‹ Recherches philosophiques sue les premiers objects des connaissances morales: DémonstrationChapitre 49 sur 68 · CHAPITRE XÎI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XÎI

d« LA ^ftliOCIIATlS.

A rMtrémlté opposée de la monarcMe se trouve la démocratie, cfest-àwlire que la monarchie est le gouvernement d'un sail; et la démocratie est le gouvernement de tous.

Dans la monarchie royale, il y a distinction et fixité ou hérédité des personnes sociales^ et homogénéité entre le pouvoir et ses ministres; une famille royale exerçant elle seule le pouvoir^ des familles ministres occupées à le conseiller ou à le servir, des famaies sujettes occupées de travail et d'industrie, exerçant des professions lucratives qui puissent, en les enrichissant, leur permettre de passer, chacune à leur tour, de la société domestique dans la société publique^ ou autrement de la société de soi dans la société de tous.

Dans la démocratie, où il n^ a n( famille pùuvir, ni famille ministre, les familles privées ont fait toutes à la fois irruption dans la société publique^ et les ticis personnes sont réduites à une seule qui les comprend tontes.

Le peuple y est pouvoir, y est whdstre, y est stget; il est pouvoir, il est ministre du pouvoir^ puisque tous peuvent y prétendre; car pour quel motif quelqu'un en serait-il exclus? n n'y a plus de sujets, je veux dire que le nom de sujet dispi^ ralt devant l'orgueil^ et il n'y a que des citoyens.,. CesX ce que nous avons vu 9 y a trente ans.

On dirait que, dans cette foule^ personne d'assez fort pour commander ne s'étant élevé, les hommes qui la composent ont rois en société leurs médiocrités pour gouverner en commun, en attendant quH se présente un homme qui prenne les rênes et renvoie tous ces gouvernants à leurs affaires; car c'est ainsi que finissent toutes les démocraties, famais honmie fort ne sera démocrate que par ambition du pouvoir, et pour l'exercer Im'seul.

m DÉMONSTRATION FEUiOSOPHIOUS

C'est à peu près ainsi que de petits capitalistes assodent leurs fortunes dans une spéculation de commerce^ que chacun d'eux n'est pas assez riche pour entreprendre seuî^ et c'est de cette identité que vient sans doute la faveur dont jouit le commerce dans les démocraties.

Il faut remarquer que^ moins la démocratie est restreinte^ je veux dire plus elle appelle de peuple au gouvernement, plus elle est démocratie^ plus elle est dans sa nature, plus elle est parfaite; car le mal même a son beau idéal : mais aussi moins elle est possible; et Ton ne pourrait gouverner, même le plus petit bourg, s'il fallait appeler aux délibérations et au maniement des affaires tous les habitants sans distinction qui auraient atteint l'ftge de raison; car il ne faut, pour gouverner que Tmtelligence et la raison. Cest ce qu'ont senti tous les législateurs populaires qui, en établissant la démocratie^ n'en ont voulu qu'aussi peu qu'il a été possible d'en conserver, et ils ont fait ce que font les médecins qui, administrant des poisons comme remèdes, en pèsent la dose avec un si religieux scrupule. Aussi il est risible de voir les peines qu'ils se sont données, et les moyens qu'ils ont imaginés dans tous les temps et tous les pays, en Suisse et à Genève, comme en France, et jadis à Rome et en Grèce, pour distinguer, classer, borner de mille manières la partie du peuple qui doit prendre part aux délibérations publiques, pour neutraliser les uns par les autres, et attacher le droit de voter, contre l'esprit de ce gouvernement, à tels cens, à tel âge, à telles conditions, plutôt qu'à tout autre cens, à tout autre âge, et à d'autres conditions; sans que, dans toutes ces combinaisons plus ou moins ingénieuses, il y ait autre chose que l'esprit de l'homme, trop souvent les erreurs de son jugement, quelquefois ses passions, et sans qu'on puisse y trouver quelque raison prise de la nature de l'homme ou de celle de la société.

Cependant J.-J. Rousseau a dit : a Pour qu'une volonté soit 9 générale dans une république , il est nécessaire que toutes les » voix soient comptées; toute exclusion formelle rompt la gé- » néralité. » Et plus loin : a I^ démocratie peut embrasser s tout un peuple ou se resserrer jusqu'à la moitié, d Ce qui est une contradiction formelle avec ce qui précède ; là il ne veut pas une seule exclusion ; ici il exclut la moitié du peuple.

Hais la nature ne perd pas ses droits, et jusque dans la démocratie la plus étendue, et par conséquent la plus désordonnée, on retrouve, au fond de toutes les comhinaiscMBs, quelque

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mage de l'unité du pouvoir ou de la monarchie ; car^ ainsi que nous Pavons déjà dit, la politique a^ comme l'astronomie^ ses mouvements réels et ses mouvements apparents.

Ainsi les affaires se décident à la moitié plus une des voix^ et cette voix seule, quoique inconnue, qui tranche la question d'une manière absolue, est le pouvoir du jour, ou plutôt du moment.

Ainsi, lorsqu'en cas d'égalité des voix^ on donne au président la voix prépondérante ou deux voix, que fait-on autre chose que supposer la présence d'un votant qui n'existe pas, et qui n'en est pas moins, quoiqu'il ne soit qu'une fiction, le pouvoir de la circonstance?

Ainsi^ dans toute assemblée, commission, comité, un ouvre l'avis, qui finit par l'emporter; car, si deux seulement parlaient à la fois, ils ne seraient pas entendus.

Ainsi, dans plusieurs États populaires, on nomme un pre^ mier magistrat, qui n'est pas un pouvoir permanent, mais qui présente une image et comme une fiction de Tunité du pouvoir, tant cette unité est dans la nature de l'homme et les besoins de la société I

La démocratie est le gouvernement des faibles, puisqu'il est le gouvernement des passions populaires, et elle est le plus faible des gouvernements, puisqu'il faut, dit Montesquieu, « qu'il ait toujours quelque chose à redouter. » Dangereux pour ses voisins, car, les redoutant toujours, il est toujours à leur égard dans un état hostile; dangereux pour lui-même, parce que le pouvoir y est en proie à tous les ambitieux, et qu'il ne peut échapper à la guerre civile que par la guerre étrangère. C'est l'histoire de Rome, de Carthage, de l'Angleterre, de la France république, des républiques grecques et des démocraties italiennes du moyen âge ; et la démocratie ne peut se maintenir quelque temps dans un grand État, comme les États-Unis d'Amérique, qu'à l'aide de circonstances particulières d'isolement ou d'une population dispersée sur un vaste territoire ; et dans les petits, que par l'amitié, et, s'il en était besoin, par l'intervention de quelque grande puissance, ou enfin, comme dans les petits cantçns helvétiques, par l'influence toute-puissante, et, pour parier plus exactemeat, par le pouvoir de la religion.

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