DU PRINCIPE GOMSTITUTIP DE LÀ SOCIÉTÉ
dans de nouveaux abîmes^ eussent consulté la nature^ qui, par les désordres mêmes où leur pays était tombée leur indiquait le besoin d'une royauté héréditaire , et leur en montrait la force et les bienfaits chez les nations voisines! I Le magnat polonais, qui demandait au philosophe une constitution pour son pays, était tout aussi raisonnable que le serait un malade qui prierait son médecin de lui faire un tempérament, et rien ne prouve mieux que la demande de ce seigneur, l'ignorance où Ton était alors de la science politique.
Mais si le défaut d'homogénéité entre un pouvoir électif et viager et une noblesse héréditaire', a conduit la Pologne au dernier degré de faiblesse et de dépendance, une cause tout opposée, un pouvoir héréditaire , et des ministres ou oflSciers publics amovibles, auraient depuis longtemps conduit la Turquie au même résultat, sans la chimère surannée de l'équilibre politique auquel les puissances chrétiennes ont cru la conservation de la Turquie nécessaire. Dans une monarchie élective, le roi est sous la dépendance des grands héréditaires qui l'ont nommé et lui ont imposé des conditions. Dans la monarchie despotique, les ministres ou agents du pouvoir sont sous la dépendance arbitraire du pouvoir, qui peut les révoquer , les dépouiller et les rejeter eux et leur enfants dans les derniers rangs de la société, ou même leur ôter la vie et les biens. De là, dans la monarchie despotique, la violence du pouvoir, qui ne. trouve de résistance que dans la révolte des soldats, qui lui coûte souvent le trône et la vie; et dans la monarchie élective, la faiblesse du pouvoir, dépendant de ceux qui l'ont élu.
Ainsi, là où le pouvoir est électif, et où la noblesse ou les ministres sont héréditaires, il y a trop de force dans les ministres, et là où le pouvoir est héréditah*e et les ministres amovibles, il y a trop de force dans le pouvoir. Le premier de ces états de société est anarchie ou absence de chef; le second est desiK)tisme ou force excessive et déréglée du pouvoir*
On dira peut-être que dans la monarchie royale le souverain révoque aussi et destitue des emplois militaires ou administratifs; mais s'il révoque le fonctionnaire , il ne destitue pas le noble, qui ne peut perdre son caractère et le faire perdre à sa famille que par un jugement infamant et une dégradation judiciaire ; or tout ce qui, dans la société, est légalement indépendant du pouvoir^ est un frein aux abus d'autorité.
48S DÉMONSTRATION PHILOSOPHIOUB
Mais il faut biea distinguer le despotisme légal et constitaé du despotisme personnel , qui est proprement la tyrannie ; et saint Louis lui-même^ s'il est vrai que les Sarrasins^ frappés de ses héroïques qualités^ lui aient ofiert la couronne, saiqt Louis, avec ses vertus , obligé de gouverner ces peuples par leurs propres lois^ eût été un despote , et n'eût certainement pas été un tyran. Il est vrai que le passage de Tun à l'autre est glissant, et que des peuples abrutis s'accoutument trop aisément à ne voir que Vordre légal dans les violences et les caprices du despote. Rendons grftces aux mœurs chrétiennes, qm font que le despotisme même légal est, comme dit Montes-
Îuieu, ff plus pesant au souverain qu'aux peuples eux-mêmes.» a tyrannie n'est aujourd'hui à craindre que de la part d'une assemblée.
Dans le temps où noos sommes, et qui se distingue par une haine si profonde de l'autorité, dans ce temps où l'on ne veut voir dans les pouvoirs publics les plus légitimes que despotisme et tyrannie^ on parle à peine de ces tyrans qu'on peut appeler domestiques, qui, en dépouillant ou assassinant le père de famille, exercent une oppression cent fois plus cruelle que celle que peut exercer le gouvernement le plus oppresseur. Je veux parier des crimes si multipliés de nos jours, et particafièrement en France et en Angleterre où l'on déclame le plus contre Toppression, et où l'on redoute le plus le despotisme. En Angleterre , la prodigieuse multiplication des crimes a été dénoncée à la chambre des communes il y a deux ans; en France, il faut sans cesse agrandir les maisons de détention et les bagnes, et l'on a été obligé de constituer à Paris le jury ea permanence pour juger les malfaiteurs. Pourquoi dans ces deux pays qui se disent libres cette surabondance de crimes, dont on ne se plaint pas dans les autres î Est-ce que la licence des actions suivrait la licence des discours et des écrits? chacun donnerait-n au mot liberté, dont on parie tant sans jamais l'expliquer, un sens particulier accommodé à ses goûts et à ses pasrions, et les uns rentendraient-lls de la liberté de tout fmre, comnouB ^autres Pentendent de la liberté de tout diiet Pent^^tre».*
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