; et^ si d'autres moi en pénètrent le sens, il est pour le mien d'une obscurité désespérante. Encore un exem- .pie pris dans le même auteur. « Dans tout et partout. Dieu » revient en quelque sorte à lui-même dans la conscience de OD rhomme, dont il constitue indirectement le mécanisme et la » triplicité phénoménale, parle reflet de son propre mouvement » ou de la triplicité substantielle, dontilestj'id^ntité absolues»

« Tout fait individuel est un concert de deux parties, doilt 9 Tune est entièrement individuelle et déterminée par elle- » même, et la seconde, individuelle et déterminée par son » contact avec la première, n'est oependant considérée en » elle-inéme, ni individuelle, ni déterminée. »

En veut^on un autre exemple^ tiré du plus littéraire, au moins dans son style, desphilosqphes qui composent la galerie ^e M. Damiron? Aureste, celui-ci est plutût de l'école sensuaiiste, selon l'auteur de VÈssau

u Quant à la volonté, son point de départ et la faculté élé- B Dfientaire, ou le désir, comme l'adtention est le point de départ » delà faoïdté élémentaire de l'entendement; le désir engendre^ ^ oomme l'attention,, deux autres facultés., ni jplus ni mains, m savoir : la préférence et la liberté. La préférence est au désir

* ee que la con^fiaraison est à l'attention, et la liberté est à la » préférence ce 4pie la raison esta la comparaison. Comme les » /acuités élémentaires de l'eatendament se con^pliquent des m faottllés secondaires qui interviennent dans leur eftercio^^d^

410 V DVTSODncnoif.

» même les trois facultés élémentaires de la volonté, savoir : » le désir, la préférence et la liberté, se compliquent succes- 9 sivement de diverses facultés secondaires auxquelles elles » donnent naissance , telles que le repentir et la délibération. » Le repentir natt à la suite de la préférence... t

a Le repentir, dit M. Damiron (raisonnant sur ce passage), # n'entre pas dans les facultés intellectuelles de Tauteur que » nous venons de citer, quoiqu'il soit une faculté, selon Con- » dillac ; mais, selon Tauteur cité, le repentir appartient à la p sensibilité : la délibération suit la préférence et précède la 9 liberté. On peut d'abord préférer sans avoir délibéré; mais, » si l'acte de préférence a été suivi du repentir, on ne préfère » pas de nouveau sans délibérer. Or, la préférence après déli- » bération, c'est la préférence libre, la liberté. Désir, préfé- » rence, liberté, voilà les trois facultés réelles; leur réunion est » la volonté. Mais, comme la réunion de plusieurs facultés n'est » point une faculté réelle, la volonté n'est point une faculté » propre, mais une faculté nominale, un signe, ainsi que l'en- » tendement, et rien de plus. »

Je le demande à tout homme sans prévention, qa'a-t-on appris, que sait-on, quand on a pâli sur cet étrange enseignement? qu'en reste-tril dans l'esprit? quelles notions utiles et distinctes a-t-on acquises? pense-t-on que l'intelligence soit plus éclairée par la subjectivité et la réfleiivité, par la lumière primitive ou la lumière réfléchie; ou que l'esprit, même le plus ordinaire ait besoin d'étudier toute cette généalogie de désir, de préférence, de liberté, de volonté, pour désirer, préférer, vouloir et agir? Cette dissection de la faculté intellectuelle eu aperception, intuition, perception, réflexion, observation, etc., lui servira-t-elle de quelque chose pour apercevoir, concevoir, observer, réfléchir et juger? et cela ne ressemble-t-il pas un peu aux leçons de grammaire que le maître de langue donne, dans les comédies de Molière, à M. Jourdain? Autant vaudrait soutenir que l'homme a besoin, pour digérer ses aliments , de connaître le mécanisme de la digestion; ou, pour marcher, d'avoir étudié les lois du mouvement.

M. Damiron reproche sans cesse de la poésie au systbne religieux qu'il appelle théologique, comme si la poésie était condamnée à ne pas raisonner. Assurément on n'accusera pas l'enseignement éclectique d'être trop poétique.

Mais si, comme le dit M. Damiron, a chez les nations la foi > fiait tout; si l'histoire de la philîsophie est celle des

'introduction. 411

9 croyances; si la philosophie n^est que la foi des peuples » réfléchie et expliquée ; d si enfin la philosophie, qu'on peut appeler une religion humaine, veut se substituer à la religion divine, comment, même avec Tappui des journaux populaires dont se vante Téclectisme, peut se rendre populaire la foi à une doctrine, ou plutôt à des opinions si diverses, si confuses, si peu unanimes, exprimées dans un langage si abstrait, si vague^ si peu populaire? Si elles pouvaient être comprises , elles ne feraient qu'un peuple de chercheurs, qui n'aurait rien de fixe dans ses dogmes, rien d'arrêté dans des croyances qui ne par<* lent ni au cœur ni à l'esprit, ne présentent à l'un aucun senti* men, et n'entretiennent l'autre que de doutes et d'incertitudes! « Voyez, dit H. Damiron, les prodiges de la société chrétienne : » elle n'a dans l'origine de puissance que sa foi ; mais sa foi lui > vaut l'Empire. » C'est que les chrétiens ne cherchent pas, ils savent; car croire, c'est savoir,, a Les nations, dit encore 9 M. Damiron , ne sont que ce qu'elles croient. » Que serait donc la nation qui croirait à l'éclectisme?

Au reste, les éclectiques ont eu une preuve récente de la faiblesse, de l'obscurité, de l'incohérence de leur système : les journaux nous ont appris que l'Académie avait proposé, pour sujet de prix annuel, l'explication de l'éclectisme. Personne n'a répondu à l'appel, et personne ne pouvait y répondre : c'est une énigme qui n'a pas de mot.

Avant de passer à l'école religieuse par laquelle nous ter* mmerons cette dissertation , il convient de s'arrêter sur le rapprochement qu'a fait M. Damiron des fortunes diverses des écoles de philosophie en France, avec les diverses phases de la révolution. Ce rapprochement ne fera peut-être pas honneur à Téclectisme aux yeux de certaines personnes; mais, comme la philosophie chez une nation avancée fait partie de sa littérature, il en résultera une nouvelle démonstration de cette vérité avancée ailleurs par l'auteur de cet écrit : Qite la littérature est l'expression de la société.

En effet, H. Damiron montre le matérialisme tout-puissant aux premières époques de la révolution, sous le règne de ranarchie et de la terreur. Alors la force physique régnait seule, et la société, livrée à la partie matérielle et populaire de la nation, n'était occupée qu'à ravir ou à disputer des intérêts matériels.

« A la restauration, continue M. Damiron, tout se déclare. » L'école éclectique et l'école tbéologique se constituent Tune

4SI iHTBoracnon.

• et Tautre. Mais la première^ faible encore, sans prinrîpes « bien airètés , dispose lee esprits plut6t qa'eDe ne les goo- » terne ; elle commence à percer^, mais ne règne pas encore, s La seconde, au contraire (l'école religieuse), pleine de force s et d'éclat, et comme armée de toutes pièces, a d'abord une » action assez vive et assez étendue par le clergé qui la propage, B et le pouvoir qui la favorise. Elle a bientôt un public ; mais s ensuite elle défaille et commence à perdre crédit. Aujoii> » d'hut elle est peu pumanie. De son côté, réclectiame a grandi 0- et s'est développé; il a gagné sur tous les points, et le grand » nombre est à lui. Il a presque passé dans les journaux ei B dans les plus populaires, preuve qu'il arrive à l'empire. »

Est»oe l'histoire de la philosophie, ou n'est-^c pas plutôt eelle de la société politique que nous venons de présenta? A la restauration, la monarchie commence, et avec elle l'ordre, la poix, la religion , tous les bienfaits de l'état véritablement sooial, mêlés cependant de l'élément populaire déposé dans la constitution écrite dans la Charte. Le système de philosophie catholique ou religieuse commence donc avec la monardiie, et tend avec elle è s'étendre et à s'affermir. Toutefois s'élève à côté d'elle, timide encore et sans force, la philosophie édee* tique. L'esprit et la tendance monarchiques s'affiublissent ; la philosophie religieuse s'affaiblit avec la monarchie : l'une et l'autre défaillent à la fois ; la démocratie gagne du terrain; réclectisme, son contemporain, son compagnon, ou plutôt son complice, grandit avec elle et se développe. Il gagne, comme elle, sur tm» les points; le grand nombre esi à lui; il pattt dan» les journaux les plus populaires, preuve qt^ii arrive à l'empire; et preuve que nous arrivons à l'anarchie , suivant la remarque faite à la tribune par un de nos derniers ministres, M. de Martignao; et je m'étonne que, pour Thonneur de son éolecttsme, M. Damiron n'ait pas répudié cette honteuse al* Uance avec les journaux populaires^ ces organes furibonds de la démocratie.

Ah reste, je doute que les philosophes anciens, môme les éideotiques, et Gicéron le premier de tous, Cicéron qui disait : MiM mhil ungwm popntlare placuit, eussent attaché tant de prix à la popularité de leur philosophie. Horace n'en voulait pas même pour sa poésie, Odiprofamm vulgvs et Arcea*

a Ainsi, continue M. Damiron, au sensualisme répond, MWl* m le diredoira et sous i^mpire, le peu de foi aua chose» mo- »>nlès» likooRuptiondesoonsetenooa, touraM^iité, la eon*

ixtrodjCtion. 493

9 dnite brutale du pouvoir^ le matérialisme des arts et le

» dédain de la religion Quand, à son tour^ le catholicisme

p reparaît (avec la monarchie)^ et entre en scène HyeePéclatet » Vappui des noms qui le soutiennent ^ tout a^en ressent; ans- » sitôt la foi semble renaître^ elle gagne le pouvoir^ passe dans i> les arts et dans les nsœurs. etc. »

Ainsi le système matérialiste s'allie naturellement à Tanarchie et à ses désordres; le système catholique ou religieux, à la monarchie et à Tordre... L'éclectisme, qui ne repousse ni n'admet le matérialisme et le spiritualisme , qui ne nie ni Vun ni Vautre et veut les mùdifier tous les deux et les compléter, est donc forcé de tenir le milieu entre Tordre et le désordre, entre le bien et le mal, comme la démocratie, à laquelle il s'allie, veut tenir le mifieu entre la monarchie et Tanarchie : système Centre-deux y comme dit Pascal, entre le vrai et le faux; système moyen ou mitoyen, système faible tant que l'État incline vers la monarchie plus que vers sa rivale, qui grandit^ prend de la force, et se développe à mesure que la démocratie prend le dessus, et lorsque la société politique, incertaine de sa route, cherche aussi à choisir entre la monarchie et la démocratie. Ainsi l'éclectisme politique , qui fait le fonds de toutes les constitutions modernes, et Téclectisme philosophique, s'appuient mutuellement, introduits Tun et Tautre par de faibles politiques et de faibles philosophes, qui croient que la vérité est un milieu, comme la vertu, aussi incapables d'éclairer les peuples qu^mpuissants k les gouverner.

Si nous voulions aller plus loin , et comparer les divers systèmes philosophiques aux diverses religions, comme nous les avons comparés aux divers gouvernements politiques, nous trouverions que le système de philosophie sensualiste ou matérialiste qui nie Tintelligence humaine, n'est que Vathéisme qui nie Tintelligence divine; que le système religieux ou ca* IhoKque est le théisme, qui croit à Texistence de Dieu, et à la réaKsation de Tidée abstraite de la Divinité, par sa présence réelle au milieu des hommes, au Ver^e incamé, IHeu du genre humain, comme dit H. Cousin ; et que Téeleetismei qui ne rgette ni réadmet le matérialisme et le spiritualisme, mais prend de tous les deux, conduit an pur déisme qui modifie Tathéiame en admettant Texistence de la Divinité, et moAti» le catholicisme en niant la réalité de sa présence au milieu des hommes, et son influence sur les destinées humaines.

Ainsi Téclectisme philosophique aAnet un Dieu sans aetioa

èU INTRODl!GTIO!f.

dans la société^ et réclectisme politique veut des rois sans influence et sans pouvoir.

Les systèmes de philosophie sont des croyanc«s^ ou^ comme je l'ai déjà dit, des religions humaines, et les philosophes qui en sont les prêtres sont jaloux du pouvoir et de Tinfluencedes prêtres qui enseignent des croyances divines; et les longues disputes de la philosophie et de la religion n'ont pas un autre principe.

Je passe à Técole de philosophie spiritualiste ou religieuse, sur laquelle je m'étendrai davantage, comme appartenant spécialement aux matières traitées dans cet ouvrage.

H. Damiron l'appelle aussi école catholique, et nous donne le droit d'appeler protestante Técole éclectique ou écossaise; et effectivement, fidèle au dogme calviniste, cette école ne voit qu'inspiration et sens privé, là ou l'école catholique croit une véritable et réelle révélation.

Ainsi la philosophie catholique est une philosophie d'autorité générale, et réclectisme est une philosophie de raison individuelle : mais que peut vouloir l'éclectisme autre chose que faire de sa raison individuelle une autorité générale, qu'il trouve toute faite dans la philosophie catholique?

Dans l'école de philosophie religieuse ou catholique, il y a unité de vues et de systèmes entre ses défenseurs : seulement les uns ou les autres font des applications particulières et en quelque sorte spéciale» des principes qui leur sont communs; H. de Maistre à la religion, M. de Bonald à la politique, M. de La Hennais à la philosophie, H. d'Eckstein à l'histoire.

On remarquera peut-être que H. Damiron s'étend, ce semble, avec complaisance, et même, pour ce qui concerne H. de Bonald, avec exagération sur les talents, le génie. Ventdition, Yédat de style des écrivains de l'école religieuse. 11 n'en dit pas tout à fait autant des écrivains des autres écoles, pas même, sans doute par modestie, de celle à laquelle il appartient. Quelques lecteurs pourraient prendre au pied de la lettre les éloges qu'il donne au style des écrivains catholiques, et en concevoir des préventions contre les systèmes opposés. Quand on veut décrier le fonds, il ne faut pas tant vanter la forme.

Il est vrai que, par compensation, l'école religieuse compte bien moins de noms que les deux autres , surtout que l'école éclectique; mais, si H. Damiron aime les noms propres, Técole religieuse pourrait revendiquer les noms des Pascal , des Leibnitz, des Euler, des Cb. Bonnet^ et de tant d'autres qui

IlfTEODVGTIOll. 425

ont été de Técole théologique et catholique, sans être théolo^ giens ni même tous catholiques; et ces noms^ elle pourrait les opposer, sans trop de désavantage, à tous ceux qu'a cités H. Damiron.

Cet écrivain voit beaucoup d'art et d'artifice dans le style de H. de Bonald, qui n'en a jamais mis dans son style > pas plus que dans sa conduite; et, s'il y a un mécanisme si savant et si curieux dans sa phrase, il a fait, comme M. Jourdain, de la prose sans le savoir. H. Damiron voit aussi de grands ressentiments dans les écrits de H. de Haistre, et dans ceux de M. de La Mennais de gL*ands dégoûts et une grande mélancolie. Il n'y a rien de tout cela dans aucun de ces écrivains, mais un grand amour de la vérité; et il serait plus raisonnable et plus vrai d'attribuer à la supériorité de la cause qu'ils défendent, les différents mérites de leur style, la force de leurs pensées et même le ton ferme et hardi de leurs écrits (1).

L'éclectique prend donc en lui-même et dans la conscience son premier principe, comme le matérialiste le prend dans la sensation.

Ainsi tous les deux le prennent dans l'homme; mais le philosophe catholique le prend hors de Thomme et en Dieu ; et certes, quand on reconnaît l'existence de la Divinité, il faut la bannir de sa pensée, ou la placer à la tête de Thonmie, de la société et de l'univers ; Ab Jove principium, disaient les païens.

C'est donc de la révélation ( s'il y a une révélation , dit M. Damiron), et non de l'inspiration que les catholiques, je le répète, laissent aux protestants, que partent, comme d'un premier principe, les partisans de cette doctrine; et, comme

(1) On me permettra de relever ici une ii^usUce, à mon égard, de M. Da. miron. A propos de ce qu*a écrit mon illustre ami le comtt! de Maistre, sur Texécuteur des jiigemeuts publics, M. Damiron appelle affreusement reli^ gieux ce que j*a vais dit \k la Chambre des Pairs, que punir un coupable du dernier supplice, c*était le renvoyer devant son juge naturel, Trouvet4l plus humain le mot usuel chez les Anglais, qui disent dans la même circonsiance : lancer un homme dans Vétemité? U y a cette différence, que le root anglais ne présente que Tidée physique d*un projectile, et que Tautre rappelle au juge Tidée morale qu'il sera jugé lui-même par celui qa& juge les justices. La religion ne nous dil-elle pas que nous serons Unis JQgés par le juge suprême, et la peine de mort qulufllgenl les jugements humains (cette peine, qulnnocent« ou coupables, nous sommes tous ooa* damnés ^ subir), est-elle une expiaUon suffisante d'une vie entière de crimes et d'une mulUtude d'assassinats; et le doux Fénelon ne dit-il pat que c'est un bienfait pour les méchants que de les rsmeUre dans l'oréfê par 1$ supplies?

496 nmoMicfioii^

Archimède , ils demandent un point d'appui hors dn monde pour le soulever. Cette révélation^ orale pour la première famille, et plus tard écrite pour la première société publique, a été conservée par ce même peuple miraculeusement sub^ tant au milieu de nous , et transmise jusqu'à nous de génération en génération par les monuments historiques ou traditionnels les plus authentiques, et par le monument de tous le plus authentique , l'établissement de la religion chrétienne, qui a été le dernier développement de la révélation primitive, et dont l'état extérieur et politique s'appelle la chrétierUé, réunion et comme confédération des nations les plus puissantes et les plus éclairées qui furent jamais.

Cette révélation, que MM. de Maistre, de La Mennaîs et d'Eckstein ont considérée et défendue comme une vérité de foi, religieuse et historique*, j'ai voulu en donner la preufe philosophique ou scientifique, et j'ai soutenu la nécessité physique et morale , physiologique et psychologique, si l'on veut, de la transmission primitive du langage faite à rhomme par un être nécessairement supérieur et antérieur au genre humain.

Ce n'est pas , comme le dit M. Damîron , par Tautorité des livres saints , qui ne le disent pas, au moins directement, ni sur des recherches arehéologiques que j'ai établi la nécessité de cette transmission primitive ; je m'en suis servi tout au plus pour en confirmer la vérité. Mais quel besoin avais-je de l*archéologie ou même de la Bible, lorsque j'avais sous les yeox la preuve la plus visible, la plus palpable, la plus évidente, la plus populaire, la plus universelle, la plus usuelle, de la nécessité de cette transmission, dans l'état des sourds-muets, qui fie sont muets que parce qu'ils sont sourds, et dans le &it incontestable des enfants qui, nés chez les sauvages ou chei les peuples policés, parleront indifféremment les langues Wbares des peuplades américaines, ou les langues polies des nations earopéennes, et n'en parleront conséquemment aih cune, si aucune n*a pu frapper leur ou!e t

Cette preuve, je le sais, parait à nos savants trop vulgaiie M pas assea^ rationnelle ou scientiique ; et une vértté sur laqnaik on ne peut disputer, et qu'on ne peut contredire, ne doit psi |(tendre rang dans leur philosophie. En toute autre matière, m ne veulent pas croire à ce qu'ils ne voient pas ; dans celle-c^ ils refusent de croire à ce qu'ils voient, et, pour éuhapper î cette preuve irréfragable de la transmission prinntra du 1»

iHTEOiMroTfoir* JWr

ffàigey ou platAt à ses nombreuses et natarelles eonséquences^ qudqiies-inis se sont jetés dans les hypothèse^ les plus tnons* trueuses : ils eut imaginé des myriades de siècles pendant les* quelles Itiomme^ par le moyen de tireomtancet favorables, au^ fait pu naître du limon de la terre échauffé par les rayons du soleil, d'abord impereeptiMe animalcule^ pcus insecte^ poisson, liipède ou q%iadrupède, homme enfin; et, dans cette hypo* tiièse, il était aussi facile de faire l'homme inventeur de son propre langage, que d'avoir fait le soleil créateur de l'homme. Ces! oe qu-'on appelle de la science.

M. Damiron ne partage pas ces extravagantes rêveries ; mais, après avoir exposé avee bonne foi mon opinion sur la néces* flHé de la transmission primitive du langage , philosofdie timide^ mais conscieneienx, n'osMit pas l'admettre et craignant de la rejeter, il finit par demander : « Que faut-il en penser? a « Hais, pourrions-nous lui dire, philosophe, vous vous préseoc tez pour nous servir de guide dans la recherche de la vérité, n el au premier pas vous nous demandez la route! Vous écri* p Tez pour nous éciaircr, el c'est de nous que vous attendez a h Imûère ! Hais c'est à vous-même que nous demandons a oe quil faut penser de cette doctrine; et, puisque vous êtes a éelectiqne, cherchez et choisissez entre les deux opinions qii a font de Dieu ou de l'homme l'inventeur du langage , celle a que nous devons embrasser, a

A la preuve physique de la nécessité de h transmission pri^ wStàve éa langage, tirée du spectacle de la transmission journalière que les hommes s'en font les uns aux autres, et de J^bsence de toute parole, ou du mutisme absolu chez ceux qA -n'ont pn receveur cette transmission ; è cette preuve physique, As-je, se joint la preuve métaphysique tout aussi évidente de Fimposstbilité de Finvention de la parole par les hommes, qiA, aeais parole ou sans expression, n'auraient pas pu avoir même lapensée de l'invention ; et ce qu'a très-bien aperçu J.-J. Roua» aean , lorsqrf il dit « que, tout considéré, la parole lui paraR a avoir été fort nécessaire pour inventer la parole, a

Cette preuve nTesrt autre chose que l'évidemde néeessilé 4a la parole mentale on intérieure pour sTexprimer & soi-^aênie ou se rendre sensible sa propre pensée, et de la parole vocale ou extérieure pour l'exprimer et la rendre sensible pour les autres; et,, eomioe jel'ai ditdans l^SecAerçhesjphîlosophigue^ «ua ane lomia fim àbaé§iB^MMiéemitidfi.pinMrê^ avant de parler sa pensée.

HB iutbodugtioii.

C'est cette nécessité de la parole, pour exprimer sa pensée, qui a fait donner à des mots le nom usuel d* expressions; mais il faut observer que la parole n'est nécessaire que pour rendre la pensée aux choses morales, et non pour exprimer la pensée aux objets physiques qui se représentent à notre imagination, sous des images qui sont leurs expressions naturelles ou leurs représentations, des images qu'on peut figurer au dehors par le geste ou le dessin; le geste, qui est la parole de l'imagination, comme le dessin en est récriture,

M. Damiron ne sait trop que penser de cette nécessité de Texpression. Dans un endroit il dit : a que l'homme ne peut » avoir des idées sans mots ; rien de plus constant. a> Dans un autre, cherchant à s'expliquer à lui-même comment l'homme a pu inventer son propre langage , il suppose évidemment, comme nous le verrons tout à l'heure, l'idée de l'invention et toutes celles qui en découlent antérieures à l'invention même.

Cependant, pour le mettre à portée de se décider en connaissance de cause sur cette question fondamentale , je lui indh querai un écrit récent (i) sur l'intelligence des sourds-muets, dans lequel l'auteur a rassemblé les témoignages les plus décisifs , recueillis dans les écrits des savants de presque toute TEurope qui se sont occupés, par devoir ou par goût, de l'éducation des sourds-muets, et qui tous s'accordent à reconnaître que les sourds- muets n'ont point d idées, parce qu'Us n'ont point <t expressions.

De ces deux propositions également incontestables, ou plutôt de ces deux faits, l'un, que les hommes ne peuvent parler que la langue qu'ils ont pu entendre; Tautre, qu'ils ne peuvent, sans expressions mentales ou vocales intérieurement ou extérieurement prononcées^ se rendre sensibles leurs propres pensées, ni les rendre sensibles aux autres^ c'est-àAiire avoir la conscience de leurs propres pensées et en donner aux autres la connaissance; de ces deux faits, dis-je, résulte, ce me semble, le plus haut degré de certitude de la vérité que j'ai voulu établir, savoir, la révélation faite à l'homme par Dieu même, vérité si universellement reçue, qu'une révélation quelconque, sous une forme ou sous une autre, est le premier

(1) Recherches sur les eonnaissaneet inteïlseîueUes des Sourds-Jiu^^ par M. Tabbé MonUigne, ancien aumônier de rinsUtaUon royale des 8ourds-Muets. A Paris, cbes Adrien Le Clere» imprimeiU'-Ubraire, rw Casietta, S9; ia-^ de 80 pages.

INTBOPUGTIOll. 439

dogme des religions de tous les peuples y consentement de tous les peuples dans un même sentiment» que Cicéron appelle la voix de la nature et la preuve de la vérité; avox naturœ et argumentum veritatts.n

M. Damiron croit sans doute à une révélation^ quoiqu'il ait demandé plus haut» s'il y a une révélation? a Dieu, dit-il» a » produit, puis il a instruit, et le rôle de révélateur a dû suc- » céder à celui de créateur. 0 Jusque-là nous sommes d'accord^ mais ici commence un autre système, a Non» continue H. Da- » miron» qu'en effet Dieu ait pris visage et corps» et se soit 9 incamé sous quelque forme ; tout ce qui se dit de semblable

> sur cette matière» est» à mon sens» figure et poésie. Il n'a point » eu voix et langage » il n'a enseigné que sous voile» et n'a ré- » vêlé que par symboles. C'est comme Père des lumières^

> comme auteur de tout ce qui est et parcdt, que» se mauifes- 9 tant par toutes les puissances de la nature et tous les phéno- » mènes de l'univers» il s'est fait sentir aux âmes, il les a » inspirées. Ainsi» ajoute-t-il» s'est passée la révélation» du » moins ainsi l'en tendons-nous. x> H. Cousin» le patriarche de l'éclectisme» l'entend autrement. « La raison» dit- il» est donc, » à la lettre» une révélation» une révélation nécessaire et uni- » verselle » qui n'a manqué à aucun homme et a éclairé tout 9 homme venant en ce monde ; illuminât omnem hominem ve^ 9 nientiem in hune mundum (1). La raison est le médiateur » nécessaire entre Dieu et l'homme ; le logos de Pythagore et » de Platon, le Verbe fait chair, qui sert d'interprète à Dieu et » de précepteur à l'homme » homme à la fois et Dieu tout en- » semble. Ce n'est pas sans doute le Dieu absolu dans sa majea- » tueuse indivisibilité, mais sa manifestation en esprit et, en » vérité; ce n'est pas l'Être des êtres» mais c'est le Dieu du » genre humain. »

Selon H. Damiron» il ne faut pas croire que Dieu ait pu s'incarner, prendre voix et parole; selon H. Cousin, honune à la fois et Dieu tout ensemble, médiateur entre Dieu et l'homme, le Verbe s'est fait chair, et» en cette qualité» s'est manifesté en esprit et en vérité; il est le Dieu du genre humain, le Dieu présent à la société» et il a pu par conséquent se. faire entendre auK hommes. Je pourrais employer ici ces belles paroles du Psalmîste : Quiplantavit aurem non audietf qui finxit oculum 9um considérât f a Celui qui a fait l'oreille n'entendra pas? celui qui

(i) S. lea».

nnnoDccTioii*

» a fait rœil ne verra pasT t Et Ton peut ajouter, celui qui a donné à rhomme voix et parole, ne parlera pas! H. Damîron ne voit que figure et poésie dans ce que nous croyons touchant la révélation faite à l'homme; mais n'est-ce pas aussi figure et poésiey plutôt que philosophie, que cet enseignement soum voile, cette révélation par symboles, ce Père des lumières, auteur de tout Ce qui est et parait, qui se fait sentir aux Ames et les inspire par toutes les puissances de la nature et tous les phénomènes de tumvertf Ces voiles, ces symboles, ces puissances, ces phénomènec qui se font sentir, expriment-ils des idées bien nettes, bien rationnelles, et ne rappellent-ils pas plutôt Tidée d'une sensation que celle d'un sentiment? Prenez garde que, dans tout cela, 9 n'y a encore point de parole, point d*expression, par conséquent point de pensées; tout est pour les yeux, rien pour l'intelligence ; et, s'il ne faut que des yeux, l'homme le plus stupide peut aussi bien s'élever à l'idée du créateur et du révélateur, que l'homme le plus éclairé. Hais, de quelque manière que M. Damiron entende l'inspiration^ à moins qu'il n'en fasse quelque chose de semblable à ce qu'on appelle dans l'école une prémoti&n physique, une sensation, l'inspiration suppose h pensée qui la reçoit, comme la pensée suppose des paroles qni l'expriment ; et, quand on veut inspirer à quelqu'un quelque chose à dire ou à faire, ne faut-it pas lui parler de vive voix mi par geste, ou par écrit, et lui supposer, par conséquent^ la pensée et la réflexion à ce qu'on veut lui inspirer? Une inspî- Tation absolument muette ne trouverait que des sourds.

Cest donc une loi générale de Tordre moral et de la condilion humaine, que Thomme ne puisse concevoir ou commaoiquer ses pensées que sous une expression mentale ou vocale^ et Dieu lui-même n'est-il pas soumis aux lois générales qui! a établies? C'est une loi générale de l'ordre moral, eomme c'est une loi générale de l'ordre physique, que dans le cercle, tons les points de la ciroonférence soient également éloignés da «entre; et comme Dieu Int-méme ne pourrait faire un cercle aens une aiulre condition, eH que toute figureoii tous les points ne seraient pas è égale diatance du centre, ne serait pas un loercle, un être int^Iigent qui n'aurait pas besoin d'erptesâtm ^pu de parole pour connaître ses^iropres passées «t les tramwettre aiu dehors, serait tout ce que l'on voudrait, mais aa «avait pas fbonHne tel que nous le connaisaons.

Cette nécessité de la parole révélée est exprimée dans lei livres saints, dont j^invoque ici l'autorité, non pMr étaHîr,

mais povr confinner la vérité de mes proportions. Écoutez saint Paul : Deus olim loquens patribus in propketis, novmimè Hebus isiis loeutus est nobis in FUw... Et ailleurs : Fides ex o»ditu ; quamodo audient rine prœdicantef a Dieu, qui a parlé a autrefois à nos pères par les prophètes dans ces dernien a temps, et de nos jours, nous a parlé par son Fils... La foi a vient par Fonïe ; comment entendront^ils la vérité, si on ne » la leur annonce. »

Je sais bien que, dans les écrits ascétiques, et en général dans les ouvrages religieux, on parle aussi d'inspiration; mais ce n'est pas au sens que l'entendent les protestants et que Tentend M. Damiron : c'est, dans l'intention de ces écrivains, une expression figurée, qui ne signifie qu'une attention plus intime aux vérités révélées.

Mais il faut bien le dire, ce n'est pas le principe de la révélation qui épouvante nos philosophes, ce sont les conséquences qui en découlent naturellement, c'est non-seulement l'existence d'un être antérieur et supérieur à l'homme, mais sa manifestation aux hommes en esprit et en vérité , c*est-*à-dire en Ame et en corps; c'est la législation qu'il leur a donnée; c'est, en un mot, toute l'économie de la religion chrétienne, fondée sur l'incarnation et la prédication du Verbe fait chair, base inébranlable sur laquelle s'est élevé le majestueux édifice du ehristianisme» qui s'avance à travers les siècles, et toujouia attaqué, et aujourd'hui plus que jamais, par toutes les erreurs de l'esprit, par toutes les passions du cœur, reste et restera inébnmlaUe à leurs atteintes, et, dansses trésors, recèle encore des sujets de consolation pour ses enfants, et de confusion pour ses ennemis.

Et qu'on prenne garde que, lorsque nous disons que Dieu « communiqué à l'homme le don de la parole, et que, comme dit M. Damiron, il l'a instruit après l'avoir produit; nous ne contestons pas qu'il ait pu créer parlant, au lieu de le rendre parlant après l'avoir créé ; nous ne disons pas qu'il ait reçu aa pKONer moment une langue complète ; nous disons senleraenl que l'homme, au premier instant de son existence, a été instruit «n pensées et en expressions de tout ce qui lui était nécessaire éb savoir et d'exprimer : et que rhomme ait été créé avec le dkm de la parole, ou qu'il Tait reçu après avoir été créé, cette double hypothèse ne change rien au fait de la révélaiion, pvoor vée jmr la nécessité d'une transmiaBion pomitifvc et par Vka^ I de J

43S INTROOUGTIOlff,

En attendant de savoir ce qu*il faut en penser, M. Daminm, après avoir repoussé comme peu philosophiques les comparaisons, qu*à l'exemple du plus célèbre philosophe de Tantiquité, j'avais employées pour faire entrer plus facilement ma pensée dans l'esprit du lecteur, essaie de donner de Vinvention du langage par l'homme lui*mème, une explication qui, dit-il, sera peut-être plus philosophique. Le lecteur en jugera: la voici :

cr Quelles que soient l'origine et la nature de Tesprit, on » peut dire, indépendamment de tout système, et sans s'expo- » ser à être contredit par aucun, que cet esprit qui vit, sei>t » et se meut en nous, est quelque chose d'animé et d'actif; » que c'est une force, une force intelligente de perception des » pensées : voilà les mouvements qui sont propres à cette force. » Tant que ces mouvements sont purs, simplement spirituels, » dégagés de tout lien, de toute force matérielle, ils sont si 9 déliés, si rapides, si peu marqués, qu'à peine laissent-ils de 9 irsLce dans la conscience ; ils y passent comme Péclair. Ce 9 sont ià ces demi-pensées, ces vagues sensations, ces notions 9 irréfléchies, qu'on retrouve en soi-même dans tous les ins- 9 tants où l'on ne donne nulle attention à ce qu'on voit, où Ton 9 se borne à sentir; et de fait on n'en aurait pas d'autres, si 9 les choses en restaient toujours là. Hais, comme il est inévi- 9 table que l'esprit vienne à réfléchir, à recueillir ces impres- 9 sions, et qu'alors la perception est en lui plus ferme et plus 9 prononcée, ces pensées, ces mouvements intellectuels, de- 9 viennent plus forts, se produisent avec plus d'énergie, et 9 sortent de la pure conscience pour pénétrer dans l'organisa* 9 tion. En y pénétrant, ils déterminent certains mouvements 9 internes, que suivent aussitôt les gestes d'attitude, la physio- 9 nomie et la parole. L'organe vocal, en particulier, est très- 9 propre, par son extrême souplesse, à bien recevoir et à bieD 9 rendre ces impressions de l'âme. Il arrive donc que les peo- 9 sées se mettent en rapport avec les mouvements organiques^ 9 et principalement avec les sons, qu'elles s'y allient et s'y 9 unissent intimement. C'est au point qu'on a peine quelque- 9 fois à les en distinguer, et qu'on croit les voir, les saisir, les 9 sentir réellement dans les phénomènes, qui n'en sont ce- 9 pendant que les signes. Or, une telle alliance n'a pas Ueu 9 sans que ces actes de l'esprit ne participent plus ou moins è 9 la nature de ceux du corps. Ils prennent quelque chose de 9 leur caractère et de leur allure ; ils deviennent plus positîfr

IXiTROBUCnON. 433

• et plus marqués; ils se matérialisent en quelque sorte, et B sont alors des pensées qui, arrêtées et fixées par Texpression, j» s'achèvent, se définissent et se changent en idées claires et 0 distinctes. C'est ainsi qu'onpense au moyen des signes, et sur* » tout au moyen des mots, »

Que faut-il penser de cette explication y puis-je à mon tour demander à M. Damiron, et qu^en pense-t-il lui-même? en estil pleinement satisfait? ne trouve*t-il pas un peu précipitée la conclusion qu'il a tirée de ce long raisonnement, et que j'ai soulignée? Toutes ces locutions physiques qu'il emploie pour expliquer le fait moral de l'invention du langage, ces forces, ce» mouvements internes et intellectuels dont il parle comme il parlerait de mouvements intestins et qui passent comme l'éclair, ces demi-pensées qui sortent de la conscience et passent dans Vor^ ganisation, cette parole, qui est, dit-il ailleurs, une sortie de Tes^ prit qui passe de la conscience dans les nerfs, s*y projette, pour ainsi dire, et ^y produit sensiblement au moyen du son et de la voix; ces pensées qu'on croit voir, saisir, sentir, dans des phénomènes qui ne sont pas des signes, ces actes de l'esprit qui se matérialisent, en quelque sorte, etc., tout cela lui paratt-il à lui-même, et dans la pensée et dans l'expression, bien philosophique? Ces demi'pensées, ces vagues sensations, si déliées, si rapides, qu'à peine laissent-elles des traces dans la conscience; ces notions irréfléchies alors qu'on se borne seulement à sentir, lui rendent-elles une raison suffisante de l'art merveilleux du langage articulé et de tous ses phénomènes ? H. Damiron confond-il les idées et les images, les pensées et les sensations? Est-ce qu'il y a des moitiés de pensées ou des moitiés d'ex* pressions? Il n'y a pas encore de langage, et il veut que l'esprit réfléchisse, recueille des impressions vagues et fugitives, qui ne laissent pas d? traces dans la conscience, et qu'alors la perception soit plus forte et plus prononcée ; expression remarquiEd)le, qui échappe au philosophe, et qui devrait lui faire apercevoir qu'une perception n'est prononcée que lorsqu'on peut la prononcer ou la parler. Il faut pour cela que la con-science pénètre dans P organisation: comment se fait ou peut se faire cette action de l'être moral qui pénètre l'être physique ? La conscience est-elle autre chose que l'intelligence qui réfléchit à ce qu'elle a fait, à ce qu'elle fait ou veut faire, à ses devoirs, à ses fautes, etc.? Et y a-t-il conscience, sui scientia, sans pensée et par conséquent sans expression? Combien d'autres questions à adresser à H. Damiron avant de lui accor-

434 mTnoDtrcTToir.

der cete conclusion si peu préparée : a Ces! ainsi qu'on » pense au mojen des signes et surtout au moyen des » mots. »

Est-ce que M. Damiron compare le geste ou le dessin, tigne de la pensée^ aux choses matérielles, images ou figures que les Latins appelaient signa, avec les mots qui ne sont pas le$ signes, mais Vexpression naturelle de la pensée, ou la pensée exprimée et rendue sensible?

Hais le raisonnement par lequel M. Damiron veut expliquer l'invention du langage par Thomme lui-même, peut-il détruire ou seulement balancer le fait évident, palpable, visible comme la lumière du soleil, du mutisme (\\A n'a pour cause que la sur* dite, ou l'absence d'tiru? langue transmise, pour ceux qui ne sont pas sourds? Si l'organe des premiers inventeurs du langage, au temps de la plus extrême barbarie, puisqu'elle précédait rinvention du langage, a pu, à cause de sa prodigieuse souplesse^ se prêter, comme dit H. Damiron, aux mauvcmekts intellectuels, et produire spontanément le langage , comment nos muets, au milieu de toutes les relations de la société, qû donnent aux esprits bien plus de mouvement et d'activité^ entourés d'êtres parlants et entendants, et en commerce continuel avec eux, malgré tous les bienfeits d'une éducation qui ne leur laisse pas les mots à inventer, puisqu'elle s'applique i leur enseigner les mots d*nne langue toute formée, comment nos muets ne peuvent-ils pas même répéter cette parole, et ne font-ils entendre que des sons inarticulés qui les rapprochent bien plus de la brute que de ThomnM ? Et encore il faut remar* quer, comme une nouvelle preuve, que depuis le premier homme qui la reçut de Dieu, l'art de parler a toujoufs été transmis et est venu aux hommes, comme la vie, par suocea* sien ; que l'homme, même doué de tous ses sens, ne paitaaît qu'avec une extrême diflleulté, ou même ne parlerait pas du tout, si jusqu'à quinve ou vkigt ans, il était eiOièremeut séquca* tré de la société de ses semblables, parce que son organe vocal n'aurait plus assez de sonplesse pour se prêter aux eond)iaaî* sons infinies du langage articulé.

La production de l'esprit par la parole, est eomoie edle das corps le résultat de l'action simultanée de deux agents; et de tt vient sans doute que les mômes expressions s'appliquentaux deux opérations, et qu'on dit, en parlant do la pensée^ wneeptùm, fr^iuciim, fhùndM de l'esprit^ géniratùm ém icMos, eic*

iNTBonoQnoïc* 431

Non, philosophes, vous ne dissiperez pas le doute de J.J. Rousseau, a que la parole lui parait avoir été fort iiéce»> » saire pour inventer la parole. » Jamais vous n'expliquerei autrement que par une transmission primitive la merveille de h parole et le fait de sa transmission journalière : et lorsque TOUS ne niez pas Texistence d'un Être supérieur à l'bomkne, et que vous avez pour vous Topinion de tous les peuples qui ont admis une révélation, et Tezerople des nations les plus éclai* rées et des plus beaux [génies qui ont cru à celle que recon* Missent les chrétiens, pourquoi vous égarer dans des hypo» tbèses chimériques ou absurdes, supposer toujours ce qui est en question, et vouloir que la pensée ait précédé la parole, lorsque, sans parole, je le répète , l'homme ne pourrait avoir eu même la pensée de l'invention?

Hais si la Divinité a créé l'homme parlant, ou lui a révélé Part de parler après Tavoir créé, elle lui a donc donné aussi le merveilleux (H'gane de la voix, et celui plus merveilleux peut» dtre de l'ouie, sans lesquels il ne pourrait parler : elle a donc créé l'homme intelligence servie par des organes; elle a donc créé les organes sans lesquels il ne pourrait parler, et Tactivité de son intelligence serait sans action ; elle a donc créé l'uni* vers, habitation de l'hoomie, et sans lequel le genre humain ne saurait subsister. Ces vérités, je le sais, ne se démontrent pa$ de la même manière que le carré de l'hypothénuse, où les propriétés du cercle se démontrent à nos yeux et à notre e^rit;. joais elles se démontrent à la partie la plus élevée de notre intelligence, à notre raison; dles se démontrent avec la même c^tude que les vérités géométriques, par une suite d'indue» tioDs et de conséquences si naturelles et si évidentes, qu'ellea sont comprises par les enfants et les hommes les plus simples;. ^ si une seienee orgueilleuse demande qu'on lui explique, comment TÉtre ineorporel a pu agir sur la matière pour lui dernier l'existence et la forme, je m'engage à la satisfiaire plei^ oemoit, si elle daigne m'expliquer conunent la volonté, qui est duesi quelque chose d'incorporel» peut agir sur les organes, qui floirt aussi de la matière, sur la langue pour la Caire parler, sur les mains pour les fiiire agir, sur lea yeux et les oreilles pouc les faire regarder et écouter, sur le corps tout entier peur Ift tiaiisporter d'un lieu à un autre; et agir sur les organes noDr ttolcment pour leur commander œ 4|iii peut leor être utile ou agréable, mais pour leur eommander la fatigue, la douleur^ la ^mfËmoùt, la aM>rt» oiii^k mort; puissance de la volnaléLde

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détruire même ses organes^ puissance de Thomme sur luimême, puissance incompréiiensible et qui n'a pas de modèle, si ou peut le dire, dans la puissance même de Dieu> qui ne peut rien contre lui-même , et dont toutes les lois ne tendent qu'à la conservation des êtres qu'il a créés.

H. Damiron croit que la révélation une fois admise, a tout ce » qui n'y revient pas et n'y est pas conforme, est réputé parles » chrétiens erreur et mensonge, sciences physiques, sciences B métaphysiques, sciences morales, etc. » Mais le philosophe peut-il ignorer que nous n'étudions pas dans les livres saints les sciences physiques, quoique sur plusieurs points l'observation ait confirmé les faits exposés dans les livres saints? Maiebranche n'y a pas cherché sa métaphysique, ni Leibnitz sa Théodicéc ; ils ont pu se rencontrer avec les livres saints, comme le feront tous ceux qui s'occuperont à développer les vérités de l'ordre moral; mais, s'ils y ont trouvé la vérité, on peut dire que c'est sans Ty chercher. Et, lorsque de prétendus savants ont l'injustice d'accuser la révélation d'arrêter les recherches sur des objets de science ou de philosophie, je leur demanderai de quelles connaissances nécessaires, ou simplement utiles, la foi à la révélation a borné les progrès; je demanderai à l'éclectisme ce qu'il a trouvé depuis qu'il cherche, ce qu'il a préféré depuis qu'il choisit.

Je crois avoir démontré, dans les Recherches philosophiques sur les premiers objets de nos connaissances morales, la nécessité physique et morale de la transmission primitive du langage, prouvée pour nous, pour tous les hommes, tous les temps et tous les lieux, par la nécessité de sa transmission constante et journalière à tous les êtres humains, à mesure qu'ils arrivent à la vie sociale ; prouvée par l'impossibilité de parler où sont les hommes à qui la parole n'a été ni pu être transmise; prouvée encore par la nécessité de l'expression ou de la parole, pour penser aussi bien que pour parler, pour penser aux choses qui ne peuvent pas se présenter sous des images ou figures^ et pour en parler aux autres. Personne, que je sache, n'a essayé de combattre ces deux propositions, et je ne crains pas d'assurer que personne ne le tentera avec succès; et certes, il faut bien qu'elles soient incontestables, puisque, pour les combattre, on s'est jeté dans l'hypothèse ridicule, si elle n'était monstrueuse, de l'homme né, sous la forme de poisson ou d'insecte, de la terre échauffée par les rayons du soleil, etc.

Ces deux vérités une fois reconnues, il était naturel d#

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chercher les pensées dans l'expression^ puisque nous ne pou* vons les connaître nous-mêmes ni les faire connaître aux autres par un autre moyen, et les pensées les plus générales sous les expressions les plus générales. C'est ce que j'ai fait, et nous entrons ici sur le terrain de la métaphysique ou de la philoso* phie transcendante, qui est la connaissance des vérités les plus générales, bien différente des sciences proprement dites, dont chacune s'attache à considérer et à développer quelque vérité particulière, historique, politique, chronologique, géométrique, astronomique, botanique, zoologique, etc.

' Ces expressions les plus générales, puisqu'elles comprennent absolument tous les êtres et leurs rapports les plus généraux, une fois trouvées dans la langue la plus vraie et la plus exacte qui fût jamais, j'en ai fait l'application à la société, c>st-à-dire, à ce qu'il y a de plus général dans nos conceptions, puisqu il comprend aussi tous les êtres intelligents et sociaux.

J'ai donc cherché les caractères généraux, naturels ou nécessaires, permanents, par conséquent^ et inde$;tructibles, de la société en général et des sociétés en particulier, et de toutes les sociétés; caractères plus ou moins explicites et développés suivant les divers états de société, et d'où naissent des rapports entre les êtres semblables qui composent chaque société, rapports domestiques ou publics, religieux ou politiques, généraux ou particuliers, universels ou locaux; et partout j'ai retrouvé ces caractères sans effort, sans subtilité, et l€ui*s diverses manières d'être , qui distinguent les sociétés en sociétés parfaites ou imparfaites, constituées ou non constituées, selon que ces caractères et les rapports qui en découlent sont conformes ou contraires à la nature des êtres en société.

Enfin , et pour compléter la démonstration , j'ai retrouvé l'expression de ses caractères dans les habitudes les plus familières du langage, comme j*en avais trouvé le type dans les conceptions les plus élevées auxquelles fai raison puisse atteindre.

Feu H. Loyson , professeur de l'Ecole-Normale , cité par M. Damiron a traité de calembour cette vaste c^itégorie, qui, dans son expression comme dans sa réalité, comprend tous les êtres. Cette légèreté dans une matière aussi grave n^ fait hon> neur, ni à la philosophie du professeur, ni à celle de TEcole- Normale.

C'est là, je le crois du moins, de la philosophie, et de la philosophie appliquée à la société. Les écoles de philosophie

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moderne, matérialiste ou éclectique, ont fait la philosophie de rhomme individuel j du moi, qui joue un si ^frand rôle dans leurs écrits; j'ai voulu faire la philosophie de Thomme social la philosophie du nous, si je peux ainsi parler, et ces deux pronoms, moi et nous, distinguent parfaitement les deux maniènss différentes de phiioso^Aer.

Qu'on y prenne garde, cependant; jamais ce moi milte fois répété, ne peut être ni dire wms ; et quel est le moi qui poisse dire nous, si ce n'est un moi général, un «lOi pouvoir, un homme enfin, qui représente tous les autres; P homme rot dans une société, l'hommk dieu dans l'univers.

C'est, je le répète, de la philosophie, et la seule vraie, la feule positive, la seule qui explique rhomme sodal, et quV» ne peut considérer hors de la société.

Ni la philosophie des sens, ni celle du doute, qiû cherche et cherchera toujours, ne peuvent convenir à l'âge avancé de la société. La première, étrangère à l'homme moral, et qui ne voit dans l'homme que la partie animale et matérielle, n'est au fond que le chapitre homme d'un traité de zoologie ; l'autre est en arrière de dix-huit siècles sur le temps présent. Il n';« plus, depuis l'établissement du christianisnie, d'autre philosophie raisonnable que la philosophie religieuse, et c'est une grande vérité, même philosophique, que ces paroles d'un Père de l'Eglise : Solutio omnium difflcultatum Christus.

Cette philosophie, à la fois théonque et pratique, qui a confondu la sagesse du Portique etévangéitsé les pauvres, c'est-èdire, enseigné les honunes les plus simples, éclaire l'écrit do savuntqui l'étudîe, et échauffe le coeiir de l'homme simple, à qui la vue d'une croire sur un grand chemin en dit plss que lei EnireîienM de Maleàrancke, la ThémUoie de LeibniU, ou Iles Lêêtret d'Eulet, n'en disent aux savants.

Aussi, dit M. Damiron , « le peuple et ies philosophes ne a pensent pas de la même façon , et cependant leurs idées ne a se repoussent pas; elles diffèrent sans se combattre, et setap- » portent au fond malgré la forme. Amsi , les philosophes ne a font qu'un «vec le peuple : leur pensée n'est que sa peaséo» a leurs doctrines ne sont que an foi. a dl y aumit quelqiieofaaa àTBbattre de cette conclusion, et les doctrinea de nosphifaw sopbes ne «ont heureusement pas h foi des^peuples. C'est ea qui m'a souvent fait désirer qu'on pût mettre le livre de l'an fonce, le CûtéeUime, à la portée des savants, comane on a sus Ifanseigneaentdesseieneaset des lettres à lapavtée desaBtwrts

En considérant, sous un point de vue rati<Hinel les vérités proposées à notre foi , n'ai-je pas rempli un des vœux de la philosophie ? «Ne viendra-t-il pas une autre époque^ dit M. Da- 0 miron^ où ce que la dernière manifestation (de la vérité) D pourrait avoir encore d'obscur et de mystérieux, paraîtra » plus intelligible et plus clair; où une croyance nouvelle, fille ft et héritière du christianisme, en reproduira les dogmes, mais » sous des formes qui conviendront mieux que les précédentes 2> à la manière dont tout le monde voit aujourd'hui les » choses ?

Non , il n'y aura point, il ne peut y avoir de croyance notivelle. Le christianisme a rempli sur ce point tous les vœux raisonnables de l'esprit: il a satisfait tous les besoins du cœur; Mais il peut y avoir de nouveaux nx>tiCs de croire, et la force de la religion chrétienne, au milieu des attaques les plus furieuses et les plus habiles qu'elle ait essuyées, est pour nous, qui en sommes témoins, un de ces nouveaux motifs de croire à sa divinité. Non, 51 n'y ■aura point de nouvelle croyance; maïs l'ancienne croyance peut recevoir de nouveaux développements qui la rendront plus auguste et plus chère, non ci ce monde, qui voit les choses de la religion d'une certaine manière, c'est-à-dire, avec indifférence, ignorance, haine ou mépris; à ce monde qui ne parait nonibreux que parce qu'il fait du bruK; mais À ee monde chrétien q«.ii, trouvant assez de lumière dans •h reKgioD, n*«n est |Mi6:moiDS disposé à en aceneiUir de^^plos .grtndea, pourvu qu'elles soient apj^uvées :par la graside autorité de l'Eglise, qui éprouve tous les esprits et n'en repousse

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