‹ Recherches philosophiques sue les premiers objects des connaissances morales: DémonstrationChapitre 31 sur 68 · PRÉFACE · texte numérisé non relu

PRÉFACE

doivent être les vengeurs et les soutiens des doctrines religieuses : Ergo pieiatis doctrinœ vindices erunt pii magisira* tus. Hais ridée de société renferme en elle le droit de juridiction, de tribunal, de jugement, et, par conséquent, de mesures coactives et répressives; et une société qui n'aurait ni juridiction sur ses membres, ni lois, ni juges pour les ap* pliquer, ni jugements à porter, ne serait pas une société.

Je l'ai donc vue, cette religion tant f;alomniée, parler au cœur des hommes les plus simples comme à l'esprit des plus éclairés; inspirer à tous les dévouements les plus généreux^ et les sacrifices les plus pénibles à la nature, les sacrifices qui sont la plus grande force de l'homme, le mépris des richesses, des grandeurs, des douceurs de la vie, de la vie elle-même; envoyer ses missionnaires aux extrémités du monde, chez des peuples barbares, combattre toutes les erreurs et braver tous les périls; je l'ai vue appeler le sexe le plus faible à consacrer sa vie entière aux soins les plus rebutants du soulagement des infirmes ou de l'éducation de l'enfance; ouvTir des asiles à ceux qui ne veulent pas du inonde, ou dont le monde ne veut pas, et les y employer au service ou à la sanctification des hommes; obtenir de l'opulence ces fondations pieuses où sont servies et soulagées toutes les misères humaines; je l'ai vue régner sur les sociétés les plus fortes et les plus éclairées qui forent jamais; multiplier enfin, si les gouvernements ne les eontrariaient pas, ses bienfaits, ses secours, ses services, à mesure que la dépravation des mœurs, le désordre des doctrines et la haine de ses ennemis augmentent ; toujours féconde et toujours jeune; car une religion, qui, après dix-huit cents ans, inspire tant de dévouements et de sacrifices, ne fait que conoK mencer.

A la vue de tant de prodiges et de tant de bienfaits, j'ai regardé, non comme une opinion fausse, mais comme une opinion absurde, que cette religion n'eût été qu'une grande imposture et une longue erreur ; et sans demander à son enseignement la démonstratioD de sa vérité, je me suis dennandé

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àr moi-même si, la religion étant une société, et la mère de toutes les autres, l'homme ne pouvait pas trouver dans la constitution naturelle et générale de la société la raison des croyances religieuses, qu'il ne découvrait pas en lui-même, et dans la raison individuelle : je me suis demandé si la facilité avec laquelle le christianisme s'est propagé à sa naissance chex les peuples païens, et de nos jours chez les peuples sauvages, lorsque son autorité ne pouvait encore avoir été démontrée ni aux uns ni aux autres, ne prouvait pas, indépendamment des œuvres surnaturelles qui ont pu accompagner sa prédication, qu'il y a, dans les croyances même les plus mystérieuses, quelque chose qui s'asnmt'/tf aux pensées, aux sentiments de l'homme social, même à son insu, pour les éclairer et les diriger, à peu près comme les substances alimentaires s'assimilent à nos corps pour les nourrir, sans que nous puissions connaître leur nature et leur rapport à nous, ni savoir comment dles agissent sur nos organes et se convertissent en nos différentes bumeurs.

Et qu'on prenne garde que ce qu'il y a de plus élevé et de jiuA mystérieux dans les croyances dogmatiques de la religion, n -est pas oe qui pénètre le plus difliciiement dans Fesprit des peuples, et que les prescriptions morales, dont elles sont It sanction, ^rouventde leur part bien plbs d'obstacles. Le goât des hommes pour le merreilleux et le surnaturel, ou plutôt le jmrhumtin, qn'ite cherchent jusque dans les flctâons, ce goftt jduavtF à mesure que, par leur âge ou leur état social, ils sont plus près de leur nature originaire, est à mes yeux la preuve b pltis fbrte que l'homme sent en lui et hors de lui quelque chose de plus élevé que lui-même, quil le cherche surtout dans la religion pour y trouver la raison des devoirs qu-elie lui impose. Diie religion sans mystères, sans miracles, sans mis- «Ofr divine réelle ou supposée, ne paraîtrait' à rfaonime qœ l^uvrage de f homme; il' se réVolferaît contre elle comme contre une insupportable tyranme, qui n^ébtièndrait, perçois aêquent) ni- créance dans son esprit^ m autoritésiir sesmenin;

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eiœ système de religion, purement humain, ne pourrait con^ tenter tout au pins que celui qui l'aurait inventé : et de là vient qu'aucun système, je ne dis pas idiologifue, amusement sté^ rile et sans résultat, mais purement pbîlosoi^ique, n*a pu encore et ne pourra jamais être universeUement accrédité, parce qu'on système philosophique est une sorte de religion toute humaine, à laquelle l'homme ne trouve aucune raison de croire et moins encore d'obéir. L'homme qui, de sen chef; veut im^ poser à ses semblables des croyances morales> s'annonce par oala seul pour une intelligence supérieure à celle dès autree bommesy s'érige lui-même en Dieu, et il faut autre chose que des mots et des phrases pour- légitimer cette usurpation.

On demandera peut-être pourquoi il y a tant d'incrédules et d'ennemis de la religion, si elle est prouvée à la fois par la raison et par l'autorité. La réponse est facile : il y a longtemps qu'on a dit que, s'il résultait quelque obligation morale de la proposition géométrique, que leê^trms angles d^un triangle sont égatw à deux angles droits, cette proposition serait combattue, el sa certitude mise en problème. Même quand l'esprit consent aux vérités religieuses, le camr trop souvent s'y refuse ; et, si la philosophie peut éelaber l'esprit, la religion seule a le pou*^ voir de changer les cœurs : et puis il y a si peu d'hommes qui aient la force de suivre toute leur raison I

Cependant cette haine de la religion que tant d'hommes professent ouvertement; cette crainte de son autorité, que montrent un peu trop les gouvernements, influe plus qu'on ne pense sur les conseils de la politique ; et il n'est pas douteux que la chrétienté, en perdant la foi au christianisme, perdrait en même temps sa force et ses lumières : et quel temps, en effet, fut plus fécond que le n6tre en doctrines erronées et en faiblesse politique !

Je n'ignore pas que tout écrivain qui traite aujourd'hui, même philosophiquement, dans un sens religieux et monarchique, de matières religieuses et politiques, au lieu de critiques

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qui l'éclairent, ne trouve que des ennemis qui Toutrageni. Les uns, qui n'ont ni assez de force d'esprit pour croire à larélig'on, ni assez de force de caractère pour la pratiquer l'accusent d'hypocrisie ou de fanatisme ; les autres^ prenant leuis systèmes politiques pour le type de toute perfection^ le taxent d'intentions séditieuses, et lui reprochent de troubler les gouvernements ; et, au lieu de réfuter rationnellement des considérations rationnelles, s'en prennent à l'auteur même le plus inofTensif, et trouvent plus prompt, plus sûr, et surtout plus facile de verser sur sa personne qu'ils ne connaissent pas, sur son caractère, sa vie, sa famille, sa fortune, le mensonge et la calomnie. Dans ce dernier combat de l'erreur contre la vérité, la détraction et l'imposture sont un métier lucratif, et leur publication impunie et sans frein est comptée au nombre des libertés publiques. Hais le sacrifice de soi est le premier que demande de ses défenseurs la sainte cause catholique et monarchique. Ainsi, en soumettant la partie religieuse de mes écrits à l'autorité religieuse, je déclare hautement que je ne reconnais à aucune autorité humaine le droit de m'imposer ses opinions politiques, et qu'aucune considération, aucune crainte, ne me fera sacrifier des vérités que je crois étemelles, k des systèmes d'un Jour ou d'un siècle, et à des intérêts d'un moment.

DfilONSTBATION PHILOSOPHIOIll

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