‹ Recherches philosophiques sue les premiers objects des connaissances morales: DémonstrationChapitre 3 sur 68 · DE L ORIGINE DU LANOAGI · texte numérisé non relu

DE L ORIGINE DU LANOAGI

et le plus compliqué de tous les arts^ ait été inventé sans nécessité, et encore au sein des plus profondes ténèbres de Tesprit, si toutefois Tesprit peut exister avant la parole qui lui révèle sa propre pensée? Qui estce qui aurait pu, dans cet état^ donner aux hommes le désir ou même la pensée d'une condition meilleure qui n'existait nulle part pour des créatures humaines, et dont ils ne pouvaient avoir aucune connaissance? Telle est Tincohérence de nos systèmes, que nous commençons par placer Thomme dans un état contraire à sa nature, dans un état où il ne fut jamais, où il ne peut pas avoir été, pour lui attribuer gratuitement les goûts, les sentiments^ les connaissances, les besoins que fait naître un état différent. Tourmentés au sein de l'abondance par Tambition et la cupidité ; condamnés par les perfections mêmes de notre état social à chercher en tout le mieux, parce que nous connaissons le bien^ toujours en dehors de nous-mêmes et en avant de notre état présent, nous attribuons à lliomme, comme une propriété de sa nature, l'inquiétude qui consume notre vie, et qui, selon la direction que nous lui donnons^ est un bienfait ou un malheur de notre état social. Cependant, même dans nos sociétés où l'ambition gagne de proche en proche, et ou la vue des conditions en apparence plus heureuses nous inspire à tous un secret désir d'améliorer la n6tre, ce sont en général les hommes de l'état le plus obscur qui sont le moins inquiets sur leur sort ; ce sont surtout les peuples les plus éloignés de l'état de la civilisation, et qui toutefois ont, dans une langue articulée, le moyen et l'instrument de tout p^ectioniMIflKnt , qui tiennent le plus opiniâtrement à leur ignorance et à leur misère, et montrent souvent le plus profond mépris pour les arts et les jouissances des peuples civilisés. On a vu des Français, même des philosophes, aspirer à la vie du sauvage; et le sauvage, transporté dans nos climats et au milieu de notre luxe et de nos plaisirs, périr de regrets et d'ennui. La vue des mer\'eilies de notre industrie n'a pas même éveillé, chez ces hommes dégénérés, le goût de l'imitation, et ils n'ont appris de nous qu'à se tuer avec nos armes à feu, et à s'enivrer avec notre eau-de-vie. a Quelques peuples, dit M. de Condorcet, » dans son Esquisse posthume du progrès de r esprit humain, » sont restés, depuis un temps immémorial, dans une barbarie 9 telle , que non-seulement ils ne se sont pas élevés d'eux- 9 mêmes à de nouveaux progrès, mais que les relations qu'ils » ont eues avec des peuples parvenus à un haut degré de civi-

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à lisatioQ , le commerce qu'ils ont eu avec eux, n'y ont pu B produire cette révolution, o On peut donc assurer que, si le genre humain avait conunencé dans l'état prétendu naturel, dans Fétat insocial où on le suppose, les hommes y seraient restés; Ils y seraient encore, ils n'auraient jamais eu la pensée etIesmoyensd^ensortir,iIsn'en auraient jamaiséprouvéle désir ni le besoin ; et encore aujourd'hui, sous nos yeux, les sau- Tages qui vivent cependant en société, et qui ont une langue articulée^ ne peuvent pas d'eux-mêmes revenir à l'état d'où ils sont déchus, et attendent que des peuples plus avancés leur en montrent le chemin.

Cependant on veut que l'homme se soit tiré de cet état par les seules forces de son esprit, et que, de lui-même, il ait passé des ténèbres à la lumière, de la mort à la vie, ou plutôt du néant à l'être, en donnant, par un langage articulé, l'exercice à sa faculté de penser. Un accident fortuit peut bien sug* gérer à l'homme qui jouit de toutes les facultés de l'esprit un procédé nouveau dans les arts, ou lui révéler l'existence d'une propriété inconnue de la matière. I/intelligence s'en saisit, l'observation le développe, *el la réflexion en fait un art. Ainsi la découverte de l'aimant et celle de la poudre à canon ont perfectionné l'art de la navigation, et introduit l'usage des armes à feu. Hais le hasard, qui peut arracher à Thomme, vivement aflfecté d'un objet, un cri, un son fugitif, ne sert de rien pour expliquer la formation du langage. Il aurait fallu, pour en inventer le système entier (car nous verrons que le langage n'a pu exister sans être complet), il aurait fallu, si l'invention eût été possible, toute la force, toute l'étendue, toute la sagacité de réflexion et d'obser\'ation dont l'esprit de l'homme peut être capable, et les plus profondes combinaisons de la pensée. Aussi les partisans de l'invention du langage ne manquent pas de dire que les hoounes s'observèrent, réfléchirent, comparèrent, jugèrent, etc.; car il fallait tout cela pour inventer l'art de parler. Mais, je le demande, de quelle nature, je dirais presque de quelle couleur étaient les observations, les réflexions, les comparaisons, les jugements de ces esprits qui n'avaient encore, en cherchant le langage, aucune expression qui pût leur donner la conscience de leurs propres pensées? Philosophes, essayez de réfléchir, de comparer, de juger, sans avoir présents et sensibles à l'esprit aucun mot, aucune parole... Que se passe-t-il dans votre esprit, et qu'y voyez-vous? Rien, absolument rien; et vous ne pouvez pas

plus perceYoir vos propres pensées, lorsqu'elles s'appliquent à des objets incorporels^ comparer les unes avec les autres, et juger entre elles, sans des expressions qui vous les repré* sentent, que vous ne pouvez voir vos jiropres yeux, et prononcer sur leur forme et leur couleur, sans un corps qui en réfléchisse limage.

Et^ en effet, ce ne sont pas ici des objets physiques, des objets particuliers ou composés de parties qu'on peut voir et toucher, et dont 11 suffit do se retracer la figure, opération de la faculté d'imaginer qui s'exécute dans la brute comme dans l'homme : ce sont des relations de convenance, d'utilité, de nécessité; ce sont des idées morales, sociales ou générales, des idées de rapports de choses et de personnes d'où dériveront bienttôt des lois et des devoirs; ce sont même des rapports mtellectnels entre des êtres physiques ou entre ces êtres et l'homme, rapports qui deviennent l'objet de tous les arts et même des plus hautes sciences; ce sont, en un mot, des vérités et non simplement des faits qu'il faut exprimer, c'est-àdire, des objets incorporels qui ne font point image, et ne peuvent qu'à l'aide du discours être la matière et la forme da raisonnement. Hais, de toutes les combinaisons ou compositions d'idées et de rapports, la plus vaste, la ])lus compliquée, la plus intellectuelle et, si on peut le dire, la plus déliée, est précisément le langage qui renferme toutes les idées et tous leurs rapports, et qui est l'instrument nécessaire de toute ré* flexion, de toute comparaison, de tout jugement. C'était donc le moyen de toute invention qu'il fallait commencer par inven* ter; et comme la pensée n'est qu'une parole intérieure, et la parole une pensée rendue extérieure et sensible, il fallait, de toute nécessité, que l'inventeur du langage pensftt!, inventât l'expression de sa pensée, lorsque, faute d'expression, il ne pouvait avoir même la pensée de l'invention.

Familiarisés, dès le berceau, avec le langage, que nous entendons avant de pouvoir l'écouter, que nous répétons avant de pouvoir le comprendre, que nous parlons sans cesse ou 0¥ec nous-mêmes ou avec les autres, nous ne faisons pas plus d'frttention à cet art merveilleux, devenu pour l'homme sa propre nature, qu'au jeu de nos poumons ou à la circulation de ïiùtpe Btmg. La parole est pour nous comme la vie, dont nous jouissons sans connaître ce qu'elle est, et sans réfléchir à ce qui 'l'entretient. Et cependant l'être, la société, le temps, IHmivets, tout entre dans eette magnifique composition : Véin,

SB l'o«i«ins bu langaos. 71

afec toiiles sesmodifioations et t(mies ses qualités; la société, aroc ses penonoes, leur rang, leor nombre et lenr sexe ; le teasfêy 8V«c le passé, le présent et le fuUir; l^univers enfin^ tvec Umt ce ipi'îl renferme. Tout ce que la langue nomme est oapeotôtve; aenlsytle néant ^et Tinipossible n'ont pas de nom. Lufflière du nMmde moval^qui^c/otre icut lummevenfmt mec moâde, lien de la société^Tîe des intelligences, dépôt de toutes les vérités^ de toutes les lois, de tous les événements, la parole règle rhomme, ordonne la société, explique Tunivers. Toosles jours elle tire Fesprit de Thomme du néant, comme aux premiers jours du monde une parole féconde tira Tuni* ▼ers du chaos; elle est le profond mystère de notre être, et km d'avoir pu riaventer, l'homme ne peut pas même le conprendre*

Gomment des hommes, dont l'entendement était, avant le kagage, le livre fermé de 9^t sceaux^ avaient^ils pu découvrir qa'an moyen d'un petit nombre d'articulations de la voix, nmpies^on composées (venelles ou consonnes), la kmgue pouwi escpriaier trâtes les pensées qui f^ élèvent dam le ecsur de flmmte, tous les objets que ,1a nature ou la société lui présanteat, tous les accidents An monde physique, tontes les idées de la morale, tous les événements de la société, les êtres et leurs rapports, l'homme et «on action, le tenqps et ses modes? Je veux qu'un bruit, un son, puissent ajouter à une bogue 4léjà fwmée un mot énonciatif de la substance ou de la qualité, qui rappelle, même par l'imitation, l'objet que Yaa veut exprimer : cette onomatopée rentre dans la classe des son* niions plutôt que dans celle des idées; elle appartient moins à l'intettigenoe ^u'à l'imagination, et 'l'on perle avec une exactitude iout à fait philosophique, lorsqu'on dit d'un pareil Hwt, qu'il fait tma$r«. Encore faut-^il Observer que^l'homme, en quelque sorte, a reçu ces mots tout faits de l'objet qu'ils représoltenl, et «e les a pas mventés. La nature >physiqiie a son langage, et celui-là aussi, l'homme ne fait que le répéter. Ainsi le bnrit le plus éclatant et le plus majestueux, celui du tomerre, a été répété 4ians toutes les langues "par un mot qui pàimage 4et ^qui imite, autant qu'il est possible à la voix articulée, l'objet qu'il veut exprimer.

Mais comment expliquer la formation du verbe, parole par excellence, puisque las sGrecs et les Latinsont donné son nom à la parole même!

L%omne «n'a pas b^soîn de parler pour agir : mais H ena

72 DE l'obigins du lakgagb.

besoin pour exprimer qu'il a agi, ou qu'il agira; qu'il a agi dans un passé plus ou moins reculé; qu'il agira dans un futur plus ou moins éloigné; qu'il a agi ou qu'il agira de telle ou telle manière. Comment aurait*il imaginé de désigner, avec quelques mouvements de la langue et des lèvres, quelquefois avec une seule articulation de la voix, tous les états de l'homme moral et physique, la nature, le temps, le mode de son action faite ou reçue, indiquée, commandée, finie, passée, présente ou future, sans aucune expression préalable qui pût aider à retrouver sa propre pensée dans les infinies combinaisons qu'aurait demandées l'invention laborieuse du langage, si cette invention eût été possible ? Et le temps, le temps si uniforme dans une vie tout animale et tous les jours uniquement occu* pée des mêmes besoins; le temps dont le sommeil, qui remplit la vie de l'homme sauvage, efface si promptement la trace, comment l'homme, dans l'état brut où on le suppose, aurait-il pu, sans aucun signe, en distinguer les différentes époques, les rapfieler ou les prévenir, lorsque nous-mêmes, dans une vie remplie d'événements, et dont les jours inquiets ressemblent si peu les uns aux autres, nous avons besoin de ma> quer d'un nom ou signe particulier, chaque année d'un siècle> chaque mois de Tannée, chaque jour de la semaine, chaque heure du jour, sous peine de confondre dans notre souvenir les temps même les plus récemment écoulés *! Le temps pour l'homme civilisé, toujours agité de regrets ou de désirs, le temps n'est jamais qu'au passé et au futur (1), et de là vient que, dans les langues des peuples les plus cultivés, les modes de ces deux temps sont extrêmement multipliés : pour Thomme brut et tel qu'on le suppose sans souvenir, sans prévoyance, et dont la vie n'est qu'un jour, un moment, un besoin, le temps ne peut être qu'au présent; pour lui le passé n'est plus, l'avenir n'est pas, et les idées ou les expressions d'hier et de demain sont aussi éloignées de son esprit qu'étrangères à ses habitudes.

Cette philosophie du langage, de tontes les sciences peutêtre la plus difficile (2), et dont les motifs déliés échappent si aisément à l'attention de ceux qui en font leur unique

(1) La langue hébraïque, Adèle expression de llioinmef « n'a pas proprement de fMrésmtj et elle le compose avec le passé et le futur.

(2) C'est ce qui fait dire k Duclos que l'enfant qui commence k lire ap* prend ce qu'il y a peut-être de plus diflidle dans les sciences liumaines.

PS l'origine du langage. 73

étade, aunût-elle pu se présenter à l'esprit d'hommes sans asile eoDstant, sans subsistance assurée^ satisfaits de trouver chaque jour à soutenir, contre les besoins du moment, une existence précaire; d'hommes placés dans un état de dénûment absolu et de la plus profonde ignorance? et n'est-il pas ridicule de faire de ces êtres, dont on peut dire que l'entendement était aveugle, sourd et muet, autant de Descartes et de Newton, qui, riches de toutes les connaissances des siècles antérieurs, au sein de l'abondance et du loisir, entourés de secours, et disposant à volonté de langues toutes formées et des moyens d'en fixer les expressions par l'écriture, ne faisaient an fond que féconder des germes préexistants, et de développer des vérités dont les éléments étaient connus? 11 y avait dans le inonde de la géométrie avant Newton , et de la philosophie a^-ant Uescartes; mais, avant le langage, il n'y avait rien, absolument rien que les corps et leurs images, puisque le langage est l'instrument nécessaire de toute opération intellectuelle, et le moyen de toute existence morale. Tel que la matière que les livres saints nous représentent informe et nue, w<m» et vacutty avant la parole féconde qui la tira du chaos, l'esprit aussi, avant d'avoir entendu la parole, est vide et nu ; ou tel encore que les corps, dont aucun, pas môme le nôtre, n'existe à nos yeux, avant la lumière qui vient nous montrer leur forme, leur couleur, le lieu qu'ils occupent, leurs rapports avec les corps environnants, etc.; ainsi, Fesprit n'existe ni pour les autres, ni pour lui-même, avant la connaissance de la parole qui vient lui révéler l'existence du monde intellectuel, et lui apprendre ses propres pensées.

On voit les progrès que les hommes font tous les jours dans les arts, et l'on prend pour des créations ce qui n'est jamais que des développements de rapports dont l'un conduit à l'autre, comme l'art d'écrire à l'art d'imprimer; celui-ci à l'art de stéréotyper, etc. Ainsi la connaissance de la pesanteur spécifique des corps et de la résistance des milieux a fait inventer les aérostats et les scaphandres. Cependant, quoique ces découvertes, et mille autres, soient utiles ou agréables, la société bmnaine aurait pu s'en passer, et l'on ne voit pas que le monde aille beaucoup mieux après ces inventions qu'il n'allait aupemant; mais ce qui est nécessaire, rigoureusement nécessaire ^ la formation et à la conservation de la société, a dû commeneer aussitôt que la société, comme ce qui est nécessaire à Ift vie de l'homme a dû commencer ausritôt que l'homme. Or

74 ui l'obiains du lauoags.

le mouvement, par exemple^ n'est pas pltm néeeflsràe à la m de rhomme que la parole à la formation et à la eenservation de la société. Peutron, je le demande, sans faira violence à sa ppupre raison^ supposer une société humaine société toujours eomplète^ quoique domestique ou privée, puisque In premièra a été, comme sera la dernière, composée du père, de la mère, de Tenfont; peut-on la supposer un instant sans ce lien et le commerce de la. parole? à, dans quelques espèces de brutes qui forment une sorte de famille pendant te temps trèe-couit de la gestation et de rallaiteraent, et qui ne sont pas destinées à vivre en société permanente, le mâle et la femelle semblent s'entendre entre eux poiur les soins k donner à leurs petits, dans Tespèce humaine, destinée à vivTe non^seukment en famille,, mais encore en société, \e% per.9&rme$ de la sociétéont dû toujours s'entendre entre elles, parce qu'elles ont toujours été en société. Les brutes sont rapprochées par le lien d'un instinct semblable, qui agit simultan^ent clûsz tous les individus, et y produit, sans convention, des mouvements smnblables dirigés vers une fin commune. Les hommes sont unis et s'entendent entre eux par la raison rendue sensible, extérieure et sociale, au moyen de la parole commune à toua les hommes, et même, comme nous le verrons, uniforme ch» tous les peuples^; et Terreur la plus funeste de notre temps est d'avoir cru que l'homme aurait l'instinct s'il n'avait pas la raifson, et qu'il serait un animal s'il n'était pas bonune.

Des gens occupés de science , sans être savants, qui crcHent mettre dans les choses l'actif à la place du passif en le mettant dans les mots, peuvent dire la matière organique pour la matière organisée, et rêver l'homme formé spontanément de l'énergie de la matière et de la fermentation de ses parties, et oe premier point supposé, en déduire, comme une oonséqueim rigoureuse, Tinvention de la 6«>ciété , des lois, des arta^ et du premier de tous, l'art de parler. Mais,., lorsqu'on veut appliquer ces pensées fantastiques aux choses usuelles, telles qu'elles se sont toujours passées et qu'elles se passent encore , et das^ cendre aux moyens par lesquels l'hommeni^t et vitsur la taie, on. ne peut s'empêcher de regarder avec mépria ces folies qui ne sont pas ingénieusea; et l'on demeure convaincu q|ie l'homme, à son origtne> a.du nattoe homme pour pouvoir tmsmettoe la vie et perpétrer le genre humain, et qu'il a dû nafirs parlant pour pouvoir transmettre la panola et eonaerver aînâ la sooiétét. AusaL H., de Gondonoet,. daos L'ouvrage déjà oilé.

SB l/OBlGUfB 9V LAKQjMSB. 75

«voue qae I0 premier état de eimlieaiion ak Pcn ait cbeervé Peepèee hmaine ett celui d^une société peu nombreuêe éPhommes sMsiant deia chaue au de la pêche, mai» ayant déjà une langue pour te comtmmiquer leurs iesome. Ailleurs il aTance que P homme kné d PoMêoeiation néceeeaire pour se reproduire, c'estrà-dire^ «I famille, a pu acquérir les premiers perfectionnements dans le dernier terme en une langue articulée ; et il avoue que Pidée d exprimer les objets par des signes conventionnels parait auéewis de ce qt^ était P intelligence humaine dans cet état de cwilimtian. En sorte que, dans le premier état de civilisation, les hommes ont atteint te dernier terme du perfectionnement , c*està-dffe une langue articulée, quoique Pidée éP exprimer les objets par des signes conuentionnels paraisse au^essus de ce qii était PiateUigence humaine dans cet état de civilisation. Aussi il SToue qu'on ignore le nom et la patrie des hommes de génie, des bienfaiteurs de P humanité qui ont fait des découvertes si mermeilleuses. Ce seul passage de M. de Condorcet est une démons- Inition de la non-invention du langage , et de Fembarras où fongine des langues jette ce sophiste.

Hids^ dirait-on ^ l^emme ne parie pas naturellement, c'està-dire qu'il ne parle pas nécessairement, puisqu'il y a peu d'hommes qui ne parlent pas, et que chacun de ceux qui pa^kot pourrait ne pas parler ; mais quoique l'homme ne parle josnécessairement, une fois qu'il a entendu la parole, ilapprend naturellement, mais sans dessein , à la répéter. La parole est comme la vie : Thomme ne vit pas nécessairement, puisque chacun de ceux qui vivent pourrait ne pas vivre ; mais une fois qu'il a raçu la vie, il fait naturellement tout ce qu'il peut pour h conserver; il mange, il digère, il agit ou se repose. La parole est fMrficrr//e,etelle n'est pas na/tW, parce que, quoique tel ou tel homme puisse ne pas parler, il est dans la nature morale de Hiomme , considéré en général, qu'il pense, et dans sa nature oorpcnelle, qu'il exprime ses pensées par les oignes de la voix, par le geste, etc. ; mais, quoique la parole seit naturelle à Phoînme, on dit très-bien l'art de parler, comme on dit aussi Part de vivre, quoique la vie soit naturelle, parce que le langage a ses règles comme la conservation de la vie : c'est le natif qui est opposé à l'art , et non le naturel, puisque le naturel, comme dit très-bien Leibnitz, est l'état qui comporte le plus d'art;, et qu'en tout le naturel ne s'obslîent jamais qu'à force d'art et après de longs efforts.

Hais quand on supposerait que quelques hommes, ;

76 DB l'origine bit LANGlfiE.

de génie, auraient inventé le langage , il resterait à expliquer comment ces nouveaux pédagogues, sans mission et sans autorité, auraient pu faire recevoir ou même comprendre leurs inventions à des hommes féroces, indépendants, dispersés, occupés de besoins sans cesse renaissants, et qui jamais n'auraient éprouvé celui de se communiquer des idées qu'ils n'avaient pas et ne pouvaient pas avoir. Nos philosophes, qui vivent au milieu d'hommes bien vêtus, bien logés, bien nourris, curieux et désœuvrés, dont l'esprit, exercé dès l'enfance, est avide de tout savoir, et disposé à tout écouter, ont pu leur communiquer leurs opinions, même leur faire adopter les plus extravagantes et les plus dangereuses. Ils faisaient honneur de leurs succès à leur génie, au lieu d'en accuser notre légèreté, et ils avaient leurs raisons pour sontenir qu'au génie appartient la mission d^instniire les hommes et doit appartenir toute autorité, même politique. Hais à des maîtres, enfin, il faut des disciples; et peut-on concevoir les fabricateurs du langage , enseignant, à mesure qu'ils inventaient, les premiers rudiments d'une langue informe à des hommes qui avaient vécu jusque-là, peut-être des milliers d'années, sans besoin, sans désir, sans idée même d'aucun langage, libres de toute discipline, étrangers à tout commerce avec leurs semblables comme à toute notion intellectuelle, et pour qui une proie à dévorer était d'un tout autre prix que des pronoms et des verbes ? Et ce n'était pas sans doute à des enfants que s'adressaient ces leçons de grammaire. Les enfants répètent et n'apprennent pas; ils répètent un langage tout formé, un langage que l'on parle, et non un langage que l'on cherche. C'était à des hommes dans toute la force de l'âge et de la raison; mais des hommes faits n'ont plus assez de mollesse et de flexibilité dans les organes de la voix pour pouvoir les plier à tous les mouvements qu'exige l'articulation de la parole. Ceux même qui parlent dès leur enfance ne parviennent jamais à prononcer une langue étrangère apprise plus tard, avec autant d'aisance et aussi correctement que leur langue naturelle* Il est même à croire que nous ne parlerions pas, ou du moins que nous ne parlerions qu'avec une extrême difficulté, si nous n'apprenions à parler que dans un âge avancé ; et l'on sait que les sourds-muets, à qui l'on a enseigné, par des moyens artificiels, à articuler quelques sons, et en leur indiquant péniblement les différentes positions de la langue et des lèvres, ne prononcent qu'avec de grands efforts les mots même qui en exigent le moins.

nz l'orioinx du langaoe. 77

Oo m*acci]sera peut-être de changer l'état de la question, en supposant que le langage a été inventé par raisonnement et comme un système, tandis que les partisans de l'invention, et Coodillac entre autres, pensent que ces éléments sont dus au liasard, aux affections, aux passions^ aux besoins ; mais que sa formation et son développement ont été lents et successifs. Aiusi le penseur profond aura inventé Texpression de Fétre ou le substantif, et Thomme à imagination vive aura remarqué les qualités et les aura nommées dans les adjectifs. Le plus actif aura exprimé son action dans le verbe; le plus mémoratif^Lum inventé l'expression du passé , et le plus prévoyant celle du futur, etc. Les langues seront nées du commerce des hommes les uns avec les autres, de la réciprocité de leurs aflfections, de Tidentité de leurs besoins, de la communauté de leurs jouissances; les langues, enfin, seront nées de la société, et se

seront perfectionnées avec la société On pourrait renver*

ser d'un seul mot toutes ces hypothèses y en soutenant que même pour inventer une langue, même pour penser à la con- Tenance, à l'utilité, à la possibilité du langage et au mode de son invention, il fallait déjà parler; il fallait, comme dit J.-J. Rousseau, «t la parole pour inventer la parole, v Mais, sans renfermer la question dans des bornes si étroites, examinous plus en détail la supposition d'une langue née des besoins de la société, et qui se serait accrue avec ses progrès.

Il faut remarquer, avant tout, que la société, considérée dans son essence et sa constitution, a pu, depuis l'origine du genre humain, varier dans ses accidents, c'est-à-dire s'étendre en nombre d'hommes et en espèce de territoire, mais qu'il lui a été impossible de rien ajouter à sa constitution, parce qu'elle a été dès le commencement, comme elle le sera jusqu'à ses derniers jours, composée de trois personnes nécessaires, père, mère, enfant, ou en généralisant ces personnes et leurs noms pour en faire la société publique, pouvoir, ministre, sujet, dont les rapports sont toute la constitution et toutes les lois politiques d^ la société. Dans toute société domestique ou publique, religieuse ou civile, ces trois personnes se retrouvent les mêmes en nombre et en rang; ce qui établit la diflférence entre la société parfaite ou naturelle, et la société imparfaite et dégénérée : c'est que, dans la première, les trois personnes sociales, distinguées entre elles, sont dans des rapports naturels, fixes, invariables, et que, dans la seconde, elles sont confondues, abstraites^ variaUes. Le peuple, en efi'et, y est, sous

78 M L'QSKViB jm hàsaMM.

des forme» fin» mi noiiis dégoiséeB, taaMt pwomr, tMitôt mmùtre, et malheureusement toufion jci/ef 4ee asftbUiea qui enflamment ses pasmns pour satisfaire les leurs. La société a done été* complète ou finie dès le eommenceroent; et ai elle n'avait paa été finie elle-même y elle n'aurait pas atteint m M, qui est de eonaerver Fespèce kmnaine. Ainsi, loin que la société ait pu former le langage, le langage , expressioB de la société, a dû nécessairement être dès le commenoement, comjp^ ou fiiH comme la société. Ainsi tes personne» et lenn relations se retrou^nt partout dans le langage, et en sont anssi Feseenee et la constitiitioii. Elles y sont les mêmes en nombre et en ordre que dans la société, et cette vérité parait à décenvert dans FeÎKire des pronoms personnels je, tu, il, et daas eehii des personnes, première, seconde, troisième, c'est-à-dire la personne qui parle, celle à qui Ton parle, celle <ie qui Ton parle (i), et eHe s'aperçoit encore dans la syntaxe ou la conBtmctâon du langage.

Si Ton entend par une langue finie, une langue à laquelle cm ne p«isse ajouter aucune expression, il est évident qu'il n'y a pas plus de langue finie que de nombre fini, puisque de nouveaux objets ou de nouveaux rapports introduisent sas cesse, dans une langue , de nouveaux mots. Celui«-là seul tfpelle tontes les choses par leur nom qui les connaît toutes, et à qui tout est présent, ce qui n'est pas encore, comme ce qui n'est plus; mais toute langue est finie, complète, parité, si Fon veut , à prendre ce mot dans une acception philosophique, lorsqu'elle a eu, d'une manière ou d'une antre, et plus «a moins explicHement^ toutes les parties é^araisany qui sont l'essence et la constitution du langage, dont les mots ne sont que des accidents. Toute langue a été complète dès qu'elle a été parlée; et c'est peut-être par un sentiment confus de cette vérité, que Duclos a dit de la langue Axée par l'écriture : « L'éi^ture est née comme toute coup eioùwxne la lumière.» Ainsi, toute réunion d'hommes qui n'auraient pu, ftnrts d'ex* pression, nommer les personnes, leurs qualités, leur^orotae, kur Age, leur sexe, leurs fonctions, leurs devdrs^ leurs Apporta, ni distinguer l'actimi conommie, l'actlen accompile, <ni le parfait de Vimparfait, et le passé du présent ou du fuiwr, n'aurait pu subsister ni former un peuple^ et lorsqu'ils auraient

(1) Toyez là Législation primitive, oh l'auteur a plus amplement dévelopiiéees rapports, qu'Use conleBte id dlodkpMT.

j& L'oBicnn m lâkgaqx. 79

wrain âever l'édifice àa la société, la confusion- du langage aurait bientôt diq)eraé ces ignovants constracteuis. Auaai la seule partie du discour5> dont une tradition fabtdeuse rapporta ^origine à un inventeisr connu ou plutôt nonnné^ étert, je <3ois, celle des noms de nombre; et Platon, qui s'en moque «▼ec raîfiOQ, demande si, avant Palamède et la guerre de Troie, Âgamemnon ne sawt pas combien il avait de jambesv

Co peuple pauvTe et peu nombreux pourrait, il est vrai, ne pas avoir dans sa langue d'expression qui répondit au nombre d'un million, ou, si l'on veut, de mille ou même de cent^ comme nous-mêmes; malgré l'opulence de nos sociétés et rabondaace de nos langues, nous manquons de termes pour exprimer des quantités beaucoup plus grandes que celles qui sont usités dans nos calculs les plus élevés> mais ce peuple aumitdans son idiome au moins le nombre troisy qui est celui éespenonnes de toute société, et avec ce nondire et ses âé» meuts il posséderait la science des nombres, et virtuellement toute Faritbmétique. C'est ce qui porterait à croire que la première arithmétique a été ternaire plutôt que décimale; car le nombre de personnes de la société est bien autrement fondai mental et nécessaire que celui des doigts de la main auquel on iapp<nte Torigine du calcul décimal : le nombre trois est en^ core celui des temps de la durée, des dimensions de l'étendue; il mesure, en quelque sorte, la société, la nature et le temps^ et c'est là, je crois, la raison de l'importance attacbée dans l'antiquité à ce nombre mystérieux.

Sans doute les accidents de la vie, les événeinenis de laso* ciété, les passages de l'état domestique de société à l'état pu^ blie, de nouveaux objets de la nature ou de l'art ont exigé et exiger^t sans cesse de nouveaux noms : encore fout-il, pour qu'ils aient cours dans le commerce des es(«its, qu'ils se rap*portent à quelque chose de omnu, et qu'ils soient dérivés plur tôt qu'inventés. Les noms naissent avec les cboses^et tombent en désuétude lorsqu'elles cessent d^ètre en usage;, mats les parties d'orcdson, sou» une forme plus ou moins explicite, onA été et seront toujours les mêmes dans toutes les langues^ eu espèces ou en équivaluits. Ainsi le nom répété peut tenir lieu de pronom, et le remplacée dans les hingues des sociétés peu mneées. c Itens toute limgue, dit YEnsydopédie, on trouva » ks même» espèces de mots, et ibsont assujettis aux mêmes > aecidenta. a Ainsi, il en est des langues, exptessiona des pansées de ThomBie eemme de l'hommei hiirméma, et da t4iiit

80 DE l'origine du langage.

ce qui est à son usage. L'homme est un par toute la terre, quoique^ dans quelques. climats, les individus diffèrent de figure et de couleur; mais l'homme noir et à figure asiatique n'est pas autrement homme que le blanc et l'Européen. Partout les hommes ont le nécessaire, quelques-uns ont l'utile ou même le superflu; mais les uns, au fond, n'ont pas plus que les autres, quoiqu'ils aient mieux, car Thomme n*est pas/>/ttf nourri avec des mets recherchés qu*avec des aliments grossiers, pas plus logé dans un palais que dans une cabane , pas plus vêtu sous la pourpre que sous la bure.

Le langage est donc partout le même, quoique les idiomes soient différents. On trouve dans toutes les langues les mêmes a espèces de mots, et ils sont assujettis aux mêmes accidents ; » et c'est précisément à cause de cette identité dans la constitution de toutes les langues ou plutôt du langage universel, que tous les idiomes peuvent se traduire les uns par les autres, et que je peux rendre dans ma langue ce que le Hottentot ou le Cafre pense dans la sienne. Ainsi l'on peut, par une opération de banque, et en tenant compte de leur valeur respective, échanger les monnaies d'un pays contre celle d'un autre, quoiqu'elles diffèrent entre elles de poids, de titre et d'empreinte, pourvu qu'elles soient identiques ou composées des mêmes matières; mais on ne pourrait établir entre elles aucun rapport de comparaison et de valeur, si elles étaient de matières différentes, et que les unes, par exemple, fussent d'or, d'argent ou de cuivre, et les autres de bois ou de pierre.

Si rhomme avait inventé l'art de parler, cette invention, comme toutes celles dont Thommc est l'auteur, n'eût été, dans ses commencements, qu'un bégaiement informe, incapable de rendre la plus faible partie des idées que produisent dans la société, même la plus simple, les rapports multipliés des hommes et des choses. Il faut cependant, pour que la société se soit formée et qu'elle ait pu subsister, que la langue la plus pauvre ait, comme la plus abondante, exprimé ce qui a toujours été nécessaire à l'homme et à la société, c'est-à-dire l'homme tout entier avec ses actions, ses affections, ses besoins, ses idées, ses images, la société avec ses personnes et leurs fonctions; il faut qu'elle ait exprimé le commandement et l'obéissance, ordonné la paix et la guerre, \e jugement et le combat, qui sont toute la société. Par quel privilège le bel art de la parole, seul entre tous les arts d'invention humaine^ aurait-il été, dès sa naissance^ porté à son complément, et cela au milieu des plus

DE L'ORIGrNE DU ULNGÀGE. 81

épaisses ténèbres de Tenlendement? Sans doute^ comme nous l'avons déjà dit^ le vocabulaire d'une langue s'étend avec les arts et les événements, la prononciation change avec les mœurs, rarraDgement des mots, plus arbitraire en apparence que tout la reste, se modifie avec le tour d'esprit et de caractère de celui qui parle; mais le fonds, l'essence, la constitution du langage restent les mômes, aussi invariables que la société, la nature et le temps. Ces langues que nous appelons pauvres, parce qu'elles n'ont que le nécessaire, s'allongeront, avec le temps, des termes que les arts y introduiront; elles s'enrichiront des expressions d'une religion épurée, d'une morale sévère, d'un gouvernement mieux ordonné ; et les hommes qui les parlent trouveront dans leur idiome la facilité de tout exprimer, comme ils ont dans leur esprit la capacité de tout comprendre : c'est ce qui explique, au moins humainement, la facilité avec laquelle les nations sauvages ont été converties au christianisme. La civilisation , qui n'est autre chose que la religion chrétienne appliquée à la société civile, est l'état naturel et le seul naturel de la société; et tout peuple dont l'esprit n'est pas trop préoccupé de fausses doctrines, où le cœur trop corrompu, en entend naturellement le langage, et le traduit sans effort dans le sien. '

Si la civilisation, qui est la perfection des lois, enrichit une langue, la politesse, qui est la perfection des arts, l'étend et la modifie. Depuis trois siècles, la langue française s'est ressen* tie, plus que toute autre, du progrès des arts. Nous parlons autrement qu'on ne parlait môme sous Louis XII. C'est un avantage sans doute, et je suis loin de le contester. Mais y a-t-il dans la société plus d'affections privées et publiques, et plus de cet ordre moral, qu'on ne voit trop souvent que dans la police? On ne parlait peut-être pas tant, au moins par écrit, parce qu'on x)ensait moins vite et plus mûrement. Il y avait beaucoup moins qu'aujourd'hui de cet esprit qui consiste à saisir des rapports éloignés, imprévus, souvent superficiels et quelquefois faux, entre de petits objets; mais il y avait peutêtre plus de bon sens, de ce bon sens qui ne s'attache qu'aux choses véritablement importantes, et qui, pour les affaires humaines, remplace si heureusement le génie.

Quoi qu'il en soit, on ne peut s'empêcher de remarquer une étrange contradiction dans nos idées sur l'art. Nous voulons que la parole soit un art, et que les hommes l'aient inventée :

et tandis que [nous cherchons, avec une curiosité qui n'est ja*

8S DE l'originc du langage.

mats sutisfaHe^ à découvrir de nouveaux procédés dans les arts, même les mieux connus ^ et que souvent même nous prenons le plus nouveau pour le meOleur; tandis que nous établissons des sociétés d'encouragement pour accueillir et propager les nouvelles découvertes^ et des prix pour en* récompenser les auteurs^ persuadés sans doute que l'art de parler ne peut plus faire de progrès, et que les hommes ne peuvent toucher à leur invention sans la corrompre^ nous nous opposons^ autant que nous le pouvons, à tous les changements qui tendent à s'y introduire; nous flétrissons^ par la qualification de néologisme, tout ce qui s'écarte des usages reçus. Un mot nouveau, une construction inusitée^ sont des scandales^ et nous leur faisons subir une longue quarantaine avant de les admettre dans la lan^u^- Nous la mettons sous la garde des tribunaux littéraires institués pour la maintenir telle qu'elle est^ bien plus que pour la perfectionner; et nous les chargeons de faire, dans un dictionnairey Tmventaire exact de son état actuel, ne varietur. II est heureux pour notre littérature que les beaux esprits du siècle de saint Louis, qui croyaient sans doute parler aussi bien que nous croyons nous-mêmes pai*ler aujourd'hui, n'aient pas regardé dès lors la langue comme fixée, et qu^ils n'aient pas institué des compagnies littéraires pour la préserver à l'avenir de tout changement. Nous parlerions aujourd'hui la langue de nos vieilles chroniques; mais enfin nous nous entendrions, et cetta langue suffirait à nos besoins et aux grandes fonctions de la société. On peut môme remarquer que la première et la plus auguste de toutes les fonctions politiques, la jurisprudence, a changé son idiome plutôt qu'elle n'a changé sa langue. 11 est vrai que le français qu'elle parle aujourd'hui paraît à la littérature à peu près aussi barbare que le latin dont elle se ser^^ait jadis; mais tel qu'il est, il exprime, avec plus de justesse et de précision que la langue littéraire, les conventions des honunes et la volonté des lois.

Ceux qui veulent que la langue se soit formée par succession de temps, frappés avec raison du merveilleux artifice des langues, sont obligés de supposer au genre humain une prodigieuse antiquité, et d'aHonger démesurément les temps pour y trouver la place de leurs systèmes. Mais aujourd'hui qu'il n'est pAns permis aux savants, après les découvertes des Dolomieu, des Beluc et des Cuvier, de reculer l'époque à laquelle notre globe a été habité, ainsi que sa dernière catastrophe au delà de la<daite quelui assigne la chronologie des livres saints, comment

BB l'omoms DU langage. 83

expliqner la perfection des langues hébraïque et indienne (i)^ les plas anciennes qui nous soient connues^ qui datent certaine» ment du premier Age des sociétés^ et sont de quelques milliers d'innées plus voisines que les nôtres des inventeurs et de Tin- Teotion? La langue hébraïque a même des caractères remarquables de jeunesse; et^ pour en citer un exemple, elle n'a pas de superlatif; et pour en tenir lieu y die répète le positif, flumière de parler familière aux enfants, qui disent aussi, jranif grand, grand, pour exprimer la grandeur d'un objet qui les a frappa (f). Cette langue est ce que doit être le discours de l'homme sensé, grave et naïve, élevée et simple. Si éUe manque de termes pour rendre les pensées des arts, de ces arts qoe le peiq)Ie qui la parlait ne connaissait pas, et qu'il aurait dédaignés peut-être , elle est d'une extrême fécondité pour exprimer les idées morales, Dieu et ses desseins, l'homme et ses voies, la société et ses destinées : elle est la langue du potiootr et des <2«t;otra. Aucune langue a-t-elle jamais parlé, dans on style à la fois plus sublime et plus simple , de ces grands objets, seuls dignes des pensées de l'homme et de l'attention des sociétés, et les a-t-elle embellis d'images plus gracieuses et pins magnifiques, ou animés par des sentûnents plus vrais et plus touchants.

La société judaïque ne fait que de naître, et déjà sa langue a mieux que l'abondance , elle a le luxe; et sa poésie , soumise aurhythme et à la mesure, s'exprime avec une hardiesse qui épouvante nos langues verbeuses et timides. Qu'on explique, dans l'hypothèse du langage lentement et successivement inventé par la société , une langue si avancée dans une société B récente, et chez un peuple si charnel et si grossier, des pensées aussi hautes et aussi graves , revêtues d'une expression aussi vive et aussi vraie* Quelle est donc cette langue dont vms ne connaissons qu'imparfaitement les beautés, dont nous ignorons la prononciation et même l'orthographe, qui est toute dans un seul livre, depuis tant de siècles, l'entretien des nations les plus polies, le désespoir et le modèle de leurs orateurs et de leurs poètes.

(f)SafMcHle. qui eM le nom de rancienne kngue de Hnde, signifie langue formée on parfaite ; elle s'appelle aussi gronthon, on lafngue des IneL Ces6t|mologiei aoat temavqiMbleB. (Voyez roowaiie de M. FiéttûSdioeU.)

9] Noos disons trois foisi^rond* et du ter des Latins nous avons ùdi

84 BE L'oaiGINS DU ULB(6À6E.

Enfin , si Ton 8'obstine à soutenir que le langage est l'ouvrage de rhomme, on est obligé d'admettre autant d'inventeurs que l'on croit voir dans le monde de langues difTérentes^ et autant d'inventeurs qui ont eu précisément les mêmes idées sur la formation du langage ^ l'ont construit partout sur le même plan, et ont, pour ainsi dire^ jeté toutes les langues dans le même moule. Il faut expliquer alors comment les peuplades où il s*est trouvé des génies assez puissants pour inventer le premier et le plus beau des arts, n'ont pas produit un homme assez industrieux pour leur enseigner les arts les plus simples, et qui, bien plus que l'art de parler, étaient dans la sphère de leurs premiers besoins; ou si ces peuples dégénérés ont connu autrefois les arts, comment il se fait qu'ils n'aient retenu que l'art le plus difficile et le plus intellectuel. Il faut expliquer enfin le silence inexplicable de l'histoire ou de la fable sur le nom et la patrie d'un de ces créateurs de l'intelligence humaine, tandis qu'elles nous ont transmis les noms des inventeurs réels ou supposés de la scie et du compas. Il est, ce semble, assez étonnant que la fable^ bien moins circonspecte que l'histoire, et qui forgeait au besoin les noms et les faits^ nous ait laissé ignorer le nom de ces nombreux inventeurs de l'art de parler, lorsqu'elle nous en a transmis plusieurs des inventeurs prétendus de l'art d'écrire.

Il ne peut donc y avoir, sans expression antérieure de pensée à des choses qui ne font pas image. Ainsi il a fallu une parole pensée ou mentale^ pour pouvoir penser à toutes les combinaisons du langage, pour penser même à inventer la parole.

Ainsi, le langage a été donné à l'homme, et n'a pas été inventé par l'homme^ comme il a toujours été, comme il est encore, partout transmis, et nulle part inventé.

Si le langage n'a pu être inventé par un homme, il n'a pas été inventé par un peuple ; car il n'y a pas de société sans lois convenues ou imposées, ni de conventions ou d'injonctions sans parole. Faire venir le langage de la société, qui ne se forme et ne subsiste que par les communications que la pensée et la parole établissent entre les êtres sociables, c'est mettre la fin avant les moyens; c'est renverser l'ordre naturel et étemel des choses : tout peuple qui aurait commencé sa langue se serait séparé avant de l'avoir achevée.

Le langage est partout le même, quoique les idiomes soient différents : c'est ce qui fait que les divers peuples ne s'entendent pas entre eux^ et que toutes les langues se comprennent les

DE L'ORIOnVE DU LiJIOAGE. 85

unes les autres^ et peuvent se traduire les unes par les autres.

Le langage est identique et invariable dans ses lois générales qni forment proprement sa construction et son essence^ différent et variable dans ses règles particulières ou ses accidents; preuve plus forte qu'on ne pense, que le langage n'a pas été iaventé par lliomme dans ce qu'il a d'essentiel et de fondamental, mais qu'ayant été donné à l'homme, et pour lui servir à s'exprimer lui-même, il participe, dans ce qu'il a d'essentiel, des variations et des changements de l'homme.

Si le langage avait été inventé à force de temps et d'essais, les langues devraient être plus imparfaites, ou moins capables, si Ton veut ^ d'exprimer l'homme, à mesure qu'elles se rapprocheraient davantage des premiers temps. Or, il en est autrement, puisque les langues les plus anciennes, dont les monuments écrits nous soient par\'enus, réunissent toutes les qualités qui peuvent constituer une langue finie.

Si les langues avaient été inventées par plusieurs hommes, il ne serait pas possible que Thistoire ou la fable nous eussent laissé ignorer Je nom des auteurs de cette découverte aussi merveilleuse, et plus noble que la création physique, puisque la parole créa Tintelligence et la tira du néant.

Enfin, le langage est nécessaire, dans ce sens que la société humaine n'a pu exister sans le langage, pas plus que l'homme hors de la société : nouvelle preuve que l'homme n'est pas l'inventeur du langage. L'homme découvre l'utile ou l'agréable, il invente même le mal ; mais il n'invente pas le nécessaire par lequel il est, et qui existe avant lui et hors de lui.

Si le langage n'a pu être inventé par l'homme ni par les hommes, il a donc été donné primitivement au genre humain dans la personne d'un premier homme, transmis par lui à ses premiers descendants, et par ceux-ci à tous les autres, et au genre humain : la constitution une et identique du langage est une preuve que le langage vient d'un seul et premier être parlant, et l'unité de langage est une démonstration de Tunité de son origine, parce qu'il en est une conséquence. Une famille a pu former le genre humain, et lui transmettre un langsige, puisqu'il suffirait encore d'une famille pour recommencer le genre humain, si, par quelque jcatastrophe, il venait à être détruit; et cette famille transmettrait encore sa langue à tous les hommes qui naîtraient d'elle. Cette langue s'altérerait à la longue, comme les figures; mais les différents idiomes qui en viendraient conserveraient des vestiges ineffaçables de la

86 Iff L'eBWINE DU LANOAGB.

langue originaire, comme les individus, malgré des différences aceidentelles de physionomie et de couleur, conservenûent les principaux traits de la figure de leurs premiers auteurs^

Cette vérité que toutes les langues viennent d'une langue primitive, appui et preuve de tant d'autres vérités, devient tous les jours plus probable. Des savants estimables, pariicoliènement en Allemagne^ ont découvert d'étonnantes aflhiités entre les langues usitées chez des peuples très-éioignés les uns des autres par les lieux ou par les temps, telles que le teuton, le persan, le tartare, le Scandinave, Tindien, Thébreu, le grec, le latin, etc., et Ton ne craint pas d'assurer qu'on ira beaucoup plus loin dans cette recherche intéressante.

On oppose la diversité des idiomes. Les idiomes diffèrent entre eux par le vocabulaire et par quelques variétés de syntaxe, et sont les mêmes en tout le reste. Mais la différence des mots pour exprimer un même objet, quelque marquée qu'elle puisse être, n'est pas un motif suflisant pour rejeter ropinion d'une langue primitive qui n'est peu^-être plus connue, mais qui aura été la mère et la souche de toute les langues dérivées. En eftet, outre qu'une connaissance approfondie des ra« dicaux des diverses langues ramène à une origine commune beaucoup de mots différents ou plut6t diversement altérés, il est vrai de dire que des mots réellement différents expriment des choses différentes, c'est-à-dire, nomment d'un nom particulier diverses modifications d'un même objet, que les divefs peuples ont considéré sous des rapports différents, selon l'usage auquel ils l'employaient, ou l'impression qu'Us en avaient reçue. S'il y a, dans une même langue, plusieurs termes pour exprimer un même objet, et des termes qui ne sont pas proptemeni synonymes les uns des autres^ pourquoi plusieurs langues n'auraient^elles pas aussi des mots différents pour signifier une même chose ? Cavale et jument^ qui signifient dans notre langue la femelle du même animal, ne diffèrent pas moins l'un de l'autre qu'ai fana et equuSy qui, en arabe et en latin signifient le mâle. Les Arabes ont, dit-on , quatre cents mois pour exprimer le lion, tandis que nous n'en avons qu'un, parée que cet animal, étranger à nos climats , ne peut être pour nous qu'un objet de curiosité; au lieu qu'il est pour l'homme dea déserts un ennemi redoutable^ un sujet continuel d'aventures et de récits, et que^ tenant beaucoup plus de place dans sa vie^ il a dû en prendre davantage dans sa langue. Ainsi, les Arabes, le considéraiit sous le rapport de sa taille.

de S8 tarée, de sacouleitr, de son pett, de ses appétits, de ses iodinations, etc., Foat nommé d'autant de noms qu'ils ont oteerré, on cpi'ils lot ont supposé de quaMtés {diysiqties ou iostmctives. C'est pour la même raison que ta kngue ailennode a un grand nombre de mots pour désigner un cheval. IKoiB-fliémes nous disons dans la n6tre, en partant du même animal, un aiezan ou un coursier; et le premier de ces mois a apport à ta couleur, et le second au service auquel nom Femptoyons. Ainsi, honnne et mortel se prennent l'un pour Faute; soldat y guerrier, militaire y combattent, très-différents entre eux, dé^gnent Fhomme de la même pit)fe8sion , mais coBBidéFé sous dirers a^ects«

Tout s;'explîqBe ou peut s'expliquer dans Thypothèse dTuiie première lange donnée à an premier homme, parlée dans une première famille, et transmise de gàiération en généntion à tous ses descendants. Cette langue ne se sem pas eorrompue, car qu'est-ce, à le bien prendre, que la corruption (Fmie langue, tant que tes hommes qui la parlent s'entendent entre eux? Ce sont les hommes qui se corrompent, et alon^ les langues changent, et elles expriment des pensées fausses, comme elles en aoraient exprimé de vraies. Mais elle se sera modifiée de mille manières, et pi^ miUe causes morales ou physiques, dont ri est impossible de suivre les progrès et de calcoier les résultats. Tout tend, en effet, à introdidre des changements dans l'accidentel des langues, surtout chez les peuples , et dans les classes de la société qui ne connaissent pas fart d'écrire : le genre de vie des hoRmi6S,rude ou fiocile; iétat de la société, tranquille ou agité; la disposition des lieox (I), des vices personnels de conformation, devenus hé» reditaires et endémiques; la dispersion des peuples, leur isolement ou leur commerce avec d'autres peuples, etc. Si nous,, aujourd'hui, avec un genre de vie plus doux et plus uniforme, et dans un état plus stable de société, nous qui avons l'art de l'imprimerie pour fixer nos langues, des tribunaux litténÎRs et une armée d'écrivains pour les défendre contre les oovateurs^ nous ne pouvons empêcher qu'elles ne changent iofiensiUement avec les lois^^ les mœurs (2) et les usages; si

(1) L'accent des habitanlv des montagnes est, en général, pins éteré el ptns fortement articuté que dams les plaines, parce qu'Us sont obligés de te firire entendre il de pins grandes dfetances, et de lutter centre le tirait destentsetdeseanx.

(2) La mollesse des mœurs tend à amollir la langue, et îl enef'acer les

88 DE l'origine bu ulnoags.

tous les habitants d'un même empire ne parlent pas de la même manière la langue commune ; si le Canadien ne parie plus notre français; si l'Alsacien ne le parle pas encore^ et^ placé sur les confins de deux langues^ n'en parle même correctement aucune^ à quelles variations, ou lentes ou subites, ne devait pas être exposé le langage, lorsque les familles, dans le premier âge, forcées, pour subsister, de s'éloigner les unes des autres, et de chercher d'autres cieux et d'autres terres, se faisaient, en retenant les lois fondamentales du langage origtnaire, de nouveaux idiomes, expression de nouveaux objets, de nouveaux besoins, de nouveaux usages, comme elles se faisaient de nouveaux dieux avec l'idée primitive de la Divinité. Ces familles, devenues des peuples, toujours sous la cabane du pasteur ou sous la tente du combat, confondues ensemble par la guerre comme par les alliances, mêlaient leurs idiomes comme leurs armes, leurs fortunes et leurs dieux. Le langage devait s'altérer à l'infini, lorsque plus près de notre âge, ces peuples, devenus des nations nombreuses, n'ayant rien d'écrit, pas même leurs lois; rien de fixe, pas même une patrie; indifférents à tous les climats comme à toutes les habitudes, et prêts à tout recommencer, même leur langue, leur religion et leur gouvernement, accouraient du Nord comme des tempêtes poussées par la guerre, les besoins et leur propre inquiétude, et venaient envahir, de leurs idiomes sauvages comme de leurs hordes féroces, les terres fertiles et les langues amollies des peuples énervés. Tantôt terribles conquérants, nerfôpectant dans leur droit de guerre que les enfants qui pouvaient à peine bégayer leur langue, ils les incorporaient à leur nation comme guerriers ou comme esclaves, et introduisaient ainsi dans leur langue de nouveaux idiomes que ne savaient pas même parler ceux de qui ils les recevaient; tantôt vainqueurs plus humains et politiques plus habiles, ils s'alliaient aux vaincus, et tempéraient, par ce mélange, la rudesse de leurs lois, de leur langue et de leurs mœurs. Je le répète, tout s'explique par l'hypothèse d'une première

consonnes trop rudes, tandis que leur rudesse tend, au contraire, ^ redoubler les consonnes, et h diminuer le nombre des voyelles. Il a été un moment, en France, où l'on disait ma paole^ pour ma parole. Les langues des peuples du Nord sont hérissées de consonnes; les voyelles dominent dans celles du Midi. C'est la raison poiir laquelle les jurements, dans toutes les langues, sont fortement arUculûs, et composés des consonnes les plus rudes.

BS L 0EIGIN2 BU L▲^'6A6£. 89

langue transmise par une première famille > et diversement modifiée chez tous les peuples. Cette hypothèse est fortifiée par rautorîté la plus respectable qui puisse exister chez les bomoies, par les croyances religieuses des sociétés les plus éclairées et les plus civilisées qui furent jamais, et même par les traditions des peuples barbares, qui donnent à Thoaune et à ses connaissances une origine surhumaine; elle s'appuie sur Tunité fondamentale du langage par toute la terre^ et la con* formité reconnue du plus grand nombre des langues. Elle s'accorde enfin avec Texpérience journalière et jamais interrompue de la communication de la parole, et aussi féconde dans ses conséquences qu'elle est raisonnable dans son principe : elle nous montre la religion donnée au genre humain, la connaissance des devoirs à Thomme^ les lois à la société, comme la suite naturelle, immédiate, nécessaire, du don du langage; car, soit que Thomme ait été créé parlant, soit que la connaissance du langage lui ait été inspirée postérieurement à sa naissance, il a eu des paroles aussitôt que des pensées, et des pensées aussitôt que des paroles, et ces pensées, émanées de Tintelligence suprême avec la parole, n'ont pu être que des pensées d'ordre, de vérité, de raison, et de toutes les connaissances nécessaires à Thomme et à la société.

La supposition de l'invention humaine du langage n'explique rien de ce qui est, rien de ce qui a été, rien de ce qui peut être. Elle n'est avancée ou soutenue qu'à force d'imag> nations monstrueuses sur l'antiquité indéfinie du monde, sur la naissance spontanée de l'homme sous une forme étrangère à son espèce , et sur le premier état insocial et brut du genre humain; suppositions toutes démenties par l'histoire, la morale, la physique et la philosophie. Dans cette hypothèse, lliomme, la famille, la société, le langage, Tintelligence, les connaissances nécessaires, tout, jusqu'à la génération de rhomme, est d'invention et de circonstance, produit sans motif, perfectionné sans dessein et conservé sans lois.

Je ne crains pas de le dire : si la religion avait pu demeurer neutre dans cette querelle , et qu'une certaine philosophie n'eût rien à redouter de l'issue du combat, avec quel avantage les philosophes auraient réfuté ces absurdités morales, et ces impossibilités physiques 1 Avec quelle supériorité de raison et quelle force de raisonnement ils auraient établi précisément le contnûre de ce qu'ils ont avancé, je veux dire la noble origine de l'homme et de la société, et la seule origine possible

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